• On n'est pas bien, là ?

     

    On n’est pas bien, là ?

     

     

     

    — Aaah, on n’est pas bien là ?

     

    — Mh… !

     

    Midgar, un début d’après-midi, quelque part sur les hauteurs de la tour Shinra. Le soleil tapait fort, trop fort, même, aux dires de certains, qui commençaient à en avoir assez de la canicule installée sur la ville depuis bientôt deux semaines.

     

    — Putain, mais qu’est-ce qu’on est bien !

     

    Mais tous, comme nous le remarquons, ne s’en plaignaient pas et, parmi eux, Reno et Rude étaient de loin les premiers à profiter de la situation climatique.

     

    Au cours d’une journée passée à jouer au chat et à la souris avec un Tseng bien décidé à leur mettre sur le dos une mission particulièrement ingrate, les deux compères étaient tombés sur ce coin excentré de la compagnie – ce après que le roux ait fait remarquer à son compagnon : « Hé, dis donc, l’est pas une peu bizarre ce plafond ? ». Poussiéreux, certainement inconnu du plus grand nombre, et de leur supérieur en particulier, l’endroit n’avait franchement rien d’accueillant. La vue y était déplorable et seul un système de trappe y menait. Une trappe que l’on ne pouvait atteindre qu’à l’aide d’une échelle, qu’il fallait ensuite se fatiguer à remonter si l’on ne voulait pas être découvert, mais… enfin ! Dans le genre tranquille, on ne faisait pas mieux.

     

    Étendus sur des chaises longues, installées là au début de l’arrivée du beau temps, les deux Turks se prélassaient au soleil. Reno avait fait tomber chemise et cravate, et n’avait plus que son maillot de corps et son pantalon sur lui, qui lui-même était retroussé jusqu’à mi-mollet. Les pieds nus, les jambes croisées, sa décontraction jurait aux côtés de l’attitude de son comparse.

     

    Là où Reno était l’avachissement incarné, Rude incarnait plutôt la rigidité du maître d’hôtel qui ne compte ni froisser son costume, ni encore moins se dépeigner… pour peu qu’il ait des cheveux, cela s’entend !

     

    Ses lunettes noires bien enfoncées sur son nez, il avait le front et le crâne luisants de crème solaire. C’était tout juste s’il avait accepté de desserrer sa cravate de quelques centimètres.

     

    Unique fantaisie : lui aussi s’était permis de retirer chaussures et chaussettes.

     

    Reno tendit une main en direction de sa bière, placée dans le porte-gobelet de son siège (LA raison pour laquelle il avait accepté de mettre un peu plus cher dans ce modèle, plutôt que de se contenter du jumeau de celui de Rude). La canette était encore fraîche et ce fut avec une délectation tout juste un tantinet exagérée, qu’il s’envoya quelques gorgées pétillantes dans la gorge.

     

    Un « Aaaaah ! » de contentement plus tard, le roux accepta le paquet de cigarettes que lui tendait le chauve, s’en colla une entre les lèvres et l’alluma. Puis il plaça une main derrière sa nuque et, tout en crachant un nuage de fumée, questionna :

     

    — Tseng t’a repéré ?

     

    Un grognement lui répondit.

     

    — Il devait encore avoir une sale mission à nous refiler, hein ? J’imagine ça d’ici.

     

    — Un problème au niveau des taudis…

     

    — Forcément ! Le genre qu’on pourrait refiler à du soldat de base, mais non. Faut bien qu’on justifie notre paye !

     

    — Il marchait devant. Il m’a suffit de faire marche arrière à l’angle d’un couloir.

     

    Reno s’esclaffa.

     

    — Et il a continué de causer tout seul, je parie ? Non ! Quel crétin !

     

    — Toi ?

     

    — Moi ? Rien ! Une anguille, un rase-mur professionnel. À peine si on m’a repéré à l’entrée.

     

    — Mh…

     

    — Va bien être obligé de refiler le boulet à Elena, du coup.

     

    — Mh !

     

    — Pff ! Ça lui apprendra, tiens, à jouer les lèche-pompes à celle-là !

     

    Vivement, le roux mena une main devant son regard. Un vilain rayon de soleil venait de l’aveugler et il grogna, avant de tourner le visage sur le côté. Il avisa alors Rude, sa dégaine, son crâne luisant ridicule. D’un doigt, il se gratta la joue.

     

    — T’es sûr que tu veux pas te dépoiler un peu ? Non parce que tu dois crever de chaud !

     

    En réponse, Rude porta une cigarette à ses lèvres et l’alluma. Son silence buté était une réponse suffisamment éloquente pour que Reno n’insiste pas, mais… tout de même ! Ce type savait vraiment pas se relaxer.

     

    Il tira sur sa propre cigarette, une main portée en visière. Dans son porte-gobelet, sa canette ruisselait de gouttes de condensation. Elles se déplaçaient lentement, lentement, le long de sa surface, avant de s’écraser dans le fond du support.

     

    — Au fait, t’as revu la grande brune de la dernière fois ?

     

    — Mh !

     

    — Et alors ? Ça l’a fait ?

     

    En réponse, Rude eut un sourire en coin arrogant, assorti d’un « Mf ! ». Dans un rire, Reno lui envoya un coup de coude.

     

    — Forcément ! Forcément ! Sacré Rude, va ! Toujours le meilleur !

     

    Au même instant, le rayon qui le harcelait revint à la charge, plus violent que jamais. Reno reporta la main devant son visage, ferma un œil, pesta, avant de se jeter sur les pieds et de rager, les poings tendus en direction des cieux :

     

    — Non mais c’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il a ce con de soleil ? Il me cherche ou quoi ?!

     

    — Reno !

     

    D’un mouvement vif, il vit les doigts de Rude plonger sous sa veste de costume, et en sortir une paire de lunettes de soleil. Le chauve la lui tendit. Reno lorgna dessus, arrêta son regard sur le crâne reluisant de l’autre, avant de s’en saisir.

     

    Il se laissa retomber sur sa chaise, se les ficha sur le nez, croisa les jambes et fit pendre ses bras de part et d’autre des accoudoirs. Son pied droit vint gratter son mollet gauche, puis :

     

    — Non mais sérieux, on n’est pas bien, là ?

     

    Erwin Doe ~ 2015

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