• ... à la mort.

    Résumé : La fin d'Advent Children du point de vue de Yazoo. (Fait plus ou moins suite à mon OS "à la vie", mais les deux peuvent être lus séparément.)

    Genres : OS/Famille/Drame

    Année : 2019

    Taille : 683 mots

    Crédits : Square Enix

     


     

    Kadaj est mort !

    Mort !

    La réalité l’étourdit complètement.

    Ça ne devait pas se passer comme ça. Rien n’aurait dû se passer ainsi. Ils étaient censés retrouver leur mère… censés lui livrer les rênes de ce monde… être réunis, pour enfin connaître le bonheur et la complétude. Mais au lieu de ça… au lieu de tout ce qu’ils avaient prévu…

    La pluie qui tombe ronge son corps, purifie la Rivière de la vie contaminée dont il est constitué. Elle draine son énergie, efface petit à petit sa conscience. Ne lui laisse aucun répit.

    Et dire qu’ils ont survécu jusqu’ici… dire qu’ils ont même réchappé à l’explosion destinée à les détruire. Oh, elle est parvenue à les blesser. Les a laissé momentanément dans l’incapacité de continuer, ne serait-ce que de bouger le moindre muscle. Mais ces enveloppes se sont révélées bien plus résistantes que ce à quoi leurs ennemis s’attendaient. Grâce à elles, et en dépit de leurs souffrances, lui et Loz ont pu reprendre leur route.

    Pour leur mère. Pour Kadaj.

    Allant jusqu’à affronter cette averse meurtrière, afin de les retrouver.

    Et de pouvoir accomplir leur Réunion…

    Mais maintenant que leur frère n’est plus. À présent qu’il s’en est retourné à la Rivière de la vie, alors plus rien n’a de sens. Et leur existence elle-même leur apparaît comme parfaitement inutile.

    — Rentre avec nous…

    Ce qu’il reste de son arme lui glisse des doigts. Il se sait à l’agonie, sait qu’il ne lui faudra pas longtemps avant de disparaître à son tour. Son corps a commencé à se désagréger, se consumant petit bout par petit bout en volutes de fumée noirâtre.

    Oui, ils ne vont pas tarder à quitter ce monde… mais ils ne seront pas seuls.

    — On jouera tous ensemble…

    Loz a déjà du mal à articuler. Il tangue, semble à peine capable de tenir debout. Yazoo voudrait pouvoir le soutenir, mais ses propres jambes menacent elles aussi de céder sous lui. Ses paupières se font de plus en plus lourdes et les ténèbres, doucement, commencent à obscurcir sa vision.

    Face à eux, celui qu’ils tiennent pour leur grand-frère paraît sur le point de s’écrouler. Au-dessus de leurs têtes, le vacarme d’un aéronef de taille impressionnante. Celui-ci les survole en cet instant même et certains de ses occupants ne tarderont sans doute pas à les rejoindre, afin de venir en aide à leur compagnon.

    Cloud se tourne vers eux. Dans son regard Mako, Yazoo peut voir briller une lueur déterminée. Survivre. SURVIVRE ! Voilà ce qu’elle semble hurler.

    Mais il e n’a déjà plus le choix.

    Leur famille doit rester unie, même si celui-là les a rejetés.

    Même s’ils ont essayé de s’entre-tuer.

    Ça n’a plus d’importance.

    Plus rien n’a d’importance, à présent.

    Et il est temps pour lui d’accepter sa place parmi eux…

    Le visage de Cloud s’est crispé. Malgré la souffrance qui voudrait le paralyser, malgré ce sang, tout ce sang, qui s’échappe de sa blessure, vite, beaucoup trop vite, et rend déjà sa vision incertaine, il se jette dans leur direction. Et dans sa main, son arme, qu’il compte encore utiliser contre eux.

    Jusqu’au bout… jusqu’à ses derniers instants, il faut qu’il les repousse !

    Rassemblant ce qu’il leur reste d’énergie, les deux frères lèvent leur main en direction du blond. Un cri s’échappe de leurs gorges, tandis qu’ils puisent dans leurs réserves pour activer les matérias présentent dans leur corps. La magie afflue en eux, crépite et bientôt…

    Le monde, qui explose en mille morceaux.

    Fin de toute souffrance.

    Ténèbres.

    Silence.

    Oubli…

    Yazoo a à présent l’impression de flotter, comme libéré de toute contrainte physique.

    Derrière ses paupières closes, il peut distinguer une lueur blanche, presque aveuglante. Sensation de calme. Sentiment d’apaisement.

    Que tout est enfin terminé.

    Et quand il rouvre finalement les yeux, Kadaj est là pour les accueillir…

    Zeegzag ~ 2019

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  • Fan-arts - FF7

    2018


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  • En attendant Noël... (13+)

    Bonus (Fin)

    Résumé : "Ok, laissez-moi vous raconter comment ça se serait passé si… !"
    Un soir de réveillon, un peu trop d'alcool et du temps à tuer avant que ne sonne minuit.

    Genres : Parodie, M/M,  M/F, Général, Pas mal d'humour, mais pas forcément une fic humoristique parce que : Kadaj = tensions + relations particulières.

    Année : 2019

    Personnages : Elena, Reno, Kadaj, Rude

    Taille : 2.025 mots

     


    Pendant ce temps, Tseng et Rufus...

     

      — Eh bien, c’était… particulier, fait Rufus en fermant la portière de la camionnette.

    — Sauf votre respect, monsieur, je crois que j’aurai toujours du mal à me faire à ce gosse, répond Tseng en s’installant derrière le volant.

    — Il semble avoir un peu mûri, cependant. Si tu savais ce qu’il m’a sorti, la première fois que nous nous sommes rencontrés. Il sait être comique malgré lui !

    Un petit sourire flottant sur ses lèvres, Rufus s’est appuyé d’un bras à la portière, sa tête venant reposer contre son poing. Il se sent un peu éméché, mais guère plus. Tseng, qui a bu autant que lui, paraît tout aussi peu affecté… on ne peut pas en dire autant des deux jeunes qu’ils viennent de quitter.

    Mettant le contact, Tseng dit :

    — Je me souviens qu’il vous a fait beaucoup rire… même si je n’ai toujours pas compris pourquoi.

    Le sourire de Rufus s’élargit. Ah, oui ! Cet épisode ! Lui qui s’attendait à ce qu’Evan profite de leur lien de parenté pour exiger une partie de l’héritage de leur père s’était retrouvé bien bête au moment où l’autre avait inversé la situation. Lui demandant à lui ce qu’il voulait. Le tout avec une telle méfiance, une telle exaspération à l’idée que l’on puisse attendre quelque chose de sa personne qu’il n’avait pu retenir son hilarité. Comme si ce gamin possédait quoique ce soit qu’il aurait pu désirer ! Enfin, mis à part la santé… oui, à ce moment, il se battait encore contre ses Geostigmates et il aurait sans doute donné beaucoup, peut-être tout, pour en être guéri.

    — Non, c’est encore à autre chose que je pensais, répond Rufus, en se calant confortablement contre le dossier de son siège. En tout cas, sa petite amie est toujours aussi charmante. Comment s’appelle-t-elle, déjà ?

    — Kyrie. Personnellement, je la trouve plutôt impertinente.

    — C’est bien ce que je dis… (Et au Turk qui lui coule un regard interrogateur, il sourit plus largement.) J’ai toujours eu un faible pour les femmes de caractère.

    Tseng hausse les épaules. Puis, après un dernier regard pour l’habitation encore éclairée des jeunes gens, il effectue une marche-arrière et s’engage dans le passage qui les conduira hors de cette large cour commune jonchée de débris et de déchets en tous genres, que les gens du coin nomment « Doyleville ».

    Il trouve étrange que Rufus ait finalement accepté cette invitation. Lui et Evan ne sont pas vraiment proches, ne se donnent même jamais de nouvelles. Rude et Reno, qui ont l’occasion de croiser le jeune couple quand ils se rendent à Edge, leur servent un peu d’unique source d’informations sur la vie de l’un et de l’autre. Il sait d’ailleurs le roux un peu trop attaché à Evan la chose leur a posé quelques soucis par le passé.

    À cette heure, les rues d’Edge sont désertes. On peut entendre de la musique s’échapper de certaines habitations, mais, dans l’ensemble, la nuit est calme. Ses feux avant balayent la route, lui dévoilent une ville qui pourrait bien être abandonnée si de la lumière ne brillait pas derrière les fenêtres. Edge n’a rien de très engageant au premier abord et si le centre-ville se modernise de plus en plus, retrouve progressivement un peu de la splendeur de Midgar, le reste est souvent miteux, construit n’importe comment, même parfois chaotique.

    Enfin, c’est toujours moins déprimant qu’au début… surtout depuis que les Geostigmates ne tuent plus à tous les coins de rue.

    Près de lui, Rufus a fermé les yeux. La route jusqu’à Heaven est longue et ce n’est jamais très prudent, à cause des monstres qui habitent les environs, de se déplacer la nuit. Kyrie leur a d’ailleurs proposé de rester, arguant que leur canapé clic-clac pourrait largement les accueillir tous les deux. Il a bien vu que l’idée déplaisait à Evan. À cause de la présence de Rufus ou bien de la sienne ? Au souvenir du teint blafard du jeune homme, au moment où il pénétrait l’habitation à la suite de son employeur, il penche plutôt pour la seconde solution. Oui, la dernière fois qu’ils se sont vus, il avait tabassé un homme juste sous ses yeux… on ne peut pas dire que ce soit le genre de souvenir qui vous donne envie d’accueillir quelqu’un sous votre toit.

    Et puis, il y avait ce gosse…

    Le gamin n’avait eu de cesse de les fixer avec hostilité toute la soirée. Lui, surtout. Il ignore s’il avait deviné qui était Rufus, mais… en ce qui le concerne, son uniforme ne pouvait pas le tromper sur son métier. Un Turk. Un membre de la Shinra. Et, de ce qu’il a cru comprendre, l’enfant malgré son jeune âge avait déjà un sentiment anti-Shinra assez fort. Hérité de son frère, sans doute… Tseng se souvient de lui aussi. Un bête accident.

    Ils sont nombreux à avoir ce genre de positions aujourd’hui. Sans doute trop. Et avec le WRO qui gagne en puissance, l’avenir s’annonce compliqué pour nous…

    Il en est là de ses réflexions quand un nid-de-poule fait bondir le véhicule et tire Rufus du sommeil dans lequel il s’enfonçait. Le jeune président bas mollement des paupières, avant de se redresser dans son siège.

    — La route est mauvaise par ici, dit-il comme leur véhicule est de nouveau pris de secousses.

    — Nous sommes presque sortis de la ville. Les routes y manquent encore d’entretien.

    Et ce sera pire une fois qu’ils auront gagné ces petits chemins cahoteux qui devront les mener jusqu’à leur destination. Rufus laisse entendre un soupir.

    — Eh bien, j’imagine qu’il ne nous reste plus qu’à nous occuper…

    Difficile, en effet, de dormir dans ces conditions, surtout qu’il n’a pas suffisamment bu pour que les cahots perpétuels du véhicule se transforment bercements. Il s’étire donc et, après s’être sommairement recoiffé, dit :

    — Reno m’a parlé d’un jeu amusant, la dernière fois.

    Tseng prend une longue inspiration.

    — Si vous voulez parler de celui avec un couteau et de l’alcool, je…

    — Pas celui-là, non. Il appelle ça le « raconte-moi tes fantasmes ».

    — Rien que le nom m’inquiète.

    — D’après lui, plus on est nombreux, plus c’est amusant, mais… on va devoir se satisfaire de nous deux.

    — Et en quoi consiste ce… jeu, exactement ?

    Ou plutôt, cette torture… ou humiliation… ou bêtise dangereusement criminelle. On ne sait jamais trop sur quelle case ça va tomber, avec le roux. Tout ce dont on peut être certain c’est que ça ne sera agréable pour personne. À moins d’être déjà parfaitement tordu…

    — C’est simple : on choisit un cadre quelconque dans lequel devra se dérouler notre histoire, on désigne un partenaire que chacun des participants connaît et on se met en scène tous les deux dans… enfin, tu imagines le genre de récits ?

    Oui, donc, torture et humiliation en un coup. Il faudra que je lui en touche deux mots, à propos de ses jeux idiots !

    — Je vois… autorisation de passer son tour ?

    — Autorisation refusée, répond Rufus avec un petit rire. Enfin, moi je peux, mais toi…

    — Monsieur… ?

    Il a soudain un mauvais, très, très mauvais pressentiment. Et le sourire malin que lui fait Rufus est loin de le rassurer.

    — Non, toi, tu vas me divertir. Par quoi pourrait-on commencer… ?

    Tseng crispe les doigts sur le volant.

    — Je suis désolé, mais je n’ai aucune envie de jouer.

    Surtout pas s’il est le seul à devoir se rendre ridicule. Rufus laisse entendre un petit rire.

    — Tu es sûr ? questionne-t-il. Ça pourrait me donner des idées…

    Disant cela, il vient poser sa main sur son bras. Tseng y jette un rapide coup d’œil, sent les doigts de l’autre froisser sa manche. À nouveau, il prend une longue inspiration et dit :

    — Entre nous, j’aimerais autant que l’on passe directement à cette étape. C’est pas les coins discrets qui manquent, par ici !

    — Mais peut-être que je n’ai pas envie maintenant. Peut-être que j’ai d’abord besoin que l’on me stimule un peu l’imagination ?

    Tseng grogne. Tu parles ! S’il y a bien une chose qu’il a apprise à propos de Rufus Shinra, c’est qu’il n’a pas besoin qu’on la lui stimule. Non, ça, il le fait très bien tout seul. Tout ce qu’il désire, c’est le voir se ridiculiser. Parce que ça l’amuse… mais aussi parce qu’il a peut être quelque chose à lui reprocher.

    Cherchant dans sa mémoire ce qu’il a bien pu faire dernièrement qui aurait pu lui attirer la rancune du blond, il sent celui-ci retirer sa main.

    — Voilà ce que je te propose, lui dit-il. Tu acceptes de jouer un peu et moi, en échange…

    Du doigt, il fait signe au Turk de se rapprocher un peu. Quoique méfiant, Tseng incline la tête dans sa direction, le laisse venir lui murmurer à l’oreille des promesses de folies à deux qui lui font remonter des frissons d’expectation tout le long du corps. Se raclant la gorge, il se redresse et, après quelques secondes de silence, décide qu’il est grand temps d’oublier la hiérarchie. En général, il préfère attendre que Rufus lui en donne l’autorisation, ou bien qu’ils se retrouvent dans l’intimité de la chambre de l’un ou de l’autre, mais…

    — D’accord…, commence-t-il. Tu m’en veux de quelque chose ?

    — Non.

    — Donc… c’est juste ta manie qui te reprend.

    — Ma manie ?

    — Celle de prendre ton pied en humiliant les autres.

    Rufus a croisé les mains derrière la nuque, un air amusé sur les traits.

    — Je ne suis pas si tordu. Et puis c’est Noël, je pensais que ça te ferait plaisir.

    — De me ridiculiser ?

    — Non, l’autre partie…

    Et comme Tseng semble encore dubitatif, il ajoute en arquant un sourcil :

    — C’était ça ou je t’offrais encore une cravate !

    Le silence s’impose de nouveau entre eux, seulement troublé par le ronronnement du moteur et les grincements du véhicule.

    — Au moins, la cravate, tu me l’offres sans contrepartie, finit par répliquer le Turk, un peu amèrement.

    — Mais tu as toujours quelque chose à m’offrir de ton côté, lui rappelle le blond.

    — C’est le cas cette année aussi.

    — Eh bien, garde-le plutôt pour l’année prochaine.

    — Ça fait toujours plaisir…

    — Ne le prends pas comme ça, lui fait Rufus en venant entortiller ses doigts dans ses cheveux. Tu refuses toujours de me parler de tes fantasmes. Ça m’intrigue, c’est tout…

    Tseng fronce légèrement les sourcils. Devant lui, Edge a laissé place aux terres arides qui entourent Midgar et ses alentours. Un paysage désolé, à perte de vue et pas âme qui vive à l’horizon.

    — Donc… juste sur toi et moi ?

    — Tu pensais que je te demanderais autre chose ? Ma parole, qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour que tu aies une opinion aussi déplorable de moi ?

    Le Turk se garde bien de répondre. Se contente de tapoter sur le volant. Bon… ça reste désagréable, mais moins que ce à quoi il s’attendait. Et puis, si ça peut lui assurer une fin de nuit sympathique juste après…

    — D’accord. Combien ?

    — Pourquoi pas tous ?

    — Ça demanderait trop de temps.

    Et pas question de laisser une occasion à Rufus de se défiler sous prétexte, qu’au final, il est trop fatigué pour encore faire des folies de son corps. Appuyé contre la portière, le blond l’observe.

    — Une dizaine, alors ?

    En réponse, Tseng se racle la gorge. Rufus se permet un petit sourire.

    — D’accord, d’accord ! Six ?

    — Tu es trop gourmand. Trois, ce sera très bien.

    — Dans ce cas, accordons-nous pour quatre. (Et comme Tseng lui décoche un regard en coin, il écarte les mains et ajoute :) N’oublie pas que c’est Noël pour moi aussi !

    Tseng hésite à insister pour s’en tenir à trois, avant de hausser les épaules. Bah, après tout… au point où il en est !

    — Tu as intérêt à ce que la suite en vaille la peine…

    Quant à Reno, il lui réserve une petite conversation entre quatre yeux qu’il n’est certainement pas prêt d’oublier.

    Zeegzag ~ 2019

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  • En attendant Noël... (13+)

    Chapitre 4

    Résumé : "Ok, laissez-moi vous raconter comment ça se serait passé si… !"
    Un soir de réveillon, un peu trop d'alcool et du temps à tuer avant que ne sonne minuit.

    Genres : Parodie, M/M,  M/F, Général, Pas mal d'humour, mais pas forcément une fic humoristique parce que : Kadaj = tensions + relations particulières.

    Année : 2019

    Personnages : Elena, Reno, Kadaj, Rude

    Taille : 3.788 mots

     


     

    4 – Le petit théâtre de Kadaj

     

    — Vouliez m’voir, m’sieur le provi ?

    Rufus Shinra est installé derrière son bureau. Entre ses doigts, un stylo qu’il fait tourner, tandis qu’il observe son visiteur. Ce dernier, les mains enfoncées dans ses poches de pantalon et un sourire insolent aux lèvres, lui rend son regard. Sur sa joue, un pansement qui dissimule en partie un bel hématome. La chemise sortie de son pantalon et sa veste d’uniforme ouverte, il a poussé le vice jusqu’à s’accrocher une chaîne au niveau de la ceinture qui fait un bruit d’enfer à chacun de ses pas. On lui a déjà plusieurs fois demandé de faire disparaître l’objet, tout comme les breloques qu’il porte au niveau des poignets, mais ni les sanctions, ni les nombreuses confiscations ne sont parvenues à un quelconque résultat. Il en rachète constamment de nouveaux et, à force, Rufus en a eu assez de faire collection. De tous les problèmes que l’autre lui pose, ce n’est après tout que le plus inoffensif.

    Il redresse finalement le dos et croise les mains devant lui. Son expression, comme à son habitude, est maîtrisée, dégage une confiance exacerbée, où l’on devine également l’esquisse d’un sentiment de supériorité. Ses courts cheveux blonds coiffés en arrière, à l’exception d’une mèche qui lui tombe sur le front, il a un petit sourire aux lèvres – un sourire dont beaucoup ont appris à se méfier – quand il dit :

    — Il paraîtrait que tu as encore fait des tiennes ?

    — Va falloir être plus clair. C’est que j’ai une vie plutôt mouvementée, ‘voyez ?

    Disant cela, le roux s’adosse contre la porte, l’air plus nonchalant que jamais.

    — Voyons, qu’est-ce que c’était déjà… ? Il y a des élèves qui affirment t’avoir vu boire et fumer derrière l’établissement…

    — Des menteurs !

    — D’autres qui se sont finalement décidés à venir nous trouver parce que tu les racketterais depuis quelques mois.

    — Ouais, sûr, je ferais ce genre de truc ici, où tout le monde me connaît. Ces mecs veulent juste me causer des problèmes ! C’est moi la victime en vrai !

    — Et bien sûr, il y a ce type que tu a roué de coups parce que, je cite : il t’aurait regardé de travers et n’a pas voulu baisser les yeux quand tu lui as dit de le faire. J’ai vu les hématomes dans son dos. Tu n’y a pas été de main morte !

    — Y peut rien prouver et vous non plus. Toute façon, c’était pas moi !

    Rufus prend une inspiration, avant d’expirer longuement. Toujours les mêmes excuses. C’est pas moi, c’est les autres. Je suis l’innocence même, regardez, c’est marqué sur mon visage ! A force, il commence à le connaître et ne s’attendait de toute façon pas à ce que son attitude soit différente aujourd’hui.

    — Explique-moi… pourquoi est-ce que je te garde encore au sein de mon établissement ?

    En vérité, il y a longtemps qu’il aurait dû se débarrasser de cet élément plus que perturbateur. Son père l’aurait fait, lui. Il avait horreur des insolents et les délinquants dans son genre, autrefois, ne faisaient pas long feu par ici. Pourtant, il ne se pense pas moins tendre que son géniteur… il se juge même pire que lui sur certains aspects, mais… rien à faire ! Ce petit imbécile a réussi l’exploit de le rendre d’une indulgence presque à toutes épreuves à son encontre.

    — Allez, proviseur, vous savez bien, non ?

    Le sourire du roux s’est élargi. A la fois plus insolent, mais aussi aguicheur. Il semble très fier de lui tout d’un coup, très assuré. Et la lueur lubrique qui s’est allumée dans son regard pousse Rufus à lever les yeux au ciel.

    — Bien sûr ! Où avais-je la tête ?

    — Avouez que je suis doué ! Et puis bon, y aussi que ça ferait drôlement du vilain, hein, si on venait à apprendre que m’sieur Shinra se tape l’un de ses élèves.

    Rufus se laisse aller contre le dossier de son siège et croise les jambes. Son sourire à lui s’est fait malin, quand il répond :

    — Bien essayé ! Mais je te rappelle qu’au vu de ta réputation, tu auras du mal à convaincre qui que ce soit.

    Ce qui fait rire son interlocuteur.

    — Ouais ! Sûr qu’on pensera plutôt que j’essaye de magouiller un truc pas net contre vous.

    Rufus conserve le silence. Ce n’est pas la première fois que l’autre lui balance ce genre de menaces sur le ton de la rigolade. Il cherche la faille en lui. À trouver où appuyer pour lui faire perdre patience. Il joue, se régale par avance de voir son masque se fissurer. Mais il ne lui en veut pas… ça l’amuse presque, en vérité.

    — Dans tous les cas, j’ai l’impression que je me suis montré un peu trop laxiste avec toi ces derniers temps.

    — Vous allez devoir me punir, alors ? questionne Reno, avec une note d’amusement dans la voix.

    — Tu aimerais ça, n’est-ce pas ?

    — J’ai surtout l’impression que c’est vous qui aimeriez ça !

    Cette fois, le blond laisse entendre un petit rire de gorge, avant de faire signe à son visiteur d’approcher.

    Celui-ci s’exécute, vient se caler contre le bureau, juste en face de Rufus, une fesse posée sur le plateau.

    — Alors ? Comment j’vais devoir me faire pardonner cette fois ?

    Le blond l’observe tranquillement, devine que l’autre apprécie cet examen. Son visage incliné sur le côté, soutenu par trois doigts, il répond :

    — Peut-être en commençant par adopter une position de repentance plus convenable ?

    — À genoux, vous voulez dire ?

    — Ça me semble un bon début.

    — Sous le bureau, hein ?

    En réponse, Rufus arque un sourcil. Puis il se penche vers le roux, tend une main pour l’attraper par la chemise et l’obliger à se courber dans sa direction.

    — Tu as tout compris… !

     

    ***********

     

    — Et c’est de cette façon que Reno passa une énième fois sous le bureau !

    Le silence s’est fait dans la pièce et chacun, parmi les Turks, semble se demander comment réagir. Kadaj, l’air très satisfait de lui-même, termine son verre d’une traite, avant de le reposer brutalement sur la table. Le choc produit suffit à ramener tout le monde sur terre.

    Elena éclate de rire, tandis que Rude laisse entendre une toux derrière son poing, sans qu’on ne sache trop si c’est par gêne, par réprobation, ou pour cacher sa propre hilarité. Reno, qui était jusque-là resté la bouche grande ouverte, comme en état de choc, voit la colère venir crisper ses traits.

    — Putain, c’était quoi ça ? Et où elle est ta chute ?!

    Kadaj hausse les épaules.

    — Vous tous, là, vous vous attendiez à ce que j’apparaisse dans l’histoire, pas vrai ? Donc, on peut appeler ça une chute.

    — Tu te fous de ma gueule ?

    — De toute façon, si je t’avais pas dit ça, tu m’aurais constamment coupé.

    — Mais tu devais être dans l’histoire ! s’entête le roux. C’est la règle ! Tout le monde y est passé ! Non, mais dites-lui vous autres.

    Là-dessus, il se tourne vers ses deux collègues. Des larmes coulant à présent sur ses joues, Elena a un geste de la main, mais ne semble pas en mesure d’articuler le moindre mot. Rude, lui, grommelle :

    — On peut même pas parler de première fois…

    — Ouais, ça aussi ! Merde, c’est pas du jeu.

