• Episode 4 - Partie 8

    Épisode 4 : Merveille

    Partie 8

     

    20

    Quitter le poste de garde ne fut pas bien compliqué. Les effectifs s’étant tous jetés à la recherche de Teddy, il ne restait qu’un seul soldat pour surveiller l’établissement. Quand Flee le leur avait désigné, l’individu leur tournait le dos, assis derrière un bureau d’accueil. Unique obstacle entre eux et la sortie. Un obstacle duquel Romuald n’avait pas eu grand mal à les débarrasser. Se faufilant derrière lui, il l’avait assommé avant de le traîner dans un coin, à l’abri des regards.

    Et après s’être assurés que la voie était libre, ils avaient pris la direction des quartiers Animas.

    Ceux-ci, en comparaison du reste de la capitale, offraient un spectacle pour le moins misérable : des rues d’une propreté relative, des habitations qui respiraient l’indigence, une population trop nombreuse pour l’espace disponible et la présence manifeste de malheureux en guenilles, que l’on retrouvait parfois à dormir en boule, aux coins des rues.

    Autant dire qu’on ne voyait pas souvent de touristes dans le coin, et que ceux à s’y risquer étaient tout de suite repérés et tenus pour suspects par ses habitants.

    — Allez, quoi, sois pas comme ça ! Je te dis qu’ils t’attireront pas d’ennuis.

    Sur le pas de sa porte, une Anima les contemplait avec méfiance. Interpellée alors qu’elle s’apprêtait à rentrer chez elle, c’était avec une mauvaise humeur évidente qu’elle avait accueilli leurs questions.

    Secouant sa tête de chat tigré, elle s’agaça :

    — Laissez-moi tranquille : je n’ai pas envie d’être mêlée à vos histoires !

    Là-dessus, elle ouvrit sa porte et la referma sèchement derrière elle.

    — Bon sang ! fit Dolaine, après qu’un silence se soit attardé entre eux. Nous n’arriverons à rien de cette façon !

    Romuald approuva d’un signe de tête. Ce n’était pas la première à réagir de la sorte. Les quelques individus croisés et interrogés les avaient, pour la plupart, envoyés se faire voir ailleurs. Les autres les avaient dépassés à toute vitesse, la tête rentrée dans les épaules, sans qu’ils ne parviennent à en tirer quoique ce soit.

    Toujours sur l’épaule de Dolaine, Flee se tapotait le museau et balaya les alentours de ses yeux sombres. Ceux encore dehors à cette heure tardive les fixaient, quoiqu’à bonne distance, et on sentait peser une tension hostile. En plein jour, ils auraient eu du mal à faire deux pas sans qu’une foule se masse autour d’eux pour les surveiller et leur faire sentir qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

    — Fallait s’y attendre ! Les gens d’ici ont déjà des problèmes par-dessus la tête, alors que des étrangers viennent se balader chez eux… surtout s’ils cherchent des Animas… comprenez, ils doivent penser que vous magouillez je sais pas trop quoi de pas très net. (Puis, après avoir retourné le problème dans sa caboche, il vint écraser son museau contre le crâne de Dolaine, ses petites pattes agrippant les mèches de sa frange.) T’es bien sûre de pas t’être trompée ? Tu sais… avec le manque de visibilité, y a des chances pour que t’aies confondu des Merveilleux avec des Animas.

    Agacée, Dolaine leva les yeux pour tenter de l’apercevoir, avant de porter une main dans la direction du rongeur. L’attrapant par la peau du cou, elle l’arracha de force à son perchoir et le tint devant elle, un froncement de sourcils venant lui plisser le front.

    — Je sais parfaitement ce que j’ai vu ! Celui que j’ai rattrapé était un Anima, aucun doute là-dessus !

    — Peut-être ne cherchons-nous pas au bon endroit ? hasarda Romuald.

