• Episode 2 - Partie 8

    Épisode 2 : Mille-Corps (Fin)

    Partie 8

     

    18

    Mirar et les siens furent arrêtés.

    Peu désireuse d’endosser la moindre responsabilité dans cette affaire, Dolaine les avait vendus aux premiers soldats qui s’étaient présentés sur la place, leur racontant tout… ou presque. La découverte du sacrifice, l’invocation et, en modifiant quelques détails, parvint à faire croire que la cause du désastre incombait à la seule incompétence de Mirar.

    « Non mais vraiment ! Se prétendre mage et ne pas être capable de tracer son cercle d’invocation correctement. Si ça, ce n’est pas se moquer du monde ! »

    Et pour la soutenir, toute une foule pendue à ses lèvres et prête à jurer que la Poupée s’était dressée courageusement face au démon – à la différence du mage qui n’avait été d’aucune utilité dans la résolution de cette histoire. L’imagination s’en mêlant, certains allèrent jusqu’à soutenir que Dolaine avait combattu la créature et que c’était sans aucun doute à son acharnement qu’ils devaient la disparition de cette dernière.

    Après ces témoignages accablants, on ne laissa même pas le temps à Mirar de reprendre connaissance avant de le menotter et de l’emporter. Puis Dolaine avait conduit les autorités au repaire de ses complices où elle avait retrouvé Romuald, ainsi que son sac à main.

    À leur arrivé, ce dernier attendait près de l’entrée de la maison. Les deux propriétaires se trouvaient encore à la cave et seul le portier avait pu prendre la fuite avant leur arrivé – une chance pour lui, car ses patrons n’en étant pas à leur premier forfait, la justice aurait pu oublier de se montrer clémente à son égard.

    Bien sûr, on chercha à savoir comment la Poupée et son compagnon s’étaient retrouvés au milieu de cette histoire. Et si Romuald demeura muet, un sentiment de panique montant en lui, Dolaine ne s’était pas démontée. Avec une sincérité convaincante, elle avait expliqué comment le mage les avait détroussés, leurs difficultés pour lui remettre la main dessus, sans oublier de remettre une couche sur leur intrusion dans la cave au moment exact où les choses y tournaient mal.

    « Vous comprenez, je ne pouvais pas laisser ce démon tuer Mirar avant que nous ayons pu récupérer notre argent, aussi… eh bien, j’ai laissé Romuald derrière moi pour surveiller les deux autres et je l’ai pris en chasse. »

    De son côté, l’accusé chercha à se défendre. Il donna sa version des faits, assurant à cor et à cri que si son sort avait dégénéré ce n’était en aucun cas de sa faute, mais… dommage pour lui, on n’était pas vraiment décidé à l’écouter. Mille-Corps tenait des coupables parfaits et, pour les autorités locales, c’était bien tout ce qui importait.

    Quant à leur bagage ? Mirar l’avait laissé dans une chambre d’hôtel, louée à proximité de lieu où vivaient ses complices. Les soldats envoyés sur place rapportèrent tout ce qu’ils y trouvèrent et, après une brève inspection, on accepta de leur rendre leur bien.

    Là-dessus, Dolaine et Romuald avaient quitté le poste, mais pas avant d’avoir vu le mage bondir hors du bureau où il était interrogé pour se jeter sur eux. Si on le ceintura et le maîtrisa aussitôt, il eut tout de même le temps de leur jurer qu’ils lui payeraient ça. En réponse, la Poupée lui offrit un haussement d’épaules, avant de lui tourner le dos.

    À l’extérieur, les ténèbres recouvraient Mille-Corps.

    — Que faisons-nous de ce sac ?

    Dolaine se tenait accroupie au milieu de la charrette, entourée par leurs achats – notamment des vivres – et leurs bagages. La matinée étant à présent bien avancée, et leur départ imminent, elle s’assurait qu’il ne leur manquait rien. Romuald, qui l’avait questionnée, avait en main le sac de Mirar.

    Sa valise ouverte, elle leva les yeux dans sa direction et fronça les sourcils. Une bonne nuit de sommeil au chaud, quelques infusions achetées à l’apothicaire du coin et deux repas copieux, avaient suffis pour apaiser son rhume. Sa gorge la démangeait encore de temps à autre, et son nez bouché lui donnait une voix de caneton, mais rien de comparable avec son inconfort de la veille.

    — Que voulez-vous que nous en fassions ? Jetez-le, ça nous débarrassera.