    — J’ai jamais dit que je voulais jouer : C’est toi qui as fait du forcing.

    — Personne… ne voulait jouer, parvient à articuler Elena, d’une voix un peu rauque, avant de désigner Reno du doigt. Sauf lui !

    Là-dessus elle repart dans un fou rire et le roux tourne un regard furieux dans sa direction.

    — Dans tous les cas, c’est mon histoire, répond Kadaj en croisant les mains derrière la nuque. Faites avec !

    Et à Reno de répondre aussitôt :

    — Pas d’accord !

    — Lâche l’affaire…, grogne Rude, lassé de leurs prises de bec.

    — Il doit se mettre en scène, partenaire. C’est la règle !

    — TA règle, souligne Kadaj.

    — De toute façon, tu comptes faire quoi ? soupire Elena, qui est finalement parvenue à reprendre contenance et essuie les dernières larmes qui perlent aux coins de ses yeux. Le forcer ? Tu as de l’espoir !

    — Et vous, ça vous convient comme ça ? Vous allez le laisser s’en tirer ?

    — Ce n’est qu’un jeu…, répond Rude.

    — Et un jeu stupide, par-dessus le marché, ajoute la blonde. À se demander pourquoi on n’a pas fait comme lui, d’ailleurs…

    — Hum…

    — Tes collègues sont plus malins que toi, visiblement.

    — La ferme !

    — Après, j’avoue que j’aurais préféré qu’il ne nous lâche pas au dernier moment…, ajoute la jeune femme, en croisant les bras. C’est pas très correct, mais c’était couru que ça arriverait ! Et puis si on avait voulu éviter ça, il aurait fallu le faire passer beaucoup plus tôt.

    — Hum… !

    — T’as entendu ça ? dit Reno en se tournant vers Kadaj. Ça se fait pas, ce que t’as fait !

    — Comme si ça allait m’empêcher de dormir…

    — Huuuum…

    — T’es vraiment qu’un… !

    — Enfin, si vous y tenez à ce point, je veux bien rallonger la fin. Mais faudra pas vous plaindre après !

    — D’accord pour moi, répond Elena.

    — Ni me couper…

    Reno renifle pour toute réponse, alors que les yeux de l’Incarné se posent sur lui.

    — Et vous en contenter.

    — ‘me va, fait Rude, avant d’envoyer une tape à Reno. Mais je crois pas que tu devrais le pousser à le faire.

    — Et pourquoi pas ? grommelle le roux.

    — Un pressentiment.

    Et au petit sourire en coin de Kadaj, il devine que ses inquiétudes sont fondées. Pas moyen qu’il joue franc-jeu. Non, c’est même sûr et certain qu’il leur prépare un sale coup ! Ou du moins… à Reno.

    Celui-ci, du reste, semble pour une fois disposé à l’écouter, car c’est avec méfiance qu’il observe à présent l’Incarné. Néanmoins, il en faut davantage pour le forcer à se résigner et c’est donc en levant un doigt devant lui qu’il prévient :

    — Tu te mets en scène !

    — Mais oui, mais oui…

    — Et ça doit parler d’une première quelque chose qui TE concerne !

    — Soit d’ordre sexuel, soit concernant une relation de couple à venir ou déjà établie. J’ai compris.

    Mais on sent le roux hésiter. Il trouve l’autre bien trop docile, tout d’un coup. Ce qui est loin, très loin d’être dans sa nature…

    — Tu me prépares un coup foireux ?

    Et à Kadaj de hausser les épaules et de répondre :

    — Qui sait ?

    Elena bâille et baisse les yeux sur sa montre. Plus que quelques minutes avant minuit. Si ces deux-là ne se dépêchent pas, ils vont leur gâcher définitivement la soirée. Ses pensées se sont perdues du côté de la bûche qui les attend encore quand Reno, finalement, dit :

    — Je sais que je vais le regretter, mais… vas-y !

    En réponse, le sourire de Kadaj se fait un peu trop large à son goût…

     

    **********

     

    — Dites, proviseur, y a monsieur Reeve qui m’a encore foutu à la porte et…

    Kadaj, qui vient de pénétrer dans le bureau sans frapper, se fige. L’imite le couple déjà présent dans la pièce et qui braque sur lui un regard effaré. Renversé sur le bureau, Reno a la chemise grande ouverte et le pantalon aux chevilles. Rufus, qui n’est guère plus habillé, se tient au-dessus de lui, le membre en érection du roux dans sa main. Profitant de l’état de choc des deux autres, l’argenté sort son téléphone portable et le lève devant lui. Un flash éclate et le monde semble brusquement reprendre vie.

    — À quoi tu joues ?! s’agace le roux en sautant sur ses pieds pour remonter son pantalon.

    — J’assure mon avenir.

    — Tu… quoi ?! Merde, efface ça !

    Rufus, lui, leur a tourné le dos afin de se rhabiller. Un sourire en coin étirant ses lèvres, Kadaj répond :

    — Trop tard, Loz et Yazoo viennent de la recevoir.

    — Déconne pas… !

    — D’ailleurs, Reno : à partir de maintenant, tu peux te la foutre derrière l’oreille. Et puis moi et mes frères, on va faire bande à part. C’est qu’on en a un peu marre de vos conneries.

    — Tu…

    — Quant à vous, proviseur : avec mes frères, on va se prendre quelques vacances. Du genre prolongées. Mais on compte sur vous pour nous faire quand même passer en terminale, hein ?

    Il peut entendre Rufus jurer tout bas, mais l’homme à la présence d’esprit de ne pas chercher à négocier avec lui. Bien conscient qu’il est que ça ne fera qu’aggraver sa situation. Reno, lui, ne semble toutefois pas décidé à lâcher l’affaire aussi facilement. La colère, comme la honte ayant rougi son visage, il se jette en direction de Kadaj au moment où celui-ci quitte la pièce en leur faisant un petit geste de la main.

    — Non, mais tu crois quand même pas t’en tirer comme ça ! Hé !

    Mais la main de Rufus, qui s’abat sur son épaule, le retient. Comme il tourne le regard vers lui, le blond lui fait non de la tête.

    — Quoi… z’êtes pas sérieux ?! Merde, je marche pas ! Kadaj ? Kadaj ! Reviens ici, bordel !

     

    ***********

     

    — Et voilà comment se serait passée ma première rupture, conclut Kadaj en croisant les mains derrière sa nuque.

    Un silence encore plus terrible que précédemment accueille la fin de son récit. Elena, comme Rude, ont tourné leur regard vers Reno qui, le dos légèrement voûté et les poings fermés sur ses cuisses, a pincé les lèvres. Kadaj l’observe de son côté, attend avec un petit sourire sa réaction. Mais alors que les épaules du roux se crispent et que chacun sent venir l’explosion, celui-ci pousse un long, très long soupir, avant de porter une main à ses cheveux et de se lever.

    — Aaah, laisse tomber, ça me gonfle…

    Sa réaction étonne son public, qui le regarde partir avec des yeux ronds. La porte d’entrée claque derrière le roux et le silence, déjà pesant, ne fait que s’alourdir un peu plus.

    — Mhhh, fait finalement Kadaj avec une moue déçue. Faut croire que je n’y ai pas été assez fort…

    La tête inclinée sur le côté, il se gratte les cheveux. Il pensait Reno sur le point de craquer, que la soirée allait enfin prendre un tournant un peu plus intéressant, mais… visiblement, il va devoir tirer un trait sur son désir d’action.

    Elena secoue la tête, avant de jeter un coup d’œil à sa montre. Le soulagement s’empare d’elle, comme elle annonce :

    — Ah ! C’est enfin l’heure du dessert !

    — Je m’en occupe, lui dit Rude en se levant.

    — Et moi je me charge des cadeaux !

    — Reno les planque sous son lit.

    — Déjà grillé !

    Resté seul, Kadaj croise les bras sur la table et vient enfouir son visage derrière. Se sent d’un seul coup épuisé. Presque cafardeux.

    Sérieusement, il en a sa claque, de cette soirée. D’autant plus qu’il ne voulait pas venir à la base. Non, quand Reno est venu lui proposer de fêter le réveillon avec lui et ses collègues, il a d’abord refusé, certain qu’il ne se sentirait pas à sa place, qu’il s’ennuierait et aurait finalement envie de tout casser. Seulement, c’était sans compter Cloud et Tifa. Sur leur certitude que lui et ses frères doivent apprendre à s’ouvrir au monde. À sortir de leur cercle restreint, à s’adapter un minimum aux autres. Conneries ! Mais il a accepté de les écouter, se disant, qu’après tout, ce ne serait qu’une question de quelques heures… et que, peut-être, avec un peu de chance, ce ne serait pas aussi barbant qu’il l’imaginait.

    Tu parles !

    En vérité, c’est avec Loz et Yazoo qu’il aurait voulu passer cette soirée. Qu’il devrait même se trouver en cet instant. Ils se sont promis de faire quelque chose ensemble, le lendemain. De s’échanger leurs cadeaux et de se régaler du repas que Loz aura préparé pour eux, mais… ça n’allège en rien sa frustration. Bien au contraire. Et sa seule consolation dans toute cette histoire est que Yazoo, en cet instant, doit ronger pareillement son frein, lui qui a accepté l’invitation de sa petite amie. Il n’y a donc que Loz, qui s’en sort bien – ce dernier étant actuellement en compagnie de Cloud et Tifa, ainsi que des enfants.

    — Aaah, je veux rentrer…

    Il a hâte de voir l’expression de ses frères, quand il leur offrira leurs cadeaux. Devine déjà le sourire et la joie toute enfantine qui se peindra sur le visage de Loz. Quant à Yazoo… il aura soit une réaction parfaitement puérile, soit tellement à côté de la plaque que ça en sera drôle, ou bien parfaitement agaçant. On ne sait jamais trop sur quoi on va tomber, avec lui… et c’est bien ce qui fait sa particularité.

    — Je veux rentrer, bon sang !

    S’il part maintenant, ça ne surprendra de toute façon personne. Il est même certain qu’ils s’en sentiront tous soulagés. Depuis son arrivée, ils sont tendus, déjà persuadés que son comportement sera problématique avant même qu’il ait fait quoique ce soit. Il ne comprend même pas que cet imbécile de rouquin ait pu penser un seul instant que ce serait une bonne idée que de l’avoir à leur table. Ne comprend pas non plus pourquoi Rude ne s’y est pas opposé. Merde, ils s’apprécient, d’accord, mais pas à ce point…

    Et puis, il y a cette Elena. J’ai bien vu que je la mets mal à l’aise. Elle doit m’en vouloir à mort pour ce qu’on leur a fait, à elle et à son supérieur. Moi je lui en voudrais, en tout cas. J’aurais envie de la tuer, c’est sûr, et ça aurait déjà mal tourné. Mais elle…

    La porte d’entrée claque et il peut entendre un pas traînant se rapprocher. Dans une odeur de cigarette, Reno se laisse tomber sur sa chaise et pousse un soupir. Kadaj ne redresse pas la tête, préfère rester dissimuler derrière ses bras. La voix du roux est amère quand il lance :

    — T’étais obligé de te comporter comme le dernier des connards, hein ?

    — Comme si ça te surprenait.

    — ‘te jure. À se demander ce que je fous encore avec toi.

    — Fais-toi plaisir. C’est Noël, après tout !

    Reno émet un bruit de bouche agacé et grommelle :

    — Gamin… !

    Puis un bruit de papier froissé se fait entendre et il sent que quelque chose est déposé contre son bras.

    — Tiens, cadeau, fait Reno, avant d’ajouter : Même si tu le mérites pas.

    Kadaj redresse le cou de moitié, observe le petit paquet non sans curiosité, avant de s’en saisir.

    — Tu m’as dit que t’y connaissais rien niveau musique, lui explique le roux, alors qu’il déchire le papier pour en sortir un petit baladeur noir. Du coup, je t’ai dégoté ça et je te l’ai blindé de tout un tas de bons morceaux. Ouais, je suis sûr que tu vas adorer !

    Sans un mot, l’Incarné fait tourner l’objet entre ses doigts. Une paire d’écouteurs se trouve encore au fond du paquet et l’appareil, quand il l’allume, est déjà chargé. Un mince sourire vient étirer ses lèvres.

    — On vous en fait voir de toutes les couleurs, commence-t-il, touché malgré lui par l’attention. Mais vous, vous arrivez encore à trouver la force d’être sympas. Et après ça, il faudrait ne pas profiter de vous… vraiment, la logique de votre espèce me dépasse.

    — Un simple merci aurait suffit !

    Avec un sourire en coin, Kadaj repose le baladeur et fouille dans ses poches. Il en tire une enveloppe qu’il tend à Reno.

    — Je trouve ça débile, mais il paraît que c’est la tradition, alors… !

    Et comme Reno ouvre l’enveloppe et en tire deux tickets, il ajoute :

    — Joyeux Noël.

    Le regard de l’autre s’est arrondi.

    — Attends, c’est des billets pour…

    — Ouais !

    — Merde ! Comment t’as fait pour en avoir ?!

    — Un client.

    — Sérieux ? Alors ça, c’est… !

    Il tend la main vers Kadaj, l’attire à lui et l’embrasse. Leurs visages à quelques centimètres l’un de l’autre, il dit :

    — Tu vois, quand tu veux…

    Puis, très fier, il brandit les billets devant lui.

    — Tu viendras ?

    — Vas-y avec Rude. Moi, tous ces trucs de course de Chocobos…

    — Hé, c’est le grand prix mondial, quand même !

    — Des piafs qui se courent après.

    — ‘te jure. Tu sais pas ce que tu rates !

    Là-dessus, il range les tickets dans leur enveloppe et s’avachit sur sa chaise. La tête rejetée en arrière, il s’exclame, sa bonne humeur retrouvée :

    — Haa, je crois que j’ai trop bu !

    — Petit joueur, lui lance Kadaj, qui se ressert justement.

    — Tu peux causer, réplique le roux en lui tendant son verre. T’as même pas bu la moitié de ce que je me suis envoyé !

    Dans la cuisine, ils peuvent entendre Rude ouvrir et fermer des placards tout en fredonnant. Au moment où leurs verres s’entrechoquent, Elena s’exclame depuis la chambre du roux :

    — Quoi, c’est ça mon cadeau ?! Non mais quel radin !

    Reno porte une main à sa nuque, se la masse, l’air soudain embêté. Puis, avec un regard en coin à l’intention de Kadaj, il questionne :

    — Bon, maintenant qu’on est que tous les deux, dis-moi la vérité : c’est pas vrai, hein, que tu vois quelqu’un d’autre ?

    — Non, c’est pas vrai. J’en vois plusieurs.

    — Merde, t’es pas sérieux !

    L’Incarné lui adresse un regard absolument détestable, avant de répondre :

    — Crétin ! Tu crois peut-être que j’ai pas mieux à faire ?

    L’expression du roux passe de l’agacement, à la fatigue. Levant les yeux au plafond, il repose son verre sur la table.

    — T’es pas croyable…

    Puis, retrouvant son sourire, un sourire très sûr de lui, il vient passer un bras autour des épaules de Kadaj.

    — Avoue : c’est parce que je suis un bon coup, hein ?

    — Te surestime pas.

    — Allez, je t’ai entendu ! C’est même le seul truc sympa que t’aies dit sur moi dans ton histoire, là. Comme quoi j’étais doué !

    — Fallait bien que je rende ton personnage crédible et je sais parfaitement que c’est ce que tu penses de toi.

    — Arrête tes blablas et reconnais-le !

    — Dans tes rêves.

    Comme Rude revient chargé de la bûche, de vaisselle propre et de plusieurs bouteilles, Reno tourne les yeux vers lui et retire son bras. Puis, pointant un doigt vers Kadaj, il dit :

    — On verra si tu tiendras toujours le même discours tout à l’heure.

    Avant de se lever pour aller aider son collègue et de tirer la langue à l’Incarné qui réplique :

    — Vantard !

    Zeegzag ~ 2019

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  • En attendant Noël... (13+)

    Chapitre 3

    Résumé : "Ok, laissez-moi vous raconter comment ça se serait passé si… !"
    Un soir de réveillon, un peu trop d'alcool et du temps à tuer avant que ne sonne minuit.

    Genres : Parodie, M/M,  M/F, Général, Pas mal d'humour, mais pas forcément une fic humoristique parce que : Kadaj = tensions + relations particulières.

    Année : 2019

    Personnages : Elena, Reno, Kadaj, Rude

    Taille : 3.992 mots

     


     

    3 - Le petit théâtre de Rude

     

    Il y a foule sur le terrain vague. Les gangs de deux lycées se font face, chacun prêt à se jeter à la gorge de l'autre pour étendre son territoire. La tension est palpable, les regards sont acérés, les poings déjà fermés, les corps tendus dans l'expectative du combat à venir.

    Le ciel est gris, le temps glacial, et on peut voir les respirations prendre corps. Sa batte sur l'épaule, Reno s'avance au milieu de ses hommes, rejoint Rude qui se tient un peu plus loin et contemple stoïquement l'adversaire. Le bout du nez rouge, le roux renifle, puis dit :

    On y est, partenaire.

    Un grognement lui tient lieu de réponse. Il enfonce sa main libre dans la poche de son pantalon et ajoute :

    On m'a causé d'un petit nouveau. Un balaise, à ce qu'il paraît. Il vient de débarquer en ville et il en aurait déjà laminé plus d'un.

    Ses lunettes noires sur le nez, Rude enfile ses gants. Reno a levé les yeux au ciel, le front plissé, cherche à se souvenir du nom du type en question.

    Lockhart… ouais, c'est comme ça qu'ils l'appellent. Lockhart !

    Il renifle de nouveau et son regard bleu balaye le gang adverse. Il avise sans mal celui qui en est à sa tête : un grand noir musclé répondant au nom de Barret. Un petit son méprisant lui échappe.

    Je m'occupe de cet enfoiré, dit-il en désignant le type du menton. Et Kadaj m’a dit qu’il se chargeait de l’autre traitre de Strife. Toi, t’auras qu’à te faire Lockhart. Montre-lui comment on souhaite le bonjour aux emmerdeurs dans son genre par ici !

    Rude opine du chef. Puis, il vient claquer son avant-bras contre celui que lui présente Reno. Il y a un moment qu'il n'a pas combattu d'adversaire à sa hauteur et espère que celui-là arrivera à l'amuser au moins un peu.

    ... ...

    Les affrontements font rage autour de lui. Les coups résonnent, les cris et les injures s'élèvent, en une cacophonie familière. Quelques téméraires qui soit ne le connaissent pas encore, soit s'imaginent de taille à lui tenir tête, sont promptement envoyés au tapis. Les autres ne cherchent pas à intervenir. On déjà suffisamment à se soucier de leur côté, ou sont assez intelligents pour comprendre que même à plusieurs, ils auront du mal à faire le poids.

    Bientôt, la vue se dégage. Il se retrouve dans une partie du terrain vague où les combats ont cessé. À terre, les corps de plusieurs de leurs hommes. Certains ont encore la force de gémir, mais la plupart ont perdu connaissance. Et au milieu de cette hécatombe, lui tournant le dos, une silhouette habillée d'un sweat et d'un pantalon de jogging.

    Derrière ses lunettes noires, le chauve analyse la scène. Une aura puissante émane de celui qui se tient face à lui. Ses poings encore serrés sont tachés d'un sang qui n'est assurément pas le sien. Il s'arrête à moins de trois mètres de l'autre et lance :

    C'est toi, Lockhart ?

    La silhouette se retourne vers lui. Sa capuche rabattue dissimule en partie ses traits, aidée en cela par un masque qui lui recouvre le bas du visage, ne laissant apparents que ses yeux. Marrons. Confiants et déterminés.

    Rude opine du chef, certain d'avoir trouvé son homme.

    Je te cherchais, dit-il, avant de se mettre en garde et de se présenter : Rude !

    C'est au tour de son interlocuteur de hocher de la tête.

    J'ai entendu parler de toi, lui lance-t-il.

    Une voix fluette, à l'image de son corps, qui fait arquer un sourcil au chauve. On ne peut pas dire que ce soit l'adversaire impressionnant auquel il s'attendait, mais… son regard s'attarde sur les types à terre. En tout cas, sa réputation semble méritée.

    La rapidité de l'attaque le surprend et il a juste le temps de parer le coup de pied qui allait le frapper sur le côté du visage. Il n'a toutefois pas l'occasion de répliquer et doit bloquer d'autres assauts aussi véloces, que violents. Finalement, il parvient à se mettre hors de portée des coups et, profitant de son allonge, fait fondre son poing dans la direction de son adversaire. Celui-ci esquive, mais pas complètement et sa capuche est rejetée en arrière, libère de longs cheveux qui viennent cascader sur ses épaules. Son visage, qui se dévoile ainsi davantage, lui révèle des traits plus fins qu'il ne s'y attendait. Rude ne peut s'empêcher d'avoir un moment d'hésitation et, ses sourcils se haussant, il laisse échapper :

    Une femme… ?

    Sa surprise offre une ouverture à son adversaire, qui en profite pour le frapper durement. Son pied s'écrase contre son épaule, le forçant à reculer, tandis que la douleur paralyse momentanément tout son bras. Face à lui, Lockhart a redressé la tête et le fixe.

    Tu vas le regretter si tu me sous-estimes !

    Rude se permet un petit sourire et se met de nouveau en position de combat. Voilà qui est intéressant… !

    ... ...

    Les affrontements sont sur le point de se terminer. Déjà, la rumeur du cessé le feu commence à se répandre auprès de tous ceux encore aptes à se tenir debout. Il semble qu'aucun camp n'ait réussi à faire plier l'autre, que l'on devra se contenter d'un match nul jusqu'à la prochaine fois. La nuit, elle, recouvre doucement la ville et les lampadaires, un à un, s'allument.

    Rude et Tifa se tiennent face à face. Essoufflés et le corps en souffrance, il en faut néanmoins davantage pour les obliger à mettre un genou à terre. Les lunettes de Rude ont sauté pendant l'affrontement et ses yeux gris sont braqués sur ceux de son vis-à-vis. Une entaille au niveau de sa tempe saigne encore, a badigeonné de rouge le côté gauche de son visage. La jeune femme, elle, a un bel hématome au niveau de l'arcade. Ses paupières se plissent, comme elle lance :

    On dirait qu'on va devoir en rester là pour aujourd'hui.

    Hum !

    Rude baisse les poings et redresse le dos. La jauge un moment. Puis, avec un petit sourire en coin, il dit :

    Pas mal.

    Je te retourne le compliment !

    Là-dessus, la jeune femme abaisse son masque, lui dévoile entièrement son visage. Sa lèvre inférieure est explosée, mais ça ne l'empêche pas de sourire. En cet instant, il y a quelque chose de majestueux chez elle, dans sa position, comme dans son attitude. Le vent qui souffle fait s'envoler ses cheveux, qu'elle dégage de devant son regard d'une main.

    J'espère qu'on se reverra, dit-elle.

    Rude opine du chef. Oui, lui aussi, il espère qu'ils auront l'occasion de se recroiser… au moins pour leur permettre de se départager.

    Allez, à la prochaine !

    Là-dessus, elle lui tourne le dos et le salue d'un pouce levé en direction du ciel nocturne…

     

    ***********

    Voilà, comment ça se serait passé…

    Calmement, Rude termine son verre. Assise à sa droite, Elena a croisé les bras et hoche plusieurs fois de la tête en connaisseuse.

    Les ennemis qui deviendront à terme des amants. Un classique, mais qui fonctionne toujours !

    J'avoue, c'était pas mal, reconnaît Reno qui, la joue appuyée contre son poing, a repoussé son assiette, ainsi que tout ce qui pouvait se trouver devant lui afin de s'avachir de moitié sur la table.

    À ses côtés, Kadaj bâille. Puis il porte une main à sa nuque et, le regard un peu dans le vague, lance :

    Et donc, elle t'intéresse…

    Rude se racle la gorge, visiblement un peu gêné. Reno, lui, se redresse et, fixant l'Incarné, questionne :

    Et alors quoi ? Tu comptes aller cafter ?

    Je trouve ça surprenant, c'est tout.

    Surprenant ! Surprenant, qu'il dit ! Non mais t'entends ça, partenaire ? Alors qu'il vit avec elle ! J'veux dire, me fais pas croire que t'as pas remarqué ses arguments… (Puis, faisant un geste ample des deux mains au niveau de son torse :) ses GROS arguments ! Le genre que tu peux pas rater, quoi. Sérieusement, une nana comme elle, qu'a juste tout ce qu'il faut là où il faut, ça te donne envie de la…

    Derrière lui, il peut entendre le choc d'un verre que l'on reposerait un peu trop brutalement. Kadaj, lui, le dévisage d'un air qu'il n'apprécie pas, ses pupilles étrécies jusqu'à rappeler celles d'un félin. Une mise en garde y brille, annonciatrice d'un séjour prolongé dans un lit d'hôpital avec plâtre et mauvaise bouffe de rigueur. Encerclé par cette atmosphère de menace, Reno déglutit, avant de se tourner vers Elena et d'aviser son expression réprobatrice. Bon… pas moyen d'espérer de l'aide de son côté ! Il préfère donc ravaler la fin de son petit discours qui se promettait graveleux, pour finalement porter une main à l'épaule de l'Incarné.

    Enfin, bref ! Y reste plus que toi, du coup.

