• Episode 1 - Partie 4

    Un long voyage

     

    Épisode 1 : Sétar

     

    Partie 4

     

     

     

    7

     

    Dolaine se trouvait dans la cuisine, dont l’entrée se situait à la gauche du salon. C’était une pièce toute en longueur, qui formait un rectangle à la largeur limitée. Les meubles se regroupaient du même côté, à droite. Pour l’éclairage, des bougies brûlaient ici et là sans parvenir à chasser totalement l’obscurité. Dolaine, elle, se tenait près de l’entrée, face à une petite cuisinière à charbon pour lequel il ne tarderait plus à leur manquer de combustible. À l’aide d’une longue cuillère en bois, elle touillait le contenu d’une casserole posée sur la plaque supérieure.

     

    Elle se pencha et en huma l’odeur dans un « Mhhh » de satisfaction. Elle ne savait pas où ce sale petit voleur avait été chiper leur repas, mais pour cette fois elle fermerait les yeux sur son forfait.

     

    On frappa doucement contre le mur, comme pour attirer son attention. Raphaël se dessinait dans l’encadrement de la porte, tête nue, le regard fuyant et l’expression chavirant entre le chagrin et la gêne.

     

    — Je venais pour mettre la table, dit-il d’une toute petite voix.

     

    D’un signe de tête, Dolaine lui fit comprendre qu’il pouvait y aller. Il la dépassa sans un mot et alla ouvrir le buffet qui se trouvait un peu plus loin.

     

    Il en sortit trois assiettes, qu’il déposa sur le plateau supérieur, avant de disparaître de nouveau derrière ses portes. Il ne disait rien et Dolaine devinait aisément pourquoi. À cause de leur accrochage, il craignait qu’elle ne l’envoie bouler s’il tentait d’engager la conversation. Tel était le problème de son cousin. Bien qu’ils se connaissent depuis l’enfance, il ne parvenait pas à comprendre que ses colères passaient aussi vite qu’elles éclataient.

     

    — Où est Mistigri ? s’enquit-elle.

     

    — En haut, dans ma chambre.

     

    Sous le coup de l’agacement, les sourcils de la Poupée se froncèrent et son nez se retroussa.

     

    — Je vois ! Vous vous liguez contre moi.

     

    Raphaël, qui avait sorti deux verres, et s’occupait de rassembler les couverts, passa la tête par-dessus la porte et gémit :

     

    — Mais non cousine ! Nous…

     

    — Ah, ça ne fait rien ! le coupa-t-elle avec impatience. (Puis, après avoir boudé quelques secondes, elle ajouta :) Au fait, j’ai quelque chose d’important à vous annoncer.

     

    Tout en laissant échapper un « Mhhh » peu attentif, son cousin referma les portes du buffet. Dolaine sentit l’agacement la titiller de nouveau. Si elle parvint à le repousser, la sécheresse habitait sa voix quand elle annonça :

     

    — Oui. Pendant que vous étiez là-haut à bouder, j’ai reçu la visite d’un client.

     

    La vaisselle en main, Raphaël ouvrit des yeux ronds. Son esprit s’arrêta une fraction de seconde sur le mot « bouder », puis l’oublia complètement pour s’arrêter sur celui de « client ». Avec une petite exclamation de surprise, il sautilla dans sa direction sans se soucier de son chargement et de la catastrophe qu’un faux pas pourrait provoquer.

     

    — C’est vrai cousine ?!

     

    — Comment ça, c’est vrai ? (Menaçante, elle brandit dans sa direction sa cuillère, qui dégoulinait d’une soupe orangeâtre. Quelques gouttes s’en échappèrent pour s’écraser à ses pieds.) Est-ce que tu me prends pour une menteuse ?

     

    — Quoi ? Mais non ! Je… je voulais dire… est-ce qu’il t’a donné du travail ?

     

    Dolaine retourna à sa casserole.

