• Episode 6 - Partie 6 : Létis

     

    Épisode 6 : Létis

    Partie 6

     

    11

    — Allons Romuald, remettez-vous : Ce n’est pas comme si vous lui deviez quoique ce soit !

    En réponse, le vampire poussa un soupir à fendre l’âme.

    La rue qu’ils remontaient portait les stigmates de l’invasion. Plus trace de vivants nulle part, la population ayant commencé à être évacuée. Dans le lointain, les lueurs de plusieurs incendies et l’on devinait, aux traces sombres laissées sur les murs des habitations, que l’envahisseur s’était également servi de sa magie ici. Certains cadavres arboraient des signes de brûlures plus ou moins importants, certains n’étant plus que des morceaux de chair noirâtre et racornie, dont on voyait les dents blanches, si blanches, apparaître là où auraient dû se trouver leurs lèvres.

    — Je n’aurais pas dû lui parler ainsi. J’ai été trop loin, je crois…

    Dolaine, qui trottinait en tête, lui jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.

    — Au contraire. Je crois que vous avez bien fait de le remettre à sa place.

    Et comme il levait un regard étonné sur elle, elle secoua la tête et ajouta :

    — Vous savez, je n’ai pas apprécié de l’entendre vous dire que vous feriez mieux d’aller acheter des esclaves. Cette hypocrisie ! Si vous n’aviez pas répliqué, je l’aurais fait à votre place.

    Il l’écoutait avec attention, les sourcils haussés. Elle renifla.

    — Mais ne vous trompez pas : je pense moi aussi que c’est criminel que d’enlever des gens comme vous le faites. Seulement, je ne vois pas en quoi ce serait un moindre mal que d’aller grossir les affaires de Mille-Corps. Cette ville est une abomination et je suis scandalisée qu’un prince de Létis puisse encourager son commerce, alors que le royaume s’affiche comme l’un de ses principaux opposants.

    À nouveau, elle renifla et redressa le menton, les sourcils froncés dans une expression farouche.

    Louis était à la traîne et conservait le silence, le regard dans le vide. La Poupée le soupçonnait de se réserver depuis tout à l'heure et craignait qu’il n’ouvre prochainement la bouche, certaine que plus personne ne pourrait le faire taire. D’ailleurs, le premier signe d’un retour à la normale ne tarda pas à se manifester.

    — Vos dirigeants et ceux de Létis n’ont-ils jamais essayé de trouver un terrain d’entente ?

    Dolaine sentit les poils de sa nuque se hérisser.

    — Ne lui répondez pas, souffla-t-elle à l’intention du vampire.

    — Je vous ai entendu, Dolaine, lui fit savoir le Pantin. (Il n’y avait toutefois aucun reproche dans sa voix, juste un amusement fatigué.) Et ma question est on ne peut plus sérieuse, Romuald. Vous savez, j’ai tendance à penser que les problèmes peuvent être résolus pour peu que l’on se donne la peine de s’asseoir et d’en discuter sérieusement. Seulement, je remarque trop souvent que les gens préfèrent négliger cette étape et à la place ils…

    — Nous avons essayé une fois, le coupa Romuald, sentant qu’il partait pour ne plus s’arrêter. Mais ça n’a pas fonctionné et depuis…

    — Pourquoi cela ?

    — Parce que Létis n’a jamais cessé de nous voir autrement que comme des monstres, peut-être ? Ils nous ont repoussés, très durement, et depuis nous n’avons pas cherché à faire le second pas… et eux encore moins. C’est vrai qu’il n’est pas facile d’entrer en contact avec les miens, d’autant qu’ils voient difficilement le mal dans ce qu’ils font, mais… (Il secoua la tête.) Si Létis voulait vraiment régler ce différend, alors la chose serait déjà faite.

    — Mais vous le dites vous-même, non ? intervint Dolaine. Le gouvernement de Létis aurait du mal à se faire comprendre des vôtres.

    — Ce qui n’est pas une raison suffisante pour ne pas essayer ! Je le dis, et je le reconnais, il n’est pas facile de communiquer avec les miens. D’abord parce qu’ils parlent assez mal la langue commune, mais surtout parce que leur façon de raisonner n’est pas forcément la même que vous et moi. Toutefois, si nous avons tenté de nous entendre avec Létis autrefois, il n’y a pas de raison que nous refusions aujourd’hui, pour peu que celui-ci nous prouve qu’il saura se montrer digne de notre confiance.

