• Ombre - Episode 1 - 3

    Ombre, épisode 1 : L'Ombre qui dévorait un cadavre

     

      3

     

    Quand Elyza sort de sa douche, huit heures viennent juste de sonner. La fatigue lui alourdit encore les paupières et c’est avec des gestes mécaniques qu’elle se sèche le corps, puis enfile ses sous-vêtements, chemise et pantalon. Atour de son cou, un pendentif dont la pierre rouge renferme des volutes en perpétuel mouvement. Elle le dissimule sous sa chemise, qu’elle boutonne jusqu’aux deux derniers boutons.

    De part et d’autre de ses jambes pendent des bretelles. Elle entreprend de se démêler les cheveux quand on frappe à la porte restée entrebâillée. La surprise s’imprime sur ses traits en y découvrant Théodore. À cette heure de la matinée, il devrait déjà être couché, et ce depuis un moment.

    Avec un haussement de sourcils, elle l’invite à s’exprimer.

    — Barnabé a téléphoné, lui apprend-il. Un meurtre leur a été signalé… ce serait lié à des Surnaturels.

    — Quand ça ?

    — On vient de le contacter. Il allait se mettre en route quand il a appelé.

    — T’as pensé à prendre l’adresse ?

    — Je l’ai laissée sur ton bureau.

    — Bien, parfait ! Puisque Bébert a eu la gentillesse de nous avertir, j’irai y faire un petit tour. Histoire que les Brigades ne s’imaginent pas que je me relâche. Ce sera d’ailleurs l’occasion de savoir ce que le p’tit John a dans le ventre.

    Si le peu d’émotions dont fait preuve Elyza à l’égard du drame ne semble pas le troubler, l’allusion à Jonathan suffit à assombrir l’expression du vampire.

    — Tu es sûre de toi ? Barnabé pourrait ne pas apprécier.

    — Les états d’âme de Barnabé, tu vois, je m’en balance ! Pour une fois que les emmerdes tombent à pic, je vais pas me gêner pour en profiter.

    Tout en continuant de se démêler les cheveux, elle l’observe dans le miroir qui lui fait face. Il s’agit d’un petit miroir sale, qui surplombe un évier aussi peu entretenu. Des cheveux, des restes de savon, de dentifrice et des taches de calcaire, entre autres, le ternissent.

    Sa besogne terminée, elle noue ses cheveux encore humides derrière sa nuque, tout en se demandant depuis combien de temps leur salle de bain n’a pas eu droit à son brin de ménage. En toute logique, c’est le travail de Théodore. Ou plutôt, sa petite manie. Abhorrant la saleté, il passe une partie de ses nuits à traquer la poussière. Le fait qu’il se soit ainsi relâché prouve que quelque chose continue de clocher chez lui. Pourtant, le traumatisme remonte maintenant à quelques semaines… elle ne comprend pas qu’il ne soit toujours pas parvenu à le surmonter.

    Non sans un certain agacement, elle note qu’il est toujours là, à la fixer. Pire encore, il lui offre à présent sa tête des mauvais jours.

    — D’accord…, soupire-t-elle en se tournant vers lui. C’est quoi ton problème, au juste ?

    — Ce Jonathan… je ne l’apprécie pas.

    — Tout ça parce qu’il a débarqué avec l’allure d’une serpillière ! T’abuserais pas un peu, dis ?

    — Non, rien à voir. Enfin… oui, c’est vrai que ça m’a plutôt agacé qu’il puisse se présenter dans cet état. Mais ce n’est pas ce qui me gêne… il y a quelque chose d’autre. Quelque chose chez lui qui me hérisse. Je déteste ça.

    Quant à elle, elle devine très bien pourquoi il réagit ainsi. Comme elle l’avait craint, la présence d’un nouveau venu s’apparente à une menace pour Théodore. Presque à une agression. Il a peur de ce qu’il découvrira, mais surtout, que ça puisse signifier qu’elle cherche à le remplacer.

    — Bon sang, Théo, on en a déjà parlé, non ? C’est pas parce que j’embauche du renfort que ça veut dire que je ne te fais plus confiance. Arrête avec ça !

    — Alors pourquoi est-ce que tu le fais ?

    — Parce que…, commence-t-elle, en faisant un effort pour ne pas s’emporter comme la dernière fois qu’ils avaient eu cette conversation. Parce qu’on a besoin d’aide, point ! Tu le sais aussi bien que moi. Tu ne peux pas me seconder pour tout. Ça a toujours été comme ça et je ne vois pas pourquoi, aujourd’hui, tu le prends aussi mal.

    — J’ai fait de mon mieux.

    — Je sais. Mais on a tous nos limites. Qu’est-ce qu’on y peut, dis ?

    Plutôt que de lui répondre, Théodore préfère se murer dans un silence hostile. Elle soupire et lève les yeux au ciel.

    — Et si tu allais te coucher ?

    — Je ne suis pas fatigué, grommelle-t-il. Et puis je veux l’attendre avec toi.

    Ce qui n’était pas dans ses plans, mais elle voit bien qu’il ne servirait à rien de s’y opposer. Au mieux, il se fâchera et elle devra supporter son silence durant les prochains jours, au pire, ça ne fera qu’aggraver la situation… et elle ne veut pas tirer davantage sur la corde. D’autant moins que celle de Théodore est vieille, usée, et surtout inapte à contenir bien longtemps la prochaine crise.

    Par sécurité, elle préfère capituler :

    — Oh et puis merde. Fais comme ça te chante !

    Erwin Doe ~ 2017

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