• 20/08/2019

     

    C'est parti pour le récapitulatif ! o/

    Après la pluie : Je suis venu à bout de la réécriture et des corrections de la dernière partie de son épisode 5. J'ai terminé la réécriture de l'épisode 6 (Sauf la scène qui me manquait dont, du coup, j'ai enfin terminé le premier jet.) et j'ai attaqué sa première relecture. Et j'ai attaqué l'épisode 10. Pas beaucoup avancé pour le moment, (Un peu plus de 3.000 mots) mais j'espère en avoir écrit une bonne partie cette semaine. Ah ! Et avant que je n'oublie, j'ai également pris pas mal de nouvelles notes. Notamment pour ses saisons suivantes. (Je suis d'ailleurs doucement en train de construire le plan de la deuxième. Pour le moment, je sais ce que vont contenir les deux premiers épisodes...)

    Nous sommes de retour : J'avais dit que je voulais au moins écrire une scène supplémentaire, finalement, j'en ai écrit deux et demi. Et j'ai bossé pas mal sur son plan, aussi. A la base, je pensais que ce projet ferait entre 12 et 14 chapitres, il en fera maintenant entre 9 et 10. Voilà ! Ça le réduit considérablement, mais ! C'est pour la bonne cause. x) J'ai pris aussi des notes et j'ai les plans quasi complets des chapitres 6 et 7, les grandes lignes des autres eeeeet... en fait, il n'y a que le chapitre 5 qui est pour l'heure un gros point d'interrogation. Je veux dire, j'ai une scène et quelques éléments importants, mais c'est tout. Hum... va donc me falloir bosser dessus prochainement, vu qu'à ce rythme, je risque de terminer assez rapidement le chapitre 4.

    IncaSephy : Pris plein de notes. Voilà. Ce projet grossit encore. Se voit rallonger, surtout. Plus que je ne le pensais. Grumf  ! Il faudrait, d'ailleurs, que je lui trouve un vrai titre, mais... honnêtement, je trouve rien.

    Toujours en progression : J'avais parlé que j'écrivais une suite à mon OS En progression, qui s'intéresse à la relation Angeal/Sephiroth. J'ai donc attaqué le deuxième OS qui lui servira de suite eeeet... j'en suis grosso-modo à sa moitié. Je pense donc le terminer rapidement et, dans la foulée, attaquer la réécriture du premier OS. Ensuite, il ne me restera qu'à écrire son dernier OS, ainsi que son bonus, avant de pouvoir enfin poster le tout.

    Et donc cette semaine, Après la pluie, pour pas changer, mais aussi Nous sommes de retour et Toujours en progression. Et s'il me reste du temps ou de l'énergie, heu... peut-être attaquer un OS... ou me pencher sur ma réécriture des dernières parties d'Ombre.


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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 5

    Partie 2

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 3.339 mots

     


     

    4

    L’air contrarié, Tifa termine de nettoyer la vaisselle sale qui stagne dans l’évier. Si sa conversation avec Cloud l’a plus ou moins rassurée quant à l’absence de dangers immédiats liés à la présence des Turks, se dire que son établissement se trouve à présent sous leur surveillance n’a rien d’agréable pour autant. Surtout que si Denzel les remarque, elle est certaine qu’il s’emportera de nouveau. Et honnêtement, elle ne se sent ni l’énergie ni la patience de gérer une nouvelle crise en ce moment.

    Dans la salle, il ne reste plus grand monde. Trois clients terminent leur déjeuner au bar et seules deux tables sont encore occupées. Dans son dos, Loz s’occupe des dernières commandes en sifflotant, tandis que Yazoo baye aux corneilles du côté de la porte depuis bientôt une dizaine de minutes. Son plateau sous le bras, il a le front presque collé contre la vitre qui se découpe en haut du battant, semble absorbé par ce qu’il se passe à l’extérieur.

    Un petit rire lui échappe et il lance :

    — Et de six !

    À son tour, Loz laisse entendre son rire.

    — Il va finir par user le macadam !

    — Ah ! Il est rentré dans quelqu’un. Le voilà qui s’énerve, maintenant.

    — Non ?

    — Tu devrais venir voir, c’est…

    — Je peux savoir de quoi vous parlez ?

    À la question de Tifa, le silence se fait et les deux frères s’échangent un regard. Agacée et certaine qu’ils vont faire comme s’ils ne l’avaient pas entendu, elle sort de derrière le bar, attrape au passage un torchon sur lequel essuyer ses mains ruisselantes et marche vers la porte. Là, elle bouscule presque Yazoo pour qu’il lui laisse la place devant la vitre et n’a besoin que de quelques secondes pour repérer la cause de leur hilarité.

    Car au milieu de la rue, elle peut apercevoir Reno qui se prend le bec avec un passant aussi rouge et furieux que lui. Dans une attitude menaçante, il lui désigne son uniforme, doit assurément demander à l’autre s’il sait à qui il a à faire. Son comportement n’intimide toutefois pas son interlocuteur, dont la voix gagne en intensité.

    — Il n’arrête pas de faire des allers-retours, lui explique Yazoo qui s’est appuyé contre le mur, la tête inclinée de manière à lui permettre de continuer à savourer la scène.

    La jeune femme sent une boule se former au niveau de sa gorge.

    — Depuis quand est-ce que tu sais qu’il…

    — Planque au coin de la rue avec son collègue ? Je les ai repérés hier. Celui-là a même essayé de me suivre…

    La boule qui l’étouffait s’est à présent déplacée au niveau de son estomac, où elle semble grossir encore. Car le visage du roux, encore tuméfié, témoigne d’une agression récente.

    — Est-ce que vous vous êtes battus ?

    L’espace d’un instant, elle est certaine qu’il ne lui répondra pas. Qu’il va se contenter de l’ignorer comme souvent. Mais alors qu’elle s’apprête à répéter sa question, il laisse tomber :

    — Non.

    — Kadaj nous a demandé de les laisser tranquille, explique Loz qui, après avoir servi leurs clients, les a rejoints.

    À cette nouvelle, la jeune femme respire mieux. Au téléphone, Cloud ne semblait pas très sûr que Kadaj l’ait fait, n’ayant pu obtenir de réponse précise auprès de celui-ci.

    — Mais s’ils te dérangent, on peut s’en occuper quand même…

    Pensant avoir mal entendu, Tifa lève les yeux en direction de Yazoo. Ce dernier continue d’observer la scène se déroulant à l’extérieur et il y a quelque chose dans son regard, une lueur prédatrice qui réveille son malaise.

    — Kadaj nous a aussi dit qu’on devait t’obéir, ajoute Loz, dont elle peut sentir la présence dans son dos, trop près, beaucoup trop près. Alors si tu nous le demandes…

    Et elle devine qu’ils n’attendent que ça. Que quelqu’un leur donne l’opportunité de se défouler. Dans la rue, Rude, sentant que son collègue ne tardera pas à en venir aux mains, est sorti de sa tanière pour régler les choses à sa façon. L’allure du chauve semble davantage impressionner le passant qui, à présent, a l’air beaucoup moins combatif.

    — Non, répond Tifa. Moi aussi, je veux que vous les laissiez tranquilles.

    Loz a une moue déçue. Yazoo, lui, pousse un bruit de gorge ennuyé.

    — Il n’y en a vraiment pas un pour être drôle…

    Là-dessus, il se décolle du mur et retourne derrière le bar en se grattant les cheveux. Loz lui emboîte le pas après avoir jeté un dernier regard aux Turks – qui ont finalement poussé l’homme à passer son chemin. Restée seule face à la porte, Tifa ne réagit pas tout de suite. La tête encore trop pleine de ses inquiétudes, qui l’étourdissent presque.

    Reportant son attention sur Rude et Reno, elle sent sa patience s’effriter pour de bon, comme elle voit le roux s’allumer une cigarette et discuter tranquillement avec son collègue au milieu de la rue.

    Est-ce qu’en plus ils comptent flâner devant sa porte pour le reste de la journée ?

    N’en pouvant plus de rester en retrait, elle quitte l’établissement avec l’intention de leur dire sa façon de penser…


    5

    Cloud arrête sa moto à l’extérieur des fortifications de la ville, à proximité du cimetière où bien des victimes de la Shinra reposent. Comme à chacune de ses visites, le temps est chaud, sinon tropical. Les petites routes de terre, qu’encercle une végétation abondante, ont recouvert son véhicule d’une fine couche de poussière.

    — Tu peux m’attendre ici, si tu veux, dit-il à Kadaj qui descend à sa suite de la moto. Je n’en ai pas pour très longtemps.

    Puis il ouvre le compartiment situé sous son siège et récupère le colis. L’Incarné, lui, conserve le silence, n’a de toute façon pas dit un mot depuis qu’ils se sont remis en route. L’expression crispée, son regard s’attarde sur les pierres tombales. Cloud l’imite, se demande s’il doit ajouter quelque chose, avant de finalement hausser les épaules.

    Il a promis à Tifa d’essayer de découvrir ce que Kadaj peut bien leur dissimuler à propos de Jenova, mais au vu de son humeur, il se demande s’il parviendra à quoi que ce soit avec lui aujourd’hui…

    Sans un mot de plus, il se dirige donc en direction des portes de Gongaga.

    Appuyé contre la moto, Kadaj le suit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’angle d’une habitation. Puis, il rejette la tête en arrière et plisse les paupières sous l’agression du soleil.

    En cet instant, il regrette que lui et ses frères ne possèdent plus de téléphones portables. Il aurait aimé leur parler… s’assurer de lui-même que tout se passe pour le mieux de leur côté. Se changer les idées, aussi, en les écoutant bavasser sur tout et rien. Oui, juste entendre leur voix.

    D’une main il vient se masser la nuque et songe qu’ils vont tôt ou tard devoir trouver un moyen de se faire de l’argent. Ils ne pourront en effet pas continuer longtemps comme ça… être dépendant en toutes choses de ceux qui les hébergent n’a rien d’agréable. Et puis, si demain ils doivent se retrouver à la rue, ce sera préférable qu’ils n’aient pas les poches vides. Ça leur évitera de faire n’importe quoi pour en obtenir… tout du moins au début.

    Ses yeux reviennent se poser sur le cimetière. À leur arrivée, les locaux s’y dessinant se sont retournés pour les observer. Juste le temps pour eux d’assouvir leur curiosité, avant de revenir à leur méditation. À présent, plus personne ne fait attention à lui, pas même le type assis à l’entrée de l’habitation située dans son dos et qui mâchouille le mégot de sa cigarette.

    Le palmier à l’ombre duquel leur moto est garée ploie en avant, étend ses feuilles jusqu’au milieu de la route. Un peu plus loin, un chemin en pente et personne à l’horizon.

    Il reporte les yeux en direction de Gongaga, avant de tendre la main vers le portable que Cloud a laissé pendre au niveau de son guidon. Il n’y a sans doute pas grand danger à laisser la moto sans surveillance, mais il n’en dirait pas autant de son téléphone que n’importe qui pourrait facilement voler. L’appareil en main, il se dirige finalement en direction de l’embranchement, désireux de se dégourdir un peu les jambes après les dernières heures de route.

    Sous ses semelles, la terre jaunâtre, caillouteuse, crisse. Il se retrouve bientôt encerclé par les imposants reliefs d’un canyon qui se poursuit sur plusieurs mètres.

    Le nez baissé en direction du portable, il cherche dans les contacts de Cloud le numéro du Septième Ciel. À cette heure, ses frères doivent encore se trouver en salle et il pourra peut-être parler à l’un d’eux.

    Toutefois, quand l’on décroche, la voix qui s’élève est celle de Tifa :

    — Allô ?

    Agacé, il raccroche aussitôt et range le portable à l’intérieur de sa combinaison ; ignore les vibrations de celui-ci, alors que Tifa tente de le rappeler. Sent sa mauvaise humeur monter encore d’un cran.

    Il n’a envie de parler à personne d’autre qu’à Loz ou Yazoo, ne veut répondre à aucune question. Juste entendre ses frères. Pourquoi est-ce que même ça, ça doit être compliqué ?

    Les vibrations contre sa poitrine cessent enfin et seul l’accompagne à présent le bruit de ses pas. L’humeur toujours aussi sombre, il repense à son cauchemar.

    Forcément, il faut que l’un d’eux soit venu empoisonner son sommeil alors qu’il se trouve compagnie de Cloud. Pire encore, que celui-ci se révèle plus violent que les précédents ! Quitte à s’humilier de la sorte, il aurait préféré que ce soit en la seule présence de ses frères. Il supporterait de leur offrir un spectacle aussi pitoyable. Peut-être même aurait-il pu trouver un peu de réconfort à leurs côtés.

    Même si ça m’aurait coûté.

    Parce qu’en vérité, il ne supporte plus de se montrer faible devant qui que ce soit. S’il n’a pas les épaules pour endurer la visite de quelques cauchemars, comment pourrait-on le prendre au sérieux ? Le croire fiable, apte à endosser la responsabilité de leur groupe ?

    En fait… peut-être que ça aurait été pire s’ils avaient été là.

    Les cauchemars qu’il a fait jusqu’à présent étaient bien moins traumatisants, aussi pense-t-il que ses frères ne les ont pas encore remarqués. Sans quoi, il devine qu’ils auraient cherché à en discuter avec lui. Mais non, pas un mot, pas une allusion, aussi espère-t-il qu’ils ne seront jamais témoins d’une crise comme celle qui l’a envahie la nuit dernière…

    Mais ça n’en reste pas moins humiliant que LUI m’ait vu dans cet état.

    Il s’étonne d’ailleurs qu’il n’ait pas cherché à en savoir davantage. Au vu de la violence de sa réaction, de la terreur qui l’a habité l’espace d’un instant, alors que les dernières bribes de son rêve venaient se superposer à l’image de Cloud, il est certain que ce dernier doit encore se poser des questions. Qu’il aimerait sans doute savoir ce qui, en ce monde, est capable de le mettre dans un état pareil, mais…

    Jamais je ne lui en parlerai ! S’il savait qu’il me hante… Que je dois le supporter toutes les nuits depuis notre résurrection…

    Il se méfierait, c’est sûr. Sans doute même commencerait-il à s’inquiéter, à le soupçonner de représenter une menace future et ça…

    Ce serait dangereux pour nous trois !

    Un voile noir vient obscurcir son regard, comme il sent une boule de rage grossir au niveau de sa gorge, rendre sa respiration presque douloureuse. Il y porte la main, y crispe les doigts et ne retient que de justesse le hurlement qui lui monte aux lèvres.

    Pourquoi faut-il qu’il le poursuive ? Pourquoi ne peut-il pas le laisser en paix ? Pourquoi…

    — Pourquoi est-ce que c’est lui qu’elle aime ? J’ai fait de mon mieux, alors pourquoi… ?

    Il étouffe, à présent. Se revoit mourant. Entend de nouveau cette voix, venue pour le chercher. Pour lui dire qu’il en avait assez fait, qu’il pouvait enfin rentrer. Il avait cru, en cet instant, qu’il s’agissait d’elle. Cette main qu’il avait saisie représentait tant d’espoirs, et au final…

    Ce n’était pas elle. Non, elle, elle était avec lui. Toujours avec lui. Parce que c’est le seul dont elle se soucie. Alors que nous… alors que moi…

    — Maman… !

    Son pied s’enfonce dans quelque chose de liquide et les ténèbres qui l’aveuglent se dissipent. Un peu perdu, il jette un regard autour de lui, découvre qu’il a presque atteint le sommet du chemin qu’il suivait et retire sa chaussure du cours d’eau où elle se trouve – ruisseau qui se jette ensuite au bas du précipice qui a remplacé le relief de droite. Plus loin, un promontoire où se dressent quelques maisons solitaires.

    La vue à cette hauteur est époustouflante, lui dévoile que le village et ses alentours sont encerclés par de hauts plateaux depuis lesquels des cascades se jettent. Sous lui, une forêt épaisse et, comme il traverse le ruisseau pour continuer vers le promontoire, il peut également apercevoir la silhouette de Gongaga.

    Le chemin se fait encore plus pentu et au moment où il atteint l’emplacement de la première habitation, un groupe de poules s’éparpille sur son passage.

    Pas trace des propriétaires à l’horizon. Quant à la maison, celle-ci est construite sur le même modèle cylindrique que celles des abords du village. Des caisses en bois s’entassent à proximité. Par les fenêtres, il peut distinguer une chambre à coucher où le lit est encore défait.

    Il s’arrête finalement au bord du promontoire. Le regard baissé en direction du vide, il se sent, l’espace d’un instant, comme hypnotisé. Même quelqu’un comme lui, songe-t-il, aurait du mal à réchapper à une telle chute. Comme quoi la vie tient en définitif à bien peu de choses… un pas… juste un petit pas, qu’il serait tellement facile d’exécuter.

    Un frisson dans sa nuque et il secoue la tête. Détourne les yeux pour s’attarder sur Gongaga, avant de s’arrêter sur les ruines qui s’exhibent à proximité du village. Ça ressemble à un édifice qui aurait implosé, mais à cette distance, difficile de dire de quoi il s’agit exactement.

    Son regard fouille la végétation, mais celle-ci dissimule complètement la route qui les a menés jusqu’ici. Il se souvient toutefois que, sur leur chemin, ils ont croisé plusieurs bifurcations et l’une d’elles, sans doute, doit pouvoir le conduire jusqu’aux ruines en question…


    6

    En rejoignant son véhicule, Cloud ne s’étonne pas de l’absence de Kadaj. Il se doutait que le jeune homme irait se dégourdir les jambes et croit même savoir où il s’est rendu.

    À son guidon, il ne trouve pas son portable et devine que l’Incarné l’a pris avec lui. Il range donc sous son siège les quelques lettres et le colis qu’on lui a remis au village, puis tourne le regard en direction de l’entrée de Gongaga ; de son portail impressionnant dont les battants ne sont fermés qu’à la tombée de la nuit. Tifa craignait qu’il ne soit difficile pour lui de revenir ici, mais… malgré les souvenirs qui y sont rattachés… ceux de Zack, comme ceux d’Aerith, il a le sentiment que les événements survenus il y a quelques mois lui ont permis de faire son deuil.

    Que de revoir, l’espace de quelques secondes, ces deux êtres qui lui sont si chers, de les savoir ensemble, surtout, et comprendre qu’ils gardent un œil sur lui de là où ils se trouvent, a aidé ses blessures à cicatriser. Tout comme à sa culpabilité de perdre du terrain…

    Pas de disparaître, cependant. Non, mais de se faire moins audible, plus tolérable. Au point qu’il a aujourd’hui l’impression que le poids qu’il transportait sur ses épaules s’en est allé pour de bon et qu’il peut à nouveau regarder en direction de l’avenir.

    Néanmoins, de son passage ici aujourd’hui, il emporte également de mauvaises nouvelles. Il espérait en effet rendre visite aux parents de Zack. S’assurer de leur santé. Peut-être parler un peu de leur fils avec eux, mais… malheureusement, le fléau des Geostigmates est arrivé jusqu’ici et a emporté avec lui plusieurs membres du village. Au nombre, la famille de celui qu’il tient encore pour son meilleur ami.

    Il pénètre dans le cimetière, jette un regard autour de lui. Au village, on lui a dit que les époux Fair y ont été enterrés. Qu’il pourra trouver leur tombe dans la partie la plus reculée de celui-ci. Comme il s’avance au milieu des pierres tombales, une femme agenouillée redresse son visage ravagé par les épreuves de la vie. Elle l’observe un moment – les étrangers étant bien rares dans le coin –, mais ne le questionne pas. S’en retourne à ses prières après qu’il ait trouvé la tombe qu’il cherchait. Posant un genou à terre, il époussette du bout des doigts l’emplacement où ont été gravés les noms des défunts.

    — Désolé, je suis venu les mains vides.

    Au pied de la pierre tombale, quelqu’un a abandonné un bouquet qui a fané depuis longtemps.

    — Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, ajoute-t-il. Après tout, nous ne nous sommes rencontrés qu’une seule fois.

    À une époque qui lui semble aujourd’hui incroyablement lointaine. Où il n’était alors pas lui-même et où tout ce qu’il avait trouvé à dire à ces parents inquiets par le silence de leur fils était qu’il n’avait jamais entendu parler d’un SOLDAT portant son nom. C’est aussi à ce moment qu’il avait appris que lui et Aerith étaient sortis ensemble. Mais son cerveau encore intoxiqué par le Mako, traumatisé par les événements survenus dans un passé pas si lointain, était alors incapable de faire remonter à la surface le visage de celui grâce à qui il se trouvait encore en vie.