    — Mais de là à accepter de changer leur mode de vie… ?

    — Pourquoi pas ? Trouver un arrangement nous faciliterait à tous l’existence. Les miens ont du mal à changer, mais ils n’y sont pas totalement fermés s’ils y voient leur avantage.

    Mais Dolaine n’était que moyennement convaincue et, après quelques secondes d’un silence songeur, déclara :

    — Je me demande si vous ne vous illusionniez pas un peu sur le compte des vôtres… s’ils avaient vraiment voulu que la situation s’améliore, ils ne seraient pas restés sur un échec.

    — Ne parlez pas de choses que vous ne comprenez pas ! répliqua Romuald.

    La dureté de son ton, inhabituelle chez lui, la troubla. Au point qu’elle n’osa pas répliquer.

    Encore plus étonnant, Louis était retourné à son mutisme. À nouveau, la Poupée sentit monter en elle la certitude qu’il leur préparait quelque chose. Elle grogna, avant de reporter son attention devant elle.

    À force d’acharnement, Dolaine était parvenue à faire entendre raison à Romuald et à le pousser à revenir à leur idée première : celle de trouver un moyen de mettre les voiles. Ils auraient pu évacuer Létis avec le reste de la populace, toutefois, la Poupée savait que des dangers les attendraient au milieu de cette foule, pas seulement parce qu’elle ferait une cible facile pour l’ennemi, mais également parce que celle-ci aurait très bien pu se venger du drame sur eux. Non ! Dans l’immédiat, le plus important restait de récupérer leurs valises. Pour le reste, ils aviseraient…

    A supposé, bien entendu, que leur hôtel soit encore en un seul morceau !

    Une inquiétude qui ne la quitta que quand elle aperçut enfin la silhouette de l’établissement. Plus beau encore, celui-ci n’avait que peu souffert de l’invasion, sinon pas du tout.

    — Regardez ça, Romuald ! C’est un miracle ! s’exclama-t-elle en accélérant l’allure.

    Mais la chose perdait de son caractère prodigieux quand on jetait un regard aux immeubles alentour, eux-mêmes tout aussi bien conservés. Le quartier n’avait pas encore subi beaucoup de dégâts, et seuls les quelques cadavres qui jonchaient la rue rappelaient qu’une guerre était en cours.

    À leur entrée dans l’hôtel, un silence pesant régnait et pas âme qui vive à l’horizon. Au niveau du comptoir d’accueil, quelques lampes à huile brûlaient, seules sources de lumière dans un lieu trop modeste pour posséder l’éclairage au gaz.

    Dolaine se dirigea vers l’escalier et, remarquant que le vampire ne la suivait pas, elle tourna le cou dans sa direction. Avec un geste de la main, elle s'exaspéra :

    — Eh bien, qu’attendez-vous ? Nous n’avons pas de temps à perdre !

    Romuald cessa sa contemplation des lieux, pour se tourner dans sa direction. Louis s’était également approché des escaliers et les leur désignait d’un doigt.

    — Je rassemble rapidement mes affaires et je vous rejoins. Vous logez au deuxième, n'est-ce pas ? Essayons de ne pas nous louper, cette fois ! Létis est un royaume tout à fait charmant, mais au vu des événements actuels, je n’ai plus très envie de m’y attarder et j’ai peur, Romuald, que vous soyez mon seul moyen de…

    — Oui, oui, bla, bla, bla ! le coupa Dolaine. Dépêchez-vous d’aller faire vos valises ! Romuald !

    Et comme elle disparaissait dans l’escalier, le vampire n’eut d’autre choix que de la suivre. Au premier palier, il promit à Louis de ne pas partir sans lui et, comme il s’éloignait, ce dernier lui lança :

    — Quand tout ceci sera terminé, j’aurais quelque chose à vous raconter. Vous verrez, je suis certain que ça vous intéressera !

    Intrigué, Romuald fut sur le point de l’interroger, mais Louis disparaissait déjà dans le couloir en trottinant. Qu’avait-il voulu dire ? Il ne connaissait le Pantin que depuis quelques heures, mais le premier réflexe qui lui vint fut de redouter ce qu’il entendait par « Histoire intéressante ». Avec un petit frisson, il rejoignit Dolaine au deuxième, qui s’activait dans leur chambre.