    — M’étonnerait, lui répondit Flee en tordant le cou dans sa direction. Ce quartier est le plus proche du lieu de votre enlèvement. S’ils ne se sont pas arrêtés ici, alors les types devaient être du genre suicidaire… ‘savez, les Animas ne peuvent pas se déplacer comme ils le souhaitent à Utopie.

    — Que voulez-vous dire ?

    — Simplement que s’il est difficile pour les Merveilleux de quitter Merveille, il n’est pas facile pour un Anima de se déplacer en dehors des quartiers fréquentés par les siens. Ailleurs, ils sont forcément suspects… les Merveilleux ne leur font pas confiance, et avec le chargement royal qu’ils transportaient, ces types n’avaient certainement pas envie qu’on vienne les arrêter pour un petit contrôle de routine.

    Dolaine le fixa un long moment, comme si elle cherchait à s’assurer qu’il ne se moquait pas d’elle. Finalement, elle soupira.

    — Pas Moloch, fit-elle, ce royaume est encore pire que ce que je pensais !

    — Et encore, t’es loin d’en avoir fait le tour : en plus d’être mal vus, les Animas souffrent de tout un tas de discriminations qui les empêchent ne serait-ce que d’espérer s’élever au-dessus de leur condition. Ils naissent pauvres et sont condamnés à le rester. C’est pour ça que ces gens, tu vois… qu’ils sont méfiants, quoi. Leur situation est déjà suffisamment pénible comme ça !

    Une méfiance qui ne risquait pas de jouer en leur faveur…



    21



    — À ce train-là, nous y seront encore l’année prochaine !

    L’air sombre, Dolaine évoluait en tête. Plus d’une heure qu’ils déambulaient à travers les rues du quartier sans pour autant être parvenus à mettre la main sur le moindre indice. Pire encore, leurs manœuvres commençaient sérieusement à attirer l’attention sur eux…

    Elle poussa un soupir contrarié. Sur son épaule, elle pouvait sentir le poids de Flee et, à la longue, celui-ci commençait à devenir sacrément lourd.

    Elle adressa un regard frustré au rongeur et eut envie de le faire tomber. S’il n’avait pas été là… si elle n’était pas certaine que Romuald s’y opposerait, voilà un moment qu’elle aurait mis les voiles loin de ce fichu royaume. L’enlèvement de Teddy était certes malheureux mais, bon sang, elle continuait à penser que cette histoire ne les concernait pas !

    Se massant le front d’une main, elle allait quitter la ruelle humide qu’ils remontaient, quand elle se sentit tirée en arrière. Sa bouche s’ouvrit sur une exclamation, mais un obstacle, glacé, s’écrasa contre ses lèvres. Affolée, elle tordit le cou et découvrit Romuald. Il lui fit signe de se taire.

    Comme elle approuvait d’un signe de tête, il la libéra et désigna du doigt ses oreilles en pointe. Puis il eut un mouvement du menton et l’invita à venir jeter un œil à la rue voisine.

    Discrètement, Dolaine sortit la tête de la ruelle et étouffa un cri de frustration. Sur son épaule, Flee se raidit et elle sentit ses moustaches frémir contre sa joue. Car un peu plus loin, des soldats se dessinaient. Trois Lapins armés qui encerclaient un Anima Chien dépenaillé et franchement pas rassuré.

    Le mot « vampire » remonta jusqu’à eux et Dolaine se rejeta en arrière, pour se coller contre le mur. Elle s’envoya une claque contre le front.

    — Saleté de Lapine, s’exaspéra-t-elle à mi-voix. Elle nous aura vite retrouvés !

    Face à elle, Romuald s’était lui aussi plaqué contre le mur.

    — J’ai bien peur que ça ne complique nos recherches.

    — Et pas qu’un peu ! Déjà que ce n’était pas brillant… vraiment, Romuald, je pense qu’il serait préférable de laisser tomber : cette histoire devient trop dangereuse !

    Elle sentit un poids s’écraser sur sa tête et de petite pattes griffues lui agripper les cheveux. Outré, Flee siffla :

    — Ah ça, non ! N’espère même pas me jouer ce tour, Poupée, ou je hurle pour alerter ces soldats !