    S’il avait pu dire aux époux Fair que leur fils était décédé, sans doute la nouvelle leur aurait-elle fait du mal, mais… au moins auraient-ils pu arrêter leur attente angoissée, pour commencer à faire leur deuil. Et même s’ils lui en avaient voulu d’être en partie responsable de la mort de leur enfant, la vérité, il le croit aujourd’hui, est toujours préférable à l’ignorance.

    — J’espère que vous avez enfin pu vous retrouver. Oui, je suis sûr qu’il devait être là pour vous accueillir…

    Une main posée sur la pierre tombale, il se demande si lui aussi aura la chance de revoir son ami à l’heure de sa mort. Si celui-ci sera capable d’attendre jusque-là… ou s’il se sera déjà mêlé à la Rivière de la Vie pour ne plus former qu’un avec elle.

    La question n’est pas simple, car il ignore s’il est vraiment possible à leur conscience de mourir pour de bon comme tout un chacun. L’héritage qu’ils portent en eux, celui de la Calamité, est un poison pour la Rivière de la Vie. L’annihiler n’est pas simple, même pour elle, et il y a des chances pour que lui, Zack, et d’autres avec eux, mettent longtemps avant de pouvoir se fondre totalement en elle.

    Et puis, il y a Sephiroth…

    Penser à ce dernier lui fait courir un frisson le long du dos. Oui, Sephiroth aussi porte son héritage et celui-ci est bien plus présent en l’ancien SOLDAT, qu’en n’importe qui d’autre. C’est sans doute la raison qui lui a permis de survivre jusqu’à présent… de conserver suffisamment de sa conscience, afin de tenter de se réincarner en ce monde.

    Et s’il est probable que leur dernier affrontement ait finalement eu raison de lui, subsiste la possibilité qu’il soit encore en vie, quelque part au sein de la Rivière de la Vie… peut-être trop affaibli pour représenter à jamais un danger… ou bien attendant simplement son heure.

    Et en cet instant même, il a trois avatars qu’il pourrait utiliser afin de revenir.

    Son malaise s’accroissant, il se remet debout. Plus moyen de fuir. Il est grand temps pour lui d’avoir une discussion sérieuse avec Kadaj !

    ZeegZag ~ 2019

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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 5

    Partie 1

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 2.898 mots

     


     

    1

    Un hurlement éclate, déchire le silence qui s’est abattu sur la cabine. Derrière le hublot, la nuit est encore totale.

    Les cris se poursuivent, gagnent en intensité. Le sommier grince et les draps sont repoussés. Réveillé en sursaut, Cloud met quelques secondes à comprendre ce qu’il se passe. Puis son regard se pose sur Kadaj qui, les yeux encore clos, semble se battre contre une menace invisible.

    — Kadaj !

    Il lui porte une main à l’épaule et le secoue.

    — Kadaj ! Kadaj ! Réveille-toi !

    Les paupières de l’Incarné s’ouvrent brutalement et sa voix s’éteint en une inspiration étranglée. Il a le visage qui ruisselle et le regard lointain. Comme Cloud se penche dans sa direction, les yeux de Kadaj se braquent sur lui. Et ses pupilles, comme sous le coup d’une peur terrible, se dilatent davantage encore.

    — Ka… ?

    D’une claque, le jeune homme repousse sa main et recule, paraît vouloir se fondre dans la cloison derrière lui.

    La respiration saccadée, Kadaj sent un nouveau hurlement lui remonter le long de la gorge. Car celui qui se tient en cet instant face à lui n’est pas Cloud, mais un homme aux longs cheveux gris et à l’expression glaciale. Son cœur bat à tout rompre, accélère encore sa course au moment où l’individu se penche dans sa direction, le poussant à se recroqueviller toujours plus contre l’obstacle dans son dos.

    Puis l’illusion s’évanouit et Sephiroth laisse à nouveau place à Cloud. L’inquiétude se lit dans l’expression de celui-ci, fait briller plus fort que jamais ses yeux mako. La poitrine de Kadaj cesse de se soulever à un rythme débridé et, doucement, il parvient à retrouver un semblant de calme. Au même instant, on frappe à leur porte et une voix ensommeillée s’enquiert :

    — Tout va bien là-dedans ?

    — Juste un cauchemar, répond Cloud. Désolé pour le dérangement.

    Le type n’insiste pas et son pas lourd ne tarde pas à raisonner dans le couloir, suivi de ses marmonnements. Kadaj, qui repousse d’une main sa frange gluante de sueur, serre les dents.

    Un cauchemar… oui, rien de plus qu’un de ces stupides cauchemars !

    Ulcéré contre lui-même, il remarque que Cloud le fixe à nouveau d’un air soucieux. Il s’attend donc à ce que les questions fusent et s’apprête déjà à lui dire de se mêler de ce qui le regarde, mais… à sa grande surprise, le blond se contente d’expirer longuement par le nez. Et, comme s’il comprenait d’instinct que Kadaj n’éprouve aucune envie de s’étendre sur ce qu’il vient de se passer, il lui tapote l’épaule et dit :

    — Ça arrive à tout le monde.

    Avant de se recoucher sur le flanc et de récupérer son téléphone portable sous son oreiller pour y consulter l’heure. Tout juste trois heures du matin… ils ont encore un peu de temps devant eux pour se reposer.

    Portant son poing à sa bouche, il étouffe un bâillement. Peut entendre Kadaj se recoucher lui aussi et rassembler les couvertures pour s’y enfouir complètement…



    2

    — Qu’est-ce que tu fais, Yaz’ ?

    Debout face aux fenêtres de leur chambre, Yazoo a un sourire amusé aux lèvres. Dans sa main, une tasse de café.

    Il se tourne vers son frère qui se tient dans l’encadrement de la porte. D’un mouvement de la main, il lui fait signe d’approcher et lui désigne un point dans la rue.

    — J’observe des imbéciles.

    Portant le regard en direction du point indiqué, Loz n’a aucun mal à repérer Rude et Reno, planqués à l’angle d’un bâtiment.

    — Ah ! Ils ont changé de cachette.

    — Tu les avais remarqués ?

    — Oui. Hier, quand je discutais avec Marlène… y en avait qu’un, mais je me doutais bien que le rouquin devait pas traîner bien loin.

    — Il était après moi, lui explique Yazoo.

    Avant de plisser les yeux et de venir doucement poser son front contre le store.

    — Tu discutais avec Marlène… ?

    Sans quitter les deux Turks des yeux, Loz opine du chef.

    — Je voulais me faire pardonner pour un truc, c’est pour ça que j’ai pas pu venir avec toi. Quand je suis allé la voir, elle dessinait et, du coup, elle m’a proposé d’essayer. Je te montrerai ce que j’ai fait, si tu veux.

    Yazoo laisse entendre un « mhhh… » songeur. Donc son frère cherche à se rapprocher de la gamine… ? Il est un peu surpris qu’il ne lui ait pas parlé de ça plus tôt.

    — Vous vous entendez bien, alors ?

    — Je sais pas trop. Moi, je la trouve marrante, mais je lui fais encore un peu peur, je crois.

    — Je vois… et c’est pour le partager avec elle que tu n’as pas encore touché à mon cadeau ?

    Disant cela, il tourne les yeux en direction du petit sachet en papier fripé qui repose sur le bureau. Quand il le lui a offert la veille, Loz a eu l’air enchanté d’y découvrir tout un assortiment de caramels. Toutefois, et à son grand étonnement, il n’y a pas touché. N’a pas même fait mine d’en goûter ne serait-ce qu’un seul.

    Un peu gêné, Loz se dandine d’un pied sur l’autre.

    — Heu… c’est qu’elle aime bien ce genre de trucs, alors je me suis dit que ce serait sympa de les manger ensemble. (Un air coupable vient se peindre sur son visage.) Mais tu peux en avoir aussi, si tu veux. Après tout, c’est toi qui les as achetés !

    Mais Yazoo secoue la tête.

    — Non… c’est trop sucré pour moi.

    En tout cas, ça le soulage un peu que Loz ait décidé de s’occuper de Marlène. Il n’était pas du tout certain que Kadaj s’en donnerait la peine et pensait que Loz n’y songerait jamais. En fait, il s’imaginait déjà contraint de l’amadouer lui-même une fois qu’il en aurait terminé avec Denzel. Le gamin risque de lui donner un peu de fil à retordre, mais il ne campera pas éternellement sur ses positions. Quant à la petite… elle lui semble beaucoup plus malléable et il sentait qu’elle serait capable de les accepter facilement, pour peu qu’on lui donne une ou deux poussées dans cette direction.

    Prenant une gorgée de son café, il reporte son attention sur Reno et Rude qui ne se donnent plus vraiment la peine d’être discrets. Le roux a même quitté leur planque pour s’adosser contre la façade de l’immeuble et fume tranquillement une cigarette. Les pupilles de Yazoo se font plus fines, presque reptiliennes et il songe à quel point ce serait amusant de bondir dans la rue depuis leur chambre afin de s’en occuper. Il imagine sans mal leurs têtes, s’il venait à atterrir devant eux. Voit déjà la panique qui imprégnerait leur expression, comme leurs gestes. Ce sont de piètres adversaires, mais ils sont tout de même distrayants… et en cet instant, il donnerait cher pour pouvoir se défouler un peu.

    — Kadaj nous a dit de pas leur faire de mal, pas vrai… ?

    Il tourne les yeux en direction de Loz et constate que les pupilles de ce dernier ont pris la même forme que les siennes. Un petit rire amer lui échappe, comme il répond :

    — Alors que lui ne s’est même pas donné cette peine.

    Yazoo lui en veut d’ailleurs un peu. Non seulement il est allé s’amuser seul, mais en plus il leur refuse le droit de l’imiter. Qu’il ne se plaigne pas, après, s’ils décident de lui faire des cachotteries…

    — Il est vraiment égoïste des fois, soupire Loz en croisant les bras.

    Yazoo approuve d’un hochement de tête. Oui, il y a des moments où il abuse. Et puis s’imagine-t-il vraiment qu’ils parviendront indéfiniment à se tenir tranquilles ? À croire qu’il a oublié ce qu’ils sont… à croire qu’il s’imagine que la violence qui l’habite ne hurle pas tout pareillement de frustration chez ses frères. Il sait qu’il cherche à les protéger… à leur éviter de commettre un acte qui pourrait leur créer de sérieux problèmes, mais…

    — S’ils continuent de nous tourner autour, peut-être que je serais moi aussi obligé d’aller leur dire ma façon de penser.

    — Tu me préviendras, hein ? Si tu décides de le faire.

    — Bien sûr… je suis partageur, moi. Pas comme certains.

    Là-dessus, il termine son café et se demande comment se porte leur frère. La veille au soir, ils ont pu avoir de ses nouvelles via Tifa, ce qui les a un peu rassurés. Le savoir loin d’eux, ce n’est décidément pas confortable, mais ils vont sans doute devoir apprendre à faire avec… car il est prêt à parier que la chose se reproduira.

    Un pas se fait entendre dans l’escalier. Lui et Loz tournent la tête en direction de la porte et voient bientôt Tifa se découper dans son encadrement.

    — On ne va pas tarder à ouvrir, leur dit-elle. Est-ce que vous pouvez commencer à tout préparer le temps que je prenne ma douche ?

    Sans un mot, Yazoo hausse les épaules. Loz, lui, questionne :

    — Est-ce qu’il faut que je refasse du café ?

    — Il en reste encore au frigidaire : il suffira de le réchauffer, lui explique la jeune femme en s’écartant pour les laisser passer.

    — Fais-le maintenant, dit Yazoo en levant sa tasse en direction de son frère. J’en reprendrais bien avant d’ouvrir.

    Comme ils s’engagent dans l’escalier, Tifa va pour gagner la salle de bain, mais une odeur vient la déranger. Passant la tête dans le bureau, elle renifle, avant de pousser un soupir. La pièce commence sérieusement à sentir le fauve !

    — Pas étonnant, marmonne-t-elle en se dirigeant vers les fenêtres. Avec trois garçons à vivre dans une si petite pièce !

    Il faudra qu’elle leur demande de l’aérer tous les jours, tout comme leur faire remarquer qu’ils devraient ranger leurs vêtements au lieu de les laisser traîner en boules froissées à même le sol. Une chance qu’ils n’aient pas tant de possessions que ça, sans quoi la pièce serait un vrai capharnaüm ! Les lits ne sont jamais faits, leurs draps sans doute bons pour un tour en machine ; quant au bazar que Cloud a entreposé ici – cartons, roues et autres pièces de motos… –, ils y ont à peine touché, ne semble pas un seul instant avoir songé à rassembler le tout pour le ranger dans un coin.

    — Une vie entière de bonnes manières et de règles d’hygiène à leur apprendre, ajoute-t-elle en remontant les stores. Heureusement qu’ils ont quelques bases, sinon ce serait invivable.

    Tout en ouvrant les fenêtres, elle songe qu’aucun ne lui a d’ailleurs encore parlé de se rendre à la laverie. Si elle n’y prend pas garde, ils seraient bien capables de porter les mêmes vêtements pendant des semaines !

    — Ça aussi, il va falloir leur montrer comment faire. Et je suis sûre que Cloud…

    La fin de sa phrase meurt dans sa gorge, comme elle remarque une silhouette familière au coin de la rue. Elle se penche en avant, espère se tromper, mais non ! C’est bien Reno qui se tient là, à l’angle d’un bâtiment. Et à ses côtés, Rude semble avoir le regard rivé en direction du Septième Ciel.


    3

    — Je vois… c’est embêtant.

    Son téléphone portable en main, Cloud écoute Tifa lui expliquer qu’elle a surpris les Turks à surveiller leur établissement. Et si l’inquiétude perce dans sa voix, l’agacement s’y devine également. Elle se demande comment réagir, si elle ne devrait pas aller trouver les deux fouineurs pour leur dire de se mêler de ce qui les regarde. Elle sait qu’il a prévu de rendre visite à Rufus à son retour, mais…

    — Je vais le contacter, lui promet-il. Au moins pour m’assurer qu’il vous laissera bel et bien tranquille jusqu’à ce que je revienne.

    Disant cela, il se tourne vers Kadaj. À ses pieds, le cadavre massif d’une Harpie dont le sang souille encore sa lame. Deux autres corps sont visibles, monstruosités qui semblent avoir été créées à partir de pièces disparates de différentes créatures. À leur arrivée dans le secteur, elles les avaient encerclés et Cloud avait compris qu’il ne leur serait pas possible d’éviter le combat. Une quatrième avait d’ailleurs pris la fuite en voyant ses congénères tomber les uns après les autres, mais pas sans avoir envoyé un coup de griffe à sa moto qui, à présent couchée sur le côté, arbore de sales rayures sur sa peinture.

    — Oui, je te recontacte une fois que j’ai pu le joindre. À tout à l’heure.

    Là-dessus, il raccroche et prend une longue inspiration.

    Le paysage alentour est sauvage et, à l’horizon, se découpe la silhouette impressionnante du Gold Saucer. Suite à la disparition de l’énergie Mako, le parc s’est vu contraint de fermer ses portes et, en un peu plus de deux ans, a perdu beaucoup de sa superbe. Néanmoins, il se murmure que ce dernier pourrait prochainement rouvrir ses portes et c’est dans cette optique qu’a été construit le nouveau port où ils ont accosté : ce en prévision d’un afflux prochain de touristes venus des autres continents.

    Gongaga n’est donc plus très loin, à présent. Sans doute l’affaire de deux ou trois heures de route. Enfin… à condition qu’ils ne soient pas retardés par les négociations qu’il va devoir mener avec Rufus.

    S’approchant de son véhicule, il fait signe à Kadaj de venir l’aider et, à eux deux, parviennent à le redresser. Cloud grimace, constate que s’il ne semble pas y avoir de gros dégâts, la peinture autant que la carrosserie sont abîmées sur les deux côtés. Ce n’est pas la première fois qu’un incident comme celui-ci arrive, mais… pour lui qui prend grand soin de Fenrir, c’est toujours une expérience désagréable.

    La journée commence bien…

    Et à son avis, celle-ci va non seulement être longue, mais surtout épuisante. Entre la Shinra et Kadaj – Kadaj dont la compagnie n’est pas des plus agréables ce jour-là – on ne peut pas dire que les heures à venir se présentent sous les meilleurs hospices.

    — Les Turks ont retrouvé votre trace, annonce-t-il. Ils surveillent le Septième Ciel.

    La tête inclinée sur le côté, Kadaj a presque l’air de s’ennuyer quand il répond :

    — Ils sont moins empotés que ce que je croyais…

    — Je vais téléphoner à Rufus. Lui demander de ne rien tenter contre tes frères pour l’instant. Je pensais lui parler de vous une fois qu’on serait de retour à Edge, mais…

    Là-dessus, il ouvre le clapet de son téléphone et entreprend de chercher le numéro d’Heaven.

    — Ils ne tenteront rien, lui dit Kadaj. Ils savent ce qui les attend, sinon.

    — Mais ils se sont déjà mesurés à tes frères. Et de mémoire, ils ne s’en sont pas trop mal tirés.

    Un bruit de bouche méprisant échappe à son interlocuteur.

    — Loz et Yazoo n’ont fait que s’amuser avec eux. Et je suis sérieux : ça ne vaut pas la peine de contacter la Shinra… j’ai déjà réglé cette histoire par moi-même.

    Un mauvais pressentiment s’empare de Cloud, qui fronce les sourcils.

    — Qu’est-ce que tu as fait, Kadaj ?

    — Ces deux Turks, là… le roux et le chauve. Ils sont venus me chercher il y a quelques jours. Je leur ai simplement expliqué qu’ils feraient mieux de ne plus recommencer.

    — En d’autres termes, tu les as tabassés…

    — Je n’ai pas aimé leur attitude.

    — Bon sang, Kadaj ! Tu risques de nous attirer des problèmes !

    Mais Kadaj secoue la tête.

    — Après m’être occupé d’eux, j’ai contacté leur président. Je lui ai expliqué la situation. Et que s’il veut éviter de m’avoir sur le dos, il ferait mieux de nous foutre la paix.

    — Et tu as vraiment cru qu’il le ferait ?

    — Non… mais pour le moment, ce n’est pas dans son intérêt de tenter quoi que ce soit contre nous.

    Cloud ne répond pas immédiatement. Contrarié, il songe que Rufus, quand il l’a eu au téléphone la veille, a pris grand soin de lui passer sous silence son entretien avec Kadaj. Qu’il ne vienne pas, après ça, lui reprocher ses cachotteries !

    Il commence néanmoins à connaître suffisamment Kadaj pour deviner la teneur de sa conversation avec Rufus. Ce dernier doit donc à présent se tenir sur ses gardes et ne prendra sans doute pas le risque d’attaquer tant qu’il ne sera pas certain d’éviter un retour de bâton. Il y a donc peu de chances, en effet, qu’il s’en prenne à Loz et Yazoo tant que Kadaj ne sera pas rentré. Car des trois, c’est ce dernier qui est le plus dangereux et, s’il devait arriver malheur à ses frères, il est peu probable que ce qu’il reste de la Shinra survive au passage de la tornade vengeresse qui s’abattra sur elle.

    Mais il tient à les garder à l’œil, devine-t-il. Et il n’hésitera pas à s’engouffrer dans la moindre brèche qu’il soupçonnera capable de lui apporter la victoire.

    Il reste donc primordial qu’il ait une conversation sérieuse avec le jeune président. Seulement, celle-ci va pouvoir attendre encore un peu…

    — Je vais expliquer la situation à Tifa, dit-il. Et j’espère que tu as demandé à tes frères de ne pas trop les chercher : j’aimerais éviter qu’ils créent des problèmes pendant notre absence.

    Pour toute réponse, il n’obtient qu’un haussement d’épaules de la part de l’Incarné.

    ZeegZag ~ 2019

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  • Une histoire de pommesottes

    Résumé : Une rencontre au détour des vergers de Banora, ou comment Angeal et Genesis sont devenus amis.

    Personnages : Genesis, Angeal

    Genres : Tranche de vie / Amitié

    Année : 2019

    Taille : 2.592 mots

    Crédits : Square Enix

     


     

     

    — Je t’y prends à voler nos pommes !

    Une fin d’après-midi fraîche, où l’odeur de la terre humide est partout. Aux quatre coins du verger, on peut entendre les voix et grognements des travailleurs. À l’horizon, le soleil décline, ne tardera pas à laisser place à la lune et à sa cour étoilée.