    — J’ai placé toutes vos économies dans le même sac, ainsi, je suis sûre que nous n’en perdrons pas la moitié en route, lui apprit-elle, avant de questionner : Comment comptez-vous nous faire sortir d’ici ? Tout à l’heure, vous parliez de passages qu’emprunteraient les vôtres pour se rendre à Létis. J’imagine qu’ils nous permettront de quitter facilement le royaume ?

    — En effet… toutefois, tous nous conduiront à Éternel.

    Rabattant sèchement le couvercle de sa valise, Dolaine leva les yeux sur lui.

    — Je vois… eh bien, j’imagine que nous n’avons pas trop le choix ! Croyez-vous que les vôtres verront un quelconque inconvénient à notre présence ?

    Romuald fut tout d’abord tenté de répondre par la négative, avant d’hésiter… car en vérité, il n’en avait pas la moindre idée.

    — En dehors de nos goules, rien qui ne soit pas vampire ne franchit jamais notre frontière. Il est sans doute possible que cela pose quelques problèmes, mais…

    — Vous pensez qu’ils pourraient se montrer agressifs ?

    — Heu… eh bien…

    Là résidait toute la question. L’agressivité ne faisait pas partie des réactions les plus naturelles chez son peuple. Sans en être dénué, il avait rarement vu de vampire se laisser aller à ce type d’excentricité. En général, il fallait beaucoup pour les y pousser.

    L’intrusion d’habitants de Porcelaine les chamboulerait-elle suffisamment pour que les siens en deviennent belliqueux ? Ce serait une sacrée surprise pour eux, mais à quel point… ?

    — En toute franchise, je n’en ai pas la moindre idée.

    Dolaine signifia sa déception par une moue, avant de boucler sa valise et de la tirer, non sans difficultés, de son lit.

    — Bon, ça ne fait rien. Le plus important reste de quitter Létis en un seul morceau. Tenez !

    Par ce dernier mot, c’était sa valise qu’elle lui désignait. Romuald se baissait pour la soulever quand, derrière l’épaule de sa compagne – qui réajustait la sangle de son sac – il vit…

    — Attention !

    Avant qu’il ne puisse faire le moindre geste, la fenêtre explosa et précipita Dolaine dans ses bras. Un hurlement échappa à la Poupée et ils furent emportés par le souffle de la déflagration. Un tremblement violent secoua le bâtiment, en même temps que des débris pleuvaient aux quatre coins de la pièce. Un nuage de particules envahit la pièce.

    Alors qu'il tentait de se redresser, Romuald entendit Dolaine pousser un autre cri. Les flammes avaient commencé à envahir la chambre et une Chauve-Souris se dressait là où la fenêtre, et une partie du mur, se tenaient quelques instants plus tôt. La créature portait un pagne bariolé autour de la taille et de nombreux bijoux sommaires au cou, aux bras, ainsi qu’au niveau des oreilles. Sa longue barbe tressée lui pendait jusqu’au nombril. Le museau retroussé sur ses crocs, elle reniflait bruyamment, tandis que son regard presque aveugle faisait le tour de la pièce, avant de s’arrêter sur eux. Son groin se renfrogna de plus belle.

    — Bouchez-vous les oreilles ! intima vivement le vampire, au moment où la créature ouvrait sa gueule monstrueuse.

    Dolaine s’exécuta dans la seconde, mais ses mains ne se révélèrent pas une protection suffisante contre le cri de leur agresseur. Ce fut comme si on lui vrillait le crâne, comme si quelque chose d’effroyablement pointu venait lui percer les tympans. Sa vision se troubla et elle tomba à genoux. Elle n’eut même pas conscience que Romuald la relevait pour la prendre dans ses bras.

    Ce dernier avait bien mieux encaissé l’attaque. La note aiguë l’avait assourdi, mais pas au point de lui faire perdre ses moyens et de l’empêcher de bondir en direction de l’adversaire. Il le bouscula et sauta par le mur éventré.

    Mais à l’extérieur, d’autres les attendaient.

    Deux formes fondirent sur lui, et l’une d’elle le percuta si fort qu’il en lâcha Dolaine. La Poupée, qui retrouvait tout juste ses moyens, écarquilla les yeux et ouvrit grand la bouche, sans qu’aucun son n’en sorte. Elle chutait et ne put que tendre une main désespérée en direction de Romuald, qui n’eut que le temps d’en faire de même, avant qu’une douleur fulgurante ne le transperce dans le dos.

