• Episode 2 - Partie 5

    Épisode 2 : Mille-Corps

    Partie 5

     

    13

    — Bon sang…

    Une main portée à son ventre, Dolaine se laissa aller contre le mur qu’elle longeait. Depuis qu’elle s’était séparée de Romuald, plusieurs heures venaient de s’écouler. Laps de temps au cours duquel sa faim n’avait fait que croître, au point de la livrer à des vertiges malvenus, eux-mêmes aggravés par la canicule qui frappait la ville.

    Les yeux clos, elle colla son front ruisselant de sueur contre la pierre froide, dans l’attente que son malaise passe.

    Elle commençait à penser qu’ils ne retrouveraient pas Mirar… en tout cas, pas à Mille-Corps. Après tout, il n’était pas stupide. Romuald, dans sa grande naïveté, avait ouvert son sac devant lui au moment de lui remettre l’argent nécessaire à l’achat de leur attelage. La rondeur de sa bourse n’avait certainement pas échappé à leur voleur qui, à court d’argent, y avait vu une opportunité de renflouer ses caisses. Comment savoir s’il se trouvait encore en ville ? À sa place, elle aurait vite liquidé les affaires qui l’attendaient, avant de prendre le large.

    Elle s’appuya du dos contre le mur. Les sourcils froncés et les bras croisés, elle se mordait la lèvre. Romuald avait raison. Revendre leur attelage était sans doute la meilleure chose à faire dans l’immédiat. Même si elle savait qu’ils auraient du mal à en tirer un bon prix, dans une ville où le profit, toujours le profit, régnait en règle de vie, ils pourraient au moins se procurer deux places sur la prochaine navette en direction d’Ashran-ville. Puis cap sur Sétar ! Mais la première chose qu’elle comptait faire, c’était se payer un bon repas. Se remplir la panse, jusqu’à en éclater ! Rien qu’à cette idée, son ventre recommença à gargouiller, pitoyable et elle se mordit la lèvre plus fort. Dans le même temps, sa gorge se mit à la démanger, son nez à la chatouiller et elle éternua sans avoir eut le temps de porter la main à sa bouche.

    Dans un râle exaspéré, elle tira un mouchoir de son sac à main et se moucha. Ses yeux larmoyaient, presque aussi rouges que son nez.

    Sans entrain, elle reprit sa route. La seule chose qui la réconfortait un peu, dans cette histoire, était de posséder l’adresse du mage. L’autre l’ignorait encore, mais il n’était jamais bon de se mettre à dos une personnalité aussi rancunière que la sienne. Peu importe combien cela lui coûterait, elle n’hésiterait pas à piocher dans ses propres économies pour avoir le plaisir d’aller lui botter les fesses directement chez lui. Oh ! Ça prendrait sans doute du temps. Altair ne se trouvait pas à côté et puis, s’il était malin, Mirar n’y remontrerait le bout de son nez avant un petit moment. Mais elle savait se montrer patiente, quand cela s’avérait nécessaire. Oui, elle attendrait. Un mois, deux, trois, une année, s’il le fallait, afin que la méfiance de l’autre se relâche. Et puis, elle irait le cueillir à son domicile. Elle ne pensait pas qu’il chercherait à déménager. Pourquoi faire ? Son principal souci, dans l’immédiat, était d’échapper à la colère de Romuald. Elle, à son avis, ne devait pas représenter de menace réelle. Eh bien, elle lui prouverait qu’il s’était trompé !

    La rue où elle déboucha était animée, mais sans que cela ne soit étouffant. Ici, surtout des locaux. Des commerces se dessinaient à droite comme à gauche de l’artère, ainsi que quelques immeubles d’habitation. Un brouhaha de voix et, au-dessus de sa tête, des fils tendus entre les bâtiments, où séchaient des vêtements.

    Elle avançait les yeux levés dans leur direction quand, de nouveau, un éternuement lui échappa, puis un autre, et encore un autre. Courbée en deux, elle poussa un « haaa » pathétique, avant de redresser vivement le dos et de lever les poings vers le ciel.

    — Haaa ! J’en ai ma claque !

    Son cri surprit les badauds les plus proches. On la dépassa en lui jetant des regards perdus, voire désapprobateurs, tout en murmurant. Sans y prêter attention, Dolaine renifla. Se tamponnant les yeux à l’aide de son mouchoir, elle se tourna vers la vitrine d’un commerce. Une épicerie, pleine de mets appétissants.