    Tout en se désolant intérieurement de leur manque d'humour. Faudrait vraiment qu'ils apprennent à se détendre un peu !

    L'air de celui que la corvée ennuie par avance, Kadaj grommelle en réponse :

    Je suis vraiment obligé ?

    Et comment que tu l'es !

    On ne s'est pas défilés, nous, appuie Elena.

    Même si c'était tentant…, ajoute Rude, dont le regard vole de cadavre de bouteille en cadavre de bouteille, dans l'espoir de trouver une survivante.

    Kadaj pousse un soupir. On le sent caresser l'idée de passer son tour malgré tout, songer que même si ça ne leur plaît pas, il n'y a personne ici de suffisamment costaud pour l'obliger à quoique ce soit, avant de finalement hausser les épaules. Tendant son verre à Rude, qui lui propose de le resservir, il dit :

    Donc… faut que je choisisse quelqu'un…

    Et à Reno de lui envoyer une claque sur l'épaule, un grand sourire confiant aux lèvres.

    Pas besoin de te décarcasser, j'suis là !

    L'Incarné lui coule un regard en coin.

    Toi ? Pourquoi c'est toi que je choisirais ?

    Ben… je t'ai bien choisi, moi…, hasarde le roux, un peu troublé par la question.

    Et alors ?

    Ben… tu sais bien quoi… vu qu'on est… !

    Il n'ose pas aller au bout de sa pensée, certain qu'Elena n'attend que ça pour se foutre de sa gueule. Il le devine, à la façon dont elle les scrute, le regard étréci, buvant à petites gorgées le contenu de son verre. Il l'imagine déjà en train de le singer… ou bien de se moquer de son choix de mots. Ou pouffer méchamment sans rien ajouter, juste le gratifier d'un petit sourire en coin méprisant. Ouais, non ! Pas question de lui tendre la perche. Ça lui ferait trop plaisir !

    Son regard soutient un instant celui de l'Incarné, qui attend toujours la fin de sa réponse, et il se racle la gorge.

    En vérité, il est le premier surpris de sa relation actuelle avec ce dernier. Quand il y pense, ça lui apparaît même comme un affreux malentendu ! Car honnêtement, on ne peut pas dire que leur première rencontre ait été du genre idyllique – merde, rien que d'y repenser, ça lui fout encore les boules ! Il avait à peine eu le temps de comprendre que l'espèce de gringalet qu'il avait sous les yeux était l'ennemi à abattre que l'autre avait déjà bondi sur leur hélicoptère et menaçait de tous les y massacrer – et la deuxième pas davantage, d'autant qu'à ce moment-là, Kadaj n'était plus seul, s'était trouvé des frangins et était venu frapper directement à leur porte. D'ailleurs, et à la réflexion, leur troisième rencontre n'avait pas non plus été très agréable… une tête au carré comme ça… des menaces et… lui aurait-on dit à cet instant que, quelques semaines plus tard, il commencerait à éprouver de la sympathie pour lui qu'il n'y aurait pas cru. S'entendre avec un gars comme ça ? Fallait être dingue. Le dernier des tordus, pour y parvenir !

    Alors d'accord, peut-être qu'être Turk, ça fait pas de vous l'être le plus recommandable qui soit, mais… entre lui et des gars comme Kadaj, il y a une marge ! Du moins le pensait-il et est-ce toujours ce qu'il croit fermement. Car au fond, ça rassure de savoir qu'il existe bien pire que vous sur cette foutue planète.

    Bref, tout ça pour dire qu'il n'est pas si à l'aise avec cette relation qu'il tend à le faire croire. Car même si l'Incarné s'est quelque peu assagi depuis leur première rencontre, il n'en reste pas moins quelqu'un de particulier à fréquenter. Dont on a souvent du mal à prévoir les réactions. Qui peut être sympa avec vous la minute d'avant, puis vous sortir la pire saloperie du monde l'instant d'après. Ouais, il l'aime bien. Il a appris à le connaître, au cours des derniers mois. À s'adapter un tant soit peu à son caractère. Mais y a vraiment des fois où il se demande si tout ça va faire long feu…

    Merde, fais pas genre t'as pas compris !

    L'espace d'un instant, l'argenté le fixe, le scrute presque. Puis son expression s'éclaire et un sourire en coin franchement détestable vient étirer ses lèvres.

    Quoi ? Parce qu'on couche ensemble ? Te fais pas trop de film, c'est pas comme si ça signifiait quoique ce soit !

    Le roux peut entendre Elena étouffer un ricanement et sent le rouge lui monter aux joues. Cette espèce de petit enfoiré !

    Oh, pardon, désolé ! ironise-t-il en levant les mains. C'est vrai que t'es du genre à t'envoyer en l'air avec le premier venu !

    Pourquoi pas ? C'est pas comme si on était vraiment en couple, alors je peux bien aller voir ailleurs si ça me chante. Peut-être même que je l'ai déjà fait…

    Attends, tu déconnes ?!

    Qui sait… ?

    Disant cela, l'Incarné a incliné la tête sur le côté. Son sourire s'est fait légèrement provoquant et on le devine satisfait de la tournure que prend la conversation.

    Si le roux se contient de ne pas se jeter sur lui pour l'agripper par les vêtements et commencer la plus belle engueulade de leur relation, c'est bien parce qu'il sent dans son dos la présence de Rude. Son regard, surtout, qui ne le lâche pas et lui fait presque courir un frisson le long de l'échine. Il a promis de se tenir à carreaux. Ouais, il a promis au chauve que s'il acceptait que Kadaj fête le réveillon avec eux, alors il éviterait de trop le chercher. De répondre à ses provocations. Surtout, que la soirée ne se terminerait pas avec l'un d'entre eux en miettes et qu'il assumerait les conséquences en cas de dérapage. Et putain, l'autre ne lui facilite pas la tâche !

    Serrant les mâchoires à lui en faire mal, il prend une longue inspiration. Ne pas faire de scène. Ne pas faire de scène. Ne pas…

    Putain, tu fais chier !

    Je veux juste que les choses soient claires, réplique l'argenté.

    Son calme, comme l'amusement sadique qu'il peut lire dans ses yeux verts fait monter en lui un sentiment de violence qu'il a du mal à réprimer. Non seulement il le cherche, mais en plus, ça semble lui faire plaisir de l'humilier devant les deux autres. Quel enfoiré, mais quel enfoiré ! Si seulement ils pouvaient se retrouver seuls, là, juste tous les deux, il…

    Soutenant le regard de l'Incarné, il sert les poings, se force au calme… sans grand succès. Car au milieu de la colère qui gronde en lui, une pointe de jalousie commence à montrer le bout de son nez… inattendue. Parfaitement inattendue. Tant qu'il ne parvient pas à l'identifier lui-même en tant que telle. L'alcool qui ravage son cerveau n'arrange rien, aggrave au contraire les choses, car bientôt, la provocation de Kadaj se transforme en réalité, en certitude que l'autre le trompe. Alors OK, peut-être que sur le papier, ils ne sont pas exactement en couple, mais… merde ! Il a quand même le droit d'exiger un minimum de respect ! Son humiliation devient poison et c'est la rancœur qui prend finalement le pas sur sa raison quand il questionne :

    D'accord ! Qui ?

    Reno… ! commence Rude, qui sent venir les problèmes.

    T'occupe pas de ça, partenaire, c'est entre lui et moi que ça se joue.

    Tu devrais l'écouter, fait toutefois Kadaj. Je crois pas que t'aies envie de savoir.

    Son ton est calme, beaucoup trop calme, tranche avec la voix agressive du roux. Le chauve, qui voit clair dans son jeu, grogne :

    Il te fait marcher.

    Une expression mauvaise sur les traits, son collègue se retourne vers lui.

    Qu'est-ce que t'en sais au juste ? Rien que pour me faire chier, il serait bien foutu de…

    Ses yeux s'arrondissent soudain, comme une idée affreuse traverse son esprit. Son regard va de l'un à l'autre et il ouvre la bouche, sur une exclamation muette. Non… tout de même pas ! Il sait qu'ils s'entendent bien, mais ils oseraient tout de même pas… pas à lui… !

    Putain, me dites pas que vous avez couché ensemble ?!

    Rude porte vivement une main à sa bouche, évite de justesse de cracher sur Reno la gorgée qu'il vient de prendre. Kadaj, lui, hausse les épaules.

    Non, mais s'il était partant…

    T'es sérieux, là ?!

    Je vous ai dit de me laisser en dehors de vos histoires, grommelle le chauve, en venant s'essuyer le menton de sa serviette.

    Tu poses la question.

    T'étais pas obligé de développer !

    Allez, Reno, faut pas être jaloux comme ça, intervient Elena qui s'amuse décidément beaucoup.

    Ce qui lui vaut un regard assassin de la part du roux, suivi d'un :

    Ta gueule, toi ! (Puis, revenant à Kadaj :) Et celle-là, hein, qui fait sa maligne ? Tu te la ferais aussi ?!

    D'un seul coup, le rire de la blonde s'étrangle dans sa gorge. Kadaj tourne les yeux dans sa direction, semble la jauger l'espace d'une seconde ou deux. Un frisson lui remonte le long du dos, bientôt suivi d'un sentiment de révolte. Son regard s'assombrissant, elle siffle :

    Fais attention à ce que tu vas dire.

    Et comme l'Incarné cille, elle ajoute :

    Si tu dis oui, je te préviens, je t'en colle une !

    Kadaj ouvre la bouche, mais elle le coupe avant qu'il n'ait pu prononcer un mot :

    Et si tu dis non… oh bon sang ! Je sais pas ce qui m'énerverait le plus. Que tu dises oui ou que tu dises non… ? (Elle se gratte les cheveux.) Merde, je crois que ça m'énerverait tout autant en fait ! (Son regard se braquant de nouveau vers son interlocuteur :) Dans tous les cas, fais très attention à ce que tu vas dire !

    À nouveau, l'Incarné cille, visiblement troublé. Il jette un coup d'œil à Rude qui, discrètement, lui fait savoir de laisser tomber. Il revient à son interlocutrice. Celle-ci, penchée en avant, semble prête à lui bondir dessus. Il roule des yeux et se tourne vers Reno qui a à présent fait silence. Les bras croisés, l'air renfrogné, il boude, rumine sa rancœur. Kadaj vient s'accouder contre son dossier et note, de nouveau amusé :

    Mais c'est que ça a l'air de te tenir à cœur… peut-être que je devrais être sympa et te choisir, finalement.

    Le roux laisse entendre un « tsss ! » et, récupérant son verre à moitié vide, grommelle :

    T'es vraiment qu'un connard…

    Ce qui lui vaut un petit coup de pied sous la table de la part de Rude. Il grogne, lui adresse un regard de reproche, auquel le chauve répond par un froncement de sourcils. Lui signifiant par là de laisser tomber lui aussi.

    La tension, du reste, est palpable dans la pièce et on sent que la prochaine étincelle risque fort de la faire exploser.

    Elena se racle la gorge. Devine que l'attention de Rude se porte dans sa direction, prêt à intervenir si elle s'amuse encore à jeter de l'huile sur le feu. La jeune femme n'en a toutefois pas l'intention et c'est dans l'idée de détendre un peu l'atmosphère qu'elle questionne :

    N'empêche, ça va aller ? Je veux dire, vu qu'il n'a jamais mis les pieds dans un lycée de sa vie…

    Le chauve, qui voit où elle veut en venir, se tourne vers Kadaj :

    Ouais. Mais s'il fait comme moi ou Reno, il devrait s'en sortir…

    Mais l'Incarné les rassure :

    Non, c'est bon. Loz et Yazoo adorent cette série, là… « Midgar, mon amour ! ». Je la regarde des fois avec eux, du coup… je crois que j'ai compris le truc.

    Ce vieux machin ? s'étonne Elena. Ils le repassent à la télé ?

    Non, c'est Tifa. Elle leur a déniché les DVDs il n'y a pas longtemps…

    Humf… c'est de sa génération, fait Rude en hochant la tête.

    Il devine sans mal qu'elle a dû la regarder et l'apprécier comme beaucoup de jeunes de l'époque. Tournée à Midgar et racontant le quotidien d'un adolescent fraîchement débarqué avec sa famille, il se souvient qu'elle doit principalement son succès au public extérieur à la métropole. À cause du côté dépaysant, sans doute, du fait qu'alors, Midgar et ses promesses en faisaient fantasmer plus d'un. Pour un habitant des lieux, par contre, c'était une série correcte, mais pas plus transcendante que ça…

    Tous se tournent finalement vers Reno. Son verre à nouveau rempli jusqu'à ras-bord, il semble presque les ignorer. Elena lève les yeux en direction du plafond, tandis que Rude récupère d'autorité la bouteille que le roux tient, lui signifiant par là qu'il a assez bu pour la nuit. Kadaj, lui, l'observe un moment. Difficile de dire s'il est agacé ou non par l'attitude de l'autre. Son regard scrutateur, à cause de ses pupilles félines, a quelque chose de vaguement inquiétant. De prédateur. Qui ne tarde pas à faire froid dans le dos de la jeune femme, tant celle-ci a l'impression de le connaître. D'en avoir elle-même déjà été la cible. Mal à l'aise, elle préfère détourner les yeux. Après un silence qui parait ne jamais vouloir s'achever, il incline la tête sur le côté et ferme les paupières. Quand il les rouvre, ses pupilles ont retrouvé une forme un peu plus normale. Un petit sourire vient flotter sur ses lèvres comme il annonce :

    Puisqu'il faut y aller… ! (Puis, à l'intention de Reno :) Il y aura une chute, alors tu seras gentil de ne pas me couper…

    Zeegzag ~ 2019

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  • En attendant Noël... (13+)

    Chapitre 2

    Résumé : "Ok, laissez-moi vous raconter comment ça se serait passé si… !"
    Un soir de réveillon, un peu trop d'alcool et du temps à tuer avant que ne sonne minuit.

    Genres : Parodie, M/M,  M/F, Général, Pas mal d'humour, mais pas forcément une fic humoristique parce que : Kadaj = tensions + relations particulières.

    Année : 2019

    Personnages : Elena, Reno, Kadaj, Rude

    Taille : 5.757 mots


     

    2 - Le petit théâtre d'Elena

    J’en ai ma claque de cet abruti !

    Elena a les joues rouges et le regard vitreux. Le colère crispe ses traits et elle sert si fort son verre vide qu’on pourrait craindre qu’elle ne finisse par le briser. Autour de la table, les collègues avec qui elle est sortie manger et boire un coup ont fait silence. Les accompagne le proviseur Rufus Shinra, ainsi que la proviseure adjointe Scarlett, seule autre femme de leur petite assemblée. Sur le plateau, les vestiges d’un repas qui fut fastueux, ainsi que quelques bouteilles qui ne tarderont pas à être remplacées par d’autres. Le restaurant sur lequel ils ont jeté leur dévolu est aussi noir de monde que bruyant, de fait que son exclamation est passée parfaitement inaperçue auprès du reste de la clientèle. Leurs plateaux en main, des serveurs vont et viennent entre les tables, doivent parfois se faufiler dans des passages bien trop étroits qui nécessitent quelques tortillements et beaucoup d’agilité afin de ne pas faire tomber ce qu’ils transportent.

    Toi, devine Tseng en la resservant, tu as eu droit au cas Reno aujourd’hui.

    Pour toute réponse, la jeune femme grogne et lève les yeux vers son collègue. Ses longs cheveux noirs attachés dans la nuque, il porte des lunettes derrière lesquelles deux yeux sombres et insondables se dessinent. Leurs doigts se frôlent, comme il l’aide à tenir son verre droit, mais alors qu’en d’autres circonstances, ce simple contact l’aurait troublée, elle est pour l’heure bien trop focalisée sur sa rancœur pour y prêter la moindre attention.

    Elle n’a rejoint les rangs du corps enseignant que depuis moins d’un an et, déjà, il faut qu’elle soit confronté au cas certainement le plus problématique de toute l’histoire de leur profession. Pas plus tard que cette après-midi, il a provoqué un tel remue-ménage dans sa classe qu’elle a cru qu’elle allait tourner au champ de bataille. Et si elle a cherché à se débarrasser du gêneur en lui demandant de prendre la porte, celui-ci s’est contenté de rester bien assis à sa place, tout en la mettant au défi de le jeter elle-même dehors. Consciente qu’elle aurait du mal à y parvenir, elle avait donc dû ravaler les insultes qui lui montaient aux lèvres pour en revenir à son cour, devant endurer après ça les moqueries et le mépris du roux. Pas la première fois qu’il lui fait le coup. A cause de son âge, il a tendance à la prendre de haut et cherche constamment à la rabaisser. Et aujourd’hui, elle a dû le supporter non pas pendant une heure, mais bien deux ! A se demander comment elle a fait pour ne pas l’étrangler.

    Si je pouvais, je lui ferais une tête au carré comme ça ! Y a vraiment pas de justice : ce genre d’emmerdeur a le droit de vous traiter comme la dernière des moins que rien, mais vous, vous ne pouvez même pas lui en coller une. Et si vous le faites, vous vous retrouvez avec les parents et la presse sur le dos en moins de deux ! (Puis, après avoir bu le contenu de son verre d’une traite :) A se demander comment il a fait pour survivre aussi longtemps en étant aussi con !

    ***

    Hé, hé, hé ! Non mais ça va, oui ?

    La ferme, Reno : laisse-moi raconter !

    ***

    On prétend qu’un cafard est capable de survivre encore des semaines privé de sa tête, fait Scarlett, en croisant les jambes. C’est le secret des nuisibles : plus ils sont problématiques, plus ils sont résistants. Un genre de loi universelle destinée à compenser leur médiocrité…

    ***

    Non, mais y a provocation là !

    Reno ! s’agacent d’une même voix ses deux collègues.

    Puis la blonde se racle la gorge, note le petit sourire en coin satisfait de Kadaj et reprend :

    ***

    Est-ce que tu n’es pas un peu dure ? s’amuse Rufus près d’elle, en arquant un sourcil.

    Monsieur le principal chercherait-il à prendre sa défense ? Comme c’est étonnant !

    Le blond sourit doucement, mais ne répond pas à la provocation. A la place, il fait signe à un serveur d’approcher et lui désigne les bouteilles à moitié vides qui se trouvent au milieu de leur table. L’expression un peu gênée, Reeve fait tourner la bague qu’il porte à l’index et dit :

    C’est vrai qu’il a tendance à poser des problèmes… quoique je n’ai pas vraiment à me plaindre. Il se contente le plus souvent de dormir pendant mes cours.

    On se demande bien pourquoi, bâille en réponse Scarlett, tandis qu’un Heidegger en jogging vert laisse entendre un « Gya ha ha ! » bruyant, avant de déclarer d’une voix forte :

    Ce genre de mauvaise graine, ça vous demande d’avoir de la poigne pour les mâter. Certainement pas une affaire de chochottes ! Regardez-moi, par exemple, ça file droit !

    J’ai pourtant entendu dire que vous vous étiez laissé déborder il n’y a pas si longtemps, grogne Reeve en réponse, un peu vexé.

    Débordé ? Débordé, moi ? Gya ha ha ! Non, j’ai juste estimé que le programme habituel n’était pas adapté à des champions dans son genre. Ça les ennuie. Ça a trop d’énergie et d’agressivité ! Du défi, voilà ce qu’il leur faut !

    Personne ne répond. Chacun ici sait à quoi ressemble les cours de sport d’Heidegger. L’homme semble croire qu’il est de son devoir de former les prochains super soldats du pays, de fait que les heures qui lui sont allouées s’apparentent à de véritables séances de tortures qui en envoient régulièrement plus d’un à l’infirmerie. De nombreux parents s’en sont plaints, obligeant l’individu à calmer un petit peu ses ardeurs… temporairement. Car il y a peu, il a mis au point ce qu’il appelle un « super programme », incluant entre autres des affrontements à mains nues où tous les coups seraient à peu près permis. Il se murmure même que l’homme donne des cours clandestins à la tombée de la nuit et qu’ils sont un petit paquet à les suivre. En témoignent les nombreuses absences pour blessures plus ou moins graves et la prise de muscles un peu trop impressionnante de certains élèves.

    Et le pire étant sans doute que monsieur le proviseur le laisse faire, se contentant de jouer les surpris quand quelqu’un vient se plaindre du problème auprès de lui.

    En ce qui concerne notre jeune spécimen roux, il a arrêté de venir à mes cours depuis un moment, ricane Hojo, son verre porté à ses lèvres. Il semblerait que je lui fasse peur…

    Là aussi, personne ne juge utile de répondre. A la vérité, il inquiète tout le monde et ce jusqu’à ses collègues. Une aura lugubre lui colle en permanence à la peau et, quand il pose les yeux sur vous, il donne l’impression de vous étudier comme un futur cobaye potentiel ; de se demander quelle partie de vous il va bien pouvoir conserver dans du formol, en prévision de prochaines expériences.

    Quant à moi, gémit Palmer en essuyant ses doigts, lui et certains de ses camarades m’ont bombardé d’argile lors du dernier cours. Je suis allé me réfugier derrière mon bureau, mais ils m’ont poursuivi jusque là et ont continué leurs attaques !

    Là-dessus, il se tourne vers Rufus et, se penchant dans sa direction, ajoute, ses gros yeux luisant d’espoir :

    Ce qui me fait penser que je commence à manquer de matériel pour mes cours. Et puis, vous savez, il y en a un également certain nombre qu’il me faudrait acquérir ou remplacer. Aussi… je me demandais… est-ce que vous ne pourriez pas augmenter un peu mon budget, monsieur le principal ? Comprenez que j’en suis actuellement de ma poche et…

    Mais avant qu’il ne puisse terminer, le rire de Rufus le coupe. Le blond se passe une main dans les cheveux, rejette en arrière les quelques mèches n’ayant rien à faire sur son front et répond, un sourire aux lèvres :

    Allons, Palmer, tout le monde sait bien que l’Art n’est qu’une matière bouche-trou. Vous ne voudriez tout de même pas que nous dépensions de l’argent inutilement ?

    Le visage de son interlocuteur se décompose, tandis que Scarlett et Heidegger partent dans des « Gya ha ha ! » et « Kya ha ha ! » bruyants. Comme Palmer se ratatine sur sa chaise, l’air misérable, Reeve note :

    Il n’empêche qu’il n’était pas aussi problématique les années précédentes. Je veux dire, il nous a toujours causé quelques soucis, mais… cette année, c’est un peu comme s’il n’avait plus aucune limite.

    Ou qu’il considère que rien ne pourra lui arriver, quoiqu’il décide de faire, ajoute Tseng en soufflant sur les verres de ses lunettes, avant de les nettoyer.

    Peut-être est-ce dû au fait qu’une certaine personne se montre un peu trop indulgente à son égard ces derniers temps, réplique Scarlett, sans fixer qui que ce soit en particulier.

    Malgré tout, Rufus ne peut s’empêcher d’émettre un raclement de gorge. Le regard de Tseng se pose sur lui, aussi froid et impénétrable qu’à l’accoutumé. Le jeune proviseur se force à sourire et questionne :

    Et vous, Tseng, comment vous en sortez-vous avec notre phénomène ?

    Oh, moi… il y a longtemps que lui et ses petits camarades ont compris qu’il vaut mieux ne pas m’avoir comme ennemi, monsieur.

    Sa réponse amène un certain malaise autour de la table, qui se fait soudain silencieuse. Calmement, Tseng termine de nettoyer ses lunettes et les replace sur son nez. Et à chacun de se rappeler les rumeurs glaçantes qui courent sur ce professeur de mathématique sorti de nulle part quelques années plus tôt. Encore aujourd’hui, personne ne sait vraiment qui il est, ni comment il a pu se faire embaucher dans leur établissement, surtout que Scarlett raconte à qui veut l’entendre que l’homme ne possède strictement aucun diplôme. On ignore également si Tseng est son véritable prénom, tout autant qu’on ne lui connaît aucun nom de famille. Sans compter qu’il a cette façon de vous observer, de se déplacer silencieusement, d’être là sans que vous ne vous en rendiez forcément compte, ou alors trop tard, et de vous faire courir des frissons d’angoisse d’un simple regard. Même, on prétend qu’il ne sort jamais sans une arme et qu’il serait un criminel en fuite…

    Finalement, Elena laisse échapper un petit bruit de bouche agacé et, le nez pointant en direction de son verre, grommelle :

    Je suis sûre qu’il a déjà redoublé deux ou trois fois… minimum ! C’est inscrit sur son visage, qu’il est bête !

    ***

    Outré par cette nouvelle vacherie, Reno va pour s’insurger, mais la main de Rude s’écrase contre sa bouche. Le visage du chauve se plante ensuite dans son champ de vision et il le voit porter un doigt à ses lèvres.

    ***

    Aussi étonnant que ça puisse paraître, il n’a redoublé qu’une seule fois, la détrompe toutefois Reeve, qui a à présent sorti son téléphone portable et consulte ses messages.

    Dans tous les cas, il est déjà majeur ! s’agace la blonde, avant d’écraser son poing sur la table. Alors pourquoi est-ce qu’on le vire pas ? Avec la réputation qu’il se paye, aucun autre établissement ne voudra de lui et ça l’obligera à se frotter à la vie active. Sûr que ça, ça lui fera les pieds, tiens !

    Il n’en est pas question ! s’exclame Rufus.

