• Episode 3 - Partie 4

    Épisode 3 : Terres maudites

    Partie 4

     

    8

    Tous les sens en alerte, Romuald se redressa dans son lit. Autour de lui, les ténèbres régnaient.

    Il avait perçu comme une menace et pouvait encore sentir des picotements affolés lui courir le long de la peau. Pourtant, et où qu’il puisse poser les yeux, il n’y avait personne d’autre dans sa chambre.

    Ses oreilles en pointes remuèrent. Dans le couloir, une respiration rauque et affolée. À l’extérieur, tout autour de l’église, des grognements. Des dizaines et des dizaines de grognements.

    Qu’est-ce que… ?

    Soudain, l’église se mit à trembler. Repoussant ses draps, il se jeta en direction de la fenêtre, où l’attendait un spectacle pour le moins inquiétant.

    Des zombies… partout et aussi loin que son regard puisse porter, il voyait des zombies. Une masse grouillante s’était attroupée autour de l’église, bouches ouvertes sur des plaintes lugubres. Avec une énergie qu’il n’aurait jamais soupçonnée chez ces créatures, leurs poings s’abattaient contre l’édifice.

    Comprenant que quelque chose se tramait, Romuald quitta sa chambre. Dans le couloir, il découvrit le chat du désert qui, à l’autre bout, tremblait, recroquevillé sur lui-même. Il lui accorda un bref regard, avant d’aller frapper à la porte de sa compagne.

    — Dolaine ? Dolaine ? Écoutez, il se passe quelque chose d’étrange… Dolaine ?

    Et comme aucune réponse ne lui parvenait, il prit le risque de pénétrer dans la chambre. À son entrée, la pièce était vide, le lit défait, et la Poupée invisible. Troublé, il ressortit. Où avait-elle bien pu aller ?

    Du rez-de-chaussée lui parvinrent des sons. On aurait dit… des raclements. Comme si l’on déplaçait quelque chose. Des voix se firent également entendre. Intrigué, il se précipita en direction de l’escalier.

    — Dolaine ?

    Il la découvrit dans la salle de prière en compagnie de Nya. Les deux femmes y déplaçaient, non sans difficultés, l’un des nombreux bancs de la pièce. Elles en avaient déjà regroupé plusieurs contre les doubles battants de la porte d’entrée.

    — Ah, Romuald ! fit Dolaine en l’apercevant. On peut dire que vous tombez à pic : venez donc nous donner un coup de main !

    Et comme la nervosité était visible sur son visage, il s’empressa de les rejoindre et questionna :

    — Que se passe-t-il ? Que font tous ces zombies ici ?

    — Il semble qu’ils aient décidé d’envahir mon église, répondit Nya, qui s’était arrêtée et avait reposé sa partie du banc à terre.

    — Et il faut absolument qu’on les en empêche, ajouta Dolaine. Nous ne pouvons pas leur permettre de tout saccager ici !

    À peine avait-elle dit cela qu’un des vitraux explosa en morceaux. Le projectile qui était passé au travers, un gros caillou, s’écrasa contre les dalles, où il rebondit, roula, avant de s’arrêter. Nya poussa une plainte et se prit le visage entre les mains.

    Comprenant la gravité de la situation, Romuald arracha le banc du sol (Ce qui obligea Dolaine à le lâcher) et le jeta en direction de la porte. Il s’y écrasa, fit trembler l’amoncellement déjà en place, mais s’en sortit sans un seul pied cassé.

    Ses compagnes déjà parties en chercher un autre, il se précipita en direction de ceux qui restaient. Il en mit un sous son bras et entreprit d’en tirer un second derrière lui. Au même instant, un autre vitrail explosa, tout près de lui, et quelques morceaux de verres s’écrasèrent dans ses cheveux et sur ses vêtements.

    — Bien, fit Dolaine, une fois leur besogne terminée, voilà qui devrait les empêcher de pénétrer ici.

    Satisfaite, elle tapa dans ses mains.

    Près d’elle, Nya était loin de partager sa confiance. Soucieuse, elle contemplait leur barricade de fortune, se demandant si celle-ci serait vraiment de taille à empêcher l’invasion. Derrière les doubles battants, des coups de plus en plus violents et nombreux résonnaient.