    Derrière son comptoir, le commerçant souriait à une petite femme à l’air revêche. Comme il lui rangeait ses achats dans un sac en papier déjà encombré, elle sentit l’eau lui monter à la bouche et manqua d’esquisser un geste pour essuyer une bave imaginaire.

    La boutique qui se dessinait derrière elle, et dont elle pouvait voir la devanture dans le reflet de la vitrine, était une échoppe de magie. Elle eut un haussement de sourcils et, alors qu’elle se demandait si ça ne vaudrait pas le coup d’aller s’y renseigner, deux hommes en sortirent.

    Le premier était un individu d’un certain âge, maigrichon et souriant. L’autre, plus jeune, le saluait d’une inclinaison du buste, un sac en papier serré contre sa poitrine. Dolaine battit des paupières. Avait-elle la berlue ?!

    Vivement, elle se retourna, mais l’apparition avait déjà disparue. Sur son pallier, le marchand tirait sur sa barbe grise. Elle suivit la direction de son regard. Une tête brune, qu’elle pensait connaître, se dessinait au milieu de la foule.

    — Mira ! Hé, Mirar !

    La main tendue, dans un geste destiné à attirer son attention, elle se jeta à sa poursuite. Des insultes et des exclamations agacés fusèrent, alors que certains étaient obligés de faire un écart pour l’éviter. Un peu plus loin, Mirar tournait dans une rue voisine. Elle s’y engouffra et, le cœur battant la chamade, le chercha du regard au milieu de la foule qui s’y agglutinait.

    Elle finit par le repérer et reprit sa poursuite.

    — Hé ! Héééé !

    Mais ici, se déplacer se révéla bien plus compliqué et elle ne tarda pas à le perdre de vue. Elle n’en continua pas moins sa route, déterminée et, arrivée à un embranchement tourna sur elle-même, dressée sur la pointe des pieds. Un soupçon de panique commença à l’envahir. Pourvu qu’il ne se soit pas entré dans l’une des habitations et commercent qui longeaient l’avenue !

    Trop petite toutefois, elle fut incapable de retrouver la trace de sa cible. Refusant d’abandonner, elle partit à gauche, avant de se rétracter et de prendre la rue de droite. Là aussi, il y avait foule. Elle trottinait en jetant des regards éperdus tout autour d’elle, priant qui voudrait bien l’entendre de lui permettre de retrouver le mage. À un moment, elle manque d’être renversée par un attelage venant en sens inverse. Elle eut juste le temps de faire un bond sur le côté et, dans sa précipitation, failli perdre l’équilibre. Le conducteur lui hurla quelque chose qu’elle ne comprit pas. Du reste, elle était déjà repartie, la respiration plus haletante que jamais.

    Il fallait qu’elle le retrouve. Il le fallait absolument !

    Visiblement, les Dieux étaient avec elle pour une fois, car quelques mètres plus loin, elle finit par aviser la tignasse brune de Mirar, qui tournait alors dans une ruelle. Poussant sur ses jambes, refusant de le perdre de nouveau, elle s’y engouffra un peu après lui. Vide. Déjà. Néanmoins, il n’y avait ici aucune porte par laquelle il aurait pu disparaître. Alors, elle la remonta au pas de course et déboucha sur une artère bien plus calme que celle qu’elle venait de quitter. À tel point qu’on avait du mal à croire qu’elles appartiennent toutes deux à la même ville.

    Ici, surtout des habitations. Des immeubles et quelques maisons. Plus loin, des entrepôts silencieux. À son arrivée, un couple de ménagères discutait sur le pas d’une porte. Elles se tournèrent dans sa direction pour la contempler.

    Quant à celui qu’elle poursuivait, il se dessinait un peu plus loin, son sac sous le bras, et s’apprêtait à pénétrer dans un bâtiment.

    — Hé ! appela-t-elle en faisant des gestes de la main. Hé, Mirar ! Attendez !

    Trop tard, toutefois, car à peine ouvrait-elle la bouche que le mage disparaissait de sa vue. Elle se précipita à sa suite, mais la porte était déjà close à son arrivée.

    Dans son dos, elle sentit le regard des deux femmes qui avaient fait silence. Incertaine, elle se mordit la lèvre. Devait-elle frapper ou attendre que le mage ressorte de lui-même ? Derrière la bâtisse, un mur d’enceinte qui devait cloisonner une cour. Peut-être existait-il un moyen de s’échapper par là ?