    Le garçon se tient là, dressé sur la pointe des pieds, un sac en toile dans une main et l’autre tendue en direction des fruits qui ploient à sa hauteur. Pas plus de huit ans et des cheveux noirs dont quelques mèches lui collent aux tempes. À l’arrivée de l’autre, il s’est figé et sa peau a blêmi.

    Genesis s’avance dans sa direction. L’expression réprobatrice, il jauge cet enfant guère plus âgé que lui et ajoute :

    — Il y a des gens ici qui travaillent dur pour gagner leur vie. Tu peux pas arriver comme ça et te contenter de…

    Pour seule réponse, Angeal lâche l’objet de son forfait, qui s’écrase au sol et libère l’une de ses occupantes. Celle-ci va rouler jusqu’aux pieds de Genesis, sa peau se souillant de terre au passage. Angeal, lui, tente de prendre la fuite, mais l’autre bondit déjà dans sa direction et referme ses bras autour de sa taille.

    — Hé, t’enfuis pas comme ça !

    — Lâche-moi !

    — Non, tu dois d’abord écouter ce que j’ai à te dire et ensuite tu pourras…

    — Je t’ai dit de me lâcher !

    Il se débat, tente d’échapper à la prise qui le retient prisonnier et, par mégarde, son coude vient violemment frapper le nez de Genesis. Un cri de douleur échappe à celui-ci, qui le lâche enfin pour porter une main à son nez meurtri. Ses doigts y rencontrent un fluide chaud qui se révèle d’un rouge agressif sur sa peau trop blanche.

    Angeal, lui, a blêmi davantage encore. Les yeux écarquillés d’horreur, il bafouille :

    — Par… pardon, je…

    Mais au même instant, des voix proches, trop proches, s’élèvent :

    — C’était quoi, ça ?

    — On aurait dit la voix du fils, non ?

    Des pas lourds qui se dirigent dans leur direction. Le craquement des branches mortes et le bruissement de celles que l’on écarte de son passage. La panique s’empare d’Angeal, qui se retrouve cloué sur place malgré lui : son corps refusant d’écouter son cerveau qui lui hurle à pleins poumons de mettre les voiles.

    — Mince, les adultes ! fait Genesis.

    Il ramasse le sac qu’Angeal a laissé tomber et attrape celui-ci par le bras, pour le pousser en direction de buissons. Là, ils s’y accroupissent et Genesis lui fait signe de se tenir tranquille.

    Deux hommes ne tardent pas à faire leur apparition. Les manches de leurs chemises à carreaux retroussées, la mine fatiguée, ils jettent un regard autour d’eux.

    — Ça venait d’ici, non ?

    — Il a dû tomber et filer. Tu sais comment c’est les gosses !

    — Ouais, sans doute…

    Ils n’en fouillent pas moins sommairement la zone, écartent ici et là des branches et des buissons, avant que l’un d’eux ne ramasse la pommesotte à présent souillée de terre et ne l’observe un moment en se grattant le crâne. Derrière sa cachette, Angeal n’en mène vraiment pas large. La gorge nouée, il a l’impression que sa vessie va exploser d’un moment à l’autre et ce n’est qu’une fois les hommes retournés à leur travail qu’il se permet de respirer à nouveau normalement.

    Son cœur battant encore à tout rompre dans sa poitrine, il prend plusieurs inspirations profondes, dans l’espoir de se calmer. Puis il adresse un regard coupable à Genesis, dont le nez continue de saigner.

    — Pardon, vraiment… je… je voulais pas te faire de mal !

    En vain, il fouille ses poches à la recherche d’un mouchoir.

    Après lui avoir adressé un regard en coin peu sympathique, Genesis sort son propre mouchoir et vient l’appliquer contre son nez. Avec une voix de canard, il grogne :

    — Non seulement tu essayes de nous voler, mais en plus tu me frappes.

    — Pardon…

    — Pardon, pardon, pardon… tu sais dire que ça ?

    — Non, je…, commence Angeal, avant qu’un hoquet d’horreur ne lui échappe.

    De nouveau blafard, il tend le doigt en direction de Genesis et glapit :

    — Ta chemise !

    — Mh ?

    Comme il baisse les yeux sur celle-ci, Genesis laisse entendre une exclamation. Sa belle chemise blanche, au col de laquelle est noué un ruban sombre, est à présent souillée de sang. Sa veste non plus n’a pas été épargnée et, ici et là, au niveau de ses manches, il peut distinguer des taches sombres sur le tissu couleur rouille. Avec un gémissement, il tire sur son col.

    — Oh non, c’est pas vrai ! Mère ne va vraiment pas être contente !

    — Pardon, je… j’irai lui dire que c’est de ma faute.

    — Non, c’est bon. Elle risque de te gronder si tu le fais, et crois-moi, elle fait peur dans ces moments-là !

    — Mais je…

    — Je vais lui dire que je me suis blessé en m’amusant. Si elle pense que je ne l’ai pas fait exprès, elle ne devrait pas me punir.

    — Tu… tu es sûr… ?

    Plutôt que de lui répondre, Genesis lui coule un regard en coin et s’informe :

    — Tu es le fils de madame Gillian, pas vrai ? An-quelque chose.

    — Angeal, répond l’interrogé, avant que la culpabilité ne revienne hanter ses traits. Vraiment, hein ? T’es sûr que tu veux pas que j’aille…

    — Mais oui ! le coupe Genesis en se tapotant le nez de son mouchoir. Au fait, moi je suis…

    — Je sais qui tu es… Genesis, le fils de monsieur et madame Rhapsodos.

    — Exact !

    Là-dessus, il abaisse son mouchoir et renifle plusieurs fois. Revient tapoter du bout des doigts son nez encore douloureux et les observe ensuite avec attention. Satisfait de les découvrir à peu près propre, il fait faire un dernier tour de piste à son mouchoir, avant de le chiffonner et de le ranger là où il l’a trouvé.

    Après l’avoir regardé faire, Angeal baisse les yeux sur le sac en toile qui repose entre eux. La honte s’empare brusquement de lui, à laquelle vient se mélanger la peur, et il joint les mains en un geste de supplication.

    — S’il te plaît ! Est-ce que tu peux ne pas parler de ce que j’ai fait à tes parents ? Je veux pas que papa et maman aient des ennuis à cause de moi !

    Un sourcil arqué, Genesis l’observe un moment. S’attarde sur ce garçon aux cheveux noirs mi-longs et aux vêtements un peu trop larges pour lui, déjà usés. Il n’a pas l’air du mauvais bougre et s’il ne le connaît que de vue, il n’a jamais entendu de mal sur lui au village. La plupart des enfants semblent plutôt le respecter et, de ce qu’il en sait, il n’y en a pas un qui ne soit pas son ami.

    — D’accord, répond-il finalement. Mais c’est parce que j’aime bien ta maman et que ton papa est un chic type. Moi non plus, j’ai pas envie qu’ils aient des ennuis à cause de tes bêtises. (Puis, avec un froncement de sourcils, il questionne :) Pourquoi tu as fait ça ?

    Disant cela, il a attrapé le sac en toile et le secoue en direction d’Angeal. Celui-ci rougit un peu, avant de détourner les yeux et d’avouer :

    — C’est parce que ma maman adore les pommesottes. Je voulais juste lui faire plaisir…

    — En volant ? Eh bien moi, je suis sûr qu’elle serait vraiment triste si elle savait !

    — Oui, je sais…

    — Tu aurais pu lui en acheter, si tu voulais vraiment lui faire plaisir.

    — Je vois pas comment, soupire Angeal.

    — Oh, allez ! Tu dois bien avoir de l’argent de poche. Et ça coûte pas si cher !

    — Facile à dire pour quelqu’un comme toi…

    — Comment ça ?

    — Je veux dire que tout le monde est pas aussi riche que ta famille.

    Le reproche est évident et cloue momentanément le bec à Genesis. Puis, sur un ton où la surprise se bat avec la suspicion, il s’enquiert :

    — Tu veux dire qu’on ne te donne pas d’argent de poche ?

    Angeal hausse les épaules et se renfrogne.

    — Si, des fois… quand ils peuvent…

    Et Genesis comprend que le moment présent n’est pas de ceux où sa famille est en mesure de se fendre de quelques Gils pour les dépenses annexes de leur fils. Songeur, son regard se pose sur le sac, par l’ouverture duquel il peut voir la peau violette des pommesottes entreposées.

    — Mais du coup… qu’est-ce que tu comptais leur dire, s’ils t’avaient demandé comment tu les avais eus ?

    — Je pensais juste dire que quelqu’un m’en avait donné.

    Les yeux de Genesis s’arrondissent.

    — Tu allais mentir à tes parents ?!

    — Toi aussi, réplique Angeal sur la défensive, tu vas mentir à ta maman pour ta chemise !

    — C’est pas pareil. Moi, je fais ça pour t’éviter les ennuis.

    — Oui, eh bien, c’est pareil pour moi.

    — Parce que tu ne veux pas que j’aie des ennuis ? questionne Genesis, soudain perdu.

    — Non, parce que je veux pas que ma maman soit triste.

    Puis il renifle et se détourne. Certain que de toute façon, quelqu’un comme son interlocuteur ne peut pas le comprendre. Banora appartient à sa famille et il est certain qu’il n’a jamais manqué de rien depuis sa naissance. Tandis que lui…

    Il se gratte la joue et lève les yeux en direction du ciel, où le soleil a maintenant presque disparu. Il se fait tard et il ferait donc mieux de se dépêcher de rentrer avant que sa mère ne commence à s’inquiéter.

    Il va donc pour prendre congé de Genesis, quand celui-ci se redresse. Le sac en toile à ses pieds, il se met à cueillir des pommes, qu’il y laisse tomber.

    Troublé, Angeal s’enquiert :

    — Qu’est-ce que tu fais ?

    — Tu n’avais pas de mauvaises intentions et ta maman a toujours été gentille avec moi. Alors je peux bien t’en donner quelques-unes.

    — Non, c’est bon. Il faut que je rentre, de toute façon.

    — D’accord, mais tu emmènes ça avec toi !

    Et disant cela, il soulève le sac des deux mains et le tend en direction d’Angeal. Celui-ci laisse son regard aller du sac à Genesis, hésite à s’en saisir.

    — Tu es sûr… ?

    — Mais oui ! Un jour, Banora sera à moi, alors… je peux bien t’en offrir si j’ai envie. (Puis, avec un froncement de sourcils :) Et je te donne aussi l’autorisation de venir en chiper de temps en temps. Mais n’abuse pas trop !

    De plus en plus troublé, Angeal récupère finalement son sac. Celui-ci est bien plus lourd qu’il ne s’y attendait et il se sent partir en avant. Autant dire qu’il ne pourrait pas contenir deux pommes de plus sans menacer d’imploser et, lui qui n’avait pas dans l’idée d’en chaparder autant, se sent aussi touché que gêné par cet élan de générosité.

    Face à lui, Genesis a planté les poings sur ses hanches et s’est redressé. Soudain l’air très fier de lui.

    — Je suis un chic type, pas vrai ? claironne-t-il.

    — Oui… on dirait bien.

    — Bien sûr que je le suis ! Et puisque je suis aussi de bonne humeur, je vais même t’accepter comme ami !

    — Hein ? Mais j’ai pas…

    — Mais si, mais si. Ça me fait plaisir !

    Angeal écarquille les yeux, se demande si l’autre est en train de se payer sa tête. Devenir ami avec le fils Rhapsodos ? Lui ? Oui, c’est forcément une blague. Ils ne sont clairement pas du même même monde, aussi est-il peu probable qu’il possède quoi que ce soit susceptible de l’intéresser.

    Toutefois, comme il s’attarde sur l’expression de Genesis ; sur cet air fier derrière lequel il devine une note d’expectation, il se dit qu’il pourrait bien être sérieux, dans le fond. Oui, maintenant qu’il y pense, les enfants du village ne l’apprécient pas beaucoup. Genesis leur fait un peu peur et la plupart le trouvent beaucoup trop bizarre pour avoir envie de le fréquenter.

    Bien entendu, personne n’ose le lui dire en face : parce qu’il est le fils des propriétaires de Banora et que leurs familles leur ont répété à loisir de ne pas se le mettre à dos. Cependant, aucun ne joue vraiment avec lui et la plupart trouvent toujours une bonne excuse pour s’éclipser quand il s’approche d’eux. Il n’a jamais eu l’impression que la chose affectait Genesis, qui lui a toujours semblé posséder une confiance en lui un peu trop débordante, mais…

    En fait… peut-être qu’il a vraiment besoin d’un ami ?

    L’idée l’ébranle quelque peu. Lui qui n’a jamais eu à souffrir de la solitude n’imagine pas vraiment ce que l’on doit ressentir dans ce genre de situation. Depuis tout petit, il a toujours été entouré et, en grandissant, n’a jamais eu beaucoup de problèmes pour se faire des amis. En fait, l’unique solitude qu’il connaît, c’est celle qu’il veut bien s’octroyer. Parce qu’il aime aussi se retrouver seul avec lui-même…

    Donc… ça veut dire que même moi, j’ai quelque chose que lui n’a pas ?

    Et comme il se sent profondément désolé pour Genesis, il répond finalement :

    — D’accord… je veux bien être ton ami.

    Tout en espérant ne pas s’engager dans une relation un peu trop particulière.

    L’espace d’une seconde, il peut voir la surprise s’imprimer sur le visage de Genesis, qu’efface bientôt un large sourire. En cet instant, il a vraiment tout d’un enfant heureux de la faveur que l’on daigne lui accorder. L’effet, toutefois, ne dure pas et, croisant les bras, il retrouve rapidement son air fier.

    — J’espère que tu te rends compte de l’honneur que je te fais ! À ta place, je me remercierais !

    — Ah…, soupire Angeal. Je commence à comprendre pourquoi les autres t’aiment pas…

    — Comment ça ?

    — Non, rien.

    C’est à son tour de sourire, un peu amusé dans le fond. Puis, tant bien que mal, il parvient à hisser son sac sur son épaule et dit :

    — Bon, à la prochaine !

    — À la prochaine ! lui répond Genesis, avant qu’une lueur ne passe dans son regard et qu’il n’ajoute : Oh ! Et si ta maman décide de faire une tarte aux pommes, dis-lui que Genesis Rhapsodos aimerait avoir le privilège d’y goûter.

    — Le pri… ?

    Angeal secoue la tête, se demande où il a pu apprendre à employer ce genre de mots qui ne lui viendraient, en ce qui le concerne, jamais à l’esprit.

    En bref, il essaye de me dire qu’il aimerait bien manger de la tarte aux pommes ?

    Cette façon détournée de présenter les choses le perd un peu et il le soupçonne d’être du genre à vous contraindre à lire constamment entre les lignes chaque fois qu’il vous fait la moindre demande.

    Pas étonnant que les autres aient du mal avec lui.

    Néanmoins, il lui est reconnaissant pour ce qu’il a fait et se sent toujours un peu coupable de l’avoir blessé. Aussi répond-il :

    — D’accord, je vais lui en parler. Viens demain pour le goûter, on t’en donnera une part.

    À nouveau, un large sourire vient illuminer le visage de Genesis. Éphémère, celui-là aussi.

    — Je serai là, promet-il d’un air grave. Vous pouvez compter sur moi !

    En réponse, Angeal lui fait un signe de la main.

    Oui, c’est un drôle d’ami qu’il vient de se faire là, mais sans doute finira-t-il par s’habituer à sa personnalité…

    ZeegZag ~ 2019

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  • 12/08/2019

     

    Il n'y a pas eu de récapitulatif la semaine dernière parce que, parce que ? Parce que j'ai réussi à me bousiller la main ! 8) Me demandez pas comment, je n'en ai absolument aucune idée. Tout ce que je sais c'est que ça fait deux semaines maintenant que je galère à écrire, et que j'ai donc dû salement ralentir mon rythme. Même maintenant que c'est à peu près remis, j'ai des douleurs qui reviennent un peu trop vite à mon goût. Bref ! C'est pas la joie, mais ! J'ai quand même réussi à faire quelques trucs.

    Commençons par Après la pluie, vu que c'est le plus gros morceau : déjà, j'ai pris de nouvelles notes et pas seulement pour sa première saison. J'ai terminé le premier jet de l'épisode 9 et il fait 20.000 mots. Niveau de l'épisode 6, vu que je tournais au ralenti, je n'ai pas pu terminer sa réécriture. Il doit me rester une partie et demie à réécrire, en plus de la scène qu'il me manque toujours et dont je devrais prochainement attaquer l'écriture. Épisode 5, un peu pareil. Pris du retard, donc sa correction n'est pas terminée. Me reste encore sa dernière partie et elle me donne énormément de fil à retordre. C'est une horreur ! Et puis, j'ai continué mes plans. Déjà celui de l'épisode 10, mais aussi ceux des épisodes 11, 12 et 13, qui sont donc enfin quasi complets. J'ai aussi plus ou moins essayé d'estimer le nombre d'épisodes qu'il me restait à écrire et... je pense que cette première saison fera entre 17 et 18 épisodes. Hum ! Je n'en suis donc actuellement qu'à la moitié !

    Ombre, ENFIN terminé le premier jet des parties qu'il me manquait. Le premier tome est donc maintenant complet et comportera 36 parties. Honnêtement, je n'y croyais plus du tout mais, héhé, j'ai reçu un commentaire vraiment très chouette cette semaine d'une lectrice, ce qui m'a redonné tout ma motivation. A présent, il ne me reste donc plus qu'à laisser tout ça se reposer encore un peu, puis attaquer son second jet et ses corrections ! \o/

    En ce qui concerne le chapitre 4 de Nous sommes de retour, j'ai écrit une scène supplémentaire. Et... j'espère pouvoir en écrire une ou deux autres de plus cette semaine.

    Quoi d'autre ? Oui, mon OS se passant pendant l'enfance d'Angeal et Genesis ! Réécrit, corrigé, posté, et il s'appelle donc Une histoire de pommesottes. Je ne l'ai pas encore mis sur Eklablog, cependant. Je vais essayer de le faire cette semaine.

    Et pour terminer le retour d'IncaSephy, haha ! Ce projet ne veut VRAIMENT pas me lâcher. Je me retrouve avec tout un nouvel arc dont je dois taper les notes. C'est... je sais pas... comme un genre de malédiction. Quand vous pensez en avoir terminé avec lui, il revient vous hanter, jusqu'à ce que vous craquiez. Bref, j'ai donc commencé ma prise de note et.... eeeeeet... celle-ci va encore être sacrément longue. Pfff ! Mes mains en souffrent d'avance.

    Et donc, cette semaine ? A supposé que ma main ne fasse pas de nouveau des siennes, ce sera donc Après la pluie : épisode 6 - épisode 5, mais aussi commencer le premier jet de l'épisode 10. Nous sommes de retour : Chapitre 4, bien sûr. Et... et ? IncaSephy. Parce que pas le choix. D:


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  • 29/07/2019

     

    Bon, la semaine passée a donc bien été consacrée à Après la pluie. J'ai donc continué l'épisode 9 et j'en suis actuellement à 14.000 mots. Encore un peu de chemin avant d'en voir la fin, mais... j'ai vraiment bien avancé ! Et puis, attaqué la réécriture de l'épisode 6 : pour le moment, 2 parties de réécrites / 6. Et j'ai un peu planché sur le plan de l'épisode 10...

    A part ça j'ai pris des notes : Pour un OS centré sur Tseng et (plus ou moins) sur Aerith. Ainsi que pour un court projet à chapitres sur Angeal... bon, on est encore dans de la fic "faisons ressusciter des personnages !", parce que ce brave Angeal va revenir à la vie pour une courte période après les événements d'AC, mais... y a rien à faire, j'adore ce truc-là, redonner vie à des persos morts. Surtout si c'est pour les faire évoluer dans la période post-AC (J'ai vraiment l'impression que c'est ma période favorite, de toute la compilation. C'est celle, en tout cas, qui m'inspire souvent le plus.).

    Avec ça, j'ai terminé le premier jet de deux OS : Le premier est... en fait l'un des OS qui servira de suite à mon OS En progression..., le deuxième est un OS prenant place dans l'enfance d'Angeal et de Genesis et qui raconte comment ils sont devenus amis. Maintenant, reste plus qu'à les laisser moisir un peu et à les réécrire. x)

    Et ? Et je crois que c'est tout... ouais ! Je crois que c'est vraiment tout ! Donc, cette semaine, la même formule ! Après la pluie, Après la pluie, Après la pluie eeeeeet... le reste, ça dépendra de mon énergie et de mon humeur.