    Un troisième vitrail explosa et le projectile utilisé vint rouler à leurs pieds. Ils baissèrent les yeux dessus, tout d’abord sans réagir, puis Nya s’emporta :

    — Par Moloch ! Ont-ils décidés de tous me les briser ?

    Dolaine lui porta une main à l’épaule.

    — Si ce sont les seules dégradations que tu auras à déplorer, crois-moi, tu devrais plutôt t’en réjouir.

    Son amie tourna vers elle un regard ou se lisait l’agacement. Bien sûr, elle avait raison, mais…

    Elle se mordait la lèvre et portait son attention en direction des débris du vitrail, quand un vacarme se fit entendre derrière eux. D’un même mouvement, tous trois se retournèrent. Nya blêmit.

    — La cuisine ! Par les Dieux, j’ai oublié la porte arrière !

    Affolée, elle se précipita en direction de la salle à manger. Trop tard toutefois, car la porte s’ouvrait déjà pour laisser place à un groupe de zombies gesticulants. Sans réaliser que l’ouverture n’était pas assez large pour les laisser passer tous, ils grognaient et faisaient leur possible pour forcer le passage, n’hésitant pas pour cela à mordre leur voisin. Les yeux écarquillés, Nya fit un pas en arrière. L’un des morts-vivants, plus habile que les autres, parvint à s’extraire du groupe pour s’avancer vers elle. Un râle monstrueux s’échappa de sa bouche aux dents gâtées.

    — À l’étage, vite ! ordonna Nya en se détournant pour fuir.

    Derrière elle, d’autres zombies parvinrent également à passer.

    Dolaine lui emboîtait le pas, mais remarqua que Romuald ne réagissait pas et se contentait de fixer la scène. Elle revint en arrière et dut l’agripper par la manche pour le forcer à la suivre.

    — Allons, Romuald, venez !

    Les zombies étaient de plus en plus nombreux dans la salle de prière. D’une démarche lente, et souvent boiteuse, ils s’étaient jetés à leur poursuite. Le duo n’eut toutefois aucun mal à atteindre les escaliers avant eux. Déjà parvenue au palier, Nya s’était immobilisé et avait fermé les yeux. Ses lèvres formaient des mots inintelligibles dans le vacarme ambiant.

    Ils la dépassaient à peine qu’elle exécutait un geste du bras en direction des intrus. Une onde d’énergie sombre se matérialisa et fondit sur ses cibles, qu’elle faucha. Plusieurs d’entre elles volèrent à travers la pièce, s’écrasèrent au sol, contre les murs ou passant même, pour l’une au moins, par l’un des rares vitraux encore intacts.

    — Nya, l’escalier, s’exclama Dolaine en désignant le groupe qui montait vers eux.

    Avec un froncement de sourcils, Nya se prépara à l’attaque, mais Dolaine l’agrippa par la manche et tenta de la tirer à sa suite.

    — Laisse tomber ! Nous ferions mieux d’aller nous réfugier au clocher : là-haut, ils ne pourront pas nous atteindre !

    Nya se dégagea sèchement.

    — Allez-y, vous ! Moi, je m’occupe d’eux.

    Elle leva les mains et commençait à tracer des signes dans les airs, quand Dolaine vint se planter devant elle, les bras écartés.

    — Ne joue pas aux Diablotins ! Ils sont beaucoup trop nombreux pour toi et tu le sais !

    Plus bas, certains avaient commencé à s’occuper de leur barricade. Ils repoussaient avec force les objets qui encombraient les doubles battants, tandis que derrière, les coups résonnaient toujours. Un bras, puis un autre, furent bientôt visible dans l’entrebâillement.

    Les zombies qui montaient vers eux avaient presque atteint le palier. Près de l’autel, un autre groupe était en train de tout saccager. La lourde statue du démon Moloch fut percutée, tangua sur son socle, avant de tomber à terre, où elle se rompit en plusieurs morceaux.

    Nya vit rouge.

    — Laisse-moi ! s’impatienta-t-elle, en tentant de repousser Dolaine, qui continuait de lui boucher la vue.

    — Pas question, répondit cette dernière en se déportant sur la gauche, puis vers la droite. Tu viens avec nous !

    Elle tendit les mains pour attraper son amie, mais celle-ci, dans un geste malheureux et irréfléchi, la bouscula. Les yeux ronds, Dolaine se sentit partir en arrière et, avant de pouvoir réagir, chuta dans les escaliers en emportant avec elle l’ennemi.