    Elle faisait un pas pour aller s’en assurer, mais abandonna l’idée. L’impatience étant la plus forte, elle leva le poing et l’abattit à plusieurs reprises contre la porte.

    Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’un judas ne s’ouvre pour laisser passer un nez long et crochu. Un peu plus haut, deux petits yeux noirs. Ceux d’un individu à l’air peu aimable.

    — Ouais ?

    — Je viens de voir un homme pénétrer chez vous, expliqua-t-elle. Pourriez-vous lui dire que Dolaine souhaiterait lui parler ?

    — Nan, répondit l’autre qui, sans aucune grâce, avait commencé à se curer le nez.

    — Non ?

    — C’est ça, t’as tout compris, poulette ! Maintenant, tire-toi en vitesse : on veut pas de gens comme toi par ici !

    Là-dessus, la petite fenêtre se referma dans un claquement.

    Bouche bée, Dolaine avait blêmie. Pou… poulette ? Elle ne rêvait pas ? Ce type l’avait vraiment appelée poulette ? Mais… mais… mais pour qui il se prenait celui-là ?!

    Furieuse, elle écrasa son poing contre le battant, ce jusqu’à ce que l’homme daigne de nouveau montrer le bout de son nez.

    — Quoi encore ?

    — Je veux parler au type qui est rentré chez vous, insista-t-elle en pointant un doigt impérieux dans sa direction. Allez me le chercher !

    — Nan.

    Dolaine sentit le rouge lui monter aux joues.

    — Écoute, maudit…

    — Nan, ma cocotte, c’est toi qui vas m’écouter : je t’ai dit de te casser. Alors obéis si tu veux pas que je sorte de là pour m’occuper de toi.

    Et, là-dessus, le panneau se referma sèchement.

    Dolaine en fut si choquée qu’elle resta un moment sans réaction. Frémissante, elle ressentait une furieuse envie de se jeter contre la porte, pour la rouer de coups de pieds et de poings. Elle aurait voulu forcer l’autre à sortir, pour pouvoir lui sauter dessus et le frapper. Elle s’imaginait le mordre et le mordre encore, ce jusqu’à ce qu’il crie grâce et n’accepte de lui présenter ses excuses.

    Et même alors, elle en profiterait pour lui tordre le nez !

    Malheureusement, cette vengeance ne devrait rester qu’un fantasme. Car si ce type était bien le dernier des crétins, elle savait qu’elle ne ferait jamais le poids contre lui.

    Au comble la frustration, elle serra les poings et maudit Romuald. Si cet idiot ne lui avait pas retiré ses armes, l’autre n’aurait pas fait le malin très longtemps !

    Derrière elle, les ménagères avaient repris leur discussion et, à leur ton, elle devinait qu’on parlait d’elle. Comme l’une laissait échapper un gloussement, Dolaine se retourna pour la fusiller du regard.

    Puis, avec un dernier coup d’œil assassin en direction de la porte close, elle décida d’aller chercher le vampire et de le traîner jusqu’ici.

    Alors, on verrait bien qui serait en position de force !



    14

    — Vous êtes sûre de ne pas vous tromper ?

    Dolaine tirait par la main un Romuald quelque peu récalcitrant.

    Comme l’après-midi était déjà bien avancée, elle n’avait pas eu longtemps à l’attendre près de leur véhicule. Le chat du désert, qu’ils avaient laissé à l’intérieur de celui-ci, couché près de leurs bagages pour dissuader les éventuels voleurs, n’était pas de très bonne humeur à son arrivée. Attaché à l’aide d’une longe, elle-même nouée à une roue, il lui avait lancé un regard appuyé et presque agressif.

    La faute, bien sûr, à son estomac vide depuis la veille. Par prudence, elle avait préféré ne pas trop s’approcher de lui.

    Quelques minutes plus tard, Romuald revenait bredouille… mais pas les mains vides. Car il lui rapportait quelques gâteaux secs, dans un petit sac en papier tâché d’huile. Cadeau, selon lui, d’un commerçant à qui il avait donné un coup de main dans l’après-midi.

    Sans attendre, elle lui avait bondi dessus pour lui apprendre la bonne nouvelle : elle savait où trouver Mirar.

    Puis, après lui avoir arraché le sachet, elle l’avait saisi par une main et tiré à sa suite sans prêter attention à ses questions.

