• Episode 4 - Partie 7

    Épisode 4 : Merveille

    Partie 7

     

    19

    — Mais puisqu’on vous répète que nous n’avons rien fait !

    Sans avoir eu le temps de s’expliquer, Dolaine et Romuald furent conduits jusqu’au premier poste de guet où une cellule les attendait déjà. Sous la menace, on leur avait attaché les mains au-dessus de la tête, à l’aide de lourdes chaînes prévues à cet effet.

    Humide, le lieu sentait mauvais. Les murs étaient en pierre, le sol en terre battue. Comme ils se trouvaient sous terre, aucune fenêtre n’était visible nulle part. Seule la lueur d’une ampoule, dans le couloir, apportait un semblant de visibilité.

    Lapin Bleu se tenait face à eux. Derrière les barreaux, dans le couloir, des gardes s’activaient, penchés sur leurs bagages qu’ils mettaient à sac. L’un d’eux, la main portée à son épée, se tenait dans l’encadrement de la porte.

    — Silence ! fit sèchement Lapin Bleu. Nous savons que vous êtes les derniers à avoir vu le prince. Il est venu vous trouver à votre hôtel et vous êtes repartis ensemble. À votre retour, il avait disparu. Étrange, non ?

    — Mais bien sûr qu’il avait disparu ! s’agaça Dolaine en battant des jambes de colère. Puisque je me tue à vous dire qu’il a été enlevé juste sous nos yeux !

    — Oui, par des Animas…

    — Exactement, par des Animas !

    Mais à voir l’expression de son interlocutrice, il était clair qu’elle ne la croyait pas.

    — Eh bien moi, je dis que vous mentez.

    — De quoi ?

    — Je dis que vous l’avez livré à ses ennemis, les Lions. Je dis que vous avez, pour cela, touché une jolie récompense que nous avons retrouvée dans vos bagages.

    — Mais… cet argent…, commença Romuald, avant que Dolaine n’explose :

    — N’importe quoi ! C’est du délire, Lapine !

    — Ah oui, vraiment ?

    — Parfaitement ! Nous n’appartenons même à ce royaume, alors à quoi est-ce que ça nous servirait ?

    — Comme je vous l’ai dit : à toucher de l’argent. Tout le monde sait que les Poupées sont cupides. Quant aux vampires… (Son expression se teinta de dégoût et elle retroussa la lèvre avec mépris.) de la racaille juste bonne à semer la mort partout où elle passe.

    — Ce sont des préjugés qui…, commença Romuald.

    — SILENCE !

    Le visage en feu, frémissante de colère, Dolaine siffla :

    — Vous êtes folle. Vous inventez ce qui vous chante ! Je vous l’ai pourtant expliqué : nous ignorions qui il était réellement.

    — Tu mens !

    — Espèce de…

    — Tu mens, répéta Lapin Bleu en croisant les bras. Nous savons que vous aviez connaissance de son identité. Bien sûr, vous êtes certainement arrivés ici en touristes. Nous ne croyons pas que vous ayez préparé votre coup à l’avance : mais il a suffi que le destin vous mette sur sa route pour que vous changiez vos plans. La preuve ! (Elle brandit l’autorisation remise par Teddy, qu’elle tenait en main depuis qu’elle l’avait découverte sur eux.) Car s’il ne fait aucun doute que vous ignoriez son identité en le rencontrant, ce n’était plus le cas après avoir pris connaissance de sa signature.

    « Aussi, et pour donner le change, tu as envoyé ton vampire acheter un billet de train. Mais en route, nous pensons qu’il est entré en contact avec les Lions, qui avaient certainement projeté de l’enlever sur le chemin de la gare. Dommage pour vous : cette première fois, ma présence a ruiné votre petit stratagème.

    « Ensuite, vous avez dû reprendre contact avec vos complices, pour les informer de votre échec. Mais le prince a commis l’erreur de venir vous trouver à votre hôtel. Une aubaine que vous n’avez certainement pas laissé filer : ce pourquoi nous pensons que l’un d’entre vous s’est absenté (Et, disant cela, elle fixait Romuald.) pour retrouver ses ennemis. Et cette fois, les choses sont déroulées comme ils l’espéraient… quant à vous, vous pensiez certainement fuir Merveille le plus rapidement possible avec votre récompense en poche. Vous l’avez avoué vous-même !

    Ce qui était absolument faux. Dolaine n’avait jamais rien avoué de la sorte, et Romuald encore moins. Mais leur discussion, avant qu’on ne les arrête, avait certainement dû être entendue par l’un des soldats, qui en avait tiré les conclusions qui l’arrangeaient.

    — Écoutez-moi, stupide Lapine…, commença-t-elle, les dents serrées, avant qu’un coup de pied ne vienne lui arracher un petit cri.

    — J’ai dit silence !