    Là-dessus, elle renifla, referma sa valise et sauta au bas de la charrette. L’air pensif, le vampire fixait le bagage du mage, que même les autorités n’avaient pas cherché à récupérer.

    — Je ne sais pas si c’est une très bonne idée. Après tout, rien ne nous dit que nous ne le croiserons plus jamais.

    — Parce que vous comptez lui rendre visite en prison ?

    Son ton était moqueur, mais Romuald prit sa question au premier degré.

    — Bien sûr que non, fit-il en jetant le sac aux côtés du reste de leurs possessions. Seulement, il finira bien par être libéré et je pense qu’il appréciera de récupérer son bien.

    Dolaine leva les yeux au ciel.

    — Romuald… à moins que vous ne cherchiez vous-même à le revoir, je doute fort qu’il puisse un jour retrouver notre trace. Et quand bien même, ajouta-t-elle en écartant les mains, je ne crois pas que ce qui se trouve là-dedans soit suffisamment précieux pour qu’il se donne la peine de remuer ciel et terre pour le récupérer.

    — Vous avez sans doute raison… toutefois… !

    Toutefois, elle voyait bien qu’il hésitait. Avec un soupir, elle alla prendre place sur le siège conducteur. Le chat du désert, reposé et le ventre plein, était couché, son museau posé sur ses grosses pattes.

    — Vous savez, rien ne vous empêche de le garder. Seulement, je vous préviens qu’il n’est pas question que je m’en encombre : vous en serez responsable et vous le transporterez vous-même !

    Puis, pour s’assurer qu’il avait compris :

    — Nous sommes bien d’accord ?

    Il approuva d’un signe de tête.

    — Nous sommes bien d’accord.

    Cela entendu, il monta à l’arrière du véhicule et prit place dans le coin le plus proche de sa compagne. Cette dernière, qui tenait déjà les rênes, se contorsionna pour saisir son sac à main. À l’intérieur, elle trouva sa boussole – qu’elle posa sur ses cuisses, ainsi que son mouchoir – qu’elle porta à son nez pour se moucher.

    — Au fait, commença-t-elle, en roulant en boule son mouchoir dans sa main, comment avez-vous appris la magie ?

    La veille, au cours de leur dîner, Romuald lui avait expliqué de quelle façon il avait mis fin à l’invocation. Bien trop épuisée pour s’en étonner, elle s’était contentée de le féliciter. Mais à présent, la chose lui semblait plutôt incroyable.

    — Vous vous souvenez que je vous ai dit que les miens m’apportaient régulièrement de la lecture ? (Et comme elle approuvait, il poursuivit :) Ils ne se souciaient pas vraiment de savoir ce qu’ils emportaient avec eux. Je crois qu’ils prenaient un peu tout ce qui leur tombait sous la main, de fait que, dans le lot, je me suis retrouvé avec plusieurs grimoires. Et comme je n’avais rien de mieux à faire, je me suis mis à les étudier.

    Les sourcils de Dolaine se haussèrent.

    — Alors les vampires sont capables de pratiquer la magie ?

    — Pas tout à fait, la détrompa-t-il. En vérité, nous ne sommes pas compatibles avec cet art. Mais… enfin… vous savez, comme je suis un peu différent des miens, j’imagine que le sang de la goule m’a permis de développer quelques aptitudes dans ce domaine.

    — Oh…

    — D’ailleurs, je suis très loin d’être doué… je ne le suis même pas du tout. Il m’est impossible de lancer le moindre sort et pourtant je me suis donné du mal pour y parvenir.

    — Alors comment expliquez-vous que vous soyez parvenu à briser ce Cercle ?

    Il eut un air piteux.

    — J’ai bien peur qu’il n’y ait rien d’exceptionnel là-dedans. N’importe qui capable de lire un grimoire et possédant une compatibilité, même faible, avec la magie pourrait en faire autant.

    — Même moi ?

    — Même vous… à condition, bien sûr, que vous compreniez comment ces choses-là fonctionnent.

    Le regard qu’elle lui adressa le fit se crisper. Elle laissa échapper un « Mhh » songeur, avant de se détourner.

    — Quel dommage…, soupira-t-elle.

    Et, tout en faisant claquer ses rênes, elle songea avec une certaine déception : Ça lui aurait fait plaisir de recevoir la visite d’un mage, pour changer…

    Erwin Doe  ~ 2014

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