    À présent les gâteaux n’étaient plus qu’un lointain souvenir et il ne subsistait d’eux que quelques miettes aux coins de sa bouche.

    — Je vous le répète : je l’ai parfaitement reconnu !

    — Alors pourquoi ne s’est-il pas retourné quand vous l’avez appelé ?

    Agacée, elle lâcha la main froide de son compagnon et fit volte-face.

    — Si je vous dis que c’était lui, c’est que c’était lui ! Alors, oui, peut-être ne s’est-il pas retourné, mais… bon sang, pourquoi ce sale voleur l’aurait-il fait ? Je suis sûre qu’il n’avait qu’une chose en tête : m’échapper et ce le plus vite possible !

    Ce qui expliquerait, d’ailleurs, que le portier se soit montré si buté. Mirar, très certainement, lui avait demandé de faire circuler les gêneurs.

    Avec un petit hochement de tête convaincu, elle porta les mains à sa ceinture, où pendaient à nouveau ses deux holsters. Romuald, de bien meilleure humeur – quoique épuisé par l’activité du soleil – avait accepté de les lui rendre à la condition qu’elle ne les utilise qu’en cas de réel danger. Elle avait promis et lui s’était montré suffisamment naïf pour la croire sur parole. Tant pis pour lui !

    Un éternuement lui échappant, la Poupée se courba en deux. Elle émit un reniflement et, les yeux humides, désigna du menton l’habitation sur leur gauche.

    — Tenez, c’est là-bas.

    Romuald suivit son regard et releva un peu son parapluie. Sans un mot, ils s’approchèrent du bâtiment. La porte en était toujours close et, sur leur perron, les ménagères avaient disparues. Renfrognée, Dolaine croisa les bras.

    — Le type qui la garde est un vrai rustre ! C’est à peine si je suis parvenue à échanger deux mots avec lui.

    L’air un peu ailleurs, Romuald contemplait la porte. Il s’en approcha puis, après une seconde d’hésitation, se tourna vers elle.

    — Peut-être n’y avez-vous pas mis les formes qu’il fallait ? supposa-t-il, ce qui la fit grimacer.

    — Je me suis montrée tout ce qu’il y a de plus correcte, Romuald ! Seulement, avec ces types-là, il est impossible de discuter. Je vous le dis, ils ne comprennent que la manière forte !

    — La manière forte, hein ? répéta-t-il, d’une voix un peu traînante.

    Dolaine approuva d’un signe de tête.

    — Vous frappez et moi je le menace !

    Et, disant cela, elle porta les mains aux crosses de ses armes. Romuald lui adressa un regard contrarié.

    — Écoutez… je ne vous les ai pas rendues pour que vous vous amusiez à ça !

    — Oh, allez, ne soyez pas rabat-joie !

    Elle voulut insister, mais un nouvel éternuement l’en empêcha. Elle pesta et, tirant son mouchoir de son sac à main, le porta à son nez de plus en plus rouge et douloureux.

    — On dirait que votre rhume ne s’arrange pas, nota Romuald, alors qu’elle se mouchait bruyamment.

    — Pas vraiment, non.

    Dans un petit reniflement, elle chiffonna son mouchoir et le rangea.

    — Vous vous obstinez à refuser mon idée ?

    — Je m’obstine et je ne reviendrai pas dessus. Si vous faites cela, notre homme aura juste à refermer le judas pour nous échapper. Ensuite… comment le convaincre de nous ouvrir à nouveau ?

    Elle eut un haussement d’épaules.

    — Dans ce cas, que proposez-vous ?

    — Eh bien… (Il revint à la porte et, un air songeur sur les traits, ajouta :) je suppose que nous ne perdons rien à essayer la politesse.

    Dolaine sentit la colère monter en elle. Il commençait à la fatiguer avec ses sous-entendus !

    — Si ça vous amuse… ! grommela-t-elle en se renfrognant.

    Après tout, il ne tarderait pas à comprendre son erreur.

    Avec un hochement de tête, Romuald leva le poing et frappa. Des coups discrets, qu’il espérait certainement polis, mais que Dolaine jugeait plutôt pleutres.

    La trappe s’ouvrit et le nez du portier apparut.

    — Ouais ?

    Un frisson de colère fit trembler Dolaine.