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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 4

    Partie 5 (Fin)

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 4.261 mots

     


     

    17

    La langue tirée comme si cela l’aidait à s’appliquer, Loz met en couleur les cheveux de son dessin péniblement tracé. S’amuse en vérité bien plus qu’il ne l’avait imaginé. Marlène, qui observe l’avancée de son œuvre, remarque :

    — C’est Yazoo, pas vrai ?

    Et comme Loz approuve, elle ajoute :

    — Il est bizarre, je trouve. On sait jamais ce qu’il pense et puis, quand il regarde les gens, il…

    — On a l’impression qu’ils existent pas, hein ? conclut pour elle l’Incarné, qui ne semble pas vexé par ses propos. Il est comme ça, Yazoo. Il aime pas beaucoup les gens. Du coup, il préfère les ignorer. Et puis, il aime bien se croire plus intelligent que tout le monde, alors il veut pas s’intéresser à ceux qu’il juge trop bêtes… ou pas assez amusants.

    Il marque un silence, le temps pour lui de réfléchir à ses propos. Son front se plisse, en même temps que son crayon arrête sa course.

    — Mais il est sensible, en vrai. Je sais qu’il a pas l’air comme ça, mais quand t’es important pour lui, il se soucie beaucoup de toi. C’est juste qu’il a des fois une façon tordue de le montrer…

    Il renifle et secoue la tête.

    — Enfin, ça l’empêche pas d’être aussi affreusement méchant ! Et de dire plein de trucs vexants ! Hum… t’as peut-être raison, il est bizarre.

    La silhouette qu’il dessine à présent est celle de Kadaj. Contrairement à Yazoo, qui semble à moitié endormi, il fronce les sourcils et a l’air agressif. Comme il termine de mettre en couleur ses vêtements, Marlène avoue :

    — Il me fait peur, Kadaj.

    Il y a un soupçon de crainte dans le regard qu’elle lève vers Loz, comme si elle s’inquiétait de sa réaction. Mais à nouveau, celui-ci accepte la réflexion sans sourciller, se contente de hausser les épaules et de répondre :

    — Je sais qu’il fait peur… il fait peur à tout le monde, en vrai. Même à moi et Yazoo des fois… (Il s’arrête, songe que ce n’est sans doute pas prudent d’en dire plus – même à une enfant – et préfère changer de sujet :) Il faut juste apprendre à le connaître.

    Et s’il l’aime tout autant que Yazoo, il ne se sent pas aussi proche de lui. Sans doute parce que Kadaj s’est toujours plus ou moins employé à mettre une distance entre eux. Ce qui le rend triste, dans le fond. Oui, il aimerait qu’il s’ouvre un peu plus à eux, mais aussi être capable de s’amuser avec lui comme avec Yazoo.

    — En fait, je crois qu’il est malheureux…

    Seulement, il refuse de se confier. Les décourage chaque fois qu’ils tentent d’aborder certains sujets avec lui… ceux qui concernent leur mère, par exemple. Ou bien encore, sa Réunion…

    Il en est maintenant à se dessiner lui-même et, contrairement aux deux autres, il sourit. Le résultat est particulier, mais même si les yeux ne sont pas forcément à la même hauteur, il se sent très fier du résultat.

    Il se demande si Marlène acceptera qu’il déchire la page, pour qu’il puisse la montrer à Yazoo. D’ailleurs, au souvenir que ce dernier a promis de lui ramener un cadeau, le sourire de son dessin vient s’imprimer sur ses propres lèvres. Oui, Yazoo est bizarre et pas toujours très sympa, mais… au moins, il sait prendre soin de son entourage quand c’est nécessaire.

    Près de lui, Marlène a à présent fait silence. Se mord la lèvre, comme si quelque chose la perturbait. Et ce n’est que quand il a mis un point final à son dessin qu’elle lâche :

    — Pardon !

    Il lui adresse un regard surpris, sinon un peu perdu.

    — D’avoir été en colère contre toi, ajoute-t-elle. Tifa a raison : c’est moi qui ai fait une bêtise, pas toi. Je n’aurais pas dû te demander de m’aider à voler des bonbons. Je savais que j’avais pas le droit. Que Tifa serait pas contente. Et puis, c’est pas ta faute si tu as lâché le bocal. C’est parce que j’étais trop gourmande et à cause de moi ce que tu cuisinais a brûlé. Et je suis sûre que Tifa t’a obligé à le manger, parce qu’elle aime pas le gâchis !

    Elle a pris un air coupable, n’imaginant que trop bien quel goût affreux ça devait avoir. À sa place, elle lui en voudrait. Beaucoup, même. Mais Loz, revenu de sa surprise, lui avoue :

    — Oh… en fait, je l’ai donné à Kadaj.

    Ce qui fait sursauter la petite. Se plaquant les mains contre la bouche, elle s’exclame :

    — T’as pas fait ça ?! Oh non ! Il devait pas être content !

    À l’idée qu’elle ait pu s’attirer sa rancœur, elle ne se sent pas très bien et se demande si elle va devoir s’excuser auprès de lui quand il reviendra. Denzel n’appréciera pas, mais ce n’est pas lui qui risque de se faire crier dessus à cause de cette histoire.

    — T’as raison, il était vraiment pas content, lui répond Loz en déposant le crayon qu’il a terminé d’utiliser dans le petit tas près de lui. Mais c’est moi qu’ai pas fait attention. Et puis, j’aurais dû le manger moi-même. Alors, il s’est énervé contre moi, mais Tifa lui a donné un double dessert. Du coup, il s’est un peu calmé…

    Le souvenir de ces deux belles parts de tarte que son frère a englouti sans même lui en céder une bouchée le démoralise un peu. Vraiment, Kadaj est encore moins gentil que Yazoo ! Il est sûr que dans pareille situation, ce dernier aurait accepté de lui en donner un peu – au moins pour qu’il arrête de pleurnicher.

    Il soupire, avant de tourner les yeux vers la petite. Une moue vient lui retrousser la lèvre.

    — Quand tu me demandes pardon… c’est pour de vrai ?

    — Pourquoi ? Tu me crois pas ?

    — Non, c’est juste que… je me demande comment tu fais. Je veux dire… je sais que tu m’en veux encore pour ce que j’ai fait la dernière fois, mais j’arrive toujours pas à m’en sentir coupable. Alors, j’aimerais apprendre…

    C’est au tour de Marlène de l’observer. Puis elle pince les lèvres et secoue la tête.

    — Toi aussi, t’es bizarre.

    — Tifa m’a félicité hier, ajoute-t-il, sans vraiment prêter attention à ce qu’elle dit. Parce que j’ai réussi à me mettre à votre place, à toi et Denzel. J’ai imaginé ce que vous deviez ressentir parce que vous…

    Il s’arrête, se demande s’il doit vraiment en dire plus. Entendre parler de sa maman ne risque-t-il pas de lui faire de la peine ? Ça lui en ferait, à lui, en tout cas. Alors sans doute qu’à elle aussi…

    — Du coup, reprend-il comme si de rien n’était. Je me suis dit que ça pouvait marcher pour d’autres trucs. Je veux dire, si j’arrive à comprendre pourquoi tu m’en veux… je pourrais m’excuser moi aussi. Et le penser vraiment. C’est pour ça que j’aimerais que tu m’expliques.

    — C’est pas facile, ce que tu me demandes.

    — Ah bon ?

    Un peu déçu, il laisse échapper un « Oh ! ». Là non plus, il n’a pas vraiment trouvé d’autre idée pour tenter d’améliorer sa relation avec la petite. Depuis la veille, chaque fois qu’il a essayé de comprendre ce qu’elle, ou bien Tifa, ont pu ressentir à cause de ses actions, il n’est parvenu qu’à se donner mal au crâne. Comment est-il censé comprendre quelque chose qu’il n’a encore jamais vécu ? Pour lui, tout ça, c’était un peu comme un jeu. Oui, il s’est amusé avec Tifa. A ramené Marlène comme le lui avait demandé Yazoo. Il ne comprend donc pas trop ce qu’il devrait regretter… et aura sans doute toujours du mal si personne ne tente de le lui expliquer.

    Marlène a recommencé à l’observer. Elle voit bien qu’il est embêté et se sent un peu désolée pour lui. Après tout, il essaye de faire des efforts. Et contrairement aux craintes de Denzel, elle ne croit pas qu’il soit en train de lui jouer la comédie. Il a vraiment l’air de vouloir comprendre et ce n’est sans doute pas trahir le jeune garçon que d’essayer de l’y aider.

    Et puis il m’a dit de faire attention parce qu’il pense qu’ils veulent nous embobiner, mais… et si c’est pas le cas ? Et s’ils essayent de changer pour de vrai ? Ce serait méchant de les repousser, non ? Je suis sûre que c’est ce que Tifa dirait !

    Un peu rassérénée par cette idée, elle incline la tête sur le côté et laisse entendre un « Mhhh… ».

    — Je veux bien essayer, si tu veux. Mais je comprends pas très bien ce que je dois te dire…

    — Ce que je veux savoir, c’est ce que tu as ressenti, lui explique Loz. Pourquoi tu es fâchée de ce que j’ai fait ? Il faut que j’arrive à me mettre à ta place… comme hier.

    — Mais si je te dis que j’ai eu peur ou que j’étais en colère, tu vas pas comprendre, pas vrai ?

    — Heu…

    — Alors il faut faire ça autrement. Par exemple…

    Un doigt dressé devant elle, la petite a levé les yeux en direction du ciel. Elle voit à peu près ce qu’elle va devoir faire pour l’aider à partager ses sentiments. Parce que Tifa, des fois, le lui fait. Quand elle ne comprend pas ce qu’elle a pu faire de mal, la jeune femme lui présente les choses sous un autre angle. La met au centre de l’action. Et alors, la force de l’imagination aidant, elle parvient à saisir en quoi son comportement a été déplacé ou méchant envers autrui.

    — Par exemple, comment tu réagirais, toi, si quelqu’un que tu connaissais pas arrivait et tapait tes frères ?

    — Je serais en colère, c’est sûr ! Mais ‘daj et Yazoo le lui feraient payer très vite !

    Et après, ils s’amuseraient tous les trois avec cet imbécile qui avait osé lever la main sur eux. Au final, ce serait sans doute plus distrayant qu’autre chose.

    — Oui, mais imagine qu’il soit plus fort que vous : imagine qu’il leur fasse très mal et qu’ils puissent rien faire pour se défendre. Imagine que toi, tu vois ça, mais que tu peux rien faire non plus, parce qu’il est vraiment beaucoup plus fort que toi.

    Loz fronce les sourcils. Est-ce que c’est vraiment possible, un truc pareil ? S’ils s’y mettent tous les trois, il est certain que personne en ce monde n’est capable de les battre. Mais et si ce quelqu’un existait ? S’ils le rencontraient par hasard et que cette personne s’en prenait à eux ? Si pour une raison ou une autre, il ne pouvait rien faire, sinon regarder ses frères se faire passer à tabac ? Comment est-ce qu’il se sentirait ?

    La vision de Kadaj et Yazoo impuissants face à cet inconnu déclenche en lui une montée de colère. Si un truc comme ça devait arriver… si ce sale type s’en prenait à ses frères…

    — Je serais furieux ! Sûr que je voudrais le tuer !

    Puis, une lueur de compréhension s’allumant dans ses yeux, il ajoute :

    — Alors c’est ça, ce que tu as ressenti ?

    Mais Marlène secoue la tête.

    — Non, j’ai jamais pensé à te tuer. Mais j’étais très en colère. Je voulais te taper moi aussi, pour que tu arrêtes de faire du mal à Tifa. Et puis surtout, j’avais peur !

    — Peur ?

    — Parce que je savais pas ce qui allait nous arriver. J’étais pas assez forte pour protéger Tifa et peut-être que tu allais la tuer. Et puis me tuer juste après. Qu’est-ce que ça te ferait, toi, si tu pensais que tes frères et toi allez sans doute mourir ?

    Loz incline la tête sur le côté. Il a du mal à visualiser la chose. La colère. La violence. L’envie de réduire en bouillie quiconque s’en prendrait à sa famille, ça, oui. Mais la peur… ?

    — Pourquoi est-ce que je serais censé avoir peur ?

    — Pour tes frères ? Parce que tu les aimes et que ce sale type que tu connais pas va peut-être leur faire encore plus de mal ?

    — Et moi, je peux rien faire.

    — Non, toi, tu peux juste regarder.

    — Mais tu as fait quelque chose, toi. Tu m’as jeté cette matéria !

    — Eh bien, toutes tes attaques lui feront pareil. Et je suis sûre que ça t’a pas fait très mal !

    — C’est vrai…

    En cet instant, il arrive à ressentir un peu de cette peur dont elle lui parle. Oui, s’il pensait que c’est ce qu’il risquait d’arriver, alors, il serait en colère, très en colère, mais il aurait peur aussi. Parce qu’il refuserait qu’on leur fasse encore plus de mal. Et puis, contrairement à elle, il pleurerait. Beaucoup.

    — Je crois… que je comprends un peu.

    Même si ça reste plus difficile qu’il ne l’avait imaginé de se mettre à la place des autres.

    — Mais il y a une différence, non ? Je veux dire, Kadaj et Yazoo sont de ma famille. Mais Tifa n’est ni ta sœur ni ta maman.

    — Tu te trompes !

    L’exclamation de la petite les surprend tous les deux. Un peu gênée d’avoir ainsi élevé la voix, Marlène porte une main à sa bouche, avant d’expliquer plus calmement :

    — Tu te trompes. Moi, je ne me souviens pas de ma vraie maman. Elle est morte quand j’étais toute petite. Ça me rend un peu triste, quand j’y pense, mais heureusement, Tifa a toujours été là. Je la connais depuis presque toujours et pour moi, c’est un peu comme ma maman.

    Là-dessus, elle opine du chef, plus pour elle-même que pour Loz. Oui, c’est exactement ça. Plus qu’une grande sœur, Tifa représente une mère pour elle.

    — Comme ta maman… ? répète Loz.

    — Oui. Tifa, c’est pas ma vraie maman, mais c’est ma maman quand même.

    Elle remarque qu’elle a réussi à toucher une corde sensible chez son interlocuteur. Un voile de tristesse a envahi son regard et il a maintenant tout d’un petit garçon honteux de ses mauvaises actions.

    — Et moi, j’ai fait du mal à ta maman…

    Pour le coup, il croit parfaitement comprendre ce qu’elle a pu ressentir. Car si à la place de ses frères, c’est à sa mère que l’on ferait du mal… et s’il se retrouvait incapable de l’aider… de la protéger… juste de la voir être battue par un sale type arrivé de nulle part, il…

    — Pardon.

    Presque un murmure. Il se force donc à parler plus fort :

    — Pour ça. Pour avoir fait du mal à Tifa et t’avoir fait peur, à ce moment-là. C’était méchant !

    — Tu devrais lui demander pardon à elle aussi, lui glisse la petite fille. C’est elle que tu as tapée, pas moi.

    — Je… je vais essayer…

    Et comme il coule un regard incertain en direction de Marlène, il est soulagé de la voir sourire. Elle semble contente qu’il soit parvenu à s’excuser correctement. Il ne sait pas encore si elle accepte de lui pardonner, mais au moins, il se sent un peu plus léger maintenant. Même s’il reste un autre problème…

    Sans un mot, il l’examine, essaye de comprendre ce qu’elle a pu ressentir ensuite, alors qu’il l’emmenait avec lui en direction de la Cité Perdue. Elle s’était retrouvée seule au milieu d’eux trois. Et comme elle le lui a fait remarquer, elle n’aurait jamais eu la force de se défendre si l’un d’eux avait eu de mauvaises intentions à son égard. Il devine qu’elle a dû être terrorisée, même s’il ne parvient pas vraiment à se mettre à sa place.

    Désireux de changer ça, il ferme donc les yeux et croise les bras. Tente d’imaginer ses sentiments, au cours de cette épreuve. La situation ! Il doit la transformer assez pour pouvoir la vivre lui aussi. Oui, et si le sale type qui avait fait du mal à sa maman et à ses frères l’emmenait avec lui ? S’il n’était toujours pas capable de se défendre ? Qu’est-ce qu’il ressentirait, à ce moment-là ? Et qu’est-ce qui l’inquiéterait le plus ? Qu’on lui fasse du mal ou bien… ?

    Non, ce n’est pas ça qui lui ferait le plus peur. Ce ne serait pas une perspective réjouissante, mais ce qui lui serait vraiment le plus douloureux serait de se dire qu’il ne reverra sans doute jamais sa famille. Pire que tout, on l’aurait enlevé sans même lui laisser une chance de leur dire au revoir. Il se retrouverait donc tout seul, avec des gens qu’il ne connaît pas. Des gens beaucoup plus forts que lui qui pourraient décider de le tuer. Il serait… comme un enfant sans défense et qui n’aurait qu’une idée en tête : retrouver sa maman. Retrouver ses frères. Fuir loin de ces gens qui lui veulent du mal et qui pourraient les séparer pour de bon.

    — Ça va pas ?

    La question lui fait reprendre pied avec la réalité. Ouvrant les paupières, il remarque que son visage est crispé par la douleur et que c’est certainement pour ça que Marlène l’observe à présent avec inquiétude.

    — Tu as dû avoir très peur et être très malheureuse, lui répond-il, quand je t’ai emmené avec moi… ça non plus, ce n’était pas gentil.

    — Tu as réussi à le comprendre tout seul ? s’étonne-t-elle, avant d’ajouter : tu as raison, ce n’était pas gentil du tout ! Alors, il ne faut plus recommencer, d’accord ? Il ne faut plus être méchant comme ça avec les gens ! Parce que moi, je veux bien te pardonner, mais seulement si tu promets de ne plus jamais faire ça.

    Le regard qu’elle lève dans sa direction est sévère, le genre qui vous prévient que vous n’aurez pas le droit à l’erreur. Que si sa propriétaire est disposée à faire un effort, elle tient en échange à ce que sa confiance ne soit pas trahie. Un regard presque trop adulte pour une petite fille.

    Gêné, Loz se tortille et doit détourner les yeux. Lui promettre de ne plus recommencer, il pourrait le faire. Il ne s’agit que de quelques mots… quelques mots jetés pour acheter la paix. Néanmoins, il n’est pas certain qu’il parviendra à être tout à fait sincère. Ou plutôt… il se demande s’il sera vraiment capable de tenir parole. Il se connaît : si l’occasion se présentait… s’il est assuré que ça n’aura aucune conséquence, qu’il peut tout détruire sans que lui et ses frères n’aient à en pâtir, ne serait-il pas tenté de retomber dans ses vieux travers ? Actuellement, il est forcé de garder en laisse l’enfant turbulent qui sommeille en lui. Parce qu’il n’a pas le choix. Mais… en sera-t-il toujours capable ? De ça, il n’en est pas certain. Pas certain du tout, même. D’autant que cette docilité à laquelle il doit se cantonner n’est pas sans lui créer pas mal de frustration.

    Je peux lui mentir… je sais mentir ! Alors pourquoi est-ce que j’ai pas envie de le faire ?

    Les mains crispées sur ses genoux, il laisse entendre un « Heu… » incertain. Mais avant qu’il n’ait eu le temps de prononcer le moindre mot, la porte derrière eux s’ouvre.

    — Marlène, est-ce que tu… ?

    Tifa se fige en découvrant la petite fille en compagnie de l’Incarné. Une alarme se déclenche en elle et c’est d’une voix plus dure qu’elle ne l’aurait souhaitée qu’elle questionne :

    — Qu’est-ce que vous faites ?

    Ni Loz, pas plus que Marlène, ne semblent toutefois s’en formaliser et c’est d’ailleurs avec un large sourire que la petite lui répond :

    — On dessine ! Tu sais qu’il n’avait jamais essayé ? Regarde !

    Avant que l’Incarné n’ait pu l’en empêcher, elle récupère son carnet et le brandit en direction de la jeune femme. Tifa note que Loz semble gêné. Un peu de rouge lui colore les joues et il a recommencé à se tortiller. Sans un mot, elle vient s’accroupir à leur hauteur et, récupérant le carnet des mains de Marlène, observe les dessins qui s’y exhibent. C’est très naïf, mais elle n’a aucun mal à deviner qui est qui.

    Malgré elle, un petit sourire lui monte aux lèvres.

    — Très réussi, dit-elle, en le rendant à Loz.