    — Dolaine ! s’exclama Nya, horrifiée.

    Elle faisait un pas dans sa direction quand l’ombre de Romuald la dépassa à toute vitesse.

    Si les morts-vivants avaient amorti sa chute, Dolaine comprit dans la seconde qu’elle n’était pas tirée d’affaire pour autant. Dans des gesticulations horrifiées et hystériques, elle tenta de se dépêtrer de l’amas de corps, mais des mains se tendaient déjà dans sa direction. L’une d’elle parvint à la saisir à la cheville et une douleur irradia au niveau de son mollet. Ses exclamations apeurées se transformèrent en cri de souffrance, au moment même où Romuald venait à son secours.

    Il repoussa les zombies qui l’agrippaient et la souleva de terre. De partout, on tentait déjà de le saisir, mais ses mouvements étaient un peu trop rapides pour ses ennemis, qui ne parvenaient qu’à effleurer ses vêtements. Des doigts plus vifs réussirent toutefois à agripper sa manche et à la lui déchirer. Il s’écarta des escaliers et bondit en arrière, semblable à une traînée noire dont on voyait tout juste la forme. D’un saut souple et vertigineux, il se retrouva à hauteur du plafond, où il s’agrippa à une large poutre, avant de s’y hisser d’une main. Sous son bras, molle et le regard fiévreux, Dolaine ne disait plus rien.

    — Nya ! appela-t-il, sans que la jeune femme ne lui accorde la moindre attention.

    Tout à son affrontement, elle ne se souciait de rien d’autre, ce bien que ses attaques commençaient à manquer de précision.

    Le souffle saccadé, elle profita d’un moment de répit pour fermer les yeux et, tout en formant des signes compliqués dans les airs, récita une invocation qui fit naître des trous noirs tout autour d’elle. Des profondeurs des ténèbres s’élevèrent des grognements et des créatures informes, sombres, s’en échappèrent pour se jeter sur les zombies les plus proches.

    Leurs puissantes mâchoires broyèrent et déchiquetèrent tout ce qui se trouvait sur leur passage. Elles s’acharnèrent sur leurs proies, les poursuivirent, mutilant ou tuant sur le coup, avant de perdre soudain toute substance et de disparaître dans des explosions de fumée.

    Leur intervention, si elle fit des ravages dans le camp adverse, eut toutefois l’effet pervers d’enrager les survivants. Dans un empressement rancunier, on ramassa tout ce que l’on trouvait à proximité : débris de verre, de bois, de la statue brisée, avant de les jeter sur celle qui osait leur tenir tête.

    Dans une exclamation douloureuse, Nya forma une cloche de ses bras au-dessus de sa tête, produisant une barrière de protection sur lequel rebondirent les débris. La porte d’entrée, elle, était à présent presque entièrement dégagée et de nouveaux zombies se faufilaient déjà tant bien que mal à travers l’ouverture.

    Sur sa poutre, Romuald tenait toujours Dolaine sous son bras. Celle-ci avait perdu connaissance et, s’il hésita un moment à l’étendre là pour aller donner un coup de main à Nya, il préféra y renoncer. Les zombies étaient trop nombreux e, bien qu’il soit doté d’une force au moins trois fois supérieure à celle d’un individu normal, il savait reconnaître quand il n’était pas de taille. Aussi lent qu’ils puissent être, et aussi rapides qu’il pourrait se montrer, ils finiraient par le mettre en difficulté. À la place, il s’apprêtait donc à bondir en direction de Nya pour l’enlever et la mettre en sécurité, quand un ricanement hystérique s’éleva. Surpris, il jeta un regard autour de lui.

    Ses yeux se posèrent sur un démon. Debout dans l’encadrement d’une fenêtre brisée, le diable observait le carnage sous ses pieds avec une lueur fiévreuse dans le regard. Sa fourche en main, il rejeta sa tête en arrière et poussa un hululement strident qui, non content d’attirer l’attention de Nya sur lui, attira également celle des zombies. Ce fut alors que les premiers hurlements s’élevèrent.