    Dolaine allait lui répliquer qu’il en avait des bonnes, quand Romuald lui fit signe de se taire et se plaqua un peu plus contre le mur. L’imitant, Dolaine ne tarda pas à entendre des pas se rapprocher et les soldats dépassèrent leur cachette.

    Le bruit de leurs bottes s’éloigna et ce ne fut qu’une fois qu’il eut disparu qu’elle mena une main à sa poitrine.

    — Bon sang ! Comment est-ce qu’on va faire, maintenant, avec ces fouineurs qui risquent de nous tomber dessus à chaque coin de rue ?!

    Songeur, Romuald ne lui répondit pas. À la place, ce fut Flee qui reprit la parole :

    — Écoutez ! Vous deux, vous êtes décidément trop voyants : si nous restons ensemble, je vous parie mes moustaches que nous serons rapidement repérés !

    — Tu crois peut-être que nous n’en sommes pas conscients ? lui répondit Dolaine en recoiffant sa frange.

    — Non, mais ce que je veux dire, c’est que…

    — Vous voudriez que nous nous séparions ? le coupa Romuald.

    Tout d’abord surpris, Flee se redressa sur l’épaule de Dolaine et, une patte portée à la tête blonde de cette dernière, approuva :

    — C’est la seule solution : je fais peut-être une erreur, mais je crois que toi, tu as vraiment envie de retrouver le prince. Tu ne partiras pas comme ça, sans être sûr qu’il est tiré d’affaire, je me trompe ?

    Sans s’attarder sur l’expression de Dolaine, qui avait retroussé son nez d’agacement, Romuald répondit :

    — En effet… vous pouvez me faire confiance sur ce point.

    — Bien, c’est ce que je pensais ! Aussi, voilà ce que je vous propose : laissez-moi me charger de ces recherches. Seul, je suis certain de retrouver leur piste. Vous, vous n’aurez qu’à rester dans le secteur : je vous rejoindrai sitôt que j’aurai de nouvelles informations.

    Dolaine, qui oscillait entre l’agacement et le désespoir, en vint à se demander si ce n’était pas Romuald qui avait raison, au final.

    Maintenant que leur disparition avait été remarquée, il leur serait difficile de quitter le royaume. On devait en surveiller toutes les issues et, comme le leur avait déjà fait remarquer Teddy, on ne voyait pas beaucoup de vampires et de Poupées à Merveille. Alors les deux ensemble ! Impossible, dans ces conditions, d’échapper bien longtemps à Lapin Bleu et ses pairs.

    Oui, il devenait évident que la seule solution à leurs problèmes était de retrouver Teddy. Aussi Dolaine n’apprécia pas l’idée que Flee cherche à se séparer d’eux.

    — Hé ! Hé ! Hé ! dit-elle en attrapant le rongeur par la peau du cou, afin de le porter à ses yeux. Pas d’entourloupe, mon petit père : qu’est-ce qui me dit que tu reviendras bel et bien nous chercher ?

    Car en cet instant, elle le soupçonnait fortement de vouloir garder pour lui tous les honneurs.

    Le rat eut un sourire affreux qui lui retroussa le museau.

    — Allez, ma grande, ne sois pas stupide : tu crois sérieusement que, seul, j’arriverai à le tirer des griffes de ses ravisseurs ? (Puis, levant les yeux sur Romuald :) Je suis réaliste, tu sais ? Et je compte bien profiter de la force de ton surhomme.

    Les paupières plissées, Dolaine ne paraissait toutefois pas décidée à le croire. Ce fut donc Romuald qui, venant lui poser une main sur l’épaule, approuva :

    — Je pense que ça vaut le coup d’essayer.



    22



    — Par ici !

    Dans la rue, des voix. Des épées cliquetèrent, accompagnées du martellement de semelles contre le sol. Des exclamations, puis :

    — Vous les avez vus ?