    Et bien qu’il cherche à ne pas le montrer, elle devine sans mal combien le compliment lui fait plaisir.

    Songeuse, son regard s’attarde sur lui. La conversation entre lui et Yazoo, qu’elle a surprise un peu plus tôt, revient frapper à la porte de son esprit et elle se passe une main dans les cheveux. Parce que Jenova est un sujet qui a tendance à éclipser tout le reste, elle avait presque oublié qu’il ne s’agissait pas du seul point inquiétant de leur échange. Non, il y avait aussi cet autre détail…

    Consciente, toutefois, qu’il risque de se braquer si elle n’y met pas les formes, c’est donc d’une voix prudente qu’elle s’enquiert :

    — Loz… pourquoi est-ce que tu n’es pas sorti avec Yazoo ? (Puis, la question lui paraissant un peu trop brutale, elle développe :) Comme je n’avais pas besoin de toi aujourd’hui, je pensais que vous iriez vous balader tous les deux. Rester tout seul ici, ce n’est sans doute pas très amusant ?

    Et comme son interlocuteur approuve d’un signe de tête, l’expression toutefois méfiante, comme s’il la soupçonnait de chercher à le piéger, elle se force à sourire. Incline la tête sur le côté et ajoute :

    — Est-ce que par hasard… tu avais quelque chose à faire ici ?

    Cette fois, c’est la nervosité qui vient se peindre sur le visage de Loz. Tout en se tordant les doigts, celui-ci jette des regards en direction de Marlène. Semble se demander s’il convient ou non de répondre. C’est la petite fille qui met elle-même fin à son dilemme :

    — C’est parce qu’il voulait me demander pardon pour hier. (Et comme Tifa fronce les sourcils, elle ajoute :) Mais j’ai compris que c’était pas lui le responsable. C’est parce que je t’ai pas obéi que c’est arrivé et j’ai été méchante de lui en vouloir. (Puis, baissant la tête :) Pardon Tifa, je le ferai plus.

    Et elle semble si honteuse de son comportement que la jeune femme sent un sourire – sincère, cette fois – lui monter aux lèvres. De soulagement, d’une part, mais aussi d’attendrissement.

    Ce n’était donc que ça…

    — C’est bien, dit-elle. Je suis contente que tu aies compris ça, Marlène. (Puis, laissant son regard aller de l’un à l’autre :) Et je crois que vous méritez une petite récompense tous les deux : est-ce qu’une part de tarte aux pommes encore chaude vous ferait plaisir ?

    Des exclamations aussi surprises qu’enjouées accueillent sa proposition…


    18

    Des grincements envahissent la pièce, que les remous du bateau ne cessent de faire tanguer. Des cabinets communs, dans le couloir. La chambre, elle, n’a qu’un lit deux places qui en occupe la moitié de l’espace. Assis sur celui-ci, Kadaj se change pour la nuit. Passe un t-shirt bien trop grand pour lui, dont la couleur s’est depuis longtemps ternie.

    Depuis l’épisode de monsieur Dauphin, l’Incarné est resté sombre et Cloud a eu du mal à lui arracher ne serait-ce que deux mots. Autant dire que le dîner s’est révélé plutôt glauque et c’est une chance qu’il ne soit, de nature, pas du genre très bavard. À présent installé sur l’unique chaise de la pièce, le blond a porté son portable à son oreille.

    — Je vois… oui, bien sûr.

    À l’autre bout de la ligne, Tifa – dont il n’a pris connaissance du message qu’un peu avant d’embarquer. Une traversée qui va leur prendre toute la nuit et les fera accoster tôt le lendemain matin…

    Ses sourcils se froncent, comme la jeune femme lui rapporte la conversation qu’elle a surprise entre Loz et Yazoo. Sent l’inquiétude monter également en lui, trop conscient qu’il est que toute mention de Jenova n’est qu’un appeau à problèmes.

    Derrière lui, le lit grince au moment où Kadaj s’y assied en tailleur. Il peut sentir son regard darder en direction de sa nuque. Ne se retourne toutefois pas, préfère poursuivre :

    — D’accord. Oui. Je vais essayer. Ne t’inquiète pas. Est-ce que tout va bien de ton côté ?

    Devinant que la question fait référence à ses frères, Kadaj renifle d’agacement. Cloud préfère jouer à celui qui n’a rien entendu ; se détend comme Tifa lui explique que la soirée s’est déroulée sans heurt. Que ni Denzel, ni Loz, ou encore Yazoo, ne lui ont posé le moindre problème. Quant à Marlène, elle commence à apprécier Loz. Ça l’a surprise, mais c’est plutôt encourageant.

    — Oui, c’est bien, approuve le blond. On devrait arriver à Gongaga demain en début d’après-midi. Oui, pas plus de trois jours, je pense. Bonne nuit, à demain.

    Là-dessus il raccroche et s’étire. Continue de sentir le regard de Kadaj peser sur lui, mais s’entête à l’ignorer. Il a promis à Tifa d’essayer de découvrir ce qu’il pourrait leur cacher à propos de Jenova… bien qu’il ne sache pas vraiment comment s’y prendre. Il va lui falloir agir prudemment et on ne peut pas dire qu’il soit forcément doué pour ce genre de chose. D’autant moins qu’il doit affronter un interlocuteur dont le caractère à fleur de peau risque de compliquer considérablement les choses…

    Quand vous pensez être enfin débarrassé d’elle, il faut qu’elle revienne montrer le bout de son nez. À croire que ça ne s’arrêtera jamais !

    C’est sur cette note défaitiste qu’il se lève finalement pour se préparer pour la nuit…

    ZeegZag ~ 2019

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  • 22/07/2019

     

    Après la pluie : Presque terminé de poster l'épisode 4 ! \o/ J'ai relu sa dernière partie aujourd'hui et elle sera donc postée demain.  Au niveau de l'épisode 5, j'ai terminé son deuxième jet et vais sans doute attaquer ses corrections cette semaine... ou la suivante, à voir. Relu dans la foulée l'épisode 6, dont je devrais attaquer la réécriture cette semaine ! Et avec ça, héhé, attaqué le premier jet de l'épisode 9. Pour le moment 7.600 mots et, avec un peu de chance, je l'aurai terminé rapidement.

    OS AngealxSephy : Du coup, cet OS s'appelle finalement "En progression..." eeeet... terminé ses relectures et corrections cette semaine, est présentement disponible sur le net. Et j'ai pris des notes pour 3 OS supplémentaires + un bonus, que je lui écrirai sans doute quand j'aurai le temps. Donc, yup, il y a des chances pour que cet OS tourne au projet à chapitres prochainement.

    Nous sommes de retour : Urf... j'ai dû écrire... 500 mots de plus... pas davantage. Donc, toujours pas terminé et, pour le moment, pas trop le temps de m'occuper de son 4ème chapitre.

    Ombre : Relu les parties 32 et 33, devrait prochainement attaquer leur réécriture.

    IncaSephy & son Crossover : Bon, je suis à peu près certain d'avoir pris quelques notes supplémentaires concernant le premier. Quant au deuxième... j'avais déjà causé il y a quelques temps d'un possible Crossover entre ce projet et Après la pluie... eeeeet... me voilà avec un nouveau long projet parce que, haha, forcément ! Je ne pouvais pas juste écrire un truc simple et court pour la détente, nooooon, fallait bien que je trouve le moyen de rallonger tout ça. Du coup, j'ai pris des notes supplémentaires, avec toutes les étapes importantes et la fin de ce projet. Voilà ! Au moins, je sais où je vais !

    Du coup, cette semaine... on reste sur Après la pluie. Et en fonction du temps / de la motivation / l'énergie qu'il me restera, j'irai bosser sur ce qui me tentera le plus à ce moment-là.


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  • En progression...

    Résumé : Malgré la désapprobation de ses amis, Genesis décide d'aller se faire percer les oreilles. (Léger Angeal / Sephiroth)

    Personnages : Genesis, Angeal, Sephiroth

    Genres : Tranche de vie / Humour / Amitié / Romance

    Année : 2019

    Taille : 2.748 mots

    Crédits : Square Enix

     


     

    1

    — Messieurs, nous y voilà !

    Une rue bardée de boutiques, s’encastrant partout où on a pu trouver un peu de place. Bruyante et surtout fréquentée par la jeunesse de Midgar, de la musique s’échappe de plusieurs commerces ; se mêle au brouhaha des conversations, cris d’alpagueurs de rues, ainsi que de trop nombreux bruitages électroniques produits par des bornes d’arcades et autres distributeurs. Une foule compacte l’arpente en permanence, au milieu de laquelle il est épuisant d’évoluer.

    Le trio a fait halte devant une petite boutique ventant un choix encore jamais vu de boucles et autres bijoux d’oreilles. Des panneaux aux couleurs criardes et aux slogans tapageurs s’affichent sur sa devanture. Et au milieu de toute cette réclame pour leur marchandise, le personnel a trouvé une petite place pour indiquer que les oreilles en question, on vous les perce sur place, mais qu’en plus de la prothèse de départ, la maison vous offre votre première paire.

    Genesis se tourne vers ses amis.

    — Aujourd’hui est un grand jour pour nous tous. Car bientôt, je vous le dis, la tyrannie devra courber l’échine face à ma détermination implacable !

    — Tu vas juste te faire percer les oreilles, Gen’, grogne Angeal en retour.

    Les bras croisés, celui-ci a une expression réprobatrice qui pousse son compatriote à lever les yeux au ciel. Près de lui, Sephiroth ajoute :

    — Tu aurais au moins pu venir sans ton uniforme.

    Et à Angeal d’abonder :

    — Non seulement tu t’apprêtes à enfreindre le règlement, mais en plus, il faut que tu le fasses avec ton uniforme sur le dos. Tu déshonneurs le SOLDAT.

    — Deux trous dans les oreilles, ‘Geal. Tu ne vas pas en faire tout un plat toi aussi !

    — Ça reste contre le règlement.

    — Et tu n’es encore que deuxième classe, rappelle calmement Sephiroth qui, comme ses deux comparses, est sorti en ville avec sa tenue du SOLDAT.

    Angeal lui adresse un regard en coin.

    — Et toi tu es première classe, non ? Tu devrais l’en empêcher.

    — Je sais. Mais ce n’est de toute façon pas moi qui suis chargé de votre instruction. Et puis… (Il hausse les épaules.) J’ai hâte de voir la réaction de Franz quand il reviendra avec ses breloques aux oreilles.

    — Ça va chauffer pour lui, c’est sûr.

    — Je me demande vraiment pourquoi je vous ai emmené avec moi, grogne Genesis en secouant la tête. Vous êtes d’un rabat-joie… !

    Puis il revient à la devanture du commerce et se triture mécaniquement le lobe. Il sait qu’il va au-devant de gros ennuis en prenant cette liberté, mais… de son avis, il est grand temps que le SOLDAT cesse d’être aussi arriéré. Avec son règlement grotesque qui cherche à vous priver de tout sens du style tant que vous n’avez pas atteint le rang béni de première classe, il ferait honte à n’importe quel autre Département de la Shinra. Bon sang ! Pas plus tard que le mois dernier, il a vu des miliciens, de simples miliciens, et pas du gradé, avec les oreilles percées sans que ça ne dérange personne.

    Ce qu’il s’apprête à faire aujourd’hui peut donc s’apparenter à un acte fort. Presque un geste de rébellion, contre un système despotique qui cherche à détruire en eux la moindre parcelle d’individualité.

    C’est d’ailleurs tout juste si l’on nous permet de garder nos cheveux !

    Et si personne ne fait rien, si chacun se contente d’accepter docilement ce règlement suranné, ceux-ci pourraient bien être les prochaines victimes sur la liste.

    L’expression plus déterminée que jamais, il annonce :

    — Regardez-moi bien : ceci est le premier pas vers une nouvelle ère !

    Avant de pénétrer dans le commerce qui l’accueille d’un son de clochettes.

    Angeal pousse un soupir. Décidément, son ami leur aura tout fait. Et s’il continue à faire autant parler de lui, qu’importe à quel point il peut être doué en tant que SOLDAT, il prédit que sa promotion risque de lui échapper encore longtemps.

    — J’ai repéré des toilettes pas loin, dit-il à Sephiroth. Je reviens tout de suite.

    — Je t’attends à l’intérieur, lui répond ce dernier, avant de pousser à son tour la porte de l’établissement.


    2

    Quand Angeal pénètre dans la boutique, il trouve Sephiroth occupé à jeter un œil aux nombreux bijoux exposés. Accrochés à même les murs sur des broches qui en soutiennent plusieurs exemplaires, ceux-ci occupent chaque recoin du lieu.

    La clientèle, nombreuse, est surtout composée de groupes de jeunes femmes. Certaines adressent des regards en coin à Sephiroth et il peut entendre l’une d’elles dire à son amie :

    — C’est vraiment lui, tu crois ?

    Scène à laquelle Angeal est aujourd’hui plus que familier. Même si tout le monde ne le reconnaît pas comme le fameux Sephiroth, héros de la guerre du Wutai, son physique, comme sa couleur de cheveux, ont tendance à attirer les regards – du reste pas que féminins. Attention dont son ami semble à peine conscient… à moins qu’il ne soit à ce point habitué au phénomène que celui-ci ne lui fasse plus ni chaud ni froid.

    On ne peut pas en dire autant de Genesis…

    Car son compatriote aussi a tendance à attirer les regards partout où il va. Mais à la différence de Sephiroth, Genesis est non seulement bien conscient de la fascination qu’il peut exercer, mais en retire également un sentiment de fierté qui n’arrange en rien la taille de son ego.

    Lui, par contre, qui est d’un genre bien plus classique, a déjà beaucoup moins de succès. Ce dont il ne se plaint pas, en vérité. Être constamment le centre d’attention ne fait pas partie de sa personnalité et il préfère de loin être de ceux capables de se fondre dans la masse.

    Même si l’uniforme a tendance à attirer l’œil, songe-t-il en voyant deux jeunes femmes se retourner sur son passage.

    Le mot « SOLDAT » lui parvient, tandis que le reste est noyé dans le flot des conversations qui encombrent le lieu.

    — Tu trouves ton bonheur ? lance-t-il à Sephiroth, qui tient entre ses mains une paire d’anneaux aux proportions démesurées.

    — Je me demandais comment on pouvait porter ce genre de choses, lui répond son ami en reposant les bijoux sur leur broche. Ça doit être… particulièrement encombrant.

    — Comme l’ego de Gen’, soupire Angeal en les décrochant à son tour pour les contempler. On devrait les lui acheter, je suis sûr qu’il les porterait.

    Sa remarque arrache un petit rire à son interlocuteur.

    Angeal tourne les yeux dans sa direction, observe son profil, tandis que son ami tend la main vers une paire d’anneaux aux formes tarabiscotées. Un pincement s’éveille au creux de son estomac et il prend une inspiration.

    Il ne saurait dire à quel moment la chose a commencé à se produire, mais depuis peu il a remarqué que ses sentiments à l’égard de Sephiroth ont… évolué.

    Dans un premier temps, il s’était toutefois contenté de prendre ça pour un égarement passager. La guerre, le fait de se retrouver dans un pays étranger à la culture si différente, la proximité constante avec ses camarades, et la mort, partout, à chaque instant… tout ça le déboussolait. Oui, il pensait alors que les choses iraient mieux une fois revenu à Midgar. Quand il aurait eu le temps de reprendre pied avec le monde réel, mais surtout de réfléchir calmement à ses émotions.

    Mais ça ne s’était pas passé ainsi. Au contraire, son trouble n’avait fait que croître et Sephiroth, dont l’ombre occupait de plus en plus ses pensées, avait fini par venir le hanter jusque dans son sommeil. Se retrouver seul avec lui, comme en cet instant, ne lui est d’ailleurs possible que parce qu’il a toujours eu une maîtrise relativement bonne de ses émotions.

    Une chance, car malgré les inévitables maladresses, ses amis, il en est persuadé, n’ont toujours rien remarqué des changements qui se sont opérés en lui au cours des derniers mois…

    De toute façon, ce n’est pas comme si je devais m’attendre à ce que mes sentiments soient réciproques…

    Car même s’il aimerait croire le contraire, il ne se fait pas trop d’illusion quant à ce qu’il se produirait s’il devait se déclarer. Aussi mieux vaut-il les enterrer quelque part et les y oublier jusqu’à ce qu’ils daignent s’user d’eux-mêmes.

    Ainsi, je ne courrai pas le risque de mettre en péril notre amitié.

    Comme il repose finalement les bijoux, il en remarque d’autres qui lui font monter un sourire aux lèvres.

    — Tu devrais penser à te les faire percer toi aussi, dit-il. Ça t’irait sûrement et puis…

    Venant placer les boucles tout près de l’oreille de Sephiroth – de simples billes discrètes –, il ajoute :

    — Celles-ci sont exactement de la couleur de tes yeux.

    — Drôle d’argument de vente, note son ami avec un petit sourire.

    — Désolé, je ne suis pas aussi doué que Gen’.

    L’espace d’un instant, il se demande à quoi ça aurait ressemblé, s’ils avaient eu une petite chance tous les deux. Seraient-ils parvenus à s’entendre, déjà ? Une relation de couple, c’est après tout différent d’une simple amitié. L’intimité qu’on y gagne peut être source de plaisir, comme de souffrance. Surtout si vous vous révélez finalement incompatibles sur le plan de la personnalité…

    Lui par exemple, qui est d’un genre plutôt austère, sait qu’il paraît souvent ennuyeux. Économe – synonyme de radin, selon Genesis –, sans doute trop sérieux et pas franchement porté sur tout ce qui tend à attirer les jeunes de son âge, sa personnalité conviendrait mieux à quelqu’un de plus âgé. Et c’est sans doute là où le bât blesse…

    Quant à Sephiroth…

    S’il devait résumer son ami en un seul mot, ce serait : secret. Il ne se lie pas facilement, se livre encore moins, a un humour parfois particulier, sans doute trop aride pour certains, et ne semble vivre que pour s’améliorer toujours plus en tant que combattant. Avec ça, il est habité d’une soif de connaissance qui l’impressionne toujours et qui peut le pousser à s’enfermer plusieurs jours dans sa chambre, sinon à la bibliothèque de la Shinra.

    Et à la réflexion, lui non plus ne s’intéresse pas aux mêmes choses que les jeunes de notre âge.

    Sortir, courir les filles, boire et faire la fête jusqu’à pas d’heure ; expérimenter et se jeter tête la première dans tout un tas d’aventures qui ne vous laisseront pas forcément glorieux le lendemain… Même au SOLDAT, ils sont nombreux à s’y adonner sitôt qu’un congé pointe le bout de son nez.

    Au final, et bien que dans des genres différents, il s’avère qu’ils sont tous les deux plutôt similaires. Même si son ami a plus souvent tendance que lui à se laisser entraîner dans les sottises de Genesis.

    C’est d’ailleurs à se demander pourquoi LUI continue de nous fréquenter.

    Son regard vient finalement rencontrer celui si particulier de Sephiroth et un frisson lui remonte le long de l’échine. Sa gorge, elle, se serre et il doit faire un effort considérable pour ne pas laisser deviner le trouble qui l’envahit en cet instant.

    Il aurait souhaité pouvoir tendre la main vers lui, afin de lui caresser la joue, peut-être même les cheveux… il lui suffirait d’étendre les doigts pour ça. À peine quelques centimètres. Un gouffre qu’il n’aura sans doute jamais l’occasion de dépasser.

    Si proche et pourtant si loin.

    Il sait qu’il devrait reculer la main. Qu’il n’est déjà resté que trop longtemps dans cette position. Que déjà, son comportement doit paraître étrange. À la place, son regard se pose à nouveau sur les billes qui, plus que jamais, lui rappellent les yeux de son ami, et un pincement vient lui martyriser le cœur. Alors, il prend une longue inspiration et, sans vraiment y réfléchir, lance :

    — Tu sais, je crois qu’elles me plaisent… qu’elles me plaisent même beaucoup.

    Un aveu camouflé qu’il regrette aussitôt. L’expression de Sephiroth se faisant interloquée, il détourne la tête. Juste à temps pour que celui-ci ne surprenne pas la rougeur qui lui chauffe à présent les joues.

    Merde, merde, merde, qu’est-ce qu’il lui a pris ?! Enfin, ça va aller… oui, ça ira sûrement. Il s’agit de Sephiroth, après tout. Il va sans doute passer à côté du sous-entendu pour rester dans le premier degré. Ça lui ressemblerait parfaitement !