     

    — Disons plutôt qu’il m’en a proposé, mais que je ne suis toujours pas certaine d’accepter.

     

    — Hein ? Mais pourquoi ?

     

    — Eh bien… parce que c’est un peu spécial, et… (Elle reporta son attention sur lui et donna une petite tape à son chargement.) et occupe-toi d’abord de mettre la table, veux-tu ? Nous en discuterons pendant le dîner.

     

    Raphaël fut sur le point d’insister, mais son regard l’en dissuada. Il était clair qu’elle ne dirait rien et qu’à trop l’asticoter, il ne réussirait qu’à la mettre en colère. Il s’empressa donc de gagner le salon et lança au chat qui venait de sauter sur le canapé :

     

    — Mistigri ! Mistigri ! Tu as entendu ça ? Cousine dit que nous avons un client.

     

     

     

    8

     

     

     

    — Un vampire ?!

     

    Quelques minutes plus tard, ils étaient tous trois attablés au salon, atour d’une table ronde située près de la porte de la cuisine. Sur la nappe, vieille et raccommodée, des bougies brûlaient.

     

    Installé sur un bord de table, Mistigri leva le museau de son assiette et contempla les deux cousins. Un peu de soupe lui tachait le bout du nez.

     

    Dolaine opina du chef.

     

    — Oui, moi aussi ça m’a surprise. Mais au final, il était plutôt gentil.

     

    L’expression de Raphaël s’assombrit, signe qu’il ne la croyait pas.

     

    — Tu m’as dit que le travail était spécial. Qu’est-ce qu’il voulait exactement ?

     

    — Que je lui serve de guide et de compagnie, répondit-elle en se désignant de sa cuillère.

     

    — De quoi ?

     

    Elle abaissa sa cuillère et joua distraitement avec les morceaux de pain qui flottaient dans son assiette.

     

    — D’après ce qu’il m’a raconté, il voudrait découvrir le monde. Mais comme il pense que ce n’est pas le genre de voyage très amusant à entreprendre seul, il souhaiterait que je l’accompagne. (Puis, avec un froncement de sourcils :) À vrai dire, il ne m’a pas semblé très dégourdi.

     

    — Une proposition peu commune, fit remarquer Mistigri.

     

    — Oui, c’est également ce que j’ai pensé. Mais ça pourrait être amusant. Enfin… en tout cas, ce serait du travail ! Le seul problème est que j’ignore combien de temps cette aventure nous prendrait, aussi…

     

    — Aussi tu dois refuser, cousine ! C’est beaucoup trop dangereux, la coupa Raphaël en bondissant presque de sa chaise.

     

    Les yeux de la Poupée s’arrondir.

     

    — Dangereux ?

     

    — Eh bien, oui, commença-t-il avant de se renfrogner et de baisser la tête. Tu sais bien ce qu’on raconte sur eux. On ne peut pas leur faire confiance.

     

    Dolaine le fixa en silence. Ce préjugé lui étant venu à l’esprit, elle ne pouvait pas vraiment blâmer son cousin. Toutefois, maintenant qu’elle l’entendait prononcé par une voix autre que la sienne, il la choquait.

     

    — Tu sais, Raphaël, que c’est exactement ce que l’on dit de moi parce que je suis une Poupée ?

     

    — Ça… ça n’a rien à voir, s’affola-t-il. Eux ils sont…

     

    Mais Dolaine ne l’écoutait déjà plus. L’air sombre, elle se mura dans un silence dangereux et refusa d’en débattre davantage.

     

     

     

    8

     

    Les bras croisés derrière le dos, Dolaine marchait en rond dans sa chambre. Une bougie, posée sur la table de chevet, éclairait faiblement la pièce. À chacun de ses mouvements, l’air produit en faisait onduler la flamme.

     

    Si elle était encore debout malgré l’heure tardive, c’est qu’elle n’avait toujours pas trouvé de solution à son problème. Accepter le travail ou non ? Elle n’en savait rien et, à cause de cela, le sommeil la fuyait.