    Son ton, comme la rapidité de sa réponse, lui vaut d’attirer tous les regards sur lui. A nouveau, il se racle la gorge, la micro-seconde de gêne que les plus attentifs ont pu déceler chez lui laissant place à son calme et à son assurance habituels.

    Je veux dire, ce ne serait pas très juste… les examens ne sont que dans quelques mois, ce n’est donc pas comme s’il vous restait encore longtemps à le supporter.

    A supposé qu’il ne les rate pas, gémit Palmer, effrayé à l’idée que le roux puisse de nouveau être au nombre de ses élèves l’année suivante.

    Ça n’arrivera pas, assure Rufus. Vous avez ma parole !

    Scarlett lui décoche un regard en coin qu’il préfère ignorer. Au même moment, Reeve repousse sa chaise et s’excuse :

    Un coup de téléphone à passer. Je reviens tout de suite.

    Il a à peine disparu à l’angle de la salle, dans le couloir donnant sur les toilettes, que Tseng l’imite et, sans un mot, quitte la table. Personne ne fait vraiment attention à leur départ, Palmer étant trop occupé à geindre auprès de Rufus, tandis que Scarlett continue de le fixer. Le blond, bien que souriant toujours et se donnant des allures décontractées, semble se crisper de plus en plus au fur et à mesure que le regard de son adjointe se fait plus perçant. Heidegger, lui, délire, se parle à lui-même, expose les grandes lignes d’un nouveau programme d’entraînement criminel qu’il compte bientôt tester avec ses élèves, tandis qu’Hojo ricane tout bas.

    Les paupières lourdes et un peu dans les vapes, Elena laisse son doigt glisser le long du rebord de son verre, encore et encore. Ne s’intéresse déjà plus à ce qu’il se dit ou se fait autour d’elle. Son regard est rivé en direction du couloir où a disparu Tseng et, bientôt, la boule qui grossit au niveau de sa gorge devient si étouffante qu’elle décide de se lever elle aussi. Les jambes peu assurées, elle titube à travers la salle, manque de rentrer dans un serveur qui ne s’arrête qu’à temps pour éviter la collision, et prend la direction des toilettes.

    Là, elle tombe sur Reeve, qui, son portable à l’oreille, termine sa conversation avec son interlocuteur. Comme il raccroche, il a un geste du menton en direction d’une porte située tout au bout du couloir.

    Si c’est Tseng que tu cherches, il est sorti fumer.

    La jeune femme ne cherche même pas à le détromper. Ça fait un moment déjà que l’homme semble avoir remarqué l’intérêt qu’elle porte à leur collègue, mais – et c’est tout à son honneur – ne s’en est jamais moqué. Ce dont elle lui en est reconnaissante, tout comme le fait qu’il n’en ait visiblement parlé à personne… car dans le cas contraire, elle sait que la rumeur aurait déjà fait le tour de l’établissement et lui serait revenu en pleine face sous forme de railleries et autres allusions plus ou moins déplacées.

    Elle le remercie donc d’un signe de tête et va pour le dépasser, quand elle remarque la petite figurine qui dépasse d’une des poches de son collègue.

    Mais c’est adorable ! Où est-ce que vous avez eu ça ?

    Elle a tendu une main vers l’objet, qui s’apparente à un porte-clef en forme de chat noir, portant sur la tête une petite couronne, ainsi qu’une cape autour du cou. Reeve rougit et s’empresse de le faire disparaître dans sa poche.

    Oh… heu… ce n’est rien. Juste une bêtise que j’ai faite quand je m’ennuyais… !

    Vraiment ? Vous êtes drôlement doué !

    Mer… merci. (Il se racle la gorge et, le regard suppliant, lui demande :) Est-ce que tu pourrais éviter d’en parler aux autres ? Tu sais comment ils sont…

    En réponse, Elena lève le pouce. Puisqu’il a été assez aimable pour garder son secret, il peut compter sur elle pour en faire de même.

    A l’extérieur, la brise est fraîche et, comme la porte se referme derrière elle, elle regrette de ne pas avoir pris sa veste avec elle. Elle avise sans mal Tseng, adossé au mur sur sa droite. Sa cigarette entre deux doigts, il a tourné les yeux vers elle, mais ne semble pas décidé à prendre la parole le premier. Aussi, et au bout de quelques secondes d’un silence gênant, la jeune femme questionne-t-elle :

    Est-ce que je vous dérange ?

    Non…

    Mais vous devinez pourquoi je suis là, n’est-ce pas ?

    En réponse, il se contente de hausser les épaules. Elena soupire. Eh bien, ce n’est pas gagné. Mais pas question pour elle de faire machine arrière ! Elle n’aura sans doute pas de meilleure occasion de mettre les choses au clair avec lui. Surtout parce que l’alcool, en cet instant, lui donne le courage qui lui manque en général. Alors, elle vient s’adosser près de lui et lève les yeux en direction du ciel nocturne. Ne dit rien, l’espace de quelques instants, juste le temps pour elle de mettre ses idées à peu près en place… puis, elle prend une longue inspiration et, la boule qui l’étouffait précédemment lui malmenant à présent les entrailles, se lance :

    Est-ce que vous avez eu le temps de réfléchir… ?

    Oui, commence-t-il, avant de porter sa cigarette à ses lèvres et d’ajouter, alors qu’il recrache un nuage de fumée. Mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

    « Ne me dites pas ça ! » ; «Vous n’en savez rien ! » ou encore « Et moi je crois que si ! » ; autant de réponses possibles qui fusent dans son esprit, mais qu’elle préfère ignorer pour se contenter de questionner :

    Pourquoi pas ?

    L’expérience ?

    Elena secoue la tête. Là aussi, elle aurait pu répliquer quelque chose d’aussi stupide que : mais avec moi, ce sera différent. Ou bien : je ne suis pas comme les autres femmes ! Mais ça n’aurait eu pour effet que de la faire passer pour une idiote.

    Désolée, dit-elle à la place, mais je n’accepte pas ce genre de réponse. Trouvez autre chose !

    A nouveau, il tire sur sa cigarette. Ne la regarde même pas quand il déclare :

    Tu ne connais rien de moi.

    Et alors ? Il n’est pas trop tard pour commencer à vous ouvrir à moi.

    Et que fais-tu des rumeurs qui courent sur mon compte ?

    Vous voulez dire, celles qui prétendent que vous seriez un criminel venu se planquer chez nous ? répond la jeune femme, avec un petit sourire en coin. Vous n’allez pas me faire croire qu’elles sont réelles !

    Et si c’était le cas ?

    A présent, il soutient son regard et, elle doit le reconnaître, avec son visage ainsi rendu plus dur par les ombres qui peuplent la nuit, il a quelque chose d’inquiétant. Néanmoins, il en faut davantage pour lui faire perdre ses moyens… surtout après ce que ça lui a demandé comme courage pour oser se déclarer à lui.

    Eh bien, commence-t-elle en inclinant la tête sur le côté. J’imagine que ça mettrait du piment dans notre relation.

    Elle voit aussitôt que sa réponse l’a pris de court. Les yeux agrandit, il semble tout d’abord incapable de trouver une parade, avant qu’un pouffement ne s’échappe de lui et qu’il ne se mette à rire. Phénomène si rare qu’elle le prend comme un encouragement.

    Se risquant à l’audace, elle lui porte une main à l’avant-bras et questionne :

    Vous ne voulez pas nous laisser ne serait-ce qu’une petite chance… ?

    Ce qui a pour effet de lui faire aussitôt regagner son sérieux.

    Parfois, c’est déjà trop, répond-il en détournant de nouveau le regard.

    Votre expérience ?

    Peut-être…

    Elle remarque toutefois qu’il n’a pas dégagé son bras. Malheureusement pour elle, elle arrive à court d’arguments… tout ce qui lui vient ensuite lui semble incroyablement puéril… au niveau de son inexpérience dans le domaine. Aussi ne parvient-elle qu’à murmurer :

    Est-ce que je vous laisse à ce point indifférent ?

    Sans doute pas la meilleure question qui soit. D’ailleurs, ne commence-t-elle pas à devenir envahissante ? Ne devrait-elle pas se contenter d’en rester là pour aujourd’hui ? Mais avant qu’elle n’ait pu s’excuser et tourner les talons, il la surprend en lui avouant :

    Au contraire. Seulement, je ne suis pas certain d’être le genre de type qui conviendrait à quelqu’un comme toi… Et puis, ajoute-t-il en laissant tomber son mégot pour l’écraser sous sa semelle, nos collègues pourraient jaser.

    Quelqu’un comme… ? commence-t-elle, se demandant si elle doit se sentir vexer par la remarque. Non, attendez ! Depuis quand vous vous souciez de leur opinion, exactement ?

    Incrédule, elle le fixe. S’il y a bien une personne qu’elle n’aurait jamais soupçonné être du genre à s’inquiéter de ce que les autres peuvent penser de lui, c’est certainement l’homme qui se tient face à elle. Surtout vu ce que leurs collègues peuvent raconter derrière son dos, ragots qu’il ne s’est jamais soucier d’infirmer ou de confirmer, se contentant de les laisser exister sans paraître s’y intéresser vraiment.

    En vérité, je m’en moque. Mais ce n’est pas ton cas, n’est-ce pas ?

    Elle ouvre la bouche pour nier, la referme aussitôt et sent le rouge lui monter au joue. Il a raison, bien sûr. Mais elle lui en veut un peu de l’avoir énoncé de cette façon. Surtout qu’à présent, elle a l’impression de passer pour une gamine, mais aussi qu’il ne la prend pas au sérieux. Pas un seul instant. Et c’est sans doute le plus humiliant pour elle.

    Décidée à lui prouver qu’il a tort, elle tend les mains en vers lui et, sans qu’il ne fasse un geste pour l’en empêcher, lui subtilise ses lunettes. Il l’observe et elle, en retour, fait de même, apprécie ce visage qui se dévoile à présent entièrement à elle.

    — Et maintenant ? questionne-t-il.

    Elle replie les branches des lunettes et les glisse dans sa poche de poitrine. Puis elle vient poser les mains sur son torse et se dresse sur la pointe des pieds. Lui continue de l’observer, sans que ni son visage, ni son regard, ne laissent transparaître ses émotions. Elle prend une longue inspiration.

    — S’ils veulent jaser, alors… laissons-les faire !

    Et, comme il ne fait pas mine de vouloir l’en empêcher, elle se hisse un peu plus sur la pointe des pieds. Sent son cœur s’emballer, exploser, alors que ses lèvres viennent doucement se poser sur les siennes…

     

    **************

     

    Et… et ensuite, nous aurions petit à petit appris à nous connaître et rien ni personne ne serait jamais parvenu à nous séparer.

    Le visage en feu et les yeux pétillants, la jeune femme se plaque les mains contre la bouche et part dans un gloussement. Pousse le vice jusqu'à se tortiller sur sa chaise, la faisant instantanément ressembler à une adolescente.

    L'un de ses sourcils pris de spasmes, Reno se penche vers Kadaj :

    Tu me trouves toujours aussi con, après ça ?

    Tout aussi dépité que lui, l'Incarné répond :

    Sérieusement, on vous choisit sur quels critères, chez les Turks ?

    Accoudé sur la table, deux doigts portés à ses lèvres, Rude dit :

    C'était chouette.

    Un silence se fait brusquement dans la pièce, bientôt brisé par une exclamation indignée du roux.

    Attends, tu plaisantes ?!

    Oooh ! Ça me fait tellement plaisir ! pépie Elena en joignant les mains.

    Et pourquoi son délire serait mieux que le mien, hein ? C'est quoi ce favoritisme, là ?!

    Parce que moi je n'en profite pas pour me mettre en valeur et humilier les autres ?

    De… PARDON ?! T'as pas arrêté de te foutre de ma gueule !

    Je n'ai fait que rétablir la vérité, nuance !

    N'importe quoi !

    Si je peux donner mon avis…, commence Kadaj.

    On t'a rien demandé, alors écrase !

    Une dispute éclatant entre Reno et Elena, Rude étouffe un bâillement derrière son poing, avant de tendre la main vers la bouteille la plus proche et de remplir son verre. Puis il porte son regard en direction de Kadaj qui, sirotant le sien, semble se délecter de la situation.

    Bien qu'il l'apprécie, il est en vérité loin de lui faire totalement confiance. Pas davantage à ses frères que, ni lui, ni Reno, ne fréquentent… les deux n'ayant de toute façon jamais cherché à se rapprocher d'eux comme l'a fait Kadaj.

    Car si pour le moment, il semble que la fratrie ait décidé de se tenir tranquille, il ne croit pas qu'ils aient renoncé à l'idée de retrouver Jenova. Il reste forcément des traces de la calamité quelque part en Gaïa et un jour, sans doute, les Incarnés se mettront-ils à leur recherche. Oui, il les voit mal faire autrement… c'est pour cette raison qu'ils ont été créés, pour cette raison aussi que Rufus et Tseng hésitent encore quant à l'attitude à adopter vis-à-vis de ces trois-là. S'en débarrasser leur assurerait une tranquillité d'esprit pour l'avenir, mais ouvrir les hostilités contre eux pourrait également se révéler plus problématique qu'escompté. Déjà parce que les Incarnés ne se laisseront pas faire et qu'endosser le rôle de ceux qui réveilleront leur hostilité est loin d'être confortable – d'autant moins qu'ils pourraient causer pas mal de dégâts avant que l'on ne parvienne à les éradiquer.

    Mais aussi parce qu'ils auront à se frotter au problème Cloud. Aux dernières nouvelles, celui-ci croit en la volonté de rédemption, comme d'adaptation, de ses protégés et ne restera certainement pas les bras croisés s'ils venaient à s'en prendre à eux. Ni lui, ni Tifa, ni sans doute leurs amis qui, sans leur faire eux-mêmes totalement confiance, ne tiennent pas à ce qu'une action malheureuse les pousse à s'écarter de nouveau du droit chemin. Et au nombre de leurs opposants, ils devront compter Reeve et le WRO – la naïveté du premier l'ayant sans doute poussé à adopter le point de vue de Cloud.

    Oh, il ne doute pas que l'homme se tienne sur ses gardes et qu'il ait les Incarnés à l'œil, mais… non, en cet instant, Rude est persuadé que Reeve se dressera contre la Shinra au moindre écart de celle-ci. Et la compagnie, à son grand malheur, est encore loin d'avoir rassemblé des effectifs suffisants pour espérer faire le poids en cas d'accrochage avec le WRO.

    Quant à Reno… le chauve secoue doucement la tête. À la vérité, il ne sait trop que penser de sa relation avec Kadaj et espère, qu'à la longue, elle ne le rendra pas totalement aveugle à sa nature profonde.

    C'est bon, ça va ! fait justement le roux, en basculant sa chaise sur deux pieds. Puisque tu le prends comme ça, alors à mon tour de m'amuser : vous savez comment ça se s'rait passé, la première fois entre Tseng et Rufus ?

    Disant cela, il a levé une main, comme un élève réclamant la parole. Le sursaut scandalisé d'Elena lui arrache un sourire satisfait.

    C'est minable, Reno !

    Mais inspiré de faits réels.

    Absolument pas !

    Oooh, parce que tu penses vraiment qu'y a rien entre eux ? T'es bien naïve, ma grande !

    L'expression de la jeune femme s'assombrit, se fait soudain dangereuse. Elle a serré les poings et ses lèvres pincées ne forment plus qu'une ligne très mince. Sa colère, néanmoins, ne parvient qu'à faire jubiler son interlocuteur, dont le sourire s'élargit, devient prédateur.

    Moi j'dis qu'ils passent trop de temps ensemble, continue le roux qui, croisant les mains derrière sa nuque, commence à se balancer sur sa chaise. Sitôt que t'en vois un, tu sais que le deuxième est jamais très loin. C'est suspect. Carrément suspect ! Pas vrai, partenaire ?

    Là-dessus, il tourne le regard en direction de Rude, qui peste intérieurement. Et voilà qu'il recommence… !

    Sans commentaire, répond-il.

    Ce qui, bien entendu, ne décourage pas Reno. Toujours plus sournois, celui-ci insiste :

    Allez ! Tu vas pas me faire croire que tu t'es jamais posé la question !

    Renoooo, siffle Elena, d'une voix chargée de menace.

    Mais le roux l'ignore, préfère insister lourdement :

    J'veux dire, ça éclaircirait pas mal de choses, non ? Tiens, par exemple, qu'il en ait toujours rien à foutre de celle-là ! (Et, disant cela, il désigne la jeune femme du doigt.) Pas comme si tout le monde avait pas grillé qu'elle en pince pour lui. Même le président m'en a déjà causé ! Mais non, rien, que dalle. Comment t'expliques ça, toi ?

    Peut-être qu'elle l'intéresse pas, tout simplement, glisse Kadaj, qui fixe à présent le fond de son verre vide.

    Il ne voit pas Elena se crisper un peu plus; et Reno pas davantage, tout occupé qu'il est à se gratter le crâne d'une main, tandis que de l'autre, il attrape son propre verre – un peu trop brusquement, car une partie de son contenu en jaillit pour venir s'écraser sur ses doigts. En fait, il n'y a que Rude qui, en cet instant, surprend la jeune femme à saisir une bouteille vide par le goulot. Derrière ses lunettes noires il l'observe, ne devine que trop bien la suite. Le roux, lui, a braqué son index en direction de l'Incarné et répond :

    C'est exactement s'que je vous dis ! Et si cette courge l'intéresse pas, c'est parce qu'il s'envoie le président et que…

    Mais avant qu'il ne puisse aller au bout de sa logique, la voix de Rude résonne, suffisamment forte pour figer Elena qui allait abattre son arme de fortune sur le crâne de son collègue :

    Reno !

    L'interpellé tourne son regard vers le chauve, peut presque voir une aura sombre et menaçante s'échapper de lui. Il cille, troublé, tandis que l'autre continue :

    Pour la dernière fois, ne gâche pas la soirée !

    À nouveau, il bat des paupières, avise Elena qui, s'étant levée, a les doigts agrippés au goulot de sa bouteille, et comprend qu'à une seconde près, il a échappé au pire. Comme la première fois, il lève les mains en signe d'apaisement et dit :

    Ok, ça va, je me tais !

    Enfin, si je peux me permettre, fait Kadaj, au moment où Elena reprend place sur sa chaise, ton raisonnement est quand même un peu limite…

    Rude prend une longue inspiration, tandis que la jeune femme, elle, sent l'agacement la submerger de nouveau. L'un et l'autre ont envie de lui conseiller de lâcher l'affaire, mais, déjà, le roux questionne :

    Comment ça ?

    Ben… tu dis que quand on en voit un, on sait que le deuxième n'est jamais très loin, pas vrai ? Et que c'est en grande partie ce qui te pousse à penser qu'il y aurait quelque chose entre eux, répond l'argenté, avant de les désigner lui et Rude. Ça pourrait s'appliquer à vous deux, cette description.

    Rude grogne, tandis qu'Elena émet un claquement de doigts.

    Carrément ! s'exclame-t-elle.

    Puis elle s'accoude sur la table, vient déposer son menton dans le creux de sa main et, sournoise, ajoute :

    Qu'est-ce que vous nous cachez, les gars ?

    Laissez-moi en dehors de vos histoires, grommelle Rude.

    Je… non, mais ça va ?! s'agace Reno, avant de se tourner vivement vers Kadaj : t'as décidé de foutre la merde, c'est ça ?

    Je ne fais que souligner la faiblesse de ton argument…, répond l'autre avec un petit sourire.

    C'est marrant que ça ne me soit jamais venu à l'esprit, poursuit la blonde, presque hilare. Mais quand on y réfléchi, c'est vrai que vous êtes sacrément proches tous les deux… c'est suspect. Carrément suspect ! Tenez, la dernière fois, par exemple, vous…

    Rah, la ferme ! Fin de la discussion, on change de sujet !

    S'il vous plaît, oui…, fait le chauve en repoussant d'un doigt ses lunettes sur son nez.

    Ce qui a pour effet d'attirer l'attention de Reno sur lui.

    Allez, partenaire, à ton tour de nous raconter quelque chose. Toi et Tifa. Votre première ce que tu veux !

    Ce qui amène un moment de flottement au sein du groupe. Rude passe un doigt dans le col de sa chemise, cherche visiblement un moyen de passer son tour une fois encore, tandis qu'Elena s'exclame :

    Tifa ? Vraiment ? Tu as encore des vues sur elle ?

    Et à Kadaj de questionner :

    C'est quoi cette histoire ?

    Rien, fait Rude, en portant son verre à ses lèvres.

    T'occupe ! ajoute Reno.

    Non mais sérieusement, elle t'intéresse toujours ?

    Sans commentaire…

    Et Tifa est au courant ?

    T'occupe, on t'a dit !

    Rude lève les yeux sur Kadaj, qui l'observe avec attention. Il sait que l'Incarné s'est attaché à ses protecteurs. Ses frères aussi. Ainsi qu'aux enfants. Il voit parfois Yazoo et Denzel traîner en ville, se demande à chaque fois ce que donnera son influence sur le gamin. Celui-ci, du reste, semble une graine de recrue du WRO et aurait dernièrement été approché par Reeve lui-même. Il se demande si Cloud est au courant… se demande ce que Tifa en penserait… se demande surtout quel avenir ce monde réserve à la Shinra si même les gamins, aujourd'hui, rêvent de rejoindre les rangs de leurs opposants.

    Je vais choisir quelqu'un d'autre, annonce-t-il finalement, en reposant son verre.

    Si tu veux, répond Reno en s'accoudant sur la table, mais j'te rappelle que ça doit être quelqu'un qu'on connaît tous ici. Le choix est limité, niveau nanas !

    Ou il pourrait raconter votre folle première fois, ricane la blonde.

    Lâche l'affaire, Elena !

    Rude a prit un air songeur. Il doit reconnaître que le roux a raison. Avec Kadaj dans le jeu, les possibilités qui se présentent à lui sont limitées… Elena ? Il se sentirait beaucoup trop gêné de se mettre en scène avec elle. Yuffie ? Il ne fait pas dans la gamine et elle n'a clairement rien pour l'intéresser. Il n'est même pas certain que Kadaj connaisse Aerith et, à la vérité, aurait l'impression d'insulter sa mémoire en l'utilisant pour quelque chose d'aussi minable. Non, il doit se rendre à l'évidence, il n'a pas vraiment le choix sur ce coup-là.

    Un grognement lui échappe.

    C'est d'accord… va pour Tifa !

    Zeegzag ~ 2019

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  • La petite marchande de fleurs

    Résumé : Reno ne l'avait rencontré que brièvement mais il savait qu'elle lui plaisait plus qu'il ne voulait bien se l'avouer... Il détestait le nouveau lui qu'il était en train de devenir... Et plus que tout: Il détestait son supérieur qui ne semblait en vie sur cette terre que dans le but de lui gâcher l'existence!

    (J'ai un peu changé le scénario de FF7 * Mais alors vraiment un peu. * pour cette fanfic, étant donné que les Turks n'ont jamais perdu la trace d'Aerith dans le jeu.)

    Personnages : Reno / Rude / Aerith / Tseng

    Genres : OS

    Année : 2008 (N'a pas été relu ni retravaillé depuis !)

    Taille : 2.713 mots

    Crédits : Square Enix

     


     

    La jeune femme était là, un petit panier en osier au bras, vendant patiemment ses quelques fleurs au parfum envoûtant à des passants qui ne lui accordaient pas la moindre attention, dans ces rues sombres et dangereuses du secteur huit.

    Ses lèvres esquissaient un sourire figé. La vie dans les Taudis devait être dure pour une créature aussi menue qu’elle.

    - Hey petite sœur, c’est combien ?

    Elle leva ses grands yeux bleus vers l’homme en costume noir qui venait de lui lancer cette question ambiguë… Fronçant les sourcils, elle allait demander ce qu’il entendait par là quand ce dernier sembla se rendre compte du quiproquo que ses paroles avaient causés.

    - J’parle des fleurs ! Rétorqua-t-il dans un sourire agaçant.

    Elle se détendit. Ce n’aurait pas été la première fois qu’on serait venu lui faire ce genre de proposition, mais ça n’avait jamais rien d’agréable.

    - Un gil pièce. - Répondit-elle, reprenant son expression souriante. - Vous en voulez ?

    Il esquiva un geste vers l’une des poches de sa veste. Il n’avait pas le visage d’un enfant de cœur, mais en ce monde on apprenait vite à ne pas trop juger les gens sur leurs apparences… Surtout quand ceux-ci se présentaient à vous comme des clients potentiels.

    Semblant enfin trouver ce qu’il cherchait, il lui tendit vingt gils et lança avec ce même sourire agaçant :

    - Fais moi un beau bouquet !

     

    *

     

    Reno pénétra dans son appartement…

    Tapotant le mur de sa main, tentant de trouver l’interrupteur dans le noir total qui régnait sur les lieux, il alluma la lumière et écrasa son mégot de cigarette devant sa porte d’entrée.

    A l’intérieur régnait un capharnaüm inquiétant, rappelant au jeune homme roux qu’il s’était promis d’y faire un peu le ménage dès qu’il aurait du temps libre… Seulement voilà, devant l’ampleur de la tâche, il se trouvait toujours quelque chose de plus urgent à accomplir. Et si la chose avait assez durée ?

    Jetant sa veste sur le canapé déjà encombré, il chercha un récipient des yeux où poser les fleurs qu’il tenait encore en main… Chose qui se révéla chimérique : Comment voulait-il trouver quoi que ce soit sous ces montagnes d’objets hétéroclites ?