    Alors qu’il se tranquillise et que son cœur commence à retrouver un rythme normal, Genesis revient avec un large sourire et des lobes aussi rouges que l’étaient ses joues.

    — Admirez ! claironne-t-il en écartant les bras. Est-ce que ça ne décuple pas mon charme naturel ? (Et avant que ses amis ne puissent lui lâcher la première méchanceté qui leur viendrait à l’esprit, il brandit fièrement devant lui une paire de boucles d’oreilles.) Et voilà celles que j’ai choisies comme étendard de mon combat. La bataille fut rude, mais je pense avoir fait le bon choix.

    Les deux autres louchent sur le choix en question. Si l’une des boucles se résume à une petite bille, l’autre est une longue tige qui forme là des ronds, là des stries, le tout ayant une allure…

    — Encombrante, lâche Angeal.

    — Tu avais raison, il les aurait portées.

    — Bon sang, j’aimerais ne pas aussi bien le connaître !

    Ignorant leurs remarques, Genesis lance :

    — Alors, y a-t-il des courageux prêts à suivre mon exemple ? Ou vais-je devoir mener ce combat seul ?

    — Seul, réplique Angeal.

    — Mais on sera là quand Franz te mettra la main dessus, ajoute Sephiroth.

    Genesis retrousse le nez d’un air agacé, avant de désigner d’un geste du menton les boucles que tient Angeal.

    — Et ça, qu’est-ce que c’est ? Tu as vraiment des goûts douteux, ‘Geal !

    Son ami, qui n’avait pas remarqué qu’il les avait toujours en main, va pour les reposer, mais Sephiroth les lui subtilise avant.

    — C’est pour moi, dit-il. Je comptais les acheter.

    Et à Genesis de répliquer :

    — Tiens donc ! Est-ce que finalement, tu aurais changé d’avis ?

    — Non. C’est juste que…

    Sephiroth baisse les yeux sur les billes. Semble hésiter l’espace d’un instant, avant d’ajouter simplement :

    — En fait… je crois qu’à moi aussi elles me plaisent.

    Puis de les dépasser avec un petit sourire énigmatique.

    — Toujours aussi bizarre, celui-là, soupire Genesis en le regardant se diriger vers la caisse. Et sinon… Angeal. Tu m’expliques pourquoi tu ressembles à une tomate trop mûre ?

    Effectivement pivoine jusqu’à la pointe des oreilles, l’interrogé secoue la tête.

    — N’importe quoi !

    Avant de se détourner et de se plaquer une main contre la bouche.

    Il n’a pas rêvé, n’est-ce pas ? Ça vient vraiment de se produire ? Mais non, Angeal, calme-toi ! Encore une fois, il s’agit de Sephiroth… il ne pensait peut-être pas… sans doute que ça ne voulait pas dire autre chose que… et lui serait fou de…

    — Ah si, si, je t’assure, poursuit Genesis en se penchant sur le côté pour continuer de l’apercevoir et lui enfoncer un doigt au niveau de la joue. On pourrait faire cuire un œuf sur ton crâne, je parie. (Puis, avec un sourire satisfait aux lèvres, il lui envoie un coup de coude.) Allez, avoue : c’est moi qui te fais cet effet ? Je ne voudrais pas me vanter, mais je n’ai jamais été aussi sexy. Ne t’étonne pas si je fais des ravages d’ici peu !

    — N’importe quoi, répète Angeal. Je… j’ai besoin d’air. Je sors !

    Avant de bousculer son ami.

    Et maintenant, qu’est-ce qu’il est censé faire ? Attendre que Sephiroth revienne vers lui et… ? Ou bien prendre les devants… essayer de tâter le terrain… ? Mais et s’il se trompe ? Est-ce qu’il peut vraiment prendre le risque de… Mais et s’il ne se trompait pas, justement ? S’il y avait vraiment une chance que lui… qu’ils… ensemble…

    Bon sang, c’est pas grave. Il verra ça plus tard… quand ils seront rentrés… quand il aura eu le temps de se calmer, de réfléchir… parce que pour l’heure…

    Je risque de faire une connerie !

    Et pour ne rien arranger, voilà que Genesis, derrière lui, s’accroche à son idée et poursuit :

    — Tu peux me reluquer, si tu veux. Après tout, quoi de plus normal que d’admirer la beauté ? Mais je te serais reconnaissant de m’éviter les déclarations : ça, pour le coup, ce serait franchement gênant !

    — D’accord, cette fois ça suffit, s’emporte Angeal en poussant la porte du commerce. T’as gagné : je ne veux plus être ton ami !

    ZeegZag ~ 2019

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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 4

    Partie 4

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 2.963 mots

     


     

    12

    Loz est soucieux en quittant le Septième Ciel. La façon dont Tifa l’a fixé quand il est passé devant elle l’a mis drôlement mal à l’aise. Il a presque l’impression qu’elle le soupçonne de quelque chose… pire, qu’elle sait déjà, mais… non ! C’est impossible, n’est-ce pas ? Il a été plus que discret, elle ne peut donc pas savoir qu’il a…

    Son regard se pose sur Marlène. La petite est assise devant l’établissement avec un carnet à dessin et des crayons de couleurs. Il a un sourire, qui faiblit quand elle tourne la tête dans sa direction. À voir la façon dont elle gonfle les joues, elle lui en veut encore pour ce qui est arrivé la veille.

    Sans un mot, il vient donc s’asseoir près d’elle et sort un bonbon qu’il a enveloppé dans un morceau d’essuie-tout.

    — Pour toi.

    À la vue de la sucrerie, les yeux de Marlène s’arrondissent. L’eau lui monte déjà à la bouche et, en d’autres circonstances, elle se serait jetée dessus sans poser de question, mais… une petite alarme, tout au fond d’elle, lui conseille d’être prudente.

    Les propos de Denzel lui reviennent en mémoire. Il lui a dit de faire attention. De ne pas se laisser embobiner s’ils tentent de se montrer gentils avec elle, que ça pourrait cacher quelque chose. Elle serre donc les poings, se fait violence pour ne pas tendre les doigts en direction de la douceur qui lui est ainsi offerte et questionne avec suspicion :

    — Pourquoi tu me le donnerais ?

    — Ben… heu… tu as dit que rendre des services, ça permet de se faire pardonner, non ? Alors, je me suis dit que si je t’en ramenais un, tu pourrais m’excuser pour hier…

    — C’est pas pour être gentil, alors, lui reproche la petite. C’est juste parce que tu veux que je te donne quelque chose moi aussi !

    — Et c’est pas bien ?

    Il a l’air déçu. Un peu inquiet, aussi. Il ne s’attendait pas à ce que ça tourne ainsi. Et c’est embêtant, parce que c’est la seule idée qu’il ait eue pour apaiser la tension entre lui et Marlène. À cause de sa maladresse de la veille, elle l’apprécie sans doute encore moins qu’à son arrivée ici et si Kadaj l’apprenait… si Kadaj savait qu’il a aggravé la situation, sûr qu’il se mettrait en colère.

    — T’en veux pas, alors… ?

    À présent certain d’avoir raté son coup, il va pour ranger le bonbon et se lever, mais Marlène s’adoucit – aidée en cela par sa gourmandise.

    — Si. Mais attention, c’est juste pour cette fois, hein ? La prochaine fois, je te pardonnerai pas aussi facilement !

    Puis, sans attendre, elle lui chipe le bonbon et l’enfourne dans sa bouche.

     

    14

    — Ouais… le troisième est là aussi.

    Son téléphone portable à l’oreille, Rude observe Loz depuis sa planque. La voix de Reno est furieuse et le roux, en moins d’une minute, a usé son répertoire d’insultes les plus dégradantes afin de qualifier Yazoo – dont il ne parvient toujours pas à retrouver la trace.

    « Un grand type comme ça, avec des cheveux gris, ça passe pas inaperçu, merde ! »

    Rude fronce les sourcils. À son avis, son collègue aura du mal à remettre la main sur sa cible. L’Incarné l’a sans doute repéré à un moment ou à un autre de sa filature et doit à présent être sur ses gardes. C’est certes frustrant, mais mieux vaut admettre sa défaite dans ce genre de situation. Seulement… à entendre la nouvelle bordée d’injures que Reno égraine à son oreille, il semble que celui-ci ne soit pas décidé à écouter la voix de la raison.

    — Ouais, je quitte pas mon poste. Mais grouille-toi quand même, je commence à en avoir marre de poiroter ici.

    Là-dessus, il raccroche et range son portable. Non seulement il en a sa claque, mais en plus le froid commence à lui arracher des frissons. Faut dire qu’on est encore qu’en février et que leur uniforme de travail n’est pas franchement ce qu’il y a de plus adapté à cette période de l’année. Se dégourdir les jambes lui ferait le plus grand bien… et boire un truc chaud aussi.

    Comme il croise les bras et s’adosse contre le mur derrière lui, il voit Marlène porter quelque chose à sa bouche. Note le sourire qui apparaît au même instant sur les lèvres de l’Incarné et songe qu’il faut être sacrément inconscient pour laisser une gamine de cet âge en compagnie d’un de ces types-là.

     

    15

    Des bateaux mouillent dans le port de Bas-Junon, certains sur le départ. Une foule va et vient ; constituée de simples villageois, de membres d’équipages, mais aussi de voyageurs de passage désireux de traverser l’océan pour rejoindre le continent voisin.

    L’après-midi touche à sa fin et, quelque part au loin, on peut percevoir les exclamations d’enfants qui s’en rentrent chez eux.

    Près de la moto de Cloud, Kadaj se tient et observe d’un œil sombre l’activité alentour.

    Depuis la chute de la Shinra, les choses ont radicalement changé dans le coin. Car sans l’énergie Mako dont la compagnie seule avait le monopole, plus d’aéronefs, plus aucun transport aérien, ne laissant que la solution des véhicules nautiques à tous ceux se voyant contraints de voyager par-delà les mers.

    C’est là-dessus que ce petit village, autrefois coincé dans l’ombre de la Junon fortifiée, avait parié afin de redresser la tête. En investissant d’abord dans quelques bateaux, il avait su, grâce au bouche-à-oreille, attirer toujours plus de voyageurs – lui permettant ainsi de s’en procurer d’autres, en plus d’agrandir son port. L’argent qui continuait à affluer avait ensuite servi à transformer la localité elle-même – surtout en termes de confort et d’accueil pour tous ces nouveaux arrivants de passage –, de fait que celle-ci n’a aujourd’hui plus grand-chose à voir avec son ombre du passé.

    Et si Kadaj n’a pas connu l’ancien Bas-Junon, ce n’est pas la première fois qu’il vient ici. Il y a de cela plusieurs mois, il a dû s’y arrêter, afin de rencontrer et d’offrir une aide temporaire à ceux qu’il pensait capables de le guider jusqu’à sa mère. En vérité, il n’avait été que de déception en déception avec eux, ne trouvant qu’un peu de réconfort dans la distraction que les Turks lui avaient alors procuré, avant de rejoindre la Rivière de la Vie.

    À cette époque, d’ailleurs, il était seul. Ni Yazoo, pas plus que Loz, n’existaient encore et il ne comprenait pas vraiment ce qu’il était lui-même. Paumé. C’était sans doute le mot qui convenait le mieux pour désigner son soit d’alors. Désespéré, aussi… et surtout bien plus immature.

    Il baisse les yeux sur ses mains et observe ses paumes gantées. Oui, entre sa première et sa deuxième vie, il avait quelque peu changé. Son corps avait vieilli et son esprit avec. Surtout, son passage dans la Rivière de la Vie lui avait appris bien des choses et lui qui, à l’origine, se contentait de mépriser Sephiroth, s’était mis à craindre l’ombre de ce frère aîné qui menaçait de l’éclipser aux yeux de leur mère.

    À cette pensée, son visage se crispe et il ferme les paupières, le temps de repousser ce sentiment de colère qui cherche à s’emparer de lui. Se demande si, comme la première fois, son dernier séjour au sein de la Rivière de la vie a pu le changer… et surtout, jusqu’à quel point ? Physiquement, il n’a pas tant l’impression que ça d’avoir vieilli. Juste un peu, peut-être, et encore ! Mais psychologiquement… ?

    Est-ce que j’aurais pu changer sans m’en rendre compte ?

    Il n’a toutefois pas le temps de s’attarder davantage sur cette question que Cloud revient et l’informe :

    — Notre bateau ne part pas avant trois heures. Si tu as faim, on peut aller manger quelque chose en attendant.

    Là-dessus, il ouvre le compartiment situé sous sa selle, afin d’en tirer le paquet qu’il est censé livrer à Gongaga. L’objet n’est qu’un simple colis de quinze centimètres sur vingt, dont il préfère s’encombrer juste au cas où. Il interroge Kadaj du regard quand, derrière lui, une voix s’élève :

    — Cloud… ? C’est bien toi ?

    Il se retourne pour découvrir une toute jeune adolescente aux cheveux châtains attachés en palmier sur le sommet de son crâne. Sur son t-shirt délavé, la silhouette d’un dauphin. Les grands yeux marron qui le fixent font remonter en lui des souvenirs qui lui semblent incroyablement lointains.

    — Priscilla ?

    Un large sourire vient illuminer le visage de la jeune fille, qui s’exclame :

    — Papa m’avait dit qu’il t’arrivait de passer à Bas-Junon ! J’étais triste de te rater à chaque fois.

    Puis elle se penche sur le côté afin d’apercevoir Kadaj ; croyant, l’espace d’un instant, retrouver une ancienne connaissance. Elle se sent donc un peu déçue en ne reconnaissant pas ce dernier, que Cloud lui présente :

    — Un ami à moi et Tifa : il me seconde dans mon travail.

    Disant cela, il tapote le paquet qu’il a placé sous son bras. La jeune fille reporte son attention sur lui et opine du chef.

    — Oui, papa m’a expliqué que tu es devenu livreur… ça doit drôlement te changer, dis donc ! Je veux dire, après tout ce qu’il s’est passé !

    — Les routes ne sont pas forcément sûres… ça fait toujours un peu de distraction, lui répondit-il avec un sourire à peine esquissé, avant de s’enquérir : Comment va monsieur Dauphin ?

    Dans son dos, il peut soudain sentir le regard pénétrant de Kadaj.

    — Bien, lui répond Priscilla. Il va, il vient… je crois qu’il n’apprécie pas beaucoup les changements qu’il y a eu ici. Trop d’animation pour lui, alors… je ne le vois plus trop. (Puis, avec un regard malicieux :) Mais il est là, en ce moment. Ça te dirait de venir le voir ? Je suis sûre que ça lui ferait plaisir !

    En réponse, Cloud hausse les épaules comme pour dire : pourquoi pas ? Ils ont, après tout, un peu de temps à tuer avant d’embarquer…

    — Tu veux venir avec nous ? questionne-t-il, en se tournant vers Kadaj.

    — Monsieur Dauphin ? se contente de répondre ce dernier, l’air de se demander qui en ce monde peut bien porter un nom aussi ridicule.

    Cloud échange un petit sourire avec Priscilla.

    — Crois-moi, il gagne à être connu.

     

    16

    La joue déformée par sa sucrerie, Marlène est retournée à ses dessins. Toujours assis près d’elle, Loz semble ne pas savoir comment il convient à présent de se comporter. Il lorgne vers la porte de l’établissement, se demande s’il ne devrait pas se contenter – pour aujourd’hui – de la victoire qu’il a obtenue, avant de revenir à la fillette. Curieux, il se penche dans sa direction pour voir ce qu’elle fait. S’exclame dans un petit hoquet admiratif :

    — Hé ! Mais c’est Denzel !

    La petite opine du chef, tout en continuant de mettre en couleur la chevelure du garçon. Son dessin est assez simpliste, mais pour Loz qui n’a jamais tenu un crayon de sa vie – et ignore donc s’il serait capable d’en faire de même –, il paraît incroyable.

    — Tu en as fait d’autres ?

    Et il semble à ce point fasciné que Marlène ne peut s’empêcher d’en ressentir une pointe de fierté. C’est rare que quelqu’un s’intéresse avec tant de sincérité à ses dessins. En général, les adultes les regardent avec politesse et, s’ils ne sont jamais avares de compliments, ils le font surtout parce qu’ils pensent que c’est ainsi que l’on doit se comporter avec une enfant. Par contre, jamais elle ne surprend dans leurs regards de lueur similaire à celle visible dans celui de Loz.

    — Tu veux les voir ? questionne-t-elle presque timidement.

    Et comme son interlocuteur approuve d’un signe de tête, elle revient plusieurs pages en arrière, afin de lui dévoiler l’ensemble de ses créations. S’il n’a aucun mal à reconnaître Tifa, Cloud et même un Chocobo, la petite doit en revanche lui expliquer qui est ce grand type habillé de rouge et aux cheveux noirs, ainsi que ce petit chat qui porte une couronne sur la tête.

    Rouge de plaisir face aux compliments de Loz, elle propose :

    — Tu veux dessiner quelque chose, toi aussi ?

    Disant cela elle tend son carnet à l’Incarné, qui se gratte les cheveux.

    — C’est que… je suis pas sûr de savoir le faire.

    — Tu n’as jamais essayé ? s’étonne-t-elle.

    — Non… tu sais, avec Kadaj et Yazoo, on n’a jamais vraiment eu le temps pour ce genre de trucs.

    Et de toute façon, ils n’avaient pas vécu assez longtemps la première fois pour ne serait-ce qu’envisager de s’intéresser à ce type d’activité. À quoi est-ce que ça aurait bien pu leur servir de s’amuser avec des crayons de couleur, alors qu’ils étaient censés retrouver leur mère ?

    Marlène l’observe à présent comme s’il était un animal un peu étrange. Le même regard que la veille, quand il lui a dit qu’il n’avait jamais mangé de bonbon.

    — Même pas quand tu étais petit… ?

    — J’ai jamais été petit.

    — Comment ça ?

    Un peu gêné, Loz se masse la nuque d’une main et avoue :

    — En fait, j’ai toujours été comme ça.

    À cet instant, il se demande à quoi ça aurait pu ressembler, s’il avait eu le droit à une enfance. Kadaj serait-il resté le plus âgé ou bien ce rôle lui serait-il revenu ? D’ailleurs, aurait-il vraiment été capable de se comporter comme un grand-frère ? Une chose est sûre, il se serait beaucoup amusé avec ses frères. Ça aurait été chouette ! Et puis, si leur maman avait été là… si elle avait pu le prendre dans ses bras. Lui dire qu’elle l’aimait. Le gronder quand il aurait fait des bêtises et le féliciter quand il aurait fait quelque chose de bien… à l’idée qu’il ne connaîtra sans doute jamais ça, il sent ses yeux s’humidifier et doit se faire violence pour ne pas se mettre à pleurnicher.

    — Alors c’est vrai que vous êtes pas humains… ?

    Il y a de la tristesse dans le regard qu’elle pose sur lui. Pas parce qu’ils ne sont pas humains, mais parce qu’elle le plaint de ne jamais avoir pu être un enfant. Puis elle secoue la tête, avant de lui tendre à nouveau son carnet.

    — T’es sûr que tu veux pas essayer ?

    — Ce sera pas beau.

    — C’est pas grave ! (Et comme il semble encore hésiter, elle propose :) Pourquoi tu dessinerais pas tes frères ?

    Et si Loz semble encore un peu hésitant, l’idée lui plaît tant qu’il accepte finalement le carnet qui lui est tendu…

     

    17

    Donc monsieur Dauphin est… un dauphin.

    Il ne sait pas trop à quoi il s’attendait, en vérité. Même si dans le fond, il trouve ça un peu décevant.

    Les bras croisés, il se tient en retrait. Observe Cloud et Priscilla qui, chaussures ôtées et bas de pantalon retroussé pour l’un, tongs abandonnées pour l’autre, se sont aventurés dans l’eau pour saluer l’animal. Comme celui-ci laisse entendre des sons étranges à son oreille, Kadaj se demande s’il les reconnaît vraiment. Si dans son comportement, dans la façon qu’il a de venir à leur rencontre, il ne faut pas voir seulement de la curiosité naturelle. Il faut dire qu’il n’y connaît pas grand-chose, en ce qui concerne cette sorte de forme de vie. Déjà que la logique humaine lui échappe un peu trop souvent…

    Près de ses bottes, Cloud a également abandonné son colis sur le sable – à distance respectable de l’eau, afin qu’aucun ne coure le risque d’être mouillé.

    Qu’est-ce que je fiche ici, au juste ?