    Là-dessus, Lapin Bleu se tourna en direction des gardes occupés à fouiller leurs bagages.

    — Vous avez trouvé quelque chose ?

    L’un des Lapins se mit au garde à vous.

    — Rien du tout, madame.

    Lapin Bleu eut un soupir.

    — Dans ce cas, faites venir des renforts et que tous nos effectifs se déploient du côté des quartiers Lions. Fouillez partout, interrogez tous ceux que vous croiserez. Bousculez cette racaille s’il le faut, mais je veux des résultats.

    — Bien !

    Là-dessus, les gardes vidèrent les lieux et leurs pas ne tardèrent pas à se faire entendre dans l’escalier. Lapin Bleu revint aux captifs.

    — Quant à vous, je vais vous laisser un moment pour réfléchir. Et si, à mon retour, vous refusez toujours de coopérer… eh bien, apprenez que nous avons à notre disposition des moyens pour vous obliger à parler.

    Puis elle quitta leur cellule, obligeant le garde qui se trouvait toujours devant la porte à s’écarter. Ce dernier verrouilla derrière elle et la suivit en direction de l’escalier. Leurs pas s’éloignèrent, avant de disparaître complètement.

    Quand elle fut certaine qu’on ne pouvait plus les entendre, Dolaine pesta :

    — Je vous l’avais bien dit !

    Elle eut un claquement de langue agacé.

    — À croire que vous n’auriez pas pu nous tirer de là ! Non mais sans rire, vous aviez la force, et certainement même la vitesse pour ça.

    — Peut-être, mais ça n’aurait pas été très prudent, lui répondit Romuald. Nous aurions pu leur échapper, mais il y avait des risques pour que vous ou moi soyons blessé, sinon certains de ces soldats. Pour le coup, ils auraient vraiment eu quelque chose à nous reprocher.

    Dolaine se cogna l’arrière du crâne contre le mur. Mais quel crétin !

    — Parce que vous pensez que ça aurait changé quelque chose à notre situation ? Nous nous sommes bien retrouvés ici sans preuves !

    — Oui… en effet… mais nous n’avons rien fait de mal. Il faudra bien qu’ils acceptent de reconnaître notre innocence !

    — Heureux les simples d’esprit, soupira-t-elle, sans répondre à son regard interrogateur.

    D’ailleurs, elle devait avouer que les petites cachotteries de Teddy lui restaient en travers de la gorge. Un prince héritier… non, le prince héritier du royaume ! Le fils unique du roi Ursa quatrième s’était trouvé juste sous sa main ! Bon sang, si elle avait su ça plus tôt… pour sûr, ça n’aurait pas été dix Soleils qu’elle aurait cherché à lui extorquer. Oh ça non ! Elle aurait exigé plus, beaucoup plus ! Son silence, après tout, aurait été à ce prix.

    Agacée, elle leva les yeux en direction de ses poignets entravés… si seulement elle pouvait se débarrasser de ses chaînes ! Une bouffée d’espoir la submergeant, elle se mit à tirer dessus. Elle tira, tira, montra les dents, courba le dos, mais rien à faire ! Tout ce qu’elle obtint furent quelques tintements excédés. Essoufflée, elle remarqua que Romuald la fixait avec désapprobation et lui offrit un regard assassin.

    — Qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ?

    — Je ne crois pas que vous parviendrez à vous libérer vous-même.

    — Ah oui ? Petit malin, va ! Alors pourquoi ne pas essayer, vous ? Après tout, vous êtes bien plus fort que moi.

    Avec un léger froncement de sourcils, il lui répondit :

    — Vraiment, je ne pense pas qu’il soit prudent de nous échapper.

    De nouveau, Dolaine se cogna la tête contre le mur.

    — Mais qu’est-ce qui m’a fichu un imbécile pareil ?! Vous n’avez donc rien compris aux menaces de cette Lapine ? Elle parlait de nous torturer, Romuald, de nous torturer !

    La surprise s’imprima sur les traits de son interlocuteur, finalement remplacée par la suspicion.

    — Vous êtes sûre ?

    — Et comment que je suis sûre !

    — Oh…, commença-t-il, avant de marquer un silence, le temps pour lui de réfléchir à ces nouvelles données. Dans ce cas… oui, en effet, il serait plus prudent d’avoir disparus quand ils reviendront. (Puis, levant à son tour les yeux en direction de ses poignets.) Bon… essayons !

    Il banda ses muscles et, tout comme Dolaine quelques instants plus tôt, tira, tira, et tira encore. Les chaînes grincèrent, se tendirent, mais refusèrent toutefois de céder.

    — Alors ? s’impatienta-t-elle.

    — C’est… c’est curieux…, bafouilla-t-il. C’est comme si toute ma force m’avait été retirée.

    — Je vous demande pardon ?