    — Je suis désolé de vous déranger, commença Romuald avec un sourire qui se voulait aimable, mais qui n’avait en vérité rien de rassurant. Un homme est entré chez vous, un peu plus tôt. Un mage, jeune, et nous avons tout lieu de penser qu’il s’agit d’un dénommé Mirar. Serait-il possible de lui parler ? C’est assez urgent.

    Le portier le lorgna d’un drôle d’air. Ses petits yeux sombres s’étrécirent et il eut un reniflement méprisant.

    — Casse-toi, sale monstre !

    Puis il referma sèchement la fenêtre.

    Choqué, Romuald ouvrit la bouche et fixa le battant sans sembler y croire. Les mains croisées derrière la nuque, Dolaine affichait un air triomphant.

    — Je vous l’avais bien dit.

    Son compagnon s’assombrit et frappa de nouveau.

    Cette fois, ses coups étaient bien plus affirmés.

    — Quoi encore ? fit le portier.

    — Écoutez, je ne crois pas m’être montré grossier avec vous, aussi je vous demanderai de me rendre la pareille.

    — Et sinon quoi ?

    — Sinon… ? Euh… eh bien, sinon…

    En réponse, son interlocuteur eut un ricanement cassant et lui claqua le minuscule battant au nez. S’ensuivit un silence que Dolaine rompit par un soupir.

    — Vous avez enfin compris ? questionna-t-elle en s’approchant de lui.

    L’expression de son compagnon la fit se raidir. Il semblait… comme transformé. Ses traits étaient plus froids, plus durs, et même effrayants.

    — Ro… Romuald ?

    Sans lui répondre, ce fut cette fois avec violence que le vampire abattit son poing contre la porte. Toute patience paraissait l’avoir déserté. Dolaine eut un haussement de sourcils et leva les yeux en direction du nez trop long qui faisait son apparition.

    — Dis donc, enfoiré ! C’est les emmerdes que tu cherches ?

    — Peut-être bien, lui répondit Romuald sur un ton glacial qui ne lui ressemblait pas. Et peut-être que si vous ne vous dépêchez pas d’accéder à notre requête, je serai contraint de me montrer désagréable.

    Un caquètement, qui devait être un rire, s’éleva.

    — Sans blague ? Je treeeeemble de peur.

    Le rire se poursuivit même une fois que l’homme eut disparu. Résignée, Dolaine se détourna.

    — Bah, au moins vous aurez essayé. Et au pire, nous pouvons toujours l’attendre ici. Il finira bien par ressortir !

    Elle fronça les sourcils et se frotta le menton d’une main.

    — À moins qu’il ne soit déjà parti ? Mais quelle idiote, pesta-t-elle en s’envoyant une claque contre le front. Je n’avais pas pensé à cela ! Si ça se trouve, il a profité de mon absence pour vider les lieux !

    Une perspective pour le moins déprimante car, ils l’avaient constaté, remettre la main sur quelqu’un dans une ville comme Mille-Corps était difficile.

    Sentant l’abattement la gagner, elle questionna :

    — Qu’en dites-vous, Romuald ?

    Et comme son compagnon restait muet, elle reporta son attention sur lui. Un frisson lui remonta le long du dos.

    — Heu… Romuald ?

    Il était comme métamorphosé. Le regard froid, l’expression dure, il n’avait plus rien à voir avec l’individu au sourire certes vaguement inquiétant, mais indéniablement amical. Son visage était celui d’une statue et il émanait de lui une aura agressive. Apeurée, Dolaine se surprit à reculer.

    — Romuald ! Hé, Romuald, vous êtes sûr que ça va ?

    Comme soudées, les lèvres de Romuald restèrent closes. Toute son attention rivée en direction de la porte, il leva le poing et l’écrasa contre celle-ci.

    La violence du coup la fit trembler sur ses gonds. Il en asséna un autre, puis encore un autre, et ses gestes étaient empreints d’une telle fureur qu’ils devaient secouer la maison toute entière. Un cratère avait commencé à se former dans l’obstacle et des copeaux de bois volaient. À l’intérieur du bâtiment, un rugissement de colère. Puis il y eut un craquement lugubre et la porte sauta de son encadrement.

    Les mains portées à sa bouche, Dolaine poussa une petite exclamation étouffée. Le battant bascula lourdement en arrière. Un cri, puis un choc sourd, au moment où elle s’écrasait à terre. De l’encadrement, un nuage de particules grisâtres tomba doucement en direction du sol.

    Le silence était total...

    Erwin Doe ~2014

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