     

    Brusquement, elle s’arrêta. Le dos incliné en avant, les sourcils froncés, elle resta quelques secondes dans cette position, avant de pousser un « Aaaaah ! » de frustration et de se gratter le crâne des deux mains. Puis elle se laissa tomber à la renverse sur son lit et porta une main devant son regard.

     

    Lors du dîner, il lui avait semblé évident que la décision lui revenait. Aussi avait-elle refusé d’écouter les arguments de son cousin et n’avait même pas cherché à connaître ceux de Mistigri. À présent, elle le regrettait.

     

    — Pauvre idiote.

     

    Elle jeta un regard à sa table de chevet. Dessus, son réveil lui apprit qu’il serait bientôt deux heures du matin. Près de lui, les restes de la bougie. La cire avait dégouliné jusqu’à la petite coupelle posée dessous et commençait à en déborder. Des gouttes, déjà dures, s’étalaient sur le bois du meuble.

     

    Avec un soupir, elle se redressa. Elle n’arriverait à rien ainsi. Autant sortir pour se dégourdir les jambes. Avec un peu de chance, prendre l’air l’aiderait à y voir plus clair.

     

    Son lit grinça quand elle se remit debout. Elle s’abaissa pour ramasser les chaussures posées à son chevet et, sans faire de bruit, quitta sa chambre. Aucune lumière ne brillait sous la porte de Raphaël, signe qu’il dormait.

     

    Sur la pointe des pieds, ne souhaitant pas l’éveiller (Non pas par bonté de cœur, mais plutôt parce qu’elle répugnait à lui expliquer pourquoi elle était encore toute habillée à une heure aussi tardive.), elle descendit les escaliers et gagna le vestibule. Toujours en silence, elle atteignit la porte et posa doucement ses souliers sur le sol pour les enfiler. Elle tourna ensuite la clef dans sa serrure et grimaça quand le battant gémit.

     

    À l’extérieur, le ciel était dégagé et le temps chaud. La lune, imposante et pleine, trônait au milieu des étoiles. Pas même un chat pour remonter la rue, le désert et le calme plat. Les habitations voisines étaient plongées dans le noir, à l’exception d’une fenêtre chez les Barthe.

     

    Sans vraiment savoir où elle se rendait, elle partit à droite. La moitié des familles les plus modestes de Sétar se tassait ici. L’autre dans un quartier situé tout à l’opposé de la ville. Deux lieux construits loin des rues animées, et donc des touristes.

     

    Sans doute la raison pour laquelle les autorités locales n’avaient jamais sérieusement cherché à la déloger. Si elle avait acheté une maison dans un autre quartier, un quartier déjà plus riche et plus en vue, les choses auraient été différentes. Ici, elle gênait, mais à la manière d’un bouton. Sa présence démangeait, mais il fallait qu’on s’en approche de très près pour le remarquer.

     

    Ainsi perdue dans ses pensées, elle dut bien marcher vingt ou trente minutes. Les rues défilèrent et, bientôt, elle gagna les quartiers touristiques, où elle s’attarda sur une place aux très nombreux commerces fermés. Des réverbères l’éclairaient.

     

    Sous ses pieds, des pavés de formes et de tailles inégales ; au centre de la place, une statue. Celle d’un homme à l’allure fière, tenant dans une main un parchemin déplié. Son autre bras était tendu en avant, un doigt pointant devant lui. Il désignait quelque chose, bien sûr, mais son allure laissait surtout penser qu’il donnait un ordre.

     

    De l’autre côté de la place, surtout des restaurants. Derrière elle, sous des arcades, plusieurs commerces. Et puis des bancs, disposés ici et là. Elle avisa celui qui faisait face à la statue et alla s'y installer.