    En définitif, tout ceci l’ennuie terriblement. Il a accepté de suivre Cloud parce qu’il n’avait pas très envie de rester à nouveau seul au milieu de toute cette foule, mais… en cet instant, il lui semble qu’il y trouverait davantage matière à s’occuper.

    Je me demande si tout se passe bien…

    Ça ne fait que quelques heures qu’il a quitté ses frères et, déjà, il ne peut s’empêcher de s’inquiéter. Il leur a dit de se tenir tranquille, aussi feront-ils de leur mieux pour lui obéir, mais… ne pas être là pour les surveiller, pour s’assurer qu’ils n’ont aucun comportement déplacé – qu’ils seraient incapables d’assimiler comme tel d’eux-mêmes –, ou qu’ils ne se montrent pas trop bavards, l’angoisse un peu. Loz a tendance à parler et à agir sans réfléchir, ne se rendant compte que trop tard qu’il a fait une bêtise. Quant à Yazoo… en ce qui le concerne, il ne sait même pas par où commencer. Seule certitude : il y a bien peu de chance pour qu’il se montre trop bavard, mais…

    Même sans ça, il pousse facilement les gens à bout.

    Il en est là de ses réflexions quand Cloud se tourne vers lui. Sous le soleil déclinant, ses cheveux blonds semblent miroiter. Il lui fait un signe de la main et lance :

    — Approche, si tu veux.

    Kadaj hausse les épaules, mais daigne néanmoins marcher en direction du trio. Il ne les a toutefois pas rejoints que l’animal montre soudain des signes de nervosité et décide de prendre la fuite. Étonnée, Priscilla le regarde s’éloigner. Elle ne se souvient pas de l’avoir déjà vu se comporter ainsi. Non, quand elle se trouve à proximité, monsieur Dauphin tend au contraire à être curieux envers tous ceux qui l’accompagnent.

    Kadaj s’est arrêté. Regarde lui aussi l’animal disparaître à l’horizon, avant de laisser entendre un soupir. Puis, sans laisser à Cloud ou à la jeune fille le temps de prononcer le moindre mot, il grommelle :

    — C’est pas comme si je voulais vraiment faire sa connaissance, de toute façon…

    ZeegZag ~ 2019

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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 4

    Partie 3

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 2.598 mots

     


     

    10

    Plongée dans ses pensées, Tifa n’écoute que d’une oreille les bavardages de son client. Installé au comptoir, celui-ci sirote un café sans sembler remarquer le manque d’attention de la jeune femme. Saute d’un sujet à l’autre sans se soucier de savoir si on arrive ou non à le suivre ; se tourne parfois vers Marlène pour la gratifier d’un gentil commentaire ou deux, avant d’en revenir à ses moutons.

    La petite, elle, ne fait pas vraiment attention à lui. Trop habituée à être sollicitée par la clientèle, elle offre parfois un sourire, une réponse quand c’est nécessaire, mais reste en général focalisée sur son activité première qui, pour l’heure, est de prendre son goûter. La paille de sa brique de jus de fruits aux lèvres, ses petits pieds se balancent sous elle.

    Dans le reste de la salle, un trio dont on peut percevoir la conversation, ainsi qu’une femme seule qui se délecte d’une part de tarte et d’une tasse de café. Des lunettes sur le nez, celle-ci parcourt du regard le journal qu’elle a déposé près d’elle et fronce parfois les sourcils de contrariété.

    — Je te le dis, le WRO fait du bon travail ici, poursuit Smith. Pas comme ces salauds de la Shinra qui n’auraient même pas bougé le petit doigt pour nous aider à construire cette ville. J’en vois des fois traîner dans le secteur… et dire qu’ils se permettent de se croire encore tout permis !

    Tifa esquisse un petit sourire, mais ne répond rien. Derrière elle, la radio est allumée, délivre son filet d’informations peu réjouissantes : la pauvreté qui touche encore bien trop de monde à Edge, histoires de trafics venus tout droit de ce qu’il reste des taudis et autres attaques de monstres.

    Elle jette un coup d’œil au téléphone situé près de la cage d’escalier. Malgré ses appels, impossible de joindre Cloud, aussi lui a-t-elle laissé un message en lui demandant de la rappeler dès qu’il le pourrait.

    Intérieurement, elle sait qu’elle ne devrait pas s’inquiéter comme elle le fait… car encore une fois, il y a peu de chance pour que Kadaj se montre menaçant au cours de leur déplacement – elle le sait après tout désireux d’offrir une chance de reconversion à ses frères et ne prendra donc pas le risque de se montrer problématique tant qu’il n’aura pas obtenu satisfaction de ce côté. Néanmoins, difficile d’être tout à fait sereine quand on a vu et combattu les conséquences de Jenova en ce monde. Surtout quand on connaît l’instabilité de ceux qui en sont les marionnettes…

    Du bruit, à l’étage. Bientôt, le pas de Loz se fait entendre dans l’escalier et l’Incarné passe la tête dans la salle. Comme il parcourt la pièce du regard et qu’elle voit son expression se détendre, se faire presque satisfaite, Tifa redresse le dos. Mais avant qu’elle n’ait pu en deviner la cause, il a déjà porté son attention ailleurs – en fait sur Smith qui le salue d’un geste de la main.

    — Tes frères sont pas là ? C’est rare, hein, de pas vous voir au moins par deux.

    — Heu…, répond Loz. Yazoo est sorti et ‘daj…

    — N’empêche ! le coupe l’autre, qui l’observe avec attention. J’ai vraiment l’impression de vous avoir déjà vu avant. Du genre, y a quelques mois de ça. Vous êtes sûrs que c’est la première fois que vous venez dans le coin ?

    Tifa se crispe, prie pour que Loz ne dise pas de sottises. La dernière chose dont ils ont besoin, c’est bien que se répande la rumeur qu’ils hébergent les vandales ayant ravagé Edge en juillet dernier. La place centrale en est encore défigurée et les volontaires traînent un peu les pieds pour la reconstruire ; elle, comme le mémorial qui s’y dressait. Sans compter qu’il y a eu des blessés dans les attaques. Pas mal de blessés et les gens du coin ont suffisamment souffert ces dernières années pour ne pas passer facilement l’éponge.

    — Non, jamais, répond finalement Loz, avant de se tourner vers la jeune femme. Hein, Tifa ?

    Celle-ci entre aussitôt dans son jeu et hoche la tête.

    — Cloud a fait leur connaissance au cours d’une de ses livraisons. C’est lui qui leur a proposé de venir travailler pour nous et qui les a aidés à venir jusqu’ici.

    — Il voyage, Cloud… c’est bien. Il faut, quand on est jeune et qu’on en a la force ! Mais avec tous ces monstres qui traînent, quelqu’un comme moi aurait du mal à l’imiter… ça me reviendrait trop cher. Tu sais, pour me procurer de quoi me défendre. Ou embaucher un garde du corps. Et puis l’essence, ça court pas les rues ! Je sais qu’il y a du mieux, mais bon sang, t’as vu à combien ils nous le facturent ? Non, vraiment, c’est une chance de pouvoir être aussi libre que lui…

    Il soupire et porte sa tasse à ses lèvres, dont il aspire bruyamment le contenu. Au même instant, Marlène termine son jus de fruits et s’exclame, pleine d’espoir :

    — J’ai fini, Tifa ! Tu me donnes mon bonbon ?

    Puis elle tend sa petite main dans la direction de la jeune femme, qui fronce les sourcils.

    — On a dit quelque chose, hier, je crois : tu es punie, Marlène.

    — Mais…

    — J’ai dit non. Pas avant la semaine prochaine !

    Smith laisse entendre un gloussement.

    — Et alors, la petite poupette a fait des bêtises ?

    Mais la fillette ne lui répond pas, ne fait même pas attention à lui. Car après la note de détresse qui est passée dans ses yeux, c’est maintenant un regard de reproche qu’elle rive en direction d’un Loz soudain dans ses petits souliers.

     

    11

    — Mais pourquoi j’y arrive pas ?!

    Denzel adresse un regard irrité aux canettes défoncées qui, depuis leur perchoir, semblent le narguer. Malgré ses nombreux essais, impossible d’en effleurer ne serait-ce qu’une seule. Il a pourtant fait de son mieux pour corriger sa position, a suivi à la lettre les conseils de Yazoo, mais rien à faire ! Soit il vise trop haut, soit il vise trop bas… sinon à côté. Ses mains se crispent de frustration sur la crosse de son arme.

    — Tu le fais exprès ?

    Près de lui, Yazoo a revêtu sa combinaison de cuir et fixe les canettes comme s’il avait du mal à y croire.

    — C’est pas plutôt toi qui es nul, comme professeur ? réplique Denzel. T’es censé m’apprendre, je te signale !

    — À ce stade, je me demande si qui que ce soit peut encore quelque chose pour toi…

    — La ferme ! Si t’es juste là pour te moquer, alors j’ai plus besoin de toi !

    Yazoo pousse un petit bruit de gorge. Puis il s’approche de l’enfant, ignore la crispation de celui-ci quand il vient saisir ses poignets pour les redresser.

    — Ton regard doit être focalisé sur ton guidon, pas sur ta cible.

    — Je sais !

    — Alors vas-y.

    Quoique de mauvaise grâce, Denzel s’exécute. Et comme pour l’humilier un peu plus, voilà que cette fois son tir atteint sa cible, qui bascule en arrière. Yazoo lui libère les poignets et déclare :

    — Je suis un excellent professeur.

    Renfrogné, Denzel préfère ne pas répondre. Le regarde en silence tirer Velvet Nightmare de son holster et viser les canettes. Mais au lieu de faire feu, l’Incarné questionne :

    — Au fait, pourquoi est-ce que tu veux rejoindre le WRO ?

    — En quoi ça te regarde ?

    — Je t’ai dit que j’étais curieux, non ?

    Denzel renifle. C’est ça, comme s’il allait se laisser avoir par un mensonge aussi grossier !

    — Qu’est-ce que tu me donnes, en échange de ma réponse ?

    Et à Yazoo de lui jeter un regard en coin.

    — Je t’entraîne, lui rappelle-t-il.

    — Non, ça, tu le fais parce que j’ai accepté de répondre à ta question hier.

    — Tu pourrais faire un effort.

    — Non, je peux pas.

    Et face à l’expression butée du gamin, Yazoo incline la tête sur le côté et laisse entendre un soupir.

    — Qu’est-ce que tu peux être capricieux. D’accord, qu’est-ce que tu veux ?

    Denzel écarquille les yeux. C’est tout ? Il ne cherche pas à négocier davantage avec lui ?

    Il tient tant que ça à savoir pourquoi je veux rejoindre le WRO ?

    Ce qui ne manque pas d’accroître sa méfiance. Qu’est-ce qu’il espère, en lui soutirant ce genre d’informations ? De quelle façon pense-t-il pouvoir les utiliser, afin de parvenir à ses fins ? Conscient qu’il doit rester sur ses gardes, qu’il pourrait bien l’embobiner lui aussi s’il ne se montre pas suffisamment prudent, il décide de jouer la carte de la provocation.

    — C’est quoi votre plan exactement ?

    Certain que l’Incarné ne lui dira pas la vérité et qu’il ne sera donc pas tenu de lui répondre. Et comme Yazoo se contente de le fixer, visiblement dans l’attente d’un développement, il ajoute :

    — Moi, je suis sûr que vous cherchez pas vraiment à changer. Vous attendez juste le bon moment pour recommencer à tout détruire.

    Ose dire le contraire. Ose prétendre que c’est pas ce que vous voulez, tout au fond ! Tu ne m’auras pas, ça, tu peux compter là-dessus !

    Yazoo, dont il soutient à présent le regard, dit :

    — Parce que tu crois que je te répondrais si c’était vraiment le cas ?

    — Donc, tu avoues.

    — Je n’avoue rien du tout. Je ne fais que souligner la bêtise de ton raisonnement.

    Puis, ignorant le regard noir du gamin, il lève les yeux au ciel.

    — Recommencer comme avant… ce n’est pas que je sois contre l’idée, mais on ne peut pas. Non, on ne peut plus. Plus jamais, sans doute.

    — Comme si j’allais te croire !

    — J’en déduis donc que grand-frère n’a pas jugé utile de te mettre au courant… à ta place, je serais vexé.

    — Hein ? De quoi est-ce que tu parles ?

    Oubliant son hostilité, Denzel a levé vers lui de grands yeux aussi troublés qu’interrogateurs. Une pointe de satisfaction montant en lui, qui se devine dans la courbe de son sourire, Yazoo répond :

    — Qu’est-ce que tu me donnes en échange ?

    Un petit rire lui échappe face à l’expression proprement scandalisée du gamin. Ce petit imbécile se croit malin, mais il a encore du chemin à parcourir s’il espère pouvoir le piéger.

    À présent rouge jusqu’aux oreilles, Denzel se tourne face au muret et lève son arme.

    — Façon, je m’en fous. J’ai pas besoin de savoir !

    Avant d’appuyer sur la gâchette et, comme à son habitude, rater sa cible. En récompense, ses joues s’enflamment davantage encore et, l’espace d’un instant, il manque de jeter son pistolet à terre. Ne se retient que parce qu’il ne veut pas donner le plaisir à Yazoo de le voir taper une crise comme un gamin.

    — Tu ne veux toujours pas me dire pourquoi tu désires rejoindre le WRO ?

    Un coup d’œil dans sa direction apprend à Denzel que l’Incarné n’a toujours pas perdu son sourire satisfait.

    — Occupe-toi de tes oignons !

    — Dans ce cas… j’imagine qu’il ne me reste plus qu’à te parler de notre « plan », comme tu le dis si bien.

    — Je m’en fous !

    — Mais je vais quand même le faire, ajoute Yazoo en se penchant à sa hauteur, de telle sorte que le garçon se retrouve nez à nez avec lui. Parce que moi, j’ai envie que tu répondes à ma question…

    Denzel va pour se reculer, mais la main de Yazoo vient le saisir au niveau de la mâchoire. Et si le geste n’est pas brutal, il reste suffisamment ferme pour l’obliger à demeurer où il est.

    — Parvenir à rester chez vous. Avoir quelqu’un pour nous aider à nous adapter. Ne pas nous retrouver à nouveau livrés à nous-mêmes… ni plus, ni moins.

    Là-dessus, il relâche l’enfant qui s’écarte vivement en se frottant la peau avec dégoût.

    — Tout ce que nous voulons, ajoute Yazoo tout en continuant de le fixer. C’est un foyer.

    Et comme il voit Denzel tiquer à ces mots, il poursuit :

    — Je sais que tu t’en moques, mais nous, nous n’avons jamais eu la chance d’en avoir un. C’est à peine si nous savons à quoi ça ressemble et puis… (Il incline la tête sur le côté et son regard se fait absent.) Comme nous ne pourrons plus jamais faire la connaissance de notre mère, j’imagine que l’on peut dire que nous sommes orphelins maintenant…

    Il ne sait d’ailleurs pas vraiment quelle attitude adopter vis-à-vis de cette réalité. Depuis qu’ils sont revenus à la vie, il a le sentiment que quelque chose s’est brisé en lui. Une impression de vide terrible, qui tend à amoindrir ses émotions. Il n’arrive même pas à être malheureux, à l’idée qu’il ne pourra jamais rencontrer leur mère. En fait, c’est à peine s’il a conscience d’exister la plupart du temps…

    Sans y faire attention, il a porté la main à sa gorge. L’impression d’étouffer se calme toutefois rapidement et il reprend pied avec la réalité. Face à lui, Denzel s’est à présent complètement fermé. Les doigts crispés sur son arme, il a baissé les yeux et, dans ceux-ci, brille une lueur qu’il ne parvient à décrypter.

    Ou peut-être que je me m’en moque…

    Parce que de toute façon, les émotions de l’autre n’ont aucune importance. Que tout ce qui compte pour lui, c’est de planter les graines qui pourraient, à terme, jouer en sa faveur.

    En notre faveur…

    Et c’est pourquoi, laissant retomber sa main, reprend-il :

    — Est-ce que tu sais ce que l’on ressent, dans ce genre de situation ? Est-ce que tu sais ce que ça fait que de n’avoir nulle part où aller ? D’avoir le sentiment que le monde autour de toi te dépasse ? Que tu seras incapable de t’en sortir seul ?

    Puis, s’approchant, il se baisse à nouveau à hauteur de l’enfant. Rive son regard dans le sien et enfonce un peu plus le clou :

    — En as-tu seulement idée, Denzel ?

    Bien entendu, du temps va être nécessaire, afin de permettre à ces graines de germer. Denzel, il le sait, ne renoncera pas à son hostilité à leur égard aussi facilement. Il va donc lui falloir se montrer patient… très patient. Et c’est pourquoi la réaction du garçon, cette indignation qui semble exploser en lui, ne le surprend-elle pas.

    Se reculant vivement, celui-ci crache :

    — Et toi, qu’est-ce t’y comprends au juste ?!

    Yazoo se redresse. Et son manque d’expressivité, en cet instant, ne fait que décupler la colère de Denzel.

    — Tu veux savoir pourquoi je veux rejoindre le WRO, c’est ça ? Alors d’accord, je vais te le dire : c’est parce que je veux protéger le monde de monstres comme vous !

    Ses doigts sont à ce point crispés sur son arme que les jointures en ont blanchi. Malgré lui, il tremble, mais pas de peur. Non, de rage pure. En cet instant, il est certain de détester l’Incarné plus que jamais. Le hait d’autant plus que sa seule réaction face à son aveu se résume à un petit rire.

    — En voilà de bien grandes paroles ! Et moi, je suis donc censé t’entraîner pour te permettre d’y arriver ?

    Et le pire c’est qu’il est sans doute persuadé d’en être capable. De plus en plus amusé, Yazoo relève son arme en direction des canettes. Un sourire flotte sur ses lèvres quand il ajoute :

    — Dans ce cas, tâche de t’appliquer. Que tu sois au moins capable de me distraire !

    Avant d’appuyer sur la gâchette…

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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 4

    Partie 2

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 2.162 mots

     


     

    4

    Yazoo quitte leur chambre en se massant la nuque, les paupières encore lourdes de sommeil. Après le service du déjeuner, il est monté faire une petite sieste qu’il aurait bien prolongée un peu s’il n’avait pas eu d’engagement à tenir.

    Loz, qui remonte à ce moment du rez-de-chaussée, s’enquiert :

    — Tu sors ?

    — Tu veux venir ? questionne-t-il en retour.

    Il devine que Denzel risque de faire la tête, s’il débarque avec l’un de ses frères, mais… il a encore un peu de temps devant lui avant de le rejoindre. Il peut donc bien se balader un moment avec Loz, avant de trouver une excuse quelconque pour aller de son côté.

    L’espace d’un instant, il voit le regard de son frère pétiller et le devine sur le point d’accepter. Mais au final, il secoue la tête.

    — Non, pas aujourd’hui. J’ai… faut que je fasse quelque chose.

    — Quoi donc ?

    — Un truc… heu ! Je t’en parlerai plus tard, d’accord ?

    Yazoo va pour insister, mais décide finalement de laisser couler. Le dos appuyé contre le mur, il se contente de répondre :

    — Comme tu veux…

    Tout en se demandant intérieurement ce que son frère a bien pu inventer et s’il doit s’en inquiéter. Il apprécie sincèrement Loz, mais le sait assez stupide pour se créer des problèmes sans le vouloir vraiment.

    Enfin, je verrai ça plus tard…

    Il s’écarte donc du mur et va pour s’engager dans l’escalier, quand Loz lance :

    — Dis… il t’inquiète pas, toi, Kadaj ?


    5

    Tifa termine de laver la vaisselle ayant servi pour le service du déjeuner, quand elle perçoit la voix de Loz à l’étage. Instinctivement, elle tourne les yeux vers la cage d’escalier, hésite à peine une seconde, avant d’essuyer ses mains sur le torchon près d’elle et de s’en approcher. Là, elle tend l’oreille et sent aussitôt un soupçon de culpabilité, sinon de honte, venir la visiter.

    Elle passe son temps à répéter aux enfants qu’il est malpoli d’épier la conversation des autres et pourtant, la voilà qui s’y livre ! Oui, si Marlène était là, elle passerait pour une belle hypocrite. Seulement…

    Seulement la petite ne sera pas de retour avant une bonne heure et elle se pose bien trop de questions sur leurs locataires. Surtout, elle revoit Kadaj qui, la veille, s’est tu au moment où il avisait sa présence et ne peut s’empêcher de penser que la chose dont il n’a pas souhaité parler devant elle pourrait se révéler source de soucis. Alors, et même si elle s’en veut d’agir de la sorte, elle se console en songeant qu’elle agit avant tout pour leur bien à tous.