    Les quatre soldats s’adressèrent des regards interrogateurs. Mais il était évident, à voir l’air dépité de chacun, qu’ils avaient laissé s’échapper leur cible. Frustré, l’un deux tapa du pied et ordonna :

    — On se sépare et on fouille le périmètre : ils ne peuvent pas être allés bien loin !

    Là-dessus, chacun parti de son côté. Ils avaient tout juste disparus que, plus haut, au niveau des toits, le visage de Dolaine apparut. S’assurant que la voie était libre, elle se rejeta en arrière, sur les tuiles couvertes de mousse.

    — Eh bien ! C’est pas passé loin, cette fois !

    Puis elle retroussa le nez et jeta un œil à sa main gauche. Malgré le manque de visibilité, elle parvint à distinguer que celle-ci était recouverte de mousse écrasée. Dégoûtée, elle chercha un endroit où l’essuyer et dut finalement y renoncer : hors de question pour elle de salir davantage sa robe.

    Quelques minutes plus tôt, leur route avait croisé celle d’une patrouille. Les soldats ne s’étaient toujours pas remis de leur surprise qu’ils fuyaient déjà à toutes jambes, comme si leur propre vie en dépendait. Mais alors qu’ils pensaient être tirés d’affaire, ils avaient entendu d’autres ennuis arriver face à eux, attirés par les cris d’alerte de ceux qui les talonnaient. Profitant de leur avance pour agir, Romuald l’avait alors soulevée dans ses bras et bondit en direction du toit le plus proche.

    — Je vous le dis : c’est la dernière fois que je mets les pieds dans ce fichu royaume ! pesta-t-elle, en inspectant sa deuxième main, aussi sale que la première.

    Assis près d’elle, Romuald sondait la nuit du regard. Il ne paraissait pas vraiment inquiet, presque trop paisible. Néanmoins, elle devinait qu’il ne s’agissait que d’une façade.

    — Je crois qu’il serait plus prudent pour nous de rester à l’abri ici.

    Dolaine secoua la tête.

    — Pour que le rongeur ne nous retrouve pas ? Laissez tomber, Romuald !

    Là-dessus, elle se remit sur pieds et alla s’assurer que la rue était toujours déserte. Satisfaite, elle se tourna vers son compagnon.

    — Allez : faites-nous descendre de là !

    Mais elle vit bien, à son expression, qu’il était contrarié.

    — Vraiment… je ne pense pas que ce soit une très bonne idée.

    Malgré tout, il se redressa et, après une hésitation, la prit dans ses bras pour sauter dans le vide.



    23



    Dolaine poussa un cri.

    On venait de l’agripper par le col, pour la tirer en arrière avec force. Avant qu’elle n’ait eu le temps de se débattre, un objet glacé vint se coller contre sa gorge et une voix s’éleva tout près de son oreille :

    — Plus un geste !

    Romuald se retourna et ce qu’il découvrit le paralysa : Derrière sa compagne se dessinait la silhouette de Lapin Bleu. Elle tenait sa victime en respect grâce à la lame de son épée.

    Comme il faisait un pas dans leur direction, la Lapine passa son bras autour de la taille de Dolaine, pour la serrer un peu plus étroitement.

    — À ta place, commença-t-elle, je me tiendrai tranquille, sinon…

    Là-dessus, sa lame mordit la chair de Dolaine, sans la blesser toutefois. Ce qui n’empêcha pas la malheureuse de pousser un hoquet de terreur.

    — Ro… Romuald… gémit-elle, d’une voix suppliante.

    En signe de reddition, ce dernier leva les mains.

    — Bien, fit Lapin Bleu, satisfaite. Maintenant, nous allons tranquillement attendre le passage de la prochaine patrouille et…

    Mais avant qu’elle n’ait eu le temps de terminer, ils furent encerclés par une bande d’Animas. L’un d’eux, à tête de chèvre, s’avança en les pointant du doigt. La panique se lisait dans ses yeux un peu exorbités.

    — Voilà, c’est eux ! C’est eux qui posent des questions partout !