    Du sang lui remonta dans la gorge et s’échappa en une gerbe glacée, qui vint consteller de noir le visage de la Poupée. L’agresseur de Romuald étrécissait ses grands yeux sombres, brillants de méchanceté. Il l’avait embrochée de sa lance et précipitait sa proie en direction du sol. Il y eut un choc douloureux, un grand fracas, celui d’os qui se brisent, mais aussi de pavés qui se fendent sous l’impact. Dans un râle où se mêlaient douleur et panique, Romuald aspira une grande bouffée d’air, en même temps que venait se poser entre ses omoplates un pied dont les extrémités se terminaient en griffes.

    Dolaine fut sauvée de la chute par la seconde Chauve-Souris. À un mètre du sol, une main puissante la rattrapa par ses vêtements et elle s’éleva de nouveau dans les airs, encore toute tremblante de son expérience. Ses yeux bleus, épouvantés, rencontrèrent ceux de l’envahisseur. Un groin humide se planta devant son nez et se mit à la renifler. La terreur la paralysant, c’était tout juste si elle parvenait encore à respirer.

    Derrière le museau, des crocs luisants apparurent, ceux d’un prédateur qui ne ferait qu’une bouchée d’elle. Elle sentit des doigts crochus, couverts de poils irritants, lui saisir le menton. Elle n’osait toujours pas bouger et ne put que supporter ce contact. Puis la main la laissa en paix et ce fut pour s’intéresser aux sacs qu’elle portait en bandoulière. Le geste de trop !

    Car alors que la Chauve-Souris tentait de la destituer du sac de Romuald – de toutes leurs économies – un sentiment de révolte prit les commandes de sa raison. Dans une exclamation indignée, elle envoya son poing s’écraser contre cette face cauchemardesque.

    Un cri de rage éclata. Elle fut soulevée encore plus haut, avant que son agresseur ne la jette de toute ses forces. À terre, Romuald avait assisté à la scène en se déboîtant presque le cou. L’arme qui le clouait au sol avait été arrachée de ses chairs et son sang se répandait en profusion sous lui. La douleur, effroyable, lui donnait envie de vomir. Il pouvait toujours sentir le pied de l'autre contre son dos, mais ce dernier avait lui aussi tourné la tête pour assister au vol plané de la Poupée. Un instant d’inattention dont il profita.

    Ignorant sa souffrance, il se redressa, avec suffisamment de brutalité pour faire trébucher et chuter la Chauve-Souris. Elle couina de fureur, bientôt imitée par sa collègue plus haut. Mais avant que l’une ou l’autre ne puisse tenter quoique ce soit contre lui, il bondit en direction de Dolaine, vite, aussi vite qu’il le pouvait, à tel point que son corps sembla devenir une traînée sombre.

    Ses bras tendus parvinrent à la rattraper avant qu’elle ne s’écrase contre une façade d’habitation. Mais impossible d’échapper à la collision ! Il n’eut que le temps de se retourner pour encaisser le choc à la place de son amie. Ses poumons se vidèrent de tout l’air qu’ils contenaient et un voile blanc envahit son champ de vision.

    La sensation de tomber, longtemps, trop longtemps, avant que le monde ne s’éteigne.

    Dolaine gémit. Romuald la tenait toujours dans ses bras devenus mous. La nuit se teintait de rouge et le monde crépitait, envahi par une chaleur infernale.

    Étendue sur le vampire, ses cheveux lui collaient au visage et un goût affreux lui envahit la bouche.

    — Romuald ? appela-t-elle.

    Contre son ventre, une sensation humide et poisseuse. Elle y porta la main et la ramena recouverte d’un fluide noir… trop sombre, trop frais. Sa respiration se bloqua, en même temps que le monde paraissait s’éteindre.

    Leurs agresseurs les toisaient, volant à quelques mètres du sol. Un troisième les avait rejoints, celui-là même qui avait livré leur hôtel à la proie des flammes. Le feu, déjà, envahissait tout l’immeuble et léchait les toits voisins. Il s’élevait en direction des cieux en crachant une épaisse fumée noire aussi irritante, qu’étouffante. Impossible de respirer normalement à proximité d’un tel incendie !