    Mais avant qu’il ne puisse répondre, une série de couinements, semblables à un ricanement, s’élevèrent. Étonnés, ils jetèrent des regards autour d’eux, avant de remarquer le rongeur qui se dessinait derrière les barreaux de leur cellule. Aussi gros qu’un chat, l’animal se tenait debout, sur ses pattes arrière, et avait tout d’un rat. Le poil marron, une bande noire lui barrait les yeux, à la manière d’un masque de voleur. Dans son dos, un petit sac, dont la lanière lui passait en travers du torse.

    — Un rat chapardeur, grogna Dolaine, manquait plus que ça !

    Un sourire retroussa le museau de l’animal, dévoilant ses dents de devant. La tête passée à l’intérieur de leur cellule, ses petites pattes agrippaient les barreaux.

    — Tu peux tirer dessus autant que tu le veux, vampire, mais mes moustaches que ces Merveilleux t’ont fichu des chaînes d’Incube.

    — Des… quoi ? fit Romuald.

    — Des chaînes d’Incube, répéta le rat en se lissant les moustaches d’une patte. Elles absorbent l’énergie des créatures dans ton genre et les pouvoir qui vont avec. (Une série de petits couinements amusés lui échappèrent.) D’ici peu, elles commenceront même à se nourrir de ton énergie vitale et te tueront à petit feu.

    La surprise, plus que la crainte, s’imprima sur le visage du concerné, comme s’il n’avait pas conscience de la gravité de sa situation. Dolaine, elle, s’exclama :

    — Quoi ? Mais c’est horrible Romuald ! (Puis, à l’intention du rat chapardeur :) Tu comptes nous regarder comme ça longtemps ? Tu es capable de crocheter les serrures de nos chaînes, non ? Alors viens nous aider !

    Ce fut au rat de prendre un air étonné.

    — En quel honneur ?

    — En celui que nous sommes innocents !

    — Oui, enfin, ça…

    — Ça quoi ?

    — Eh bien… personnellement, je n’ai aucune preuve que vous disiez vrai. Non, non, désolé les amis, mais la colère des Merveilleux… très peu pour moi ! (Puis, détournant le museau.) Sur ce… si vous voulez bien m’excuser.

    Il trottina en direction des bagages et commença à fouiller dans l’amoncellement de leurs possessions jetées à terre. Les joues en feu, Dolaine fut si scandalisée de son attitude qu’elle en perdit la voix. Une question de secondes, toutefois, avant qu’elle n’explose en cris et injures contre l’animal.

    — Vous savez, commença Romuald, nous n’avons pas l’intention de quitter le royaume.

    Le rat, comme Dolaine, se tournèrent vers lui.

    — Ah non ? fit cette dernière.

    — Non, répondit Romuald. En tout cas pas avant d’avoir retrouvé Teddy. (Et comme le rat se redressait au sommet d’une pile de vêtements chiffonnés, il ajouta :) Nous avons vu ses ravisseurs : c’étaient des Animas, pas des Merveilleux. Ces Lapins se trompent et risquent de perdre un temps précieux s’ils s’obstinent à chercher du côté des Lions.

    Le rat, qui avait quitté son perchoir pour revenir vers eux, se massa le museau.

    — Peut-être oui… c’est bien possible que vous soyez sincère, mais… qu’est-ce que ça change ?

    — Ça change que nous possédons une description des coupables et que vous, en tant qu’habitant de ce royaume, serez certainement capable de nous aider à les retrouver.

    Non sans surprise, Dolaine constata que, pour une fois, Romuald ne s’en tirait pas trop mal niveau négociations.

    Le rat avait pris un air songeur. Ses petits yeux noirs se plissèrent et il questionna :

    — Oui, d’accord, mais qu’est-ce que ça me rapporterait ?

    — Eh bien… vous sauveriez l’héritier du royaume.

    — Oh moi, vous savez… ces histoires-là… !

    C’était trop beau pour durer, songea Dolaine, voyant que son compagnon arrivait à court d’arguments.

    Et comme il ne paraissait plus capable de continuer, elle intervint :

    — Teddy Ursa est un garçon généreux : je ne doute pas qu’il saura te récompenser.

    Le rat avait passé la tête à travers les barreaux et la fixait. Il ne semblait toujours pas convaincu, mais elle savait qu’elle avait éveillé son intérêt : ceux de son espèce ne résistaient jamais longtemps à l’appel d’une récompense.

    — Moi ? Et pourquoi ferait-il ça ?

    — Parce qu’en nous venant en aide, tu nous auras permis de le retrouver, et donc de le sauver. Tiens ! Il pourrait même te décorer !

    De plus en plus intéressé, le rat laissa son regard aller de l’un à l’autre, pesant certainement le pour et le contre.

    — Vous êtes sûrs qu’il le ferait ?