    À l’extérieur, la nuit se teinta de rouge. Une odeur de chair brûlée, parfaitement écœurante, se répandit dans l’église et, un sourire dévoilant ses crocs pointus, le démon se laissa tomber dans la salle de prière, bientôt imité par des dizaines et des dizaines de ses semblables.

    Il en arrivait de partout : des fenêtres, des étages, de la cuisine… la porte d’entrée s’ouvrit avec violence et fit voler les derniers objets qui gênaient encore son ouverture. Des zombies s’y engouffrèrent, poursuivis par des démons hystériques.

    — Pas de feu, hurla Nya en venant s’agripper à la rambarde du palier. Par Moloch, n’utilisez surtout pas de feu !

    Mais loin de l’écouter, les diables avaient déjà commencé à répandre leur souffle enflammé autour d’eux. Des plaintes s’élevèrent et leurs victimes, transformées en torches vivantes, ne tardèrent pas à courir en tous sens, affolées, allumant ici ou là des départs d’incendies que Nya parvint tout juste à maîtriser.

    — Pas de feu ! Pas de feu, vous dis-je, vous allez tout détruire !

    La panique gagna le camp des morts-vivants. L’heure n’était plus à la résistance, mais à la fuite. On se bousculait, on tentait de se défendre maladroitement contre un ennemi de plus en plus nombreux et surtout bien plus rapide.

    Furieuse qu’on ne lui prête aucune attention, Nya tendit la main vers un groupe de démons, qui vola à travers la pièce dans de petits couinements pathétiques. Le reste de la troupe braqua ses petits yeux noirs dans sa direction.

    Avec colère, la jeune femme s’adressa à eux dans une langue sèche, inconnue d’Ekinoxe. Celle des enfers, à laquelle les diables furent bien plus réceptifs car l’on daigna enfin lui obéir. Les gueules se fermèrent une à une et, en remplacement, on se servit de ses griffes et de sa fourche pour combattre un ennemi déjà en déroute.

    Bientôt, il ne resta plus qu’une poignée de zombies dans l’édifice qui, harcelés par des démons hilares, s’empressèrent de quitter les lieux à leur tour. On les poursuivit et leurs cris, ainsi que les rires qui les talonnaient, ne tardèrent pas à devenir un tumulte lointain.

    L’église qu’ils laissaient derrière eux était presque en ruine.

    Il n’y avait plus aucun banc de valide. L’autel avait été renversé, les débris de la statue du démon Moloch piétinés et répandus à travers la pièce. Il y avait également du verre partout, ainsi que du sang et de grosses tâches sombres, laissées par les départs d’incendies. Mais surtout, surtout ! Des corps. Des cadavres par dizaines. Des zombies, mais aussi quelques démons dont l’agonie, pour certains, se prolongeait.

    L’odeur qui régnait sur l’ensemble était celle d’un charnier, aussi écœurante qu’étouffante.

    Les épaules basses, Nya se sentit soudain fatiguée. Vraiment très, très fatiguée. Et elle se serait volontiers laissé aller à l’abattement si la voix de Romuald ne s’était élevée.

    — Nya ?

    Elle battit des paupières et tourna les yeux dans sa direction. Descendu de sa poutre, la panique s’imprimait sur les traits du vampire. Dans ses bras, Dolaine haletait. Les traits creusés, elle ruisselait de sueur et gémissait doucement. Une main portée à sa bouche, Nya rassembla ses jupons et s’empressa de les rejoindre.

    Le mollet droit de son amie était défiguré par une large blessure. Du sang avait coulé jusqu’à son pied. Autour de la plaie, la peau était devenue noire et un pus jaunâtre s’échappait de la chair meurtrie. Elle tendit une main en direction de son front et la retira presque aussitôt. Brûlante… la malheureuse était brûlante de fièvre.

    — Ne vous en faites pas ! le rassura-t-elle. Les miennes ne peuvent devenir zombie : leur virus n’est pas compatible avec notre organisme. Il faut toutefois nous occuper de cette plaie au plus vite, sans quoi elle risque de perdre sa jambe. (Elle eut un regard circulaire pour le carnage qui se dessinait autour d’elle et la fatigue s’abattit à nouveau sur ses épaules. D’un geste las de la main, elle ajouta :) Portez-la jusqu’à son lit : j’arrive tout de suite.