    Les yeux de Dolaine larmoyaient et elle se sentit suffoquer. Dans une tentative désespérée pour fuir le danger, elle voulut se redresser mais, toute son attention rivée en direction des Chauves-Souris, elle trébucha sur le corps du vampire et tomba à la renverse. Celui-ci ne donnait toujours aucun signe de vie.

    La troisième Chauve-Souris leva ses deux mains et ses doigts s’enflammèrent. Certaine qu’ils ne s’en sortiraient pas, la Poupée ferma les yeux.

    Elle pensa à la maison qu’elle avait laissée, à Sétar. Songea à Mistigri, à Raphaël et à ses mises en garde. En acceptant de servir de guide à Romuald, il avait pressenti qu’elle courait aux devants d’un grand danger. En réponse, elle lui avait ri au nez… alors qu’il était évident qu’elle aurait mieux fait de l’écouter.

    Ou peut-être pas ! Car à cet instant, un cri strident lui fit rouvrir les paupières.

    Elle le regretta aussitôt, car l’incendie était tel qu’il l’aveugla. Mais en comparaison de la scène qui se jouait, la douleur n’avait que peu d’importance.

    Elle vit leur premier agresseur battre péniblement des ailes, tenter de ralentir une chute à laquelle il ne pouvait échapper. Alors qu’elle tombait, une seconde Chauve-Souris manqua d’être atteinte par un projectile et une silhouette apparut entre Dolaine et l’envahisseur.

    Comme celle-ci lui tournait le dos, elle ne voyait rien de son visage. Sur son crâne, un casque doré dont la pointe arrondie se terminait par une sorte de longue queue rouge, et sous lequel une chevelure blanche s’échappait. L’individu était grand et vêtu d’une robe noire, en partie recouverte par une cotte de mailles rouillée.

    Dans sa main aux doigts semblables à des griffes, une fronde tournait, tandis qu’il évaluait ses adversaires.

    Si son apparition paralysa la Poupée, les Chauves-Souris se remirent vite de leur surprise. Leurs museaux se retroussèrent en une grimace haineuse. Celle de gauche voulut passer à l’attaque, mais le nouveau venu, d’un geste rapide, si rapide qu’il se brouilla, libéra son projectile. Durement touchée à la tête, la créature tomba à son tour.

    La survivante fonça droit sur leur agresseur. Tous crocs dehors, son cri était si strident qu’il obligea Dolaine à se boucher les oreilles. Mais la Chauve-Souris ne devait jamais atteindre sa cible car, à mi-parcours, elle fut atteinte au niveau de la gorge par une arme en forme d’arc de cercle, qui la décapita, avant de faire un demi-tour et de retourner à l’expéditeur.

    Le regard de Dolaine s’était porté en direction de ce dernier. Un individu tout aussi grand que le premier, à la tenue similaire et au crâne chauve. Elle sentit une boule se former au niveau de sa gorge, au moment où son collègue se tournait vers elle.

    Des vampires… c’étaient des vampires !

    Malgré l’incendie qui continuait de rugir, ce fut comme si un froid terrible s’abattait sur elle. Elle avait trouvé Romuald effrayant, mais ce n’était rien en comparaison de ces deux-là. Leurs regards, leurs visages, n’exprimaient rien. Ce n’étaient que des masques dénués de toute vie, sans doute incapables d’exprimer la moindre émotion. Et il s’échappait d’eux une aura si puissante, presque palpable, qu’on ne pouvait que se sentir mal à l’aise en leur compagnie.

    Celui aux cheveux blancs baissa lentement le regard en direction de Romuald, avant de revenir à elle. Puis il se tourna vers son compagnon qui, lui aussi, finissait de les observer. L’instant d’après, ils avaient disparus.

    Soulagée, elle prit une longue aspiration… avant de le regretter aussitôt. La fumée envahit ses poumons et elle se mit à tousser. Tout en cherchant à retrouver son souffle, elle prenait conscience du caractère encore critique de leur situation. Car si elle venait d’être sauvée, Romuald n’était pas en état de fuir les lieux. Pourtant, il le faudrait bien !

    Les joues ruisselantes de larmes, elle porta les yeux en direction de leur hôtel. La pensée de ses affaires lui brisa le cœur. Mais plus encore, ce fut celle de Louis qui lui cause le plus grand mal.

    Louis qui, devant les rejoindre, se trouvait encore à l’intérieur au moment où l’incendie se déclenchait !

    Erwin Doe ~ 2015

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