    Grognant contre lui-même, il se dirigea vers la cuisine et, parvenant à se saisir d’un verre plus ou moins propre, prisonnier d’une pile de vaisselles sales chancelante, y déposa le bouquet à l’odeur suave.

    A dire vrai il ne raffolait pas des fleurs… Il ne voyait pas grand intérêt à s’en encombrer, surtout qu’il avait déjà assez d’objets inutiles en sa possession.

    Toutefois, il n’avait pu résister à l’envie de faire plaisir à cette charmante jeune femme… Que représentaient vingt gils s’il pouvait contempler un sourire aussi doux que celui dont elle l’avait gratifié ? C’était pas son style tout ça… Pas son style du tout !

    Jetant un dernier regard au bouquet délicat, il se décida à aller se coucher… Il travaillait tôt le lendemain.

     

    *

     

    Cette fois il en était persuadé, Tseng était bel et bien en vie sur cette terre dans le seul but de lui pourrir un peu plus l’existence à chaque instant !

    - Tu m’as bien compris Reno ? - Disait la voix autoritaire de son supérieur. - Et je veux un rapport détaillé sitôt que tu seras de retour ! Aussi peu m’importe que tu doives faire des heures supplémentaires ou non pour le terminer, je le veux sur mon bureau avant demain !

    Le roux pesta. Pourquoi fallait-il que ça tombe toujours sur lui ? Il en avait sa claque des « Tiens Reno, tu fais rien, allez j’te fou une petite mission bien emmerdante que personne ne veux sur le dos », promis, juré, il allait apprendre à simuler le « Mec super occupé qu’a pas une minute pour s’allumer une clope » à partir de maintenant !

    Regardant son supérieur s’éloigner, il jeta un coup d’œil en coin à Rude qui n’avait toujours pas cessé ses occupations et eut un hoquet de surprise indigné… Le chauve remplissait les mêmes dossiers depuis le début de l’après-midi. Ce faux frère avait développé la technique du mec occupé à bosser bien avant lui !

     

    *

     

    Tseng lui paierait ça ! Il ne savait comment, mais il se jurait de lui en faire voir de toutes les couleurs prochainement. Quatre heures… Quatre foutus heures qu’il avait passé sur son rapport de mission ! Et tout ça pourquoi ? Pour se faire entendre dire : « Non, désolé Reno mais tu me referas ça… Ce que je tiens là n’est pas ce que j’appelle un rapport, mais un torchon ! ».

    Maudit soit le jour où il avait décidé de faire carrière chez les Turks ! Lui qui pensait se la couler douce, il fallait bien avouer qu’il s’était gouré sur toute la ligne. Foutu publicité mensongère aussi…

    Se redressant du comptoir sur lequel il était avachi, jetant un regard rageur à son verre d’alcool qui s’était vidé trop rapidement, il paya se qu’il devait au barman et quitta le petit bistro dans lequel il était venu noyer sa haine contre son supérieur.

    Des clients à la mine défraîchi se retournèrent quand il passa devant eux. C’était le genre d‘établissement qui ne comptait que des habitués dans sa clientèle. Tout le monde se connaissait. Aussi un nouveau visage avait de quoi susciter la curiosité.

    A l’extérieur le temps était lourd… Pourquoi était-il revenu dans les taudis ? Les boissons qu’on servait sur la plaque avaient tout de même meilleur goût.

    S’allumant une cigarette, il enfonça ses mains dans ses poches. Il savait pertinemment pourquoi il était revenu ici… Même s’il ne voulait se l’avouer, la jeune marchande de fleurs avait occupée ses pensées toute la journée. Est-ce qu’elle lui plaisait ? D’accord, il lui arrivait de sortir avec des nanas qu’il n’avait rencontré que quelques minutes plus tôt… Mais c’était plus un jeu qu’autre chose. Là c’était différent ! Il ne pensait jamais à ses conquêtes de la sorte. On pouvait même dire qu’il ne pensait jamais à celles qui partageaient sa vie. Alors pourquoi cette inconnue qu’il n’avait connu que rapidement la nuit dernière semblait vouloir accaparer chaque parcelle de sa conscience ? Non décidément non, c’était pas son style du tout !

    Ses pas le menant machinalement vers le lieu où il l’avait rencontré, il ne sut s’il était rassuré ou déçu qu’elle n‘y soit pas présente ce soir là…

     

    *

     

    Rude le contemplait… Il ne s’était pas retourné pour le vérifier, mais il le savait. Il sentait son regard sur sa nuque. Ce regard qui donnait l’impression qu’il allait vous écraser comme un vulgaire insecte… Le chauve en avait fait fuir plus d’un grâce à ce regard !

    Se retournant, l’air du « Mec super indifférent à ta présence » sur le visage, il questionna :

    - Qu’est-ce tu me veux traître ?

    Rude sembla interloqué.

    - Traître ?

    - Ben ouais, monsieur j’fais pas partager aux copains ma technique pour pas me ramasser les missions foireuses de Tseng ! J’comprends mieux maintenant pourquoi tu t’es jamais coltiné du travail en rab’ !

    Le chauve ne sut quoi répondre… Penaud il baissa la tête, donnant l’impression au roux de se trouver en compagnie d’un molosse venant de se faire réprimander par son maître.

    Laissant échapper un sifflement agaçant, il vit Tseng pénétrer dans leur bureau au pas de course… Un rapport à la main qu’il ne connaissait que trop bien.

     

    *

     

    Cyanure ou mort au rat ? Cette fois Tseng avait vraiment dépassé les bornes ! Il allait en finir une bonne fois pour toute avec cet insatisfait pathologique !

    Jetant rageusement son dernier rapport à la poubelle, il se jura de faire manger le prochain au brun arrogant si celui-ci s’évertuait de nouveau à le lui refuser !

    Un peu plus loin, la jeune femme souriait à quelques clients généreux venus faire acquissions de ses fleurs… Il n’avait pas osé lui adresser la parole… Se contentant de rester dissimulé dans l’ombre d’un immeuble et se demandant sérieusement pourquoi il réagissait de manière aussi stupide. Où était passé le Reno qu’il connaissait ? Celui qui ne craignait pas d’aller aborder une fille qui lui plaisait, insouciant du refus qu’il pourrait se prendre ? Il allait devenir dingue, vraiment dingue ! Ce n’était pas lui, merde alors !

    S’adossant contre le mur, il se jura d’aller lui adresser la parole dès leur prochaine rencontre.

     

    *

     

    Le chauve lui jetait un regard de chien battu… Le genre de regard qui se veut pitoyable et attendrissant mais qui, venant de lui, vous donnait l’envie de vous faire tout petit ou de fuir. Ce mec n’était décidément pas doué !

    Savourant le désespoir de son compagnon, à qui il n’avait pas adressé la parole depuis la veille, il fit mine de le remarquer pour la première fois, alors que le chauve était quand même posté devant son bureau depuis bientôt dix minutes, et lança :

    - Tiens, j’me disais aussi que quelque chose me cachait la lumière !

    Pour toute réponse, Rude sortit une bouteille de champagne du sac en plastique qu’il tenait à la main et la déposa sur son bureau.

    Surpris, Reno s’en saisit et contempla ce cadeau bienvenu… C’était bien du Rude ça ! Se faire pardonner non pas par des mots, mais par une petite proposition de cuite commune. Il le connaissait décidément trop bien !

    Toutefois, il n’était pas décidé à enterrer la hache de guerre aussi facilement… Et ce même si la vue de ce champagne de luxe lui donnait déjà l’eau à la bouche.

    - Mouais… Un peu légère ton excuse, vieux… Une traîtrise ça s’efface pas à coups de champagne bas de gamme !

    Le chauve eut l’air dépité. C’est vrai qu’il y allait un peu fort ! Cette bouteille avait dû lui coûter un petit paquet de gils, aucun doute là-dessus. L’insulter de bas de gamme en devenait presque blasphématoire !

    Ouvrant la bouche pour se rattraper, il sursauta en entendant Tseng claquer violement une pile de feuilles connues sur son bureau.

     

    *

     

    Démissionner… C’était pas trop mal après tout. Pourquoi continuer à se prendre la tête avec un métier pour lequel il ne semblait pas fait ? Tseng avait promis d’avoir sa peau de toute façon, alors à quoi bon s’entêter plus longtemps ?

    Tirant sur sa cigarette, il contempla la jeune femme habillée de rose qu’il n’avait toujours pas trouvé le courage d’aller aborder. Il s’était promis de lui sortir le grand numéro ce soir là, seulement, pour l’heure, il préférait ne pas la déranger.

    Et franchement il commençait à haïr ce nouveau lui !

    Entendant son téléphone portable vibrer dans sa poche, il s’en saisit et, avec un sifflement d’agacement contre ce supérieur qui semblait ne pas vouloir le laisser en paix, décrocha.

    - Ouais ? Grogna-t-il, sachant qu’un appelle de Tseng pendant ses heures de repos n’était jamais bon signe.

    - Reno, j’ai une nouvelle mission pour toi.

    Le roux pesta intérieurement. Pourquoi lui ? Pourquoi toujours lui ?! Genre l’autre chauve ne pouvait pas s’en charger !

    - J’avais pas déjà un dossier sur les bras ?

    - Laisse le tomber, on fera comme si ton dernier… Brouillon que tu appelles rapport était suffisant.

    Reno eut envie de lui raccrocher au nez. Ce mec commençait sérieusement à lui taper sur le système avec son ton supérieur !

    - Tu es toujours là Reno ? Lança la voix de Tseng à l’intérieur de son oreille.

    - Ouais, ouais…

    - Bien. Reviens à la Shinra sur le champ, veux-tu ? Je te communiquerais sur place tes ordres de mission.

    Et avant qu’il ne puisse répondre, Tseng avait déjà coupé la communication entre eux, ne lui laissant pas d’autres choix que d’obéir s’il ne voulait pas avoir des problèmes.

    Soupirant d’agacement, se demandant ce qu’il risquait s’il mettait son poing dans le visage de cet empêcheur de vivre en rond, il jeta un dernier regard déçu à la jeune femme qu’il était venu trouver ce soir là…

     

    *

     

    Reno regarda pour la centième fois consécutive la photo du dossier que Tseng venait de lui fournir… Il devait rêver… Non, même pas : Il devait être en plein cauchemar ! C’est ça, un putain de cauchemar duquel il allait bientôt se réveiller ! C’était décidément pas possible que le monde s’acharne ainsi sur lui.

    Relevant son regard bleu sur son supérieur, il déglutit avant de demander :

    - C’est une blague, pas vrai ?

    S’il fut surpris par la question, l’interrogé ne le montra pas, se contentant de répondre :

    - Une connaissance ?

    - Ben… - Se demandant s‘il devait l‘avouer, il jugea bon de jouer la carte de la prudence et de poursuivre. - Non, mais… J’vois pas en quoi une nana comme elle peut intéresser la Shinra !

    - Cette… Nana, comme tu dis, est la dernière représente vivante des Cetras. - Expliqua son interlocuteur, se levant de derrière son bureau pour venir se poster face à lui. - Je te laisse donc imaginer quel intérêt scientifique et économique elle pourrait représenter pour nous. Seulement voilà, les dernières personnes à avoir été chargées de cette mission ont perdus sa trace… Des incapables, si tu veux mon avis. C’est donc à toi que reviens la suite des opérations : Tu as carte blanche pour nous la ramener !

    Le roux ne répondit rien, se contentant de regarder le dossier qu’il tenait en main… Elle s’appelait Aerith alors ? Un bien joli nom… Il se demandait si elle était toujours au même endroit, à vendre ses fleurs avec cette patiente olympienne qui forçait le respect. Jamais il n’aurait imaginé devoir la livrer aux griffes de son président… Le destin était parfois bien injuste.

    Soupirant, il se dit qu’il n’irait pas à sa recherche ce soir là… Il était sensé être en repos, non ? Il lui laissait cette longueur d’avance par respect pour les sentiments qu’il avait pu éprouver pour elle… Toutefois… C’était son ancien lui qui se jetterait à sa recherche le lendemain.

    Un ancien lui qu’il se sentait satisfait de retrouver !

    Zeegzag ~ 2008

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  • En attendant Noël... (13+)

    Chapitre 1

    Résumé : "Ok, laissez-moi vous raconter comment ça se serait passé si… !"
    Un soir de réveillon, un peu trop d'alcool et du temps à tuer avant que ne sonne minuit.

    Genres : Parodie, M/M,  M/F, Général, Pas mal d'humour, mais pas forcément une fic humoristique parce que : Kadaj = tensions + relations particulières.

    Année : 2018

    Personnages : Elena, Reno, Kadaj, Rude

    Taille : 2.791 mots

    Ps : Avant toutes choses, je tiens à préciser que le début en italique n'est PAS le vrai texte.


     

    1 - Le petit théâtre de Reno

     

    T'es vraiment pas croyable ! Combien de fois faudra que j'te dise de m'appeler dans ce genre de situations ?

    Ses semelles crissent contre le sol en béton. Sa batte tachée du sang de ses adversaires repose contre son épaule. Au milieu des corps évanouis ou gémissants, un jeune homme aux cheveux gris. Assis à terre, sa tête soutenue par une de ses mains, il a le visage amoché et la chemise souillée de rouge, déchirée, une partie de ses boutons jouant les abonnés absents. Ses lèvres abîmées ont pris une courbe douloureuse. Ses yeux verts aux pupilles félines se détournent. Il fronce les sourcils, lui donnant une expression agressive.

    Hé, je te cause, Kadaj !

    Le roux s'arrête à sa hauteur. Sa veste d'uniforme scolaire ouverte se gonfle sous les assauts du vent. Un sourire aux lèvres, à la fois confiant et moqueur. Sur son visage, les traces de quelques coups reçus. Il a connu pire.

    J'aurais pu gérer ça tout seul ! crache son compagnon.

    Ouais, la preuve !

    Merde ! Merde, merde, merde ! Tu fais chier !

    La voix de Kadaj éclate, se transforme en échos qui envahissent la ruelle. Un peu surpris, Reno l'observe. L'autre a levé ses yeux vers lui. Ce regard chargé de colère, de violence, qu'il lui connaît bien, brille de larmes qui disparaissent bien vite de sa vue, comme ses cheveux viennent faire écran entre eux. Un silence s'impose. Les sifflements du vent se mêlent aux gémissements de douleur des vaincus. Le roux porte une main à sa nuque, la masse un moment, sans savoir trop où poser son regard, avant de finalement s'agenouiller aux côtés de son camarade.

    Tu m'expliques… ?

    Un reniflement agacé lui répond. Il insiste :

    Quoi, t'as perdu ta langue ? T'espérais quoi, au juste, en venant ici tout seul ? Te faire massacrer ? Bah bravo, parce que pour le coup, c'est réussi.

    Cette fois, c'est le silence qui accueille ses questions. Kadaj a ramené ses jambes contre lui et, son visage toujours masqué par ses cheveux, a crispé les doigts sur ses genoux. Reno soupire, lève les yeux au ciel, avant de lui passer un bras autour des épaules. Si l'autre tressaille, il ne se dégage toutefois pas. Les secondes s'égrènent, filent, et, finalement, la voix de l'argenté se fait entendre :

    Je voulais leur prouver que j'en étais capable…

    De qui tu causes ?

    De la bande… je voulais leur montrer que tu ne t'étais pas trompé, que je mérite ma place de second lieutenant. Ils pensent que je ne suis pas capable d'assumer cette fonction. Que t'aurais dû désigner quelqu'un d'autre. Ils ne croient pas en ma force et moi je…

    T'as voulu te faire ces gus-là dans ton coin, histoire de leur prouver le contraire. J'te jure !

    Je peux pas les laisser douter de tes choix !

    Presque un cri, où perce toute sa frustration. Son ton surprend tant Reno que celui-ci en reste sans voix.

    Je ne peux pas, reprend Kadaj. C'est ton autorité qui est en jeu… je peux pas trahir la confiance que tu as placé en moi, alors… je dois faire mes preuves ! Ils doivent comprendre que je…

    Sur la fin, sa voix se brise et Reno devine les larmes qui s'échappent en cet instant de ses yeux, roulent le long de ses joues, avant d'être sèchement essuyées d'un coup de manche rageur. Un « merde ! » s'élève, puis le calme de nouveau.

    Le roux, dont le bras est toujours passé autour des épaules de son compagnon, l'attire à lui. Un hoquet de surprise échappe à Kadaj. Il ouvre la bouche, va pour demander ce qu'il lui prend, mais Reno, déjà, lance :

    Laisse les causer !

    Ses doigts ont raffermi leur prise sur l'épaule de Kadaj, comme pour empêcher celui-ci de s'écarter si l'envie lui prenait.

    On s'en fout, de ce qu'ils racontent. S'ils sont pas contents, je leur casserai la gueule. À tous ! Ouais, je vais te leur rappeler, moi, qui donne les ordres ici !

    Là-dessus, il se tourne vers l'argenté, lui enfonce un doigt au niveau du torse et ajoute :

    Quant à toi, t'as rien à leur prouver. Si je t'ai choisi, c'est parce que je sais déjà ce que tu vaux. Qu'y en a pas un seul parmi eux qui t'arrive à la cheville !

    Le regard de Kadaj est à présent rivé au sien. Plus aucune trace d'agressivité dans celui-ci. Juste une lueur tremblotante, encore fragile, qui hésite à dévoiler son identité. Reno, peu décidé à la laisser filer, attrape doucement le menton de son compagnon.

    Et puis, y en a pas un autre que je veux à mes côtés, Kadaj…

    Pour te seconder, tu veux dire ?

    Pour ça, et puis…

    Le roux a un sourire en coin, tandis que dans le regard de l'autre la lueur s'enflamme, propage sa chaleur jusqu'à ses joues.

    En vrai, y a un truc que j'ai envie d'essayer avec toi depuis un moment… !

     

    *************

     

    — Et après ça, on se serait envoyés en l'air ! Je te l'aurais fait grimper aux rideaux et notre belle camaraderie aurait prit un nouveau tournant !

    Un lourd silence accueille les dernières paroles du roux. Son verre en main, celui-ci adresse un coup d'œil à Elena, qui secoue doucement la tête; puis à Rude, dont il ne parvient à déchiffrer l'expression; avant d'en venir à Kadaj qui, assis à sa gauche, le fixe d'un air dangereux. Il se racle la gorge, va pour ajouter quelque chose, mais l'argenté le prend de vitesse :

    — Crétin !

    — Hé ?

    — Abruti !

    — Je… !

    — Connard !

    — Non mais… ta gueule, à la fin ! (Puis, se tournant vers Rude :) C'était cool, non ?

    Le chauve a croisé les mains devant lui. Il prend une longue inspiration, avant de répondre :

    — Rarement entendu quelque chose d'aussi déplorable.

    — Ah ! s'exclame Kadaj.

    — Sérieusement, Reno, j'ai failli vomir, ajoute Elena.

    — Comme si t'y connaissais quelque chose, toi !

    Un soir de réveillon, peu de temps avant que ne sonne minuit. Sur la table, les vestiges d'un repas fastueux, qu'agrémentent de nombreuses bouteilles vides. Cliff Resort est calme, la majorité de ses occupants ayant regagné des connaissances ou de la famille du côté d'Edge. Même Rufus a mis les voiles, acceptant à la dernière minute une invitation de son demi-frère Evan, obligeant Tseng à l'accompagner pour assurer sa sécurité. Les trois autres Turks s'étaient donc retrouvés les seuls maîtres à bord du quartier général actuel de la Shinra et, contraints de rester sur place, avaient décidé de s'organiser un petit réveillon bien arrosé – parce qu'il n'y avait pas de raison qu'ils soient les seuls à ne pas passer un bon moment.

    — En tout cas, je sais que s'il y en a un ici qui n'a pas besoin d'être protégé par toi, c'est bien celui-là ! réplique Elena, en désignant du pouce Kadaj.

    Vivant à présent chez Cloud en compagnie de ses frères, ce dernier a réussi l'exploit de devenir proche de Rude et de Reno au cours des derniers mois… enfin, en particularité de Reno qui, profitant de l'absence des grands patrons, a tenu à l'inviter à leur soirée. Et si le chauve n'avait pas mis longtemps à accepter, il en avait été différemment d'Elena, dont la relation avec l'Incarné reste compliquée.

    — Pour commencer ! approuve Kadaj, hargneusement. Et dans quel univers est-ce que je pleurniche comme ça ?!

    Néanmoins, après plusieurs verres – tant qu'elle en a perdu le compte – qui ont alourdi ses paupières, sa raison, mais aussi donné un peu plus de couleur à ses joues, la jeune femme est parvenue à se détendre et à accepter sa présence. De là à dire qu'elle commence à l'apprécier, ce serait pousser le bouchon un peu trop loin et elle ne comprend toujours pas ce que ses collègues peuvent bien lui trouver. À part de l'agressivité, l'autre n'a pas montré beaucoup de qualités humaines appréciables au cours de cette soirée.

    — Suffit de causer de ta mère !

    — Laisse ma mère tranquille !

    — Et sinon quoi ? Tu vas taper une crise et te mettre à chialer ?

    Elena grogne. Le problème avec Reno, c'est qu'une fois ivre, il a la fâcheuse tendance à chercher les ennuis… et à ne pas trop regarder à qui il se frotte. Son regard, en cet instant, est insupportable de condescendance et son sourire un peu trop méprisant. La jeune femme se crispe, comme elle sent monter la colère en Kadaj, le voit se tendre, sans doute prêt à se jeter sur l'autre. Le roux, toutefois, ne semble pas conscient du danger – à moins qu'il ne s'en moque –, car du ton le plus détestable possible, voilà qu'il ajoute en guise de provocation :

    — Tu veux que je t'explique ce qu'on lui faisait à Jenova, à l'époque ?

    Avant qu'il ne puisse prononcer un mot de plus, l'Incarné a bondi sur ses pieds pour l'agripper par le col. Au passage, il renverse son verre, dont le contenu se répand sur la nappe et commence à goutter au sol. La situation aurait pu sérieusement dégénérer si Rude, d'une voix forte, n'était intervenu :

    — Reno !

    Et comme les deux autres suspendent leurs gestes, tournent les yeux dans sa direction, il ajoute, d'un ton où sourde la menace :

    — Ne gâche pas la soirée !

    Son allure, à cet instant, est si inquiétante; son expression – que durcit le port de ses lunettes noires – si porteuse de sales promesses que Reno décide de lâcher l'affaire. Levant les mains, il dit :

    — Ok, ça va, je suis désolé.

    Sans qu'on ne sache vraiment à qui s'adresse ces excuses. D'ailleurs, Kadaj ne semble pas décidé à passer l'éponge aussi facilement. Les doigts encore crispés sur le col du roux, ses paupières se sont étrécies, en une ligne de mauvais augure. Néanmoins, et parce qu'il ne veut sans doute pas être celui qui foutra en l'air la soirée, il finit par relâcher sèchement sa proie, lui faisant comprendre d'un regard qu'il a de la chance qu'ils n'aient pas été juste tous les deux. Comme il se laisse retomber sur sa chaise, il ne peut toutefois retenir un :

    — Toutou du président !

    Auquel Reno répond d'un :

    — Fifils à sa maman !

    D'un même mouvement brutal, les deux ont de nouveau tourné le regard vers l'autre, se toisent, trop près, beaucoup trop près et ce n'est que le raclement de gorge de Rude qui permet d'apaiser cette nouvelle tension. Rompant le contact visuel, Kadaj laisse entendre un sifflement dangereux, avant d'attraper sa serviette et de commencer à éponger les dégâts, redressant de l'autre main son verre à présent vide.

    Avec un petit soupir, Elena se gratte les cheveux. Vraiment, vraiiiiment, elle ne comprend pas ce qui leur plaît tant chez lui.

    Constatant que son propre verre est vide, elle tend les doigts vers la bouteille la plus proche, en effleure à peine le goulot que sa cible lui échappe. Aussitôt, elle s'insurge :

    — Hé ! J'allais la prendre !

    — Premier arrivé…, ricane le roux qui, après s'être resservi, en fait de même pour Kadaj – dont l'expression renfrognée reste inquiétante.

    — Tu fais chier, Reno !

    Là-dessus, elle jette un regard trouble autour d'elle, avise d'autres bouteilles à proximité, constate avec déception qu'elles sont toutes vides et adresse un coup d'œil suppliant à Rude. Celui-ci, sans un mot, se lève pour marcher en direction de leur cuisine commune – l'une des nombreuses pièces qu'ils partagent, la seule exception étant leurs chambres qui, elles, sont individuelles.

    Venant soutenir sa tête d'une main – celle-ci lui semblant soudain beaucoup trop lourde pour son pauvre cou –, elle observe son collègue qui, comme si de rien n'était, tente d'engager la conversation avec l'Incarné. Les manches de sa chemise retroussées, il sourit, leur altercation déjà oubliée, son regard bleu pétillant de malice. Elle ne parvient toutefois à saisir la teneur de ses propos, tant son esprit brumeux semble loin de là, loin de tout.