     

    Le visage entre les mains, elle leva les yeux vers la sculpture. Sur son socle, sa tête, ses épaules et son bras, des pigeons, en boules, dormaient paisiblement. Quels petits veinards ! En cet instant, elle les enviait. Aucun souci d’argent, la possibilité d’aller et de dormir où bon leur semblait et, le plus beau, les gens passaient leur temps à les nourrir. Si sa vie pouvait être aussi simple…

     

    Elle poussait un soupir et redressait le dos quand des pas se firent entendre sous les arcades.

     

    Méfiante, elle tourna le cou dans leur direction, déjà prête à décamper en cas de danger. Deux mois plus tôt, des zombis avaient été surpris près d’ici, à la tombée de la nuit. Une anomalie, car ces créatures, malgré la proximité de leur territoire, ne s’aventuraient jamais aussi loin. De fait, plusieurs personnes avaient été attaquées, entraînant la mise en place d’un couvre-feu.

     

    Le calme n’était revenu qu’une ou deux semaines en arrière. On avait levé le couvre-feu, mais le mal étant fait, la paranoïa demeurait et l’on préférait rester chez soi passé une certaine heure.

     

    Les pas se dirigeaient à présent dans sa direction et elle était sur le point de fuir à toutes jambes, quand une silhouette quitta les arcades pour s’offrir à la lueur des réverbères. Elle écarquilla les yeux.

     

    — Ça pour une surprise !

     

    L’individu, qui n’était autre que son client, redressa la nuque avant de s’arrêter. L’étonnement s’imprima sur ses traits.

     

    — Oh ! Bonsoir.

     

    Il transportait toujours ses bagages et son parapluie pendait à son poignet.

     

    — Que faites-vous dehors à une heure pareille ? s’enquit-elle, avant de prendre conscience de la stupidité de sa question. Ah, excusez-moi ! C’est vrai que les vôtres vivent la nuit.

     

    Un sourire étira les lèvres de son interlocuteur.

     

    — C’est vrai qu’il est plus facile pour moi de vivre la nuit, mais je ne vous cache pas que je préférerais actuellement me trouver dans un lit.

     

    Dolaine eut un signe de tête entendu.

     

    — Je vois. On ne vous a accepté nulle part.

     

    — À dire vrai, je m’y attendais un peu.

     

    Il n’en semblait même pas fâché. Juste un peu déçu. À sa place, elle serait en train de pester contre le monde entier.

     

    — Mais, et vous-même ! Pourquoi êtes-vous ici ?

     

    — Pourquoi ? répondit Dolaine. Mais par votre faute, tiens !

     

    Incrédule, il répéta :

     

    — Ma faute ?

     

    — Eh bien oui ! Avec votre proposition stupide pour laquelle je ne parviens pas à me décider. Elle me tourne dans la tête et m’empêche de trouver le sommeil.

     

    L’espace d’un instant, le vampire lui sembla perdu. Puis, soudain gêné, il bafouilla :

     

    — Oh ! Je… j’en suis désolé.

     

    Dolaine lui adressa un regard en coin, se demandant s’il était en train de se payer sa tête. Apparemment, non. L’homme paraissait sincèrement navré. Agacée, elle poussa un grognement.

     

    — Dites ! Vous êtes toujours aussi poli ?

     

    Presque pris de panique, il questionna :

     

    — Vous… vous pensez que c’est mal ?

     

    Dolaine le contempla. Longuement et en silence. Qu’est-ce que c’était encore que ce phénomène ?

     

    — Mais non… je ne pense rien du tout, soupira-t-elle. Venez plutôt vous asseoir, va ! Un peu de compagnie ne serait pas de refus.

     

    Quoique toujours un peu nerveux, il accepta et vint prendre place à ses côtés. Il se débarrassa de ses deux sacs, qu’il posa à ses pieds, et appuya son parapluie contre le banc, sans qu’aucun mot ne soit échangé entre eux. Comme le silence persistait, il suivit le regard de Dolaine, avisa la statue et émit raclement de gorge discret.