    Dolaine approuva d’un hochement de tête.

    — Et si ce n’est pas lui, ce sera sans aucun doute le roi : après tout, Teddy Ursa est son seul héritier !

    — Oui… c’est vrai, oui… mais…

    — Oh, allez rat ! Dis-moi combien des tiens ont déjà eu cette chance à portée de pattes ? Combien des tiens les dirigeants de ce royaume ont-ils remercié et décoré ? Mhh ?

    — Aucun, soupira son interlocuteur.

    Et cette fois-ci, elle vit qu’elle avait visé juste. La convoitise s’alluma dans son regard, une convoitise qui allait en grossissant. Car elle savait que les habitants de Merveille, même ceux qui, comme lui, appartenaient aux classes les plus basses, restaient sensibles à la reconnaissance royale… Et même ! Les rats chapardeurs y étaient sans doute les plus sensibles, eux qui aimaient s’approprier les biens d’autrui et amasser, dans leurs tunnels, des collections sur lesquelles ils passaient leur temps à se vanter auprès de leurs congénères. Alors une récompense royale au milieu de tout ça… surtout si on était le premier de son espèce à en recevoir une, vraiment, ça ferait sensation !

    — Bon, dit-il, après quelques secondes de réflexion. Je veux bien vous aider… mais si je vous soupçonne d’essayer de m’embobiner, alors sur mes ancêtres, je jure de vous dénoncer aussi sec à la garde ! C’est bien compris ?

    — Compris, répondit Dolaine, avant de jeter un regard en coin à Romuald.

    Après une brève hésitation, ce dernier approuva à son tour.

    Tout en jetant des regards inquiets autour de lui, s’assurant que personne n’était là, quelque part, à les espionner, le rat pénétra dans leur cellule. Il fit passer sa besace sur son ventre et en tira un petit objet en fer, qui rappelait vaguement une clef, avant de s’approcher d’eux. Puis il grimpa sur Dolaine, monta jusqu’à ses épaules et se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre ses poignets et y crocheter ses chaînes. En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, Dolaine était libre et il courait s’occuper de Romuald.

    — Beau boulot le rat, dit-elle en se massant les poignets.

    L’autre, qui avait déjà grimpé jusqu’aux poignets de Romuald, répondit :

    — Je m’appelle Flee. (Puis, une fois de retour à terre, il se tourna vers la porte de la cellule et se massa le menton d’une patte.) Hum… cette serrure-là risque de me poser plus de problèmes !

    Il fouillait de nouveau dans sa besace, quand Romuald se remit sur pieds et dit :

    — Laissez, je pense pouvoir m’en occuper.

    Là-dessus, il s’approcha des barreaux et referma les mains sur deux d’entre eux. Ses premiers essais ne furent pas très concluants, sa force ayant du mal à lui revenir. L’obstacle, toutefois, finit par gémir, puis se tordre et s’écarter suffisamment pour leur permettre de se faufiler dans le couloir sans trop de difficultés.

    Bouche bée, le rat s’approcha des barreaux et siffla.

    — Quelle force !

    Dolaine, qui n’avait pas attendu pour sortir, s’était accroupie à hauteur de leurs valises.

    — Nos affaires ! gémit-elle, des vêtements serrés en boule contre elle. Il faut les emporter avec nous !

    Elle gavait sa valise et tentait de la refermer, quand Romuald déclara :

    — Pas le temps pour ça : nous reviendrons les chercher une fois Teddy tiré d’affaire.

    — Mais…

    — Hé, vous deux, les interpella Flee. Grouillez-vous un peu !

    Tous les sens en alerte, il était nerveux. Ses oreilles ne cessaient de remuer et il se tournait et se retournait, comme s’il craignait que quelqu’un ne surgisse brusquement…

    Dolaine hésita, jeta un dernier regard à leurs biens, avant de saisir l’un des sacs de Romuald et d’y ranger les bourses du vampire ; elles aussi abandonnées à terre, ouvertes.

    — Prenez au moins notre argent avec vous, dit-elle en lui tendant le sac, on ne sait jamais !

    Là-dessus, elle se redressa et, comme elle passait devant Flee, ce dernier lui sauta dessus. Un petit cri lui échappa, tandis qu’il lui remontait le long du dos. Elle tourna, et tourna sur elle-même, la tête sur le côté, cherchant à apercevoir le rongeur. Celui-ci s’arrêta au niveau de son épaule et vint écraser ses pattes avant et son museau sur sa tête blonde.

    — Qu’est-ce que tu fais ? s’agaça-t-elle, indignée.

    — Bien quoi ? Tu ne pensais tout de même pas te débarrasser de moi aussi facilement ? Désolé ma jolie, mais je ne veux pas d’entourloupe : à partir de maintenant, toi et moi nous ne formons plus qu’un !

    Erwin Doe ~ 2014

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