    Doucement, elle bat des paupières, rejette en arrière une mèche de cheveux qui lui tombe au milieu du front et fronce les sourcils. Elle a cru comprendre que lui et Kadaj sortent… plus ou moins ensemble – et après la petite fiction de Reno, elle n'a plus vraiment de doutes que ce soit bien le cas. Une anomalie qui ne cesse de la troubler, tant ces deux-là sont mal accordés. Du reste, si elle peut concevoir que le roux ait développé… un semblant d'amitié pour l'Incarné – et encore ! – l'idée qu'il puisse y avoir plus entre eux lui donne la chair de poule. Pour sa part, elle ne pense jamais réussir à s'entendre avec lui, peu importe les efforts qu'il fera dans ce sens – s'il en fait un jour, ce dont elle doute. Le passé ne peut s'effacer aussi facilement et, en début de soirée, chaque fois que Kadaj posait les yeux sur elle, elle pouvait sentir les cicatrices récoltées lors de leur précédente rencontre se réveiller, presque s'enflammer.

    Non, elle a beau avoir les nerfs solides, il y a des choses, des expériences, difficiles à oublier…

    Et qui nous dit que demain, il ne sera pas de nouveau notre ennemi ?

    Elle en est là de ses réflexions quand Rude revient avec le ravitaillement. Il dépose une bouteille devant la jeune femme, avant de placer les autres au milieu de la table. Il se réinstalle tout juste sur sa chaise que Reno questionne :

    — Bon, à qui le tour ?

    Son regard vole autour de lui, s'attarde sur ses trois compagnons. Elena, qui se bat avec le bouchon de sa bouteille, peste intérieurement. Elle avait presque oublié… le petit jeu de Reno ! Avec pour base : Imaginez vous de nouveau lycéen, ou bien en membre du personnel d'un lycée quelconque, et racontez donc la scène qui aurait conduit à votre première… rencontre, baiser, coucherie… ce que vous voulez, du moment que votre histoire inclut l'un de nos proches ou connaissances communes. En d'autres termes, lâchez-vous et assurez-vous que ce soit bien honteux !

    Et comme pour donner l'exemple, le roux avait inauguré le bal avec un récit absolument affligeant. À la place de Kadaj, elle l'aurait certainement étripé. Ou lui aurait arraché les yeux, au minimum. Comme quoi, il existe des situations où elle pourrait se révéler pire que l'Incarné.

    C'est d'ailleurs avec insistance que Reno fixe à présent ce dernier – qui, s'employant à l'ignorer, finit par le gratifier d'un doigt d'honneur, le regard porté sur sa gauche. Le roux grimace, cherche à attirer l'attention de Rude, doit y renoncer, pour se tourner finalement vers Elena. Au même instant, cette dernière parvient enfin à faire sauter le bouchon hors de sa tanière et laisse entendre un petit cri de victoire, inconsciente du sourire de requin qui vient étirer les lèvres de son collègue.

    — Allez, Elena : on t'écoute !

    La jeune femme trésaille et ses yeux marrons, affolés, croisent ceux de Reno. Une erreur qu'elle regrette aussitôt : plus moyen de se défiler à présent !

    — Non, attends… je suis pas prête, je…

    — Blablablablabla ! la coupe le roux en s'avachissant contre le dossier de sa chaise, avec un air hautement satisfait. On a dit chacun son tour et puisque le sort a bien voulu te désigner…

    — Mais c'est toi qui… !

    — Alors, tu nous racontes. Allez : ta première ce-que-tu-veux avec Tseng !

    Elena ouvre la bouche pour protester de nouveau, cherche de l'aide du côté de Rude, avant de se ratatiner, résignée, comme celui-ci, d'un signe de tête, lui fait savoir qu'elle ne doit pas espérer de sacrifice de sa part.

    Le visage déjà en feu, elle se mord la lèvre, avant de se verser un plein verre d'alcool : les dieux savent qu'elle va en avoir besoin !

    Zeegzag ~ 2018

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  • Voisinage indésirable

    Résumé: Trop longtemps que Genesis se plaint auprès d'Angeal sans obtenir d'amélioration. Tant pis pour son ami, celui-ci ne pourra s'en prendre qu'à lui-même !

    Personnages : Genesis, Angeal, Sephiroth

    Genres: Humour / OS

    Année : 2019

    Taille :1.284 mots

    Crédits: Square Enix

     


     

    Un exemplaire de Loveless à la main, Genesis remonte tranquillement le couloir donnant sur les chambres des membres du SOLDAT. Le regard baissé, il ne fait pas attention aux deuxièmes et troisièmes classes qui le croisent, ni ne répond aux vagues salues que certains lui adressent. Donne l'impression d'être bien trop absorbé par sa lecture pour les remarquer.

    Il dépasse sa chambre, puis celle d'Angeal, et continue son chemin quelques mètres encore, le temps de laisser aux groupes rencontrés de quitter le périmètre. Puis il fait volte-face, revient sur ses pas, passe de nouveau devant la porte de son ami, puis la sienne, s'éloigne de quelques pas, avant de réitérer son manège et de s'arrêter. D'un coup d'œil à droite et à gauche, il s'assure qu'aucun gêneur ne se trouve plus à proximité, referme d'un claquement sec son livre et s'approche d'une démarche déterminée des appartements de son compatriote.

    Il sait ce dernier en mission, mais cela ne l'empêche pas de venir coller son oreille contre le battant, désireux d'éviter toute maladresse qui pourrait ruiner son plan. Le silence qu'il perçoit derrière l'obstacle le rassure et, après s'être assuré une dernière fois qu'il est bien seul, plonge la main dans la poche de son manteau et en tire une carte magnétique. Un passe-partout qu'il a obtenu quelques jours plus tôt en s'introduisant dans le bureau de Lazard. L'homme n'en ayant que rarement l'utilité, le rapt ne risque pas d'être découvert avant un bon moment et il compte bien, de toute façon, le remettre à sa place une fois sa tâche ici terminée.

    Il le fait glisser dans le système d'ouverture et est aussitôt récompensé par un déclic. Sans attendre, il pousse la porte, pénètre dans la chambre avant que quiconque n'ait pu le surprendre.

    Là, dos au battant, il attend quelques secondes dans le silence et le noir complet, avant de caler son livre sous son aisselle et de frapper deux fois dans ses mains. La lumière se fait instantanément et le spectacle qu'elle dévoile lui arrache une grimace.

    Comme à son habitude, la chambre de son ami est impeccable de propreté. Aucun objet qui traîne, pas une seule miette sur la table qui rutile, le lit est fait d'une façon toute militaire et une vague odeur de javel flotte sur l'ensemble. Sur une étagère, plusieurs numéros du mensuel « Famous Garden » sont classés dans l'ordre chronologique. Sur celle plus bas, des livres, mais aucun roman dans leurs rangs. Pas de télévision – Angeal prétend n'y trouver aucun intérêt –, ni même d'ordinateur nulle part.

    Une chambre qui passerait pour tristement impersonnelle si ce n'était la présence d'occupantes un peu trop envahissantes. Car partout où il peut poser le regard des fleurs et autres plantes en pots s'exhibent, ajoutant une odeur moite, de terre humide, au tableau.

    Tout en s'aventurant au milieu de la pièce, Genesis leur décoche un regard mauvais.

    — À nous deux, mesdames !

    Puis, d'un geste théâtral, il fait voler la traîne de son manteau et porte la main à ses poches, pour en sortir un petit flacon dans lequel tangue un liquide violine. Dans le même temps, il pose son livre sur la table, avant de s'approcher des premiers pots.

    La passion d'Angeal a, selon lui, depuis longtemps atteint les sommets les plus inquiétants de la manie. Au fil des années, il a accumulé un nombre conséquent de plantes – l'un des seuls achats personnels qu'il se permet –, au point que sa chambre, et jusqu'au rebord de ses fenêtres, ressemblerait presque à une petite forêt. Alors, certes ! Chacun est libre d'avoir ses toquades… et en temps normal, il n'aurait pas trouvé grand-chose à y redire. Seulement, ils ont le malheur d'être voisins. Et la chambre d'Angeal, à cause de toute cette végétation, n'est ni plus ni moins qu'un paradis pour les insectes. Nuisibles qui, on s'en doute, ne se contentent pas de rester sagement ici, mais aiment au contraire venir se perdre jusque chez lui… ce, un peu trop souvent à son goût.

    Un moment qu'il subit la chose et qu'il s'en plaint auprès d'Angeal, sans obtenir le moindre petit début de changement. Non, à la place, son ami ne sait qu'acheter plus de pots encore, transformant ses propres appartements en terrain de jeu pour la vermine. Et ça, ça ! Il ne le supporte plus.

    Tant pis pour lui. Il ne pourra s'en prendre qu'à lui-même !

    Débouchant avec précautions le flacon, il le porte à hauteur de ses yeux et plisse les paupières. Le type du Département Scientifique lui a assuré que son contenu était du genre à agir rapidement… très, très, très rapidement. Un poison mortel pour toute forme de vie et qui pourrait faire des ravages si on le laissait sortir dans le commerce. Il en verse donc quelques gouttes au pied d'un bonzaï, les regarde grésiller, avant d'être absorbées par la terre.

    Puis il retrousse le nez, y mène son avant-bras dans un froncement de sourcils. L'odeur, par contre, est épouvantable. Ce qui n'était pas prévu. Dommage pour Angeal, il lui faudra également s'accommoder de ce désagrément.

    Face à lui, l'arbuste n'a toujours pas réagi. Il commence à s'en agacer, quand ses feuilles se mettent brusquement à jaunir, se racornir, avant de tomber. L'instant d'après, son tronc a pris une allure bien plus torturée qu'à l'origine et son écorce s'ouvre pour révéler une chair pourrissante, d'un jaunâtre absolument ignoble.

    Un sourire affreux vient étirer ses lèvres.

    Parfait !

    *********

    — Tu m'as l'air de bonne humeur.

    Genesis cesse sa chansonnette nasale pour lever les yeux sur Sephiroth. Autour d'eux, la cantine réservée aux SOLDATS est noire de monde, bruyante au possible. L'argenté a déjà terminé son dîner et digère en sirotant un café, un dossier étalé devant lui. Le Banoran se pare d'un large sourire et répond :

    — Et je le suis, mon ami ! Car c'en est terminé du règne de terreur des petits, des indésirables et des parasites. Oui, aujourd'hui est un jour à marquer d'une pierre blanche, car enfin, je suis parvenu à triompher de l'ennemi !

    Disant cela, il a brandi sa fourchette comme si elle incarnait l'épée de sa victoire, le regard pétillant. Sephiroth l'observe un moment, avant de hausser les épaules. Il ne comprend rien au charabia de son compagnon, mais… il commence à le connaître et juge donc préférable de retourner à son occupation première, plutôt que de chercher à en savoir davantage. Une intuition.

    Si Genesis est un peu déçu par son manque de curiosité, il s'en console bien vite et retourne à son dîner. Il aurait donné cher pour voir la tête d'Angeal quand celui-ci est rentré chez lui. Ça ne devait pas avoir de prix ! D'ailleurs, à l'idée que cet idiot doit encore être en train de s'interroger sur l'identité du responsable, il se remet à chantonner. Car même s'il venait à le soupçonner, il n'obtiendrait aucune preuve contre lui. Le type du labo ne dira rien, surtout pas après avoir pris connaissance de ce que Genesis lui réserve s'il venait à parler de leur entrevue, et personne n'a pu le voir entrer dans le bureau de Lazard ou dans la chambre de son ami. La soirée s'annonce donc parfaite et les jours suivants avec elle !

    Un pas lourd, derrière lui, qui s'approche. Sephiroth relève les yeux de sa paperasse pour saluer d'un signe de tête le nouveau venu. Un raclement de gorge se fait entendre. Genesis, qui devine sans mal de qui il s'agit, se retourne, une expression parfaitement neutre sur le visage… qui ne tarde pas à se détériorer en découvrant l'exemplaire de Loveless qu'on lui présente sous le nez.

    — Tu avais oublié ça, lui fait savoir un Angeal passablement crispé.

    Genesis déglutit. Ce soir-là, il eut droit au plus beau sermon de toute sa vie…

    Zeegzag ~ 2019

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  • À la vie...

    Résumé : Avant l'arrivée des Incarnés à Edge, pensées et sentiments de Yazoo alors que ses frères et lui ont fait une courte halte...

    Personnages : Yazoo, Loz, Kadaj

    Genres : OS/Famille

    Année : 2019

    Taille : 1.200 mots

    Crédits : Square Enix

     


     

    La nuit a recouvert Gaïa de son manteau de ténèbres. Une petite brise souffle, fait doucement bruisser la végétation alentour et vient caresser les longs cheveux de Yazoo, appuyé contre sa moto à l'arrêt. Le paysage qui les entoure est sauvage, juste une plaine immense aux aspérités nombreuses, qui s'étend loin, aussi loin que peut porter son regard. Aucune trace de civilisation ici. Pas la moindre petite construction qui pourrait témoigner de l'existence en ce monde du genre humain.

    Un peu plus loin, près d'un étang que garde une végétation luxuriante, Loz s'amuse à courir après les lucioles qui envahissent le secteur. Son rire lui parvient, brise le silence qui s'est abattu ici depuis leur arrivée. Les mains tendues en avant, il cherche à capturer les insectes qui s'évertuent à lui échapper avec une facilité déconcertante. Une expression de déception enfantine se peint sur son visage chaque fois qu'il écarte les paumes et les découvre vide puis il avise d'autres points lumineux, retrouve le sourire et bondit dans leur direction.

    Kadaj, lui, est toujours installé sur sa moto. Un pied touchant le sol, lui servant de béquille, il a sorti une carte qu'il consulte à la lueur de son téléphone portable. Un froncement de sourcils plisse son front et sa combinaison en cuir émet des gémissements à chacun de ses gestes.

    Yazoo l'observe, avant d'incliner la tête sur le côté, le regard à présent absent. Ils sont en route pour Edge, où ils pensent pouvoir remettre la main sur leur grand-frère et, avec lui, leur mère… quoiqu'ils n'aient aucune certitude en ce qui concerne ce dernier point. Les deux Turks qu'ils ont laissé derrière eux, à la Cité Perdue, ne leur ont pas été d'une grande aide à ce sujet. Leur employeur, par contre…

    Ses sourcils se froncent légèrement, comme il se remémore l'échange de Kadaj avec celui qui se fait appeler Rufus Shinra. L'individu lui a paru maître de lui. Beaucoup trop. Presque comme si leur appel ne le surprenait pas. Comme s'il l'attendait que le fait que deux de ses employés soient tombés entre leurs mains lui importait peu… ou presque. Car c'est bien parce qu'ils se sont engagés à ne pas les achever que l'individu a daigné leur indiquer de quel côté chercher, afin de remettre la main sur leur mère. Yazoo ne l'a cru qu'à moitié. Et Kadaj également. Mais ils se doivent de vérifier toutes les pistes qu'ils pourront trouver… que ça leur plaise où non, ils n'ont pas vraiment d'autre choix.

    Alors, ils ont abandonné les deux Turks pieds et poings liés, afin d'éviter qu'ils jouent les filles de l'air pendant leur absence. Ils survivront jusqu'à leur retour… sans doute. Et si ce Shinra leur a menti, il sera encore temps de les tuer en représailles.

    Les visages meurtris de l'homme et de la femme flottent dans son esprit. Le corps de ces créatures ne vaut strictement rien, se brise bien trop facilement. Mais c'était tout de même amusant de les malmener. Loz s'en est donné à cœur joie et Kadaj a dû l'obliger à y aller un peu plus doucement, au risque de les voir retourner à la rivière de la vie avant qu'ils aient pu obtenir d'eux ce qu'ils désiraient. Yazoo s'est davantage intéressé à leur esprit… contrairement à leur chair, celui-ci s'est révélé étonnamment résistant. Il aurait aimé être capable de les briser. Au moins… de les fissurer. Et avec un peu plus de temps devant lui, sans doute y serait-il parvenu.

    Un petit sourire vient flotter sur ses lèvres comme il songe que ce n'est après tout que partie remise, et il reporte son attention sur Kadaj. Sur son frère – car c'est bien ce qu'ils sont, n'est-ce pas ? Tous les trois, ils font partie de la même famille. Si différents et si semblables à la fois.

    Il ne les connaît pas depuis longtemps, mais se sent déjà si proche d'eux. Si attaché, surtout. Il s'entend à merveille avec Loz. Ils s'amusent bien, ensemble. Quant à Kadaj, s'il se montre un peu plus distant, Yazoo ferait n'importe quoi pour le protéger. Oui, il y a en lui ce sentiment puissant, ce désir de se mettre en travers de tout ce qui pourrait chercher à lui nuire. Il sait que Loz ressent la même chose. Pour eux deux, Kadaj est comme un petit frère. Et en tant qu'aînés, ils ont le devoir de veiller sur lui.

    Tant que nous serons ensemble, je ne m'ennuierai pas… je ne serai jamais seul. Et une fois que nous aurons retrouvé maman… !

    Il ne va pas au bout de sa pensée, tourne les yeux en direction de Loz qui revient vers eux, l'air tout excité. Un large sourire étirant ses lèvres, il a joint les mains et s'exclame :

    — Regardez ! J'en ai attrapé une !

    Mais avant qu'il n'ait pu la leur montrer, toutes les étoiles du ciel semblent soudain se mettre à faire la course. Le spectacle est si surprenant, si incroyable, que Loz en ouvre la bouche sur une exclamation muette ne voit pas sa captive profiter de son moment d'égarement pour se faufiler entre ses doigts. Elle s'élève et sa lueur, minuscule, ne tarde pas à se mélanger à celles qui vrillent la voûte céleste.

    — Des étoiles filantes, explique Kadaj, qui a levé les yeux. Il paraît qu'il faut faire un vœu quand on en voie.

    — Est-ce qu'elles l'exauceront, 'daj ? questionne Loz, plein d'espoir.

    — C'est ce qu'on raconte…

    Loz et Yazoo échangent un regard, avant de reporter leur attention en direction du phénomène. Celui-ci se reflète dans les yeux des Incarnés. Les illumine. Les fait miroiter de mille feux, avant de s'essouffler et de s'éteindre aussi brusquement qu'il est apparu. Loz a une moue déçue.

    Kadaj, lui, lance :

    — Allez, en route !

    Puis il range à l'intérieur de sa combinaison sa carte et son téléphone portable, avant de démarrer sa moto. Yazoo se réinstalle sur la sienne, tandis que Loz le contourne pour rejoindre son propre véhicule. Comme il se laisse tomber sur selle, il dit, de nouveau tout excité :

    — Moi, j'ai fait le vœu qu'on retrouve maman. Et vous ?

    Il leur adresse à tous deux un regard qui pétille. Kadaj grogne :

    — Il ne faut pas en parler, imbécile, sinon il ne s'exaucera pas !

    Loz ouvre la bouche, l'expression choquée et de la panique au fond des yeux. Puis son visage se crispe, se déforme et il commence à sangloter.

    Yazoo soupire et secoue la tête. Comme il devine que Kadaj a fait exactement le même vœu que Loz, la maladresse de ce dernier ne l'inquiète pas. Le soupçon de contrariété qu'il ressent en démarrant sa moto n'est donc pas dirigé contre celui-ci, mais bien contre lui-même. Car contrairement aux deux autres, le désir de retrouver leur mère n'est venu qu'après coup… après un premier, plus irrépressible.

    Le souhait qu'il puisse rester, pour toujours, aux côtés de ses frères…

    Zeegzag ~ 2019

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  • T'étais pas léger !

     

    Tu vois, sa moto est là !

    Les taudis du secteur 5, en fin d'après-midi. La plaque qui surplombait autrefois une bonne partie des lieux s'est aujourd'hui effondrée en maints endroits, laissant apparaître le ciel et, surtout, percer les rayons du soleil ici-bas. Le paysage n'est plus que ruines, ravagé suite à l'action du météore qui a failli détruire la planète. Son église, toutefois, s'y dessine encore. Un peu plus vieille, un peu plus fragilisée, mais tenant toujours debout malgré les épreuves. Et près de ses portes, une moto noire.

    Une main se pose sur le véhicule. Son propriétaire, un roux au visage maigre, dit :

    Ce mec… il va finir par se la faire tirer s'il la surveille pas mieux que ça.

    Puis sa main se porte à sa nuque pour la gratter. Près de lui, un grand chauve à lunettes noires et à l'allure inquiétante.

    Bon… quand faut y aller, soupire Reno.

    Essaye de pas aggraver les choses.

    Ouais, ouais, je sais… j'ai merdé. Bon, ça peut arriver à tout le monde, non ?

    Rude se racle la gorge, se retenant de lui signaler que, niveau bourdes, il n'en est pas à son coup d'essai. Du reste, ils ont expressément besoin de l'aide de Cloud. De sa force, surtout, afin de régler le petit problème auquel ils sont confrontés…

    Le roux en tête, les deux hommes pénètrent dans la bâtisse. Le lourd battant grince sur ses gonds et le bois du plancher craque. Le toit est endommagé, mais ce n'est pas nouveau. Ils ont toujours connu l'endroit à l'état de ruine – ce qui ne les empêche pas de noter qu'il semble y avoir eu de la casse supplémentaire dernièrement. Près de l'entrée, surtout, plusieurs bancs sont brisés, le sol fissuré, défoncé, laissant en partie voir la terre qui se tient dessous.

    Un peu plus loin, au milieu de l'édifice, un parterre de fleurs se dévoile. Et étendus l'un à côté de l'autre, deux corps inconscients.

    Merde ! Qu'est-ce qu'ils ont foutu ?! s'exclame le roux, venant piétiner les fleurs pour s'approcher d'eux.

    Rude, lui, inspecte les alentours. Calme en apparence, il est en vérité sur le qui-vive, prêt à réagir au moindre signe de menace. Il n'y a pas grand monde, à son avis, capable de triompher de ces deux-là. Il les a déjà suffisamment vu se battre pour le savoir.

    Ils sont venus ici…, dit-il finalement.

    À présent accroupi auprès des évanouis, son collègue émet un reniflement.

    Sûr que c'est eux. (Puis, portant une main à l'épaule du blond pour le secouer :) Hé, Cloud ! Allez, debout !

    Mais il n'obtient pas la moindre réaction, pas même un gémissement ou une crispation du visage. Comme Rude s'approche, il grommelle :

    Me dis pas qu'on va devoir les ramener chez eux !

    Trop dangereux de les laisser là, lui répond le chauve. Ils pourraient revenir.

    Tu parles d'une galère…

    Il soupire et se masse les paupières. Rude met un genou à terre et se penche vers Tifa, inspecte l'étendue des dégâts. À première vue, la jeune femme ne semble pas gravement blessée. Ses vêtements sont souillés de poussière et quelques hématomes s'exhibent sur sa peau, mais rien de bien alarmant. Qui plus est, sa poitrine se soulève à un rythme régulier, paisible, comme quelqu'un qui serait simplement en train de dormir. Un sommeil sacrément lourd, du reste, car pas plus que Cloud, leur arrivée comme leurs bavardages ne sont parvenus à l'en tirer.

    Hé, Rude ! Mâte-moi ça !

    L'interpellé se tourne vers son collègue, qui a repoussé le tissu dissimulant en général le bras droit du blond. S'y affichent des traces noires, charbonneuses, comme si la peau s'était pigmentée de sombre à certains endroits. La découverte lui fait hausser les sourcils.

    Alors lui aussi…

    Le seul mec assez costaud pour nous aider et il s'est trouvé le moyen de se chopper cette saloperie. Bonjour le karma !

    Espérons qu'il tiendra le coup.

    Tu veux dire, jusqu'à ce qu'on soit débarrassés de ces trois emmerdeurs ? Ouais, on aura l'air vachement malin s'il nous claque entre les pattes avant !

    Sans répondre, Rude vient placer ses mains sous les jambes et les épaules de Tifa pour la soulever. Reno, qui le regarde faire, étrécit les paupières d'un air soupçonneux :

    Attends un peu… tu comptes quand même pas me laisser me coltiner celui-là ?

    Tu t'en sortiras.

    Non, mais tu plaisantes ? Tu m'as regardé ? Tu l'as regardé, surtout ? Y a pas moyen que je le traîne jusque chez lui.

    Je te laisse la moto.

    Vachement généreux de ta part, dis donc, merci, vraiment, ironise le roux, avant d'ajouter, d'un ton plus sérieux : non, sans rire, partenaire, on échange.

    — …

    Rude ?

    — … il faudra me passer sur le corps !

    Et tandis qu'il prononce ces mots, une petite rougeur apparaît au niveau de ses joues. Reno manque de s'en étrangler. Cet enfoiré !

    Pervers !

    Pense ce que tu veux, lui répond l'autre qui, sans l'attendre, marche vers la sortie.

    Tout en jurant, Reno tente tant bien que mal de soulever Cloud.

    Rude ! Merde, Rude ! Au moins, aide-moi à le transporter jusqu'à sa moto ! Rude ? Ah, bordel !

    La terre sous lui le fait déraper et il se retrouve la tête dans les fleurs, le corps du blond amortissant sa chute. Il jure de plus belle, se redresse sur un coude, quelques pétales collées à sa joue droite et de la terre au bout du nez. Un hoquet indigné lui échappe, comme il remarque son collègue – ce faux frère ! – a déjà mis les voiles.

    Alors ça… ça ! Il ne sait pas encore comment, mais ça va se payer !

     Zeegzag ~ 2018

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  • Cet os est écrit pour un jeu du FoF, sur ff.net. Il fallait le rédiger sur le thème "Papillon" en une heure. Pour plus d'infos, c'est par ici !