    Le reste de la bande était au nombre de cinq. Des individus massifs, composés d’ours aux mines peu engageantes. À leurs flancs pendaient des épées, prisonnières de fourreaux usés. L’un d’eux abattit une main large et gantée sur l’épaule frêle de l’homme chèvre.

    — C’est bon, tire-toi !

    L’autre ne se fit pas prier davantage. Sans doute soulagé d’en avoir déjà terminé avec sa besogne, il recula et le claquement de ses sabots accompagna son départ.

    Depuis l’arrivée du groupe, Lapin Bleu s’était tendue. D’une voix autoritaire, elle lança :

    — Garde royale : vous n’avez rien à faire ici, alors circulez !

    En réponse, l’un des ours tira son épée et s’approcha de Romuald pour l’en menacer. Sans lâcher Lapin Bleu du regard, il dit :

    — Tranquillise-toi, Lapine, c’est après eux qu’on en a. (Puis, portant son attention sur le vampire.) Hein ? Vous allez sagement nous suivre tous les deux : on a deux ou trois petites choses à voir avec vous.

    Et, disant cela, il manqua d’éborgner son interlocuteur avec la pointe de son épée. Ce dernier eut juste le temps de la bloquer entre le pouce et l’index.

    — Faites un peu attention !

    Les crocs à découvert, l’ours tenta de dégager son arme.

    — Dis donc toi, commence pas à jouer les malins ou…

    Mais d’un geste vif, Romuald la lui arracha et l’envoya voler derrière lui. Elle rebondit contre le mur d’une habitation et s’écrasa à terre dans un tintement. La gueule ouverte, les yeux écarquillés, son adversaire recula.

    — Espèce… espèce de…

    Repoussant vivement Dolaine sur le côté, Lapin Bleu se jeta sur l’individu, épée brandie et prête à frapper. Il n’en fallut pas plus au reste de la bande pour passer à l’attaque. Un lame vint rencontrer la sienne et manqua de la désarmer.

    Libre, mais incapable de participer à l’affrontement, Dolaine s’éloigna des combats. Sa main se porta à sa gorge et elle se fondit dans l’ombre d’un bâtiment, en tremblant encore un peu d’émotion.

    Bien que désarmé lui aussi, Romuald n’avait pas de difficulté à faire face à l’adversaire. Les Animas étaient des individus au moins aussi grands que lui, mais deux ou trois fois plus épais. Leurs attaques, violentes, l’auraient sans doute gravement blessé si l’une d’elle l’avait atteint de plein fouet. Néanmoins leur rapidité pouvait difficilement rivaliser avec celle d’un vampire. Trois adversaires restaient toutefois une menace sérieuse et Romuald ne put esquiver toutes les attaques, avant d’atteindre le premier.

    La lame d’un des Ours l’atteignit au niveau du bras, mais ne parvint qu’à endommager son vêtement, idem pour la deuxième, qui effleura son flanc gauche et valut à sa robe une nouvelle balafre. La troisième, elle, le griffa à la main et creusa un fin sillon sur le dos de celle-ci. Un sang noir perla le long de la plaie, dégoulina lentement jusqu’aux doigts fins du vampire qui, au même instant, frappait son adversaire le plus proche et l’envoyait au tapis. Sonné. Un deuxième ne tarda pas à le rejoindre, puis Romuald fondit sur le troisième.

    De son côté, Lapin Bleu était toujours en prise avec le même homme. Après un échange de coups – où sa technique compensait largement son manque de force – elle parvint finalement à le désarmer et le menaça de son épée. Paniqué, l’autre recula vivement et butta contre Romuald. Il levait les poings pour le frapper, mais le vampire l’assomma d’un coup sur le crâne. Son précédent adversaire, quant à lui, était déjà à terre.