    Lui signifiant d’un hochement de tête qu’il avait compris, Romuald transporta Dolaine à l’étage avec une infinité de précautions. Au premier, le chat du désert avait disparu. Romuald pouvait toutefois entendre sa respiration laborieuse dans sa chambre. Un coup d’œil par l’entrebâillement de la porte lui apprit que l’animal s’était réfugié près de son lit, en une boule hirsute et tremblante.

    De l’épaule, il ouvrit la chambre de Dolaine et alla l’étendre sur ses couvertures. Elle ruisselait de sueur et commençait à avoir du mal à respirer.

    — Tenez, fit Nya qui arrivai les bras chargés d’un petit pot, de bandes, d’une éponge et d’un carré de tissu qu’elle lui tendit. Il faudrait l’humidifier et le lui appliquer sur le visage : ça ne la soignera pas, mais ça la soulagera un peu le temps que je nettoie sa plaie.

    Là-dessus, elle se débarrassa de son chargement sur le lit et alla chercher le récipient d’eau dont Dolaine s’était servie pour sa toilette. Elle y plongea son éponge et, après s’être installée sur l’unique chaise de la pièce, entreprit de nettoyer la blessure de son amie.

    — Elle s’en sortira, affirma-t-elle à l’intention de Romuald qui, son tissu en main, était venue le tremper dans l’eau et l’essorait. Mais il lui faudra garder le lit quelques jours si elle souhaite se rétablir rapidement.

    Elle leva les yeux sur lui et un petit sourire apparut sur ses lèvres.

    — Je suis désolée… à cause de moi, vous allez être retardés.

    En réponse, Romuald secoua la tête. Il s’était penché sur Dolaine et lui tapotait doucement le front à l’aide du tissu humide. La malheureuse, qui souffrait terriblement, poussait de petits gémissements pitoyables, qui s’intensifièrent quand Nya entreprit de désinfecter sa plaie.

    — Je ne crois que pas que vous soyez responsable, dit-il.

    Une expression d’indulgence se peignit sur les traits de son interlocutrice.

    — Vous êtes gentil… mais c’est moi, après tout, qui l’ais faite tomber.

    — Si vous l’aviez fait volontairement, je vous l’aurais reproché, répondit-il, mais je ne crois pas que ce soit le cas. (Puis, tournant les yeux dans sa direction.) N’est-ce pas ?

    Nya releva son regard sur lui. Elle avait appliqué sur la jambe de Dolaine une épaisse couche d’un onguent jaune et odorant.

    En silence, elle détailla ce grand individu maigrichon, au physique si particulier. Il lui rappelait un autre qui, à une époque, lui avait tenu à peu près le même discours. Pourtant, là aussi, son emportement aurait pu leur coûter cher…

    — Décidément, soupira-t-elle d’une voix si basse qu’elle ressemblait presque un murmure, vous vous ressemblez beaucoup…

    Et comme il la regardait sans comprendre, elle lui adressa un petit sourire énigmatique, avant de retourner au bandage de son amie. Quand elle eut terminé, il ne lui restait plus une bande et Dolaine, bien qu’encore fiévreuse, s’était endormie. Elle la contempla et, après une seconde d’hésitation, se redressa.

    Tout en lissant sa robe, elle dit :

    — Voilà, c’est terminé. Maintenant, il n’y plus qu’à attendre que l’onguent face son effet. (Puis elle donna une petite tape sur le bras de Romuald.) Allons, retournez vous coucher : je vous donne ma parole qu’elle ne risque plus rien.

    Quant à elle, songea-t-elle avec amertume, une longue nuit de travail l’attendait…

    — Ah… heu…, fit Romuald au moment où elle allait passer la porte.

    Elle se retourna et, les sourcils haussés, l’interrogea du regard. La gêne s’imprimait sur ses traits quand il bafouilla :

    — Je… heu… je me disais, enfin… que vous auriez peut-être besoin d’aide… vous savez, pour tous ces cadavres ?

    Le sourire de Nya se flétrit et elle le contempla un moment. Sans doute avec un peu trop d’intensité, car elle sentit sa nervosité grandir. Il en était à se tortiller et certainement à lui demander d’oublier ce qu’il venait de dire, quand son sourire revint illuminer ses traits fatigués.

    — Eh bien, si cela ne vous dérange pas, un peu d’aide ne serait pas de refus !

    Erwin Doe ~ 2014

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