     

    Tenue correcte exigée

     

    Tout le monde le sait, à la Shinra, que Reno n'est pas du genre à porter la cravate… ni rien de ce qui peut s'en rapprocher. Toujours débraillé, l'air négligé, il aurait fallu le payer cher pour qu'il daigne ne serait-ce que boutonner correctement sa chemise. Ça l'étouffe, qu'il dit. Lui fait perdre de son charme, qu'il ajoute plus bas. Et puis, il a autre chose à faire, 'voyez, que de paraître correct.

    Mais il arrive à tout un chacun de devoir un jour faire une entorse à ses principes. En particulier quand il est question de se montrer à la réception du patron. C'est que ça ne ferait pas propre, n'est-ce pas, que tout ce beau monde s'imagine que Rufus Shinra – nouveau président de la toute puissante multinationale du même nom – embauche ses hommes du côté de ce qui se fait de pire au sein de la société. Alors, pour le bien de tous, pour l'image de celui qui signe vos chèques, surtout, chacun était tenu d'y mettre un peu du sien.

    Un verre de champagne à moitié vide dans une main, un doigt passé sous ce nœud papillon qui l'ulcère, Reno peste entre ses dents. Il en veut à la terre entière pour son malheur. À Rufus, qui a exigé de tous les Turks qu'ils soient présents ce soir-là pour assurer sa protection ; à Tseng qui a suivi à la lettre ses directives, harcelant avec une énergie inépuisable ses subordonnés afin de s'assurer qu'ils ne commettront aucun impair ; à Elena, qui l'a soutenu – plus lèche-cul, tu meurs ! – ; enfin, à ce costume ridicule, dans lequel il se sent à l'étroit ; à cette chemise neuve qui le gratte ; à ce nœud qui lui donne l'impression d'être un pingouin ; à ces nouvelles chaussures, trop cirées, encore trop serrées, qui lui font un mal de chien, et puis à tout ce parfum qu'une bonne âme a déversé sur lui en traître – saleté d'Elena, il a doublement des griefs contre elle, à présent !

    Près de lui, aussi calme et silencieux qu'à l'accoutumé, Rude observe les convives en sirotant tranquillement son verre. Lui aussi s'est apprêté pour l'occasion, devant renoncer jusqu'à ses lunettes noires afin de réduire l'impact de l'aura menaçante qui émane naturellement de lui. Déjà que sa carrure et son expression ne donnent pas envie de venir lui taper la causette, s'il avait dû rajouter là-dessus cette fantaisie, l'espace vide formé autour de lui et Reno serait passé de deux à quatre mètres au moins.

    Un peu plus loin, Rufus – qui a quitté l'estrade où il a donné son petit discours de bienvenue – sert la main à des invités – un couple de vieux débris qui, à en croire l'expression figée de leurs visages, doivent dépenser des fortunes en chirurgie esthétique. Le sourire aux lèvres, l'air assuré, d'une courtoisie et d'une spiritualité capables de conquérir des foules entières, il est entouré par toute une cour de paons bruyants et friqués, plus désireux les uns que les autres de se faire bien voir de lui. À un mètre, en retrait, Tseng veille au grain, s'assure que personne, parmi ce beau monde, n'ait une attitude, un geste, un battement de paupières un peu trop suspect et qui nécessiterait qu'on lui tombe sur le râble par précaution.

    — Ça va comme vous voulez, les gars ? questionne Elena en passant dans leur dos.

    Une assiette en main, la joue ronde, elle porte une robe sombre, élégante, mais suffisamment évasée pour ne pas trop limiter ses mouvements en cas de pépin. Pour l'occasion, elle s'est même appliquée un peu maquillage, coquetterie qui ne lui a attiré aucun commentaire particulier de la part de Tseng, pas même le plus petit indice qu'il aurait remarqué quelque chose de différent chez elle. L'échec, autant le dire, la laisse amère.

    — Dégage, toi ! lui siffle Reno en retour, ébouriffé malgré les coups de peigne et le gel qu'on a utilisé sur sa tignasse dans l'espoir qu'elle daignerait ne pas rebiquer dans tous les sens comme à son habitude. Et je te conseille de rester loin de moi dans les jours à venir !

    Les yeux de la blondinette s'embrasent, mais elle ne répond pas, préfère passer son chemin avant de créer des histoires. D'autant que le regard de Tseng, à présent, est tourné dans leur direction et il y a dans celui-ci une dureté, un avertissement qui ne lui dit rien qui vaille.

    Après son départ, Reno se remet à pester et à tirer sur son nœud papillon – de loin l'élément de sa tenue qui le met le plus en horreur. Un serveur s'approche d'eux et Rude, qui a terminé son verre, dépose celui-ci sur le plateau de l'autre pour le remplacer par un plein. Dans la main du roux, le champagne est à présent tiède et une partie de son contenu s'est renversé sur ses doigts et sa manche.

    — Saleté de bordel de…

    Finalement, il abandonne sa bataille contre l'intrus et avale d'une traite le contenu de sa coupe. Il grimace et on le sent prêt à jeter sa flûte à terre, histoire de calmer un peu ses nerfs. S'il se retient, ce n'est que pour agripper par le col le serveur qui passe prudemment derrière lui, menaçant de faire chuter son chargement qui tangue et s'entrechoque dangereusement. Comme il se saisit d'une autre coupe, il fait un geste sec au malheureux pour lui signifier de déguerpir et la porte à ses lèvres. Puis, une main enfoncée dans la poche de son pantalon, il se mure dans un silence chargé d'agressivité.

    Rude, qui termine tranquillement son verre, finit par le lui tendre d'autorité.

    — Ressers m'en un, tu veux.

    Et au roux de répliquer dans un reniflement agacé :

    — Tu m'as pris pour quoi ? Ton larbin ?

    — Hé ! T'as le costume pour, non ?

    Le regard assassin qu'il lui décoche fait ricaner le chauve. Sans faire plus attention à lui, celui-ci va piocher quelques olives sur le buffet et songe, en laissant un doigt glisser le long de l'arrête de son nez, s'arrêter là où ses précieuses lunettes devraient se trouver perchées en cet instant, qu'avoir sous la main plus malchanceux que soi n'a vraiment pas de prix…

    Erwin Doe ~ 2018

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  •  

    Courage, Elena !

     

    1

    En arrivant à la Shinra ce matin-là, Elena trouva Reno et Rude à leurs bureaux. Ce qui était déjà une anomalie en soi. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle était généralement la première à arriver sur les lieux – ce en dehors de Tseng, mais l’homme occupant une autre pièce que la leur, ça ne comptait pas. Rude arrivait bon deuxième, ni trop en avance, ni trop en retard, tandis que Reno était un retardataire récidiviste. Tout juste s’il se donnait encore la peine d’inventer des excuses, toutes forcément plus bidons les unes que les autres – la vérité étant qu’il avait simplement un mal fou à se lever le matin.

    Rien d’étonnant, quand on connaissait son hygiène de vie !

    Son regard rivé sur ses collègues – dont le sérieux un peu trop soudain ne lui disait rien qui vaille –, Elena n’avait toujours franchi le seuil de la pièce.

    Les deux hommes avaient rapproché leurs bureaux – comme ils avaient l’habitude de le faire quand ils voulaient discuter entre eux sans avoir à hausser le ton, et donc courir le risque d’être entendus par des gêneurs (Elle, en l’occurrence). Le dos voûté sur un amas de petits bouts de papiers, Reno semblait les passer en revue. Rude se massait le menton d’un air vaguement songeur. Ni l’un ni l’autre n’avait encore remarqué sa présence.

    — Je peux savoir ce que vous faites là ?

    Après un sursaut, les deux hommes avaient, pour l’un, levé les yeux par-dessus ses lunettes, pour l’autre, s’était retourné en s’avachissant sur son tas de feuilles – comme un magouilleur pris en fraude et qui cherche à dissimuler le fruit de ses mauvaises actions.

    — On bosse, ça se voit pas ? lui répondit le roux, d’un ton inamical.

    Puis, avant qu’elle ne puisse répondre, il eut un geste impatient de la main :

    — T’es gentille, tu nous fous la paix !

    Et comme pour appuyer ses propos, Rude découvrit les dents et laissa échapper un grognement destiné à lui signifier qu’elle ferait mieux d’obéir.

    Là-dessus, ils recommencèrent à conspirer entre eux à voix basse.

    De plus en plus agacée, mais aussi intriguée, par leur comportement, Elena se mordit la lèvre. Elle en était encore à se demander comment en apprendre davantage, quand elle remarqua la présence de Tseng à ses côtés. Elle en fut si troublée qu’elle eut un brusque mouvement de recul. Ses joues se mettant à la picoter, elle vit son supérieur lui jeter un regard en coin. Puis, sans faire davantage attention à elle, il tapa dans ses mains.

    — Vous deux ! lança-t-il à l’intention de Rude et Reno. On a du travail pour vous : un mécontent écologiste du secteur quatre qui ferait un peu trop de bruit. Je crois qu’il serait bon de lui rappeler que notre patience à des limites.

    À ces paroles, Elena sentit son estomac se nouer. Il n’y avait pas longtemps qu’elle avait rejoint la Shinra et, encore une fois, il semblait qu’elle allait être mise sur la touche.

    Au fond, elle savait qu’elle aurait déjà dû en discuter avec son supérieur. Intégrer les Turks et être tenue à l’écart de leurs activités sur le terrain, ce n’était décidément pas normal. Seulement, chaque fois qu’elle tentait d’aborder le sujet avec Tseng, c’était comme si une parfaite idiote prenait possession de sa personne. Elle pouvait à peu près tenir des conversations banales en sa compagnie, mais quand il fallait aborder des sujets plus sérieux… des sujets qui nécessitaient de se retrouver en tête-à-tête, alors, elle n’était plus bonne qu’à débiter des âneries. Difficile, dans ces conditions, de paraître crédible et d’espérer défendre sa cause !

    Comme Reno et Rude s’étaient levés – le roux enfouissant avec vivacité les morceaux de papiers dans ses poches, tandis que son comparse pliait soigneusement quelques feuilles couvertes d’une écriture manuscrite –, la jeune femme sentit un regain de courage la submerger et inspira longuement. C’était trop bête ! Une mission toute simple comme celle-là, elle se sentait autant capable que ses collègues pour s’en charger !

    Décidée, elle tourna la tête vers son supérieur… qui, aussi vif et silencieux qu’un fantôme, avait déjà disparu. Le petit discours qu’elle s’apprêtait à débiter mourut dans sa gorge et elle sentit son humeur s’assombrir.

    Sans un mot, Rude et Reno passèrent devant elle. Elle leur adressa un regard morne, avant d’aviser l’étiquette à ses pieds. L’une de celles dont le roux avait gavé ses poches. Sa curiosité revenant la titiller, elle se baissa pour la ramasser. La déception s’imprima sur ses traits.

    Une série de chiffres et de lettres – qui ne lui disaient rien –, assortis d’un tampon.

    Qu’était-elle censée comprendre à ce charabia ?


    2

    — Il faut que tu te secoues ! Tu n’es tout de même pas rentrée chez les Turks pour faire la potiche, non ?

    Le miroir lui renvoyait le reflet d’une blonde aux sourcils froncés, à la peau rendue maladive par l’éclairage plus que douteux de sa petite salle de bain.

    Une brosse à dents en main, qu’elle serrait entre ses doigts, elle soutint son regard un moment, avant de soupirer et de fléchir la nuque.

    La journée lui avait paru longue, et même interminable, sans la présence de ses deux collègues. Elle était encore assez peu familière de l’entreprise et n’y avait que quelques vagues connaissances, dont les discussions se résumaient le plus souvent à des familiarités sans intérêt. En bref, pas le genre de personne avec qui espérer passer le temps !

    Alors, elle avait vivoté, attendant que quelque chose se produise, supportant la conversation ennuyeuse d’un type d’elle ne savait plus trop quel département, avant de finalement de regagner son bureau.

    Et Tseng qui ne s’était pas montré de la matinée, ni même de l’après-midi…

    Son expression ayant perdu toute sa combativité, elle redressa la tête et entreprit de se brosser les dents.

    Elle ne pouvait décemment pas accepter d’être tenue à l’écart sous prétexte qu’elle était une nouvelle. Rentrer chez les Turks avait nécessité qu’elle fasse ses preuves. Son supérieur, comme ses collègues, savaient donc qu’elle était compétente.

    Sa mâchoire se refermant sur sa brosse à dents, une lueur déterminée revint illuminer son regard.

    Demain, elle aurait une discussion à ce sujet avec Tseng. Il devait comprendre qu’elle ne pouvait accepter cette situation plus longtemps !


    3

    La voix de son supérieur se faisait entendre dans le couloir. La porte de son bureau était ouverte de moitié et elle pouvait le voir, assis, le dos droit, un combiné sans fil vissé à l’oreille.

    Nerveuse, la jeune femme l’épiait en se rongeant les ongles. Bientôt dix minutes qu’elle était là sans parvenir à trouver le courage de le déranger. Au moins lui faire savoir qu’elle avait besoin de lui parler… ce serait déjà un bon début. Mais non, rien à faire, elle ne parvenait pas à se décider et la chose n’arrangeait en rien son estime personnelle.

    Pourquoi fallait-il qu’il l’intimide autant ? Dans sa poitrine, son cœur s’emballa et elle se mordit le pouce.

    Allez, ma fille, un petit effort… ce n’est pas si compliqué !

    Elle prenait une longue inspiration et s’apprêtait à faire un pas vers sa cible, quand un rire, aussi bruyant qu’exaspérant, s’éleva. Elle tourna les yeux dans sa direction et vit que Rude et Reno approchaient. Le roux envoya plusieurs claques dans le dos de son comparse, babillant pour deux. Comme souvent, Elena se demanda par quel miracle des types aussi différents pouvaient être aussi proches.

    L’avisant, Reno leva une main et lança :

    — Regardez qui voilà !

    Le pas en avant qu’Elena s’était apprêtée à commettre, se transforma en deux à reculons. Comme ses collègues s’arrêtaient à sa hauteur, elle questionna :

    — Comment ça s’est passé hier ?

    Reno eut un large sourire, tandis que Rude levait le pouce.

    — Nickel ! L’a suffit que l’ami Rude fronce un peu les sourcils pour que l’autre se mette à faire dans son froc. Avec le discours qu’on lui a tenu, on risque plus d’entendre parler de lui !

    L’un comme l’autre en semblaient particulièrement fier. Même Rude s’était permis un petit sourire en coin. Elena eut un froncement de sourcils.

    — Attendez un peu ! Qu’est-ce qui vous a demandé tant de temps, alors ? Le type a été difficile à trouver ?

    Ses collègues s’adressèrent un regard, avant que le roux n’enfonce les mains dans ses poches.

    — T’occupes ! Et si Tseng t’interroge, t’auras qu’à dire que t’en sais rien.

    Comprenant qu’ils avaient encore profité d’un ordre de mission pour aller glander le reste de la journée, elle allait s’en exaspérer quand elle entendit Tseng prendre congé de son interlocuteur. Vivement, elle revint à lui et mena instinctivement son pouce à ses lèvres. C’était le moment idéal ! Il lui suffirait juste de pousser la porte… trois pas… peut-être quatre.

    Comme elle se rognait l’ongle, toute son attention dirigée en direction de sa cible, elle ne vit pas le sourire que Reno adressa à Rude. Et quand celui-ci vint lui passer un bras autour des épaules, elle sursauta.

    Elle ouvrit la bouche pour lui demander ce qu’il lui prenait, mais le roux, tout en se curant l’oreille, la devança :

    — T’sais, ça fait un petit moment qu’on t’observe. On peut pas dire que tu sois très douée avec les mecs, hein ?

    Avant qu’elle ne puisse répondre, Rude lui passa une main sous le bras.

    — On va te filer un coup de pouce.

    — Attendez ! Qu’est-ce que vous… ?

    Elle n’avait pas terminé sa phrase qu’elle se sentait violemment poussée en avant. Dans une petite exclamation, son épaule rencontra la porte du bureau de Tseng et elle se retrouva dans son champ de vision. Ce dernier leva très faiblement les sourcils, comme si son arrivée brutale ne méritait pas de réaction plus marquée que celle-ci.

    — Oui, Elena ?

    En panique, cette dernière eut un mouvement de recul. Dans le couloir, Reno et Rude avaient déjà pris la poudre d’escampette.

    De plus en plus nerveuse, elle revint à son supérieur, qui la fixait toujours. Elle déglutit puis, avec un sourire maladroit, dit :

    — Oh je… rien… je me demandais seulement si… (Une idée venant lui frapper l’esprit, elle leva un doigt et redressa le dos.) Du café ! C’est ça ! J’allais me prendre du café et je me demandais si vous en vouliez ?

    L’expression de Tseng se détériora à peine. En tout cas pas assez pour qu’elle puisse deviner les sentiments qui le traversèrent à ce moment précis. Il avait d’ailleurs retrouvé toute sa maîtrise quand il répondit :

    — Eh bien… c’est aimable à toi, mais j’ai déjà tout ce qu’il me faut.

    Et disant cela, il lui désigna la cafetière à moitié pleine qui se dessinait à l’angle de son bureau…


    4

    — Idiote, idiote, idiote, pauvre idiote !

    Des deux mains, Elena se grattait les cheveux. Comment pouvait-on être aussi empotée ?!

    Enfermée dans un cabinet, assise sur l’abattant de toilette, la jeune femme se remémorait, non sans honte, sa fuite. Elle avait rigolé bêtement, sorti elle ne savait quelle banalité, s’était cognée à l’encadrement de la porte, avant de prendre ses jambes à son cou. Si après ça, Tseng ne la jugeait pas totalement déséquilibrée, elle aurait une sacrée chance.

    Les joues encore en feu, elle redressa le dos. Son crâne vint cogner contre le mur derrière elle. Dans son malheur, elle s’estimait toutefois heureuse que Reno et Rude ne soient pas restés pour assister à sa débâcle. La dernière chose dont elle avait besoin, c’était de subir leurs moqueries.

    Un reniflement lui échappa. Elle ne pouvait tout de même pas rester sur cet échec. Il fallait qu’elle essaye à nouveau… au moins encore une fois. Et si elle échouait, il ne lui resterait plus qu’à se résigner à son sort… ou à tenter d’avoir cette conversation avec Tseng au téléphone. Le connaissant, il exigerait de lui parler en face à face mais… dans le cas contraire, elle était certaine de parvenir à conserver ses moyens si elle n’avait pas à affronter son regard.

    Oui, elle ne devait pas se laisser abattre. Elle était dans son droit le plus strict et n’avait rien à craindre de son supérieur. C’était un homme intelligent, il ne faisait donc aucune doute qu’il comprendrait le bien fondé de sa réclamation.

    Sa combativité revenue, elle se redressait afin de quitter sa retraite, quand la porte des toilettes s’ouvrit. Deux voix féminines lui parvinrent, ponctuées de rires brefs. Le son de talons sur le carrelage. Sa main s’arrêta à hauteur de la poignée, quand l’une des nouvelles venues laissa tomber :

    — Et devine qui est encore revenu à la charge ? Décidément, Reno est du genre têtu.

    Elena dressa l’oreille. Une conquête de son collègue, visiblement… une de plus. À croire qu’il les collectionnait.

    — Tu vas te laisser tenter cette fois ? questionna l’autre femme.

    L’un des robinets venait d’être ouvert. Un petit gloussement se fit entendre.

    — Peut-être… pourquoi pas ? Ce n’est pas qu’il me déplait, mais je sais bien comment ça se termine avec ce genre de type.

    — Prends-le comme un passe-temps. Il n’y a pas de mal à se faire du bien, non ?

    — C’est vrai. Mais honnêtement, j’aurais préféré attirer le grand brun, là… tu vois de qui je veux parler ?

    — Un Turk ? Tseng, peut-être ?

    Un claquement de doigts, puis :

    — C’est ça, Tseng ! Beau gosse et haut placé. Ça, ça aurait été du gros lot !

    Les femmes se mirent à rire à l’unisson. Elena avait à présent collé son oreille contre le battant et fronçait les sourcils.

    Entendre parler de son supérieur comme d’un trophée la mettait en rage.

    — En parlant de Turks, reprit la première femme. Ils ont une petite nouvelle dans leurs rangs…

    On ferma le robinet.

    — Je l’ai croisée une ou deux fois. Une blonde, c’est ça ? Petite, qui s’habille comme un homme.

    — Toi aussi tu as remarqué ? Je veux bien qu’ils aient du travail de terrain… mais tout de même, à quoi ça rime de porter un costume le reste du temps ? Ça ne la met franchement pas en valeur !

    — Ça devrait te rassurer, non ? Pas de risque qu’elle intéresse son supérieur avec une allure pareille.

    — Vu comme ça !

    Elles se remirent à rire. Outrée, et les joues de nouveau en feu, Elena sortit brusquement de sa cachette pour jeter un regard incendiaire aux deux femmes. Celles-ci s’étranglèrent et l’une d’elle eut un mouvement de recul si brusque qu’elle en lâcha son tube de rouge à lèvres, qui alla rouler sous les éviers.

    Non sans précipitation, elles quittèrent les lieux, sans doute peu désireuses d’assumer les conséquences de leurs bavardages. Les lèvres pincées, Elena les suivit des yeux.

    Si ces bécasses se permettaient de se moquer d’elle à cause de ses vêtements, elle n’imaginait même pas ce que l’on pourrait raconter si l’on savait qu’elle était tenue à l’écart. Pas question de se laisser faire plus longtemps. Il en allait de son honneur de Turk !


    5

    — Chef !

    Tseng releva les yeux du dossier qu’il était en train de consulter. Un sillon de mauvais augure creusait son front, qui disparut en la reconnaissant.

    — Oui, Elena ?

    Toute tendue et ruisselante de sueur, la jeune femme dû se faire violence pour ne pas battre en retraite. De fait, elle avait l’air parfaitement mal à l’aise, plantée comme un piquet devant le bureau de son supérieur. Ses sourcils froncés lui donnaient une expression farouche.

    — Il faut que je vous dise quelque chose… !

    Et comme il ne disait rien, se contentant de la fixer avec cette tranquillité froide qui lui était familière, la malheureuse sentit sa détermination fondre. Son visage s’empourpra et elle dut détourner les yeux.

    — C’est à propos de mon travail ici…

    Allons, du courage ! De quoi est-ce que tu as peur exactement ? Au moins, s’il a une bonne raison de te laisser à l’écart, ce sera l’occasion de l’entendre. Calme-toi, respire, et lance-toi !

    Après une longue inspiration, la jeune femme revint à son interlocuteur. Mais alors que leurs regards se croisaient de nouveau, un frisson lui remonta le long du dos et son cerveau sembla se déconnecter. Impossible d’aligner un mot de plus. Elle ouvrit et ferma la bouche. Bafouilla quelque chose d’inintelligible. Puis sa conscience, partagée entre la panique et l’exaspération, décida qu’elle en avait assez fait comme ça et prit l’initiative de sauver les meubles à sa place.

    Ce fut pourquoi elle se retrouva soudain à sourire et à déclarer :

    — Je voulais que vous sachiez que c’est un grand honneur pour moi de travailler pour les Turks. Et j’espère me montrer digne de la confiance que vous m’avez accordé en voulant bien m’inclure dans votre service.

    C’était dit avec tant de passion qu’elle en était transfigurée. Tseng cilla, mais ce fut tout ce qu’il lui laissa entrevoir de ses émotions. Impossible de savoir si elle venait encore de passer pour une parfaite idiote, d’autant que ce fut d’un ton tout à fait neutre qu’il déclara :

    — Dans ce cas, j’espère que tu continueras à faire preuve de sérieux dans ton travail. (Puis, refermant le dossier qu’il avait devant lui :) Pas comme ces deux-là.

    Le regard luisant, Elena répondit :

    — Bien sûr ! Vous pouvez compter sur moi !


    6

    Avachie sur son bureau, le visage disparaissant entre ses bras, la jeune femme était l’image même de la défaite.

    Dans la pièce, elle pouvait entendre Reno se lamenter, au moins aussi déprimée qu’elle.

    — Partout, j’te dis… on a regardé partout… c’est pas possible, mais qu’est-ce qu’on a bien pu en foutre ?!

    Face à lui, Rude avait croisé les bras. Pour un inconnu, son expression aurait semblé intimidante, sinon hostile. En vérité, il était simplement en grande réflexion.

    — Les femmes de ménage…

    — Ça ou on l’a perdu en chemin. S’asseoir sur tout ce fric… putain ! C’est pas vrai !

    Elena avait redressé le cou pour les observer. Elle vit le roux se cogner la tête contre le rebord de son bureau, tout en continuant de gémir. Rude avait pris un air encore plus inquiétant qui, cette fois, traduisait clairement sa frustration.

    D’une main, la jeune femme se massa la nuque. Puis elle ouvrit l’un des tiroirs de son bureau, avant de se lever.

    — Au fait… j’ai trouvé ça hier.

    Les deux hommes tournèrent les yeux dans sa direction et ceux du roux s’agrandirent en découvrant le morceau de papier qu’elle leur tendait. Il le lui arracha dans une exclamation, avant de se mettre à trépigner.

    — C’est lui ! Je rêve pas, hein ? Tu vois bien comme moi ?!

    Là-dessus, il le planta devant le nez de son collègue, qui l’inspecta un moment, avant d’opiner gravement du chef. Reno leva alors les poings au ciel et laissa échapper un cri de victoire. La seconde d’après, il bondissait sur ses pieds et disait :

    — Alors toi ! Toi, toi, toi ! T’es une championne ! Merde, sans toi, on pouvait dire adieu au pognon !