     

    — Est-ce un héros local ?

     

    D’amusement, le nez de la Poupée se retroussa.

     

    — Et pas qu’un peu ! Vous avez devant vous le fondateur de cette ville : le seigneur Christo DeGivre. Quand il est arrivé ici, il n’y avait rien. Rien du tout. Cette partie du monde était relativement vide d’activité humaine, ce surtout à cause de la proximité des Terres Putrides. Les gens craignaient ses alentours et pensaient qu’il serait suicidaire de s’y installer. Mais pas lui. Lui, on peut dire qu’il avait des idées différentes. Il a pris possession d’un terrain et y a investi sa fortune pour construire quelques habitations et commerces. (Et, notant qu’il l’écoutait attentivement, elle poursuivit :) Il voulait que Sétar soit une ville libre. Qu’elle n’appartienne à aucun royaume. De fait, les taxes y étaient moins lourdes qu’ailleurs et les gens, d’abord réticents, ont fini par se laisser séduire et par s’installer ici.

     

    Elle pouffa et porta une main à sa bouche.

     

    — C’était un original. C’est d’ailleurs ce qui a fait sa fortune, mais également sa perte. S’il ne craignait pas la proximité des Terres Putrides, c’est parce qu’il se passionnait pour les zombis. L’une de ses théories affirmait que les vivants avaient beaucoup à apprendre d’eux, et que la crainte éprouvée à leur égard était simplement due à de la méconnaissance. La plupart des gens, même ici, le tenaient pour fou, mais… bah ! Vous savez comment c’est ? Il y a toujours dans le lot quelques imbéciles prêts à gober n’importe quoi.

     

    — J’imagine qu’ils ont rapidement déchanté.

     

    — On peut dire ça. Un jour, le seigneur Christo a quitté Sétar pour rejoindre les Terres Putrides. Mission diplomatique, selon lui. Un premier pas qu’il espérait voir déboucher sur une entente mutuelle entre leurs deux peuples. Ses fidèles l’ont suivi et on ne les a plus jamais revus. Ni lui, ni aucun de ses hommes. Soit les zombis en ont fait leur quatre-heures, soit Christo et son équipe sont allés gonfler leurs rangs.

     

    Incapable de dissimuler son amusement, un sourire étirait ses lèvres. Beaucoup d’habitants locaux étaient chatouilleux sur la question. Surtout parmi les vieilles familles qui, pour leur majorité, ne supportaient pas que l’on puisse rire de leur héros. Elles daignaient reconnaître la stupidité de ses lubies, mais pas qu’il soit permis de s’en moquer.

     

    Sur la statue, l’un des pigeons s’ébroua dans un faible roucoulement. Dolaine se tourna vers son compagnon.

     

    — Et puisque nous parlons d’original, vous savez que dans votre genre, vous n’êtes pas mal non plus ? Il est vrai que je ne connais pas grand-chose aux vampires, mais… enfin, vous êtes bien différent de ce qu’on a l’habitude d’en raconter.

     

    Ses pieds se balançaient sous elle. Les mains posées à plat sur le banc, elle le fixait, un brin taquine, un brin curieuse. Il eut un hochement de tête entendu.

     

    — Je devine sans mal ce qu’on a dû vous dire. Les gens ont beaucoup de préjugés à notre égard.

     

    — En dehors de votre comportement, on raconte surtout que vous êtes incapables de vivre à la lumière du jour. Pourtant, je vous propose un rendez-vous en plein après-midi et vous l’acceptez. Alors quoi ? Est-ce un mythe ? Vous suffit-il de vous abriter sous un parapluie pour régler le problème ?

     

    Amusé, il sourit.

     

    — Ah, en vérité, les choses sont loin d’être aussi simples. Je suis très différent des miens…

     

    Erwin Doe ~ 2004 - 2014

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