    Du groupe, seul restait encore l’Anima désarmé en début d’affrontement. La scène qui venait de se dérouler avait été rapide, beaucoup trop pour qu’il ait eu le réflexe de fuir. Il se tenait donc là, la gueule ouverte et les yeux exorbités. Incapable d’y croire. Et ce ne fut que quand Romuald et Lapin Bleu se tournèrent dans sa direction qu’il songea qu’il serait préférable pour lui de jouer les filles de l’air.

    Le voyant effectuer un demi-tour et venir dans sa direction, Dolaine se plaqua d’abord contre le mur derrière elle, pour éviter d’être fauchée par cette masse lancée à pleine vitesse, avant de prendre une décision risquée. D’un bond, elle se jeta droit dans les jambes de l’individu, avec pour intention de le faire trébucher. La rencontre ne fut pas sans douleur, mais son action eut l’effet escompté. Car après quelques moulinets des bras, l’Anima s’écroula lourdement face contre terre.

    Il se redressait tout juste sur les coudes que Lapin Bleu était déjà sur lui. Son épée toujours en main, elle l’agrippa par le col et le secoua.

    — Parle ! Pourquoi cette attaque ?

    En pleine panique, sa victime ne parvint qu’à produire quelques sons inintelligibles. Agacée, la Lapine le secoua avec plus de force encore, tandis que derrière elle, Dolaine se redressait. Une main portée au bas de son dos, elle grimaça. Ses genoux la faisaient souffrir et elle devinait qu’elle aurait de beaux bleus sur tout le corps d’ici au lendemain. Puis ses yeux se baissèrent sur sa robe, sur les traces brunâtres, humides, qui la maculaient. Une expression dégoûtée vint déformer un peu plus ses traits.

    — Alors ? Alors ?! Tu vas parler, oui ?

    — Je… je… je… nous…

    — Je quoi ? Nous quoi ? Qu’est-ce que vous vouliez ? Réponds ! (Puis elle eut un signe de tête en direction de Romuald.) Est-ce qu’il faut que je te laisse entre les mains de celui-là pour qu’il te force à parler ?

    L’Anima leva le regard sur Romuald, qui se tenait juste derrière Lapin Bleu. La terreur fit presque jaillir ses yeux hors de leurs orbites et il eut un mouvement de recul.

    — Non ! Non ! Écoutez… on voulait juste… juste leur faire peur. Ils posaient des questions bizarres sur… sur des Animas. Alors nous… nous on voulait juste leur faire comprendre de ne pas se mêler de nos histoires.

    — Quelles histoires ?

    Mais le type secouait la tête en signe d’impuissance.

    — Nous… je… nous… aucune idée. On était juste là pour… pour empêcher des étrangers de venir créer des problèmes ici. C’est tout… vraiment tout !

    Peu convaincue, l’expression de Lapin Bleu se durcit, en même temps que ses doigts raffermissaient leur prise.

    Derrière elle, Dolaine lança :

    — Vous savez parfaitement pourquoi nous sommes ici, Lapine. Nous en avons déjà parlés, mais vous avez refusé de nous croire.

    Lapin Bleu tourna la tête vers elle, ce qui eut pour effet de lui faire relâcher son attention. Une maladresse qui n’échappa pas à sa victime. Avec violence, l’Anima la repoussa en arrière, bondit sur ses pieds et s’élança en avant. Affolée, Dolaine tendit un doigt dans sa direction.

    — Romuald !

    Ce dernier allait se jeter à la poursuite du fuyard quand Flee fit son apparition au milieu de la rue. Les moustaches frémissantes de colère, il se redressa sur deux pattes.

    — Bon sang, vous le faites exprès ou quoi ? Je vous avais pourtant demandé de rester discrets !

    — C’est pas vrai ! Qu’est-ce que c’est que ça encore ? s’exclama Lapin Bleu, ce qui eut pour effet d’attirer l’attention du rongeur sur elle.

    — Tiens, tiens… alors ça, on peut dire que tu tombes bien Lapine. (Et, avec un petit sourire en coin affreux :) Je crois savoir où tu pourras trouver ton protégé !

    Erwin Doe ~ 2014

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