    — Ça vaut vraiment de l’argent, ce machin ?

    — Eh ? Tu l’entends ? Si ça vaut quelque chose ? La pauvre, on voit bien qu’elle sait pas ce que ça rapporte un ticket gagnant, dans un combat de Chocobos ! Personne n’aurait parié que ce p'tit là serait encore en vie pour se faire le dernier monstre !

    — Un combat de… ? Attendez un peu, c’est interdit par la loi de…

    Mais avant qu’elle ne puisse terminer sa phrase le roux la saisissait par les épaules et lui collait un baisé bruyant sur le front.

    — On te doit une fière chandelle. Sûr, on t’invite au resto dès qu’on a touché notre fric !

    L’instant d’après, lui et Rude disparaissaient dans le couloir. Les bavardages enjoués du roux accompagnèrent leur départ. Restée seule, Elena mena deux doigts à son front, avant de hausser les épaules et de laisser retomber sa main. Bah ! Après tout…

    Découvrant son poignet, elle consulta sa montre. Sa journée de travail venait de se terminer et la suivante ne s’annonçait pas plus stimulante. Peut-être même encore plus ennuyeuse.

    Avec un soupir, elle retournait à son bureau avec l’idée de rassembler ses affaires, quand Tseng passa le pas de la porte. Son cœur manqua un battement, tandis qu’il faisait le tour de la pièce du regard.

    — Rude et Reno sont déjà rentrés ?

    — Ils sont partis il n’y a pas deux minutes.

    — Dommage… j’espérais qu’ils pourraient nous accompagner.

    Puis, comme Elena le regardait sans comprendre, il ajouta :

    — Est-ce que tu as le temps de prendre un verre ? J’aimerais discuter avec toi de ta première mission.

    Écarquillant les yeux, la jeune femme sentit une douce chaleur se répandre dans tout son corps. Les nuages qui menaçaient d’obscurcir sa soirée se dissipèrent et ce fut avec un peu trop de vigueur qu’elle répondit :

    — Avec plaisir !

    Erwin Doe ~ 2016

     


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  •  

    On n’est pas bien, là ?

     

     

     

    — Aaah, on n’est pas bien là ?

     

    — Mh… !

     

    Midgar, un début d’après-midi, quelque part sur les hauteurs de la tour Shinra. Le soleil tapait fort, trop fort, même, aux dires de certains, qui commençaient à en avoir assez de la canicule installée sur la ville depuis bientôt deux semaines.

     

    — Putain, mais qu’est-ce qu’on est bien !

     

    Mais tous, comme nous le remarquons, ne s’en plaignaient pas et, parmi eux, Reno et Rude étaient de loin les premiers à profiter de la situation climatique.

     

    Au cours d’une journée passée à jouer au chat et à la souris avec un Tseng bien décidé à leur mettre sur le dos une mission particulièrement ingrate, les deux compères étaient tombés sur ce coin excentré de la compagnie – ce après que le roux ait fait remarquer à son compagnon : « Hé, dis donc, l’est pas une peu bizarre ce plafond ? ». Poussiéreux, certainement inconnu du plus grand nombre, et de leur supérieur en particulier, l’endroit n’avait franchement rien d’accueillant. La vue y était déplorable et seul un système de trappe y menait. Une trappe que l’on ne pouvait atteindre qu’à l’aide d’une échelle, qu’il fallait ensuite se fatiguer à remonter si l’on ne voulait pas être découvert, mais… enfin ! Dans le genre tranquille, on ne faisait pas mieux.

     

    Étendus sur des chaises longues, installées là au début de l’arrivée du beau temps, les deux Turks se prélassaient au soleil. Reno avait fait tomber chemise et cravate, et n’avait plus que son maillot de corps et son pantalon sur lui, qui lui-même était retroussé jusqu’à mi-mollet. Les pieds nus, les jambes croisées, sa décontraction jurait aux côtés de l’attitude de son comparse.

     

    Là où Reno était l’avachissement incarné, Rude incarnait plutôt la rigidité du maître d’hôtel qui ne compte ni froisser son costume, ni encore moins se dépeigner… pour peu qu’il ait des cheveux, cela s’entend !

     

    Ses lunettes noires bien enfoncées sur son nez, il avait le front et le crâne luisants de crème solaire. C’était tout juste s’il avait accepté de desserrer sa cravate de quelques centimètres.

     

    Unique fantaisie : lui aussi s’était permis de retirer chaussures et chaussettes.

     

    Reno tendit une main en direction de sa bière, placée dans le porte-gobelet de son siège (LA raison pour laquelle il avait accepté de mettre un peu plus cher dans ce modèle, plutôt que de se contenter du jumeau de celui de Rude). La canette était encore fraîche et ce fut avec une délectation tout juste un tantinet exagérée, qu’il s’envoya quelques gorgées pétillantes dans la gorge.

     

    Un « Aaaaah ! » de contentement plus tard, le roux accepta le paquet de cigarettes que lui tendait le chauve, s’en colla une entre les lèvres et l’alluma. Puis il plaça une main derrière sa nuque et, tout en crachant un nuage de fumée, questionna :

     

    — Tseng t’a repéré ?

     

    Un grognement lui répondit.

     

    — Il devait encore avoir une sale mission à nous refiler, hein ? J’imagine ça d’ici.

     

    — Un problème au niveau des taudis…

     

    — Forcément ! Le genre qu’on pourrait refiler à du soldat de base, mais non. Faut bien qu’on justifie notre paye !

     

    — Il marchait devant. Il m’a suffit de faire marche arrière à l’angle d’un couloir.

     

    Reno s’esclaffa.

     

    — Et il a continué de causer tout seul, je parie ? Non ! Quel crétin !

     

    — Toi ?

     

    — Moi ? Rien ! Une anguille, un rase-mur professionnel. À peine si on m’a repéré à l’entrée.

     

    — Mh…

     

    — Va bien être obligé de refiler le boulet à Elena, du coup.

     

    — Mh !

     

    — Pff ! Ça lui apprendra, tiens, à jouer les lèche-pompes à celle-là !

     

    Vivement, le roux mena une main devant son regard. Un vilain rayon de soleil venait de l’aveugler et il grogna, avant de tourner le visage sur le côté. Il avisa alors Rude, sa dégaine, son crâne luisant ridicule. D’un doigt, il se gratta la joue.

     

    — T’es sûr que tu veux pas te dépoiler un peu ? Non parce que tu dois crever de chaud !

     

    En réponse, Rude porta une cigarette à ses lèvres et l’alluma. Son silence buté était une réponse suffisamment éloquente pour que Reno n’insiste pas, mais… tout de même ! Ce type savait vraiment pas se relaxer.

     

    Il tira sur sa propre cigarette, une main portée en visière. Dans son porte-gobelet, sa canette ruisselait de gouttes de condensation. Elles se déplaçaient lentement, lentement, le long de sa surface, avant de s’écraser dans le fond du support.

     

    — Au fait, t’as revu la grande brune de la dernière fois ?

     

    — Mh !

     

    — Et alors ? Ça l’a fait ?

     

    En réponse, Rude eut un sourire en coin arrogant, assorti d’un « Mf ! ». Dans un rire, Reno lui envoya un coup de coude.

     

    — Forcément ! Forcément ! Sacré Rude, va ! Toujours le meilleur !

     

    Au même instant, le rayon qui le harcelait revint à la charge, plus violent que jamais. Reno reporta la main devant son visage, ferma un œil, pesta, avant de se jeter sur les pieds et de rager, les poings tendus en direction des cieux :

     

    — Non mais c’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il a ce con de soleil ? Il me cherche ou quoi ?!

     

    — Reno !

     

    D’un mouvement vif, il vit les doigts de Rude plonger sous sa veste de costume, et en sortir une paire de lunettes de soleil. Le chauve la lui tendit. Reno lorgna dessus, arrêta son regard sur le crâne reluisant de l’autre, avant de s’en saisir.

     

    Il se laissa retomber sur sa chaise, se les ficha sur le nez, croisa les jambes et fit pendre ses bras de part et d’autre des accoudoirs. Son pied droit vint gratter son mollet gauche, puis :

     

    — Non mais sérieux, on n’est pas bien, là ?

     

    Erwin Doe ~ 2015

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    Pauvre Sephiroth

     

    Sephiroth ne gardait aucun souvenir de son arrivée ici. Et pire encore, il ignorait parfaitement où il se trouvait.

     

    Son regard vola autour de lui. Et si son expression n’en laissait rien paraître, il commençait quelque peu à s’inquiéter. Dans quelle partie du monde, exactement, ses pas l’avaient-ils mené, et qu’était-il supposé y faire ? La ville inconnue qui l’accueillait ne lui rappelait rien, ni ne faisait remonter en lui le moindre titillement destiné à lui faire savoir que l’information était bien là, quelque part en lui, prête à ressurgir à la surface pour peu qu’il se donne la peine de se creuser sérieusement la tête.

     

    Sans en avoir vraiment conscience, il s’était mis en marche, évoluant aux côtés de badauds maussades qui ne lui accordaient pas la moindre attention. Il tendit la main vers l’un d’entre eux, voulant l’arrêter pour l’interroger, mais ses doigts passèrent au travers du corps et l’autre continua sa route comme si de rien n’était. Troublé, Sephiroth avait fait un mouvement en arrière et regardait la silhouette fondre la foule, disparaître au milieu d’une masse qui, pour lui en tout cas, semblait être faite de matière, car l’individu qu’il bouscula leva le poing pour l’insulter.

     

    Il baissa les yeux sur sa main. Alors ça !

     

    Quand il les releva pour inspecter de nouveau les environs, son attention fut attirée par une silhouette familière. Celle d’un blond à l’expression dépressive, qui avançait mollement, en traînant des pieds. La grosse épée qu’il transportait dans son dos semblait trop lourde pour lui, car il ployait en avant, offrant un spectacle d’autant plus pathétique.

     

    Oubliant qu’ils étaient ennemis, Sephiroth se précipita dans sa direction.

     

    — Cloud ! Est-ce que tu peux me dire où nous sommes ?

     

    Si on lui avait dit qu’un jour, la vue du blondinet lui serait agréable, il ne l’aurait jamais cru.

     

    Pour toute réponse, son interlocuteur lui adressa un regard où se lisait toute la misère du monde. Puis il secoua la tête, et poursuivit sa route, de cette démarche lente et pathétique.

     

    Sephiroth resta quelques instants sans réaction. Mais petit à petit, une sourde colère commença à s’emparer de lui. Serrant les poings, il s’apprêtait à se jeter à la poursuite de l’autre, quand il remarqua la jeune femme. Debout sur le bord du trottoir, elle portait un panier au bras, plein à craquer de fleurs. De sa main libre, elle en tendait un petit bouquet en direction des passants, cherchant à attirer leur attention. Elle souriait, sans s’offusquer d’être continuellement ignorée.

     

    S’il y avait réfléchi deux secondes, Sephiroth aurait compris combien la présence de la jeune femme était étrange. La mort de celle-ci lui serait revenue en mémoire, et le doute, quant à la réalité de ce qui l’entourait, se serait imposé à son esprit. Mais à la place, Sephiroth l’interpella :

     

    — Aerith ! Aerith ! J’ai besoin de ton aide. Écoute…

     

    Mais avant qu’il ne puisse terminer sa phrase, la jeune femme releva les yeux sur lui et, dans un gentil sourire, disparut brusquement. Son panier tomba à terre et répandit son contenu à ses pieds. Abasourdi, il fixa les fleurs maltraitées, plus perdu que jamais.

     

    Au même instant, une voix lança :

     

    — Aaah, il est là ! Le voilà ! Tu vois, je te l’avais bien dit.

     

    Il se retourna et découvrit que Cait Sith et Nanaki venaient dans sa direction. Sans lui laisser toutefois le temps d’en placer une, le chat noir porta son mégaphone à ses babines et lui hurla :

     

    — Fais attention à la voleuse de Matérias !

     

    — Mais je…

     

    — La voleuse de Matéria sera bientôt sur nous, l’interrompit Nanaki, avant de poursuivre son compagnon, qui continuait de répandre autour de lui la terrible nouvelle.

     

    Il ne s’était toujours pas remis de cette énième déconvenue, qu’il se sentit brutalement bousculé. Le sol se rapprocha de lui et il s’écroula sur les pavés poisseux. Le souffle coupé, il se redressa sur un coude et vit qu’un individu de haute stature, à la peau sombre, s’était arrêté pour le contempler avec dédain. Une masse de muscles agressive qui retroussa sa lèvre supérieure pour cracher :

     

    — Peuh ! Encore un insecte qui s’est cru à la hauteur.

     

    Là-dessus, Barret le dépassa.

     

    Tout en se redressant, Sephiroth se demanda si le monde n’était pas tombé sur la tête. Depuis quand se permettait-on de le traiter ainsi ? Et surtout, depuis quand permettait-il qu’on le traite ainsi ? Il ne pouvait pas accepter ça ! Il ne pouvait pas ! Il…

     

    Un pas rapide et léger lui fit jeter un coup d’œil par-dessus son épaule. Certain que de nouveaux ennuis allaient lui tomber dessus, il vit une jeune ninja de Wutai se diriger droit sur lui. Elle le percuta et, alors qu’il la repoussait en arrière, l’entendit miauler :

     

    — Ah aaah ! De la Matéria, je le savais !

     

    Aussi vive qu’une anguille, elle lui échappa des mains et s’en fut dans un ricanement de mauvais augure. Il ne fallut que quelques secondes à sa victime pour comprendre pourquoi. Après une brève inspection, il découvrit, non sans horreur, que la voleuse venait de le déposséder de toutes ses Matérias. Un juron lui échappa, avant qu’il ne se jette à sa poursuite.

     

    Il avait toutefois beau être plus grand, et donc censément plus rapide qu’elle, la jeune femme gardait toujours trois ou quatre bons mètres de distance entre eux. Forcer sur ses jambes, sans se soucier de tous ceux qu’il traversait, des obstacles qui manquèrent plus d’une fois de le faire trébucher, ne lui servit à rien, sinon à l’épuiser un peu plus.

     

    Autour d’eux, le décor avait commencé à changer.

     

    Il se vit sauter par-dessus un ruisseau, traverser une forêt, atteindre des ruines poussiéreuses où il lui fallut à chaque instant faire attention où il mettait les pieds, ce bien malgré le manque cruel de luminosité. Sa cible semblait inépuisable et ne lui avait, pas un seul instant, jeté un regard. Elle se contentait de foncer droit devant elle, sachant visiblement où elle allait.

     

    Finalement, les ruines laissèrent place à une prairie luxuriante, à l’horizon de laquelle le soleil se couchait doucement. Sephiroth était au bout de ses forces et il ne se croyait plus capable de tenir encore très longtemps. Devant lui, Yuffie courrait toujours, en direction d’un précipice, où un drôle de vaisseau stationnait. D’un bond leste et agile, il la vit sauter vers lui et atterrir sur le pont.

     

    Alors seulement, elle daigna se tourner vers sa victime pour lui adresser un sourire goguenard.

     

    — Allez, Cid, on met les voiles !

     

    Un grand type blond, une cigarette au coin de la bouche, se dessinait à ses côtés. Sans perdre une seconde, il entreprit de détacher le vaisseau du rocher auquel il était amarré. En désespoir, Sephiroth lui hurla d’attendre, mais l’autre lui lança :

     

    — Trop tard, mon pote : l’heure c’est l’heure !

     

    À bout de souffle, Sephiroth atteignit le bord du précipice et dérapa. Des cailloux roulèrent en direction du gouffre. D’un moulinet des bras, il parvint à retrouver son équilibre et, courbé en deux, une main portée à son cœur affolé, il ne put qu’assister à la disparition progressive du vaisseau.

     

    Il songeait à s’abandonner au désespoir, quand le sort décida de s’acharner un peu plus sur lui : pour faire simple, on vint butter contre son dos. Comme il se trouvait à l’extrême limite de l’abîme, il ne put, cette fois, échapper à la chute et n’eut que le temps de se retourner avant que son corps ne parte en arrière.

     

    De justesse, il parvint à se rattraper à la falaise, mais il était alors trop épuisé par sa course. Se soulever à la seule force des bras, regagner la terre ferme, lui apparut comme impossible et il ne put que lever les yeux sur la jeune femme brune plus haut. Une main portée en visière, cette dernière fixait l’horizon avec déception.

     

    — Et mince ! Cid est beaucoup trop pointilleux sur l’horaire.

     

    Et sans se soucier de son sort, elle détourna les talons et s’en fut en chantonnant.

     

    Sephiroth serra les dents. Ses doigts avaient commencé à blanchir et ne le retiendraient plus très longtemps. De la sueur vint lui dégouliner dans les yeux et il battit des paupières, afin de chasser le picotement qui le faisait déjà larmoyer. Tout son corps était tendu, en souffrance. Sa respiration, toujours laborieuse, ajoutait à ses tourments. Il fallait qu’il tente quelque chose ou il allait mourir là, bêtement. Il le fallait… absolument… mais quoi ? Quoi ? QUOI ?!

     

    Il en était là de ses questionnements quand une forme se matérialisa devant lui. Elle prit naissance au sein des ténèbres qui s’étaient abattus sur le monde, déformant l’espace, qui se tordit et se flouta, avant de délivrer un homme aux longs cheveux noirs. Ses vêtements flottèrent un moment autour de son corps, avant que la pesanteur ne reprenne finalement ses droits sur eux.

     

    L’homme baissa des yeux aux pupilles glaciales sur lui. Aucune vie n’habitait ce regard. Un froid glacial semblait envelopper sa haute silhouette, une onde agressive qui l’atteignit lui aussi, pour le transir jusqu’aux os.

     

    Déglutissant, non sans mal, il supplia d’une voix qu’il ne se connaissait pas :

     

    — Ai… aide-moi !

     

    Mais l’autre, d’un air las, se contenta de soupirer. Il fixait à présent ses pieds, et ce fut d’une voix morne qu’il murmura :

     

    — J’aurais dû te l’avouer plus tôt… quelle erreur n’ai-je pas commis ?

     

    — Aide-moi ! répéta Sephiroth, plus insistant cette fois.

     

    Son ton s’était tinté d’une note hystérique qui lui vrilla les tympans.

     

    — C’est trop tard, à présent… nous ne pourrons plus en profiter, poursuivit Vincent, comme s’il ne l’avait pas entendu. Ah, que la vie peut-être cruelle.

     

    — Qu’est-ce que tu racontes, imbécile ! Tu ne vois pas que je vais tomber ?!

     

    — Oui, tu as raison… je n’ai plus le choix. Il faut que je te dise…

     

    Et, mettant un genou à terre, son interlocuteur se pencha dans sa direction. Sur les traits, une expression à la fois triste et attendrie.

     

    — Sephiroth, en réalité, je… je suis ton père !

     

    Le choc fut tel pour Sephiroth qu’il en lâcha prise. Les ténèbres se refermèrent sur lui et, de sa gorge, remonta un :

     

    — Nooooooooooon…

     

     



     

    –… ooooooooooon !

     

    Sephiroth se réveilla en sursaut. Le corps trempé de sueur, son cœur battait si fort dans sa poitrine qu’il lui faisait mal. D’une main tremblante, il essuya son front ruisselant, tandis que naissait en lui un sentiment de soulagement.

     

    Un rêve… ça n’avait été qu’un mauvais rêve !

    Mais après la joie de se savoir encore en vie, une rage terrible vint tordre ses entrailles. Le souvenir des humiliations subies lui restait en mémoire. Ses mâchoires se crispèrent, si fort qu’il les entendit gémir.

     

    Il se recoucha, mais au fond de lui, la décision était prise. Fantasme ou non, cette bande de fauteurs de troubles allait le regretter !

     

    Erwin  Doe ~ 2007

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  • Je souhaite...

    Résumé : Un vœu, une prière d'espoir pour l'humanité et pour elle même. Les cieux parfois se penchent sur vous pour vous exaucer de bien étrange façon.

    Personnages : Aerith

    Genres : OS / Général

    Taille : 855 mots

    Année : 2008

    Crédits : Square Enix

     


     

    1

    Aerith fixait la plaque supérieure de ses grands yeux verts. Imposante, grise et lugubre, elle recouvrait les taudis à la manière d’un couvercle. Pourtant, des gens vivaient ici. Des êtres humains, comme des animaux. Des familles entières, traitées comme les aliments d’une vulgaire boîte de conserve.

    Un soupir lui échappa.

    Autour d’elle, les plantes de son jardin bruissaient. D’une certaine façon, ce lieu représentait l’un des derniers paradis de cette cité à l’agonie. Il lui suffisait de venir s’asseoir ici, à l’ombre de son habitation, pour se sentir tout de suite mieux.

    Ses soucis s’estompaient et, l’espace de quelques instants, elle trouvait la sérénité.

    L’aurait-elle pu qu’elle serait restée ici des heures, à ne rien faire, sinon savourer l’instant présent, la respiration paisible et les yeux mi-clos.

    Une voix, toutefois, devait venir contrecarrer ses projets ce soir-là. Celle de sa mère qui, depuis le seuil de leur maison, lui annonçait que le dîner était prêt.

    Du bout des doigts, Aerith remit en place une mèche de ses cheveux châtains derrière son oreille et se redressa.



    2

    Demain, elle se rendrait à l’église abandonnée.

    Une décision qui n’était pas sans danger, car chaque fois elle craignait d’attirer sur elle l’attention de la Shinra.

    Combien de temps lui restait-il avant qu’on ne revienne la harceler ? Peut-être même, à y réfléchir, que l’église était déjà sous leur surveillance. Comment savoir ? Avec eux, elle s’attendait à tout, et surtout au pire.

    Pourtant, le risque lui paraissait préférable à la captivité. Pour sa sécurité, il aurait certainement été plus sage qu’elle reste ici, prisonnière de sa propre maison. Mais non, pas question ! Elle refusait de se résigner.

    Et puis… elle avait un moyen de leur échapper. Oui, s’ils commençaient à devenir gênants, sinon brutaux, elle n’aurait aucun mal à leur semer compagnie. Pour cela, elle connaissait un passage. Par les toits. Ils ne s’y attendraient pas, aussi aurait-elle forcément l’avantage.

    Tout en brossant ses cheveux, elle jeta un regard par la fenêtre de sa chambre et tenta d’imaginer ce que serait leur existence sans cette plaque qui les étouffait, eux comme leurs espoirs.

    Comme les rayons du soleil ne filtraient jamais ici, l’éclairage artificiel était leur seule source de lumière. À chaque instant, et quelle que soit l’heure. Comment s’étonner, après ça, que l’humanité se porte si mal ?

    Assise sur son lit, elle posa la brosse près d’elle, sur le matelas, et ferma les yeux. Les mains jointes, elle fit un vœu à l’intention des puissances supérieures : celui qu’elles daignent envoyer l’un de leurs émissaires pour leur venir en aide. À eux… comme à cette planète malmenée par la bêtise de ses semblables.



    3

    L’église était silencieuse.

    Assise à même le sol, Aerith faisait face à un parterre de fleurs qui, ayant profité de la disparition d’une partie du plancher, avait poussé là. Un spectacle comme on en voyait peu, pour ne pas dire jamais, dans les taudis.

    Elle chantait tout bas, d’une voix à peine audible. Sa main se tendait en direction des fleurs, en cueillait une, puis une autre, avant de venir les déposer dans le panier en osier situé près d’elle. Et même si les clients étaient rares et que les passants ne faisaient guère attention à elle, elle irait les vendre un peu plus tard dans la soirée : une maigre source de revenu qui lui permettait d’aider sa mère dans leurs dépenses quotidiennes.

    Avec un sourire tout juste esquissé, elle porta une fleur à son nez et en huma le parfum.

    Elle se revit, la veille, dans sa chambre, joindre les mains pour formuler un vœu utopique. Croyait-elle vraiment que quelqu’un, quelque part, ait du temps à perdre avec elle ?

    « Quelle idiote… comme si j’avais encore l’âge de croire aux miracles. »

    Ses lèvres s’ouvraient pour laisser échapper un gloussement moqueur, quand un violent craquement se fit entendre au-dessus de sa tête. Dans un petit cri, elle se jeta en arrière, au moment où une forme fondait en direction du sol et s’y écrasait. La surprise et la peur furent telles qu’elle en tomba à la renverse. Son panier la suivit dans sa chute et répandit à terre son précieux chargement.

    Dans une plainte, elle se redressa sur les coudes et tourna un regard effrayé en direction du jeune homme blond qui reposait, inconscient, au milieu de ses plantes. Les battements de son cœur s’étaient faits si violents qu’ils lui emplissaient les oreilles.

    « Pourvu qu’il ne soit pas… ! »

    Inquiète, Aerith parvint à se remettre sur pieds, et ce fut d’un pas chancelant qu’elle alla s’accroupir au chevet de l’inconnu. Tout en priant pour qu’il aille bien, elle lui saisit le poignet avec précautions et y chercha son pouls.

    D'ailleurs c’était drôle, mais maintenant qu’elle le voyait de près, il lui semblait que l’inconnu lui était familier.

    « En tout cas, il est toujours en vie… »

    Soulagée, elle poussa un soupir. Puis, avec un sourire, elle serra la main de l’homme entre les siennes.

    Si c’était là la réponse des cieux, alors c’était un émissaire pour le moins étrange qu’on lui envoyait…

    Zeegzag ~ 2008

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