    Comme elle passe la tête de moitié dans la cage d’escalier, elle avise Loz qui, à l’étage, lui tourne le dos. Yazoo, lui, n’est pas visible de là où elle se tient.

    — J’ai… faut que je fasse quelque chose.

    L’échange entre les deux frères se poursuivant, elle en vient aux mêmes inquiétudes que Yazoo quant à cette fameuse chose que Loz prétend devoir faire. Elle espère qu’il ne s’agit de rien de dangereux et, tout en se promettant de le surveiller, va pour rejoindre sa place initiale comme elle entend le pas de Yazoo. C’est alors que la question de Loz fuse.


    6

    — Qu’est-ce que tu entends par là ?

    Embêté par la question, Loz détourne le regard.

    — Ben… il est pas comme d’habitude. Je veux dire… il sourit plus… il ne rit plus… tout ce qu’il fait, c’est d’être distant ou en colère. Il était pas comme ça, avant. Pas autant. Du coup, je me demande…

    Il marque une pause, semble hésiter à poursuivre.

    — Tu… tu crois que c’est à cause de sa Réunion ? Tu crois qu’elle a pu le changer ?

    Yazoo laisse entendre un « Mhhh… » pensif.

    — Je ne sais pas, avoue-t-il. Mais moi aussi, il commence à m’inquiéter. En fait, j’ai l’impression qu’il nous cache quelque chose.

    — Qu’est-ce que ça peut être, à ton avis ?

    — Je suis pas sûr… mais je pense que ça a un rapport avec maman.

    À la mention de Jenova, le regard de Loz s’agrandit.

    — Comment ça ? Qu’est-ce qu’il se passe avec maman ?

    Yazoo soupire et écarte les mains.

    — Aucune idée, Loz : c’est juste une intuition…

    Mais une petite voix, tout au fond de lui, lui affirme qu’il a bien mis le doigt sur ce qui semble tant tourmenter leur frère depuis leur résurrection. Lui aussi, du reste, a remarqué du changement du côté de sa personnalité. Le Kadaj certes agressif, mais capable de rire et de s’amuser avec eux, a laissé place à un être plus sombre, plus discret qu’il ne l’était déjà. Et il ne voit pas trente-six solutions pour expliquer cela : des trois, Kadaj est le seul à avoir effectué sa Réunion ; à avoir été, l’espace d’un instant, complet. Comment savoir ce que cet état – et sa perte – a pu provoquer en lui ?

    Loz semble à présent perdu, sinon soucieux, et ses sourcils ont pris une courbe malheureuse. Yazoo laisse entendre un soupir, bien conscient qu’il ne se produira rien de bon s’il commence à le perturber. Il lui passe donc un bras autour des épaules et un sourire apparaît sur ses lèvres comme son front vient rencontrer celui de son frère.

    — J’ai eu des pourboires, tout à l’heure : quand je rentre, j’aurai un cadeau pour toi.

    Il n’en faut pas plus pour ragaillardir Loz, dont le regard se met à pétiller.

    — Quoi ?

    — Tu verras bien ! lui répond Yazoo, en s’écartant.

    Il avait prévu de mettre cet argent de côté, au cas où, mais… bah ! Ça n’a de toute façon rien d’une fortune !


    7

    Quand Yazoo rejoint le rez-de-chaussée, Tifa a retrouvé sa place derrière l’évier. Elle relève les yeux de sa tâche pour lui sourire et questionne :

    — Tu sors ?

    Yazoo approuve et pousse le portillon qui sépare la salle, de la cuisine.

    — Besoin de quelque chose ?

    Il a tourné les yeux vers elle, mais comme à son habitude, c’est à peine s’il semble la voir. Cette attitude, si elle la met toujours mal à l’aise, commence doucement à l’exaspérer. Elle n’en laisse toutefois rien paraître et se contente de secouer la tête.

    Après son départ, elle permet enfin à l’inquiétude de venir visiter ses traits. Que doit-elle faire ? Appeler Cloud, afin de lui rapporter la conversation dont elle vient d’être témoin ? Elle ne l’imagine pas expressément en danger… ne pense pas que Kadaj tentera quoi que ce soit contre lui. Pas maintenant. Pas tout de suite. Peut-être même jamais. Mais si Yazoo a vu juste, et si Kadaj leur dissimule effectivement quelque chose à propos de Jenova, alors plus tôt ils auront découvert de quoi il s’agit, mieux ce sera pour tout le monde.

    C’est sur cette pensée que, finalement, elle va décrocher le téléphone.


    8

    — En v’la un qui quitte le navire.

    Rude et Reno planquent toujours à la même place, ne cherchent même plus à se faire discrets tant il est évident que tout le voisinage les a déjà repérés. Il faut dire que deux Turks, ça a tendance à attirer l’attention. Surtout quand ils vous offrent des têtes aussi cabossées que les leurs. Mais si certains doivent s’inquiéter de leur présence dans le secteur, il y a peu de chance pour que l’on vienne les déranger. Au contraire, personne ne souhaite avoir affaire à des gars comme eux et la peur qu’ils inspirent reste leur meilleure alliée pour avoir la paix.

    — Yazoo…, note Rude. On le suit ?

    Un peu plus loin, l’Incarné jette un regard à droite et à gauche, avant de leur tourner le dos et de se mettre en route.

    — Je m’en occupe, annonce le roux en donnant une tape sur l’épaule de son collègue. Toi, occupe-toi de l’autre. Du costaud. On s’appelle dès qu’on a du nouveau !

    Rude lui signifie d’un hochement de tête qu’il a compris et reporte son attention en direction de l’établissement. Les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, Reno quitte leur retraite. Marche d’un bon pas, jusqu’à avoir suffisamment rattrapé Yazoo. Là, il ralentit l’allure, s’assure de laisser une distance suffisante entre eux afin d’éviter que l’autre ne le repère facilement, sans pour autant risquer de le perdre de vue. Certains passants se retournent sur son passage, le lorgnent parfois avec une hostilité mâtinée de crainte dont il n’a aujourd’hui que trop l’habitude. Il les ignore donc, refusant de lâcher sa cible des yeux.

    Celle-ci, finalement, tourne à l’angle de la rue, s’engouffre dans une artère plus étroite, bardée de commerces de toutes sortes, presque empilés les uns sur les autres.

    Reno peut voir Yazoo jeter des regards tout autour de lui, s’arrêter ici et là devant une vitrine, avant de poursuivre sa route, pour faire finalement halte devant un petit établissement. Comme il y pénètre, le roux, lui, continue son chemin. Passe devant le commerce comme si de rien n’était et jette un regard rapide à son enseigne, avant de s’arrêter un peu plus loin, retrouvant la sécurité d’une ruelle.

    — On a envie de se faire une petite douceur, hein ? marmonne-t-il, en sortant un paquet de cigarettes usé des poches de sa veste.

    Il mène l’une de ses occupantes à ses lèvres et l’allume, avant de tirer dessus.

    Le commerce en question, Reno le connaît bien. Il en est même, comme qui dirait, un client un peu trop régulier.

    Comme beaucoup d’autres, son propriétaire a sans doute dû récupérer ses stocks dans les ruines de Midgar, avant d’ouvrir boutique afin d’écouler le résultat de ses rapts. Avec pour résultat qu’il propose aujourd’hui le choix de sucreries le plus vaste de tout Edge.

    C’est bien simple, chaque fois que le roux y met les pieds, il a l’impression qu’il lui sera à jamais impossible d’en faire le tour. Pourtant, lui et Rude se donnent du mal, mais… à chacune de leurs visites, il a l’impression que toujours plus de nouveautés ont fait leur apparition.

    Par contre, il n’aurait jamais imaginé voir l’un de ces trois-là en pousser la porte un jour. Comme quoi, eux aussi sont plein de surprises !

    Quand Yazoo ressort enfin, la cigarette de Reno n’est plus qu’un mégot qu’il écrase sous sa semelle. L’Incarné tient un petit sac en papier qu’il froisse et range dans la poche arrière de son pantalon. Puis il se remet en route et regagne la rue du Septième Ciel. Sur ses traces, le Turk doit accélérer l’allure, le pas de l’autre étant un peu plus énergique qu’à l’allée.

    Il atteint à peine l’artère que Yazoo, lui, n’est déjà plus qu’un point sur sa droite et tourne déjà à une nouvelle intersection. Cette fois, Reno en oublie toute prudence et se met à courir. Ne daigne ralentir qu’une fois qu’il a gagné l’angle où sa cible a disparu.

    Un hoquet de surprise lui échappe.

    — Merde ! Mais où il est passé, ce con ?!

    Il tourne sur lui-même, avance sur quelques mètres en jetant des regards partout autour de lui, s’attarde sur chaque espace entre les habitations, s’arrête pour lorgner à l’intérieur des commerces, mais sans succès.

    Se passant une main dans les cheveux, un juron lui échappe.


    9

    Du haut de son perchoir, Yazoo observe tranquillement Reno.

    Ces imbéciles ne sont vraiment pas discrets… celui-là, par exemple, il l’a repéré sans mal au moment où il passait devant la confiserie. Et dire que ça prétend appartenir à l’élite des services secrets de la Shinra… quelle plaisanterie !

    — Tu as de la chance, dit-il à l’intention du Turk qui, plus bas, jure à présent tout ce qu’il peut. Kadaj nous a demandé de ne pas vous chercher d’ennuis… c’est pas l’envie qui m’en manque, pourtant.

    Ses pupilles ont pris une forme reptilienne, habité qu’il est par le désir de combattre cet adversaire qui se jette presque dans ses bras. Un petit sourire aux lèvres, il incline la tête sur le côté, sent un frisson lui remonter tout le long du corps et songe que, décidément, ça ne va pas être simple pour eux de s’adapter à ce monde. La violence qui l’habite hurle à ses oreilles, le fait presque trembler sous sa puissance et il doit fermer les yeux, le temps de se calmer.

    Oui, si la présence de cet imbécile, juste sous ses pieds, arrive à le mettre dans un tel état, alors il ne fait aucun doute que ses frères, à sa place, expérimenteraient la même chose. Se demande d’ailleurs jusqu’à quel point ils seront capables de résister à leur instinct…

    Il prend une longue inspiration et rouvre finalement les yeux. Plus bas, plus trace du roux. Ses pupilles, elles, ont repris une forme un peu moins extravagante et il sent, doucement, son désir refluer en lui.

    La seconde d’après, il a sauté au bas de l’immeuble sur lequel il se tenait…

    ZeegZag ~ 2019

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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 4

    Partie 1

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 1.981 mots

     


     

    1

    — C’est ça… je passerai prochainement à Heaven.

    Depuis la salle de bain, Tifa peut entendre Cloud discuter au téléphone. Elle ferme le robinet et essuie son visage ruisselant à l’aide de la serviette posée sur le rebord de l’évier. La voix de Cloud s’élève à nouveau :

    — Non, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de nous inquiéter. Je t’expliquerai. Oui, d’ici quelques jours…

    Là-dessus, la conversation arrive à son terme et le silence ne tarde pas à se faire dans la chambre. La jeune femme se coiffe à présent les cheveux, observe son reflet dans le miroir fixé face à elle. Un pli soucieux barre son front, qui se résorbe un peu comme elle entend le pas de Cloud faire grincer le plancher. L’instant d’après, le blond pénètre dans la salle de bain et l’informe :

    — Rufus a promis de ne rien tenter contre eux jusqu’à ce que je revienne.

    — Tu lui as dit qu’ils sont chez nous ?

    — Non… pour le moment, c’est mieux qu’il l’ignore.

    Tifa approuve d’un hochement de tête et termine de démêler ses cheveux. Puis elle repose sa brosse sur le rebord de l’évier et questionne :

    — Tu ne crois pas que nous devrions en informer Reeve, finalement ?

    Plus elle y réfléchit, plus il lui semble important qu’ils ne soient plus les seuls à être au courant de la résurrection des Incarnés. Car bien que ceux-ci s’efforcent de se tenir tranquilles, aucun d’eux n’est à l’abri d’une rechute ; d’une maladresse de la part de la Shinra qui les pousserait à se sentir menacés et à agir en conséquence. Avec le WRO dans le secret, ils auront au moins la certitude que celui-ci mettra tout en place pour éviter le moindre dérapage potentiel et… il lui semble que ce serait également bien plus correct pour leurs voisins.

    Cloud s’est appuyé de l’épaule contre l’encadrement de la porte. Les bras croisés, il dit :

    — J’ai peur qu’il ne les juge trop dangereux pour les laisser en liberté.

    Tifa ne répond pas tout de suite, soutient le regard de son propre reflet. Oui, il s’agit là de leur principale inquiétude et la raison qui les a poussés à ne pas contacter leur allié. Mais…

    — Si ce n’est pas nous qui l’en informons, il le sera par une autre source. Tôt ou tard, la nouvelle arrivera jusqu’à lui.

    Et si Reeve a un caractère relativement doux, elle devine qu’il n’appréciera pas d’apprendre qu’ils lui ont caché quelque chose de cette importance. D’autant moins que le quelque chose en question pourrait provoquer pas mal de grabuge à Edge si l’envie lui prenait.

    — Sans doute. Mais d’ici là, ils auront eu le temps de faire leurs preuves.

    — Espérons-le…

    — Tu en doutes ?

    Tifa se mord la lèvre et prend une longue inspiration. Elle reconnaît qu’ils ont déjà fait quelques progrès, mais ils n’en sont encore qu’au début… oui, ça ne fait après tout que quatre jours qu’ils vivent sous leur toit et la bonne volonté des premiers temps pourrait bien décliner au fur et à mesure des semaines.

    Surtout, elle sait que si l’un d’eux venait à s’écarter du droit chemin, alors les deux autres suivront son exemple. Et c’est sans doute ce qui l’inquiète le plus… en particulier quand elle pense à Kadaj.

    — Je crois, répond-elle finalement, qu’il est encore un peu tôt pour nous prononcer sur la question.

    Un silence s’installe entre eux, pendant lequel chacun médite sur la position de l’autre.

    — Au moins, reprend Cloud, laissons-leur jusqu’à la fin du mois. Ensuite, et quoi que nous décidions pour eux, je prendrai contact avec Reeve.

    La jeune femme opine doucement du chef. Elle sent bien que son compagnon a envie de croire en la volonté de rédemption de leurs locataires et pense deviner pourquoi. Lui qui, après tout, sait ce que cela fait de n’être qu’une marionnette entre les mains de Sephiroth ne peut que se mettre à leur place. Et s’il est parvenu à échapper à son influence, sans doute en sont-ils également capables. Tout ce qu’il faut, c’est leur laisser du temps. Pour se construire. Pour devenir plus fort. Cependant… Tifa ne peut oublier qu’ils ne sont pas humains et sont davantage Sephiroth que Cloud ne le sera jamais. L’influence de celui-ci sur leur esprit n’est donc pas négligeable. Implacable ? Difficile à dire. D’autant que dans le fond, elle aussi veut croire qu’ils possèdent ce qu’il faut pour devenir indépendants ; briser les fils qui les manipulent pour vivre par eux-mêmes. Seulement, sa croyance en leur capacité à y parvenir est sans doute moins forte que celle de Cloud.

    Quand elle se tourne vers lui, un petit sourire flotte toutefois sur ses lèvres.

    — Combien de temps seras-tu absent ?

    — Trois jours, sans doute… plus en cas d’imprévu.

    — Ça fait long…

    — Gongaga n’est pas à côté, lui rappelle-t-il, avant de s’écarter de l’encadrement pour venir dans sa direction.

    La main qu’il tend vers elle est un peu hésitante. Doucement, ses doigts viennent effleurer sa joue.

    — Tu t’en sortiras ?

    — Je pense…

    — J’ai demandé à Kadaj de leur dire de ne pas créer de problème pendant notre absence.

    — Et toi, ça va aller ?

    Par cette question, elle ne tient pas à s’assurer qu’il arrivera à gérer Kadaj – elle le sait de toute façon apte à s’en tirer avec lui bien mieux qu’elle n’en sera jamais capable elle-même –, mais plutôt s’il parviendra à gérer les sentiments conflictuels que sa destination risque de lui provoquer. Zack était originaire de ce village, après tout… et elle sait que lui et Cloud s’y sont arrêtés, à une autre époque… une époque sombre qui s’est achevée par la mort de son ami. Et elle n’ignore pas qu’encore aujourd’hui il n’est toujours pas parvenu à se débarrasser de toute culpabilité vis-à-vis de ce drame. Ça va mieux… beaucoup mieux qu’il y a quelque temps, mais… sans doute se reprochera-t-il toute sa vie de ne pas avoir été capable, au moment fatidique, de venir en aide à son compagnon.

    C’est à son tour de lui offrir un petit sourire.

    — Bien sûr, ne t’inquiète pas.

    Là-dessus, il se penche vers elle et lui dépose un baiser sur le front.


    2

    — Je n’aime pas ça.

    Dans la pièce qu’il occupe avec ses frères, Kadaj a revêtu sa tenue de cuir. Celle-ci crisse au moindre de ses mouvements, paraît s’exprimer, comme heureuse de le retrouver. Il n’y a que quelques jours qu’il l’a abandonnée et, déjà, il lui semble que ça fait une éternité. Oui, il avait presque oublié à quel point il apprécie son contact. À quel point celle-ci semble ne faire qu’une avec son corps, à la façon d’une seconde peau.

    Il se tourne vers Yazoo qui, assis sur le lit, a la mine sombre.

    — On ne devrait pas se séparer comme ça… pas si tôt. Ce n’est pas prudent.

    — Il ne m’arrivera rien, lui répond Kadaj.

    — On n’en sait rien.

    — Ce n’est qu’un aller-retour, Yazoo. Je ne serai pas absent très longtemps.

    — Trois jours !

    — Minimum, ajoute Loz, installé en tailleur sur son matelas gonflable. Et je suis d’accord avec Yaz’ : on devrait pas se séparer.

    Kadaj leur décoche un regard agacé. Même si dans le fond, il comprend leur inquiétude, il n’a aucune envie de revenir encore une fois sur les raisons qui l’ont poussé à accepter de partir avec Cloud pour cette livraison. Il lui semble, du reste, qu’il n’a fait que ça de toute la matinée et, la veille également, il n’a pas pu les convaincre d’aller se coucher avant une heure avancée ; contrait de les rassurer, de leur affirmer encore et encore que tout ira pour le mieux. Que leur grand-frère n’a assurément aucune mauvaise intention à son encontre ; qu’il ne lui a proposé de venir avec lui que parce qu’il sera absent plusieurs jours et qu’il veut éviter à Tifa d’avoir à les gérer tous les trois.

    — Pour la dernière fois, tout se passera bien ! Quant à vous deux, vous allez me faire le plaisir de vous tenir tranquille pendant mon absence. Foutez la paix aux enfants, obéissez à Tifa et si vous devez croiser l’un de ces Turks, efforcez-vous de les ignorer. Tant qu’ils ne tenteront rien qui risquerait de vous mettre en danger, je ne veux pas que vous répondiez à leurs provocations, c’est clair ?

    L’expression de Yazoo se fait un peu plus sombre, mais il approuve néanmoins d’un signe de tête. Kadaj se tourne ensuite vers Loz qui s’empresse de lui signifier qu’il a bien compris et qu’il fera comme il l’a demandé.


    3

    — Le sale petit cachottier !

    Rude et Reno se tiennent en planque non loin du Septième Ciel. Dissimulés dans une ruelle située entre deux commerces, ils observent Cloud qui quitte l’établissement en compagnie de Kadaj. Sa moto est garée juste devant l’établissement et, après avoir placé un sac de voyage dans le compartiment situé sous sa selle, il s’y installe et démarre. Fait rugir le moteur, avant de le laisser ronronner. Depuis le pas de la porte, Tifa échange quelques mots avec le blond, tandis que l’Incarné prend place à l’arrière du véhicule.

    — Ça, partenaire, fait Reno, c’est ce que j’appelle prendre les gens pour des cons. Tu m’étonnes qu’il était pas paniqué quand on l’a prévenu qu’on les avait rencontrés en ville !

    Rude ne répond pas, ne lâche pas des yeux le groupe. Derrière Tifa, Yazoo vient de faire son apparition. Il échange un long regard avec Kadaj, qui secoue finalement la tête et lui fait signe de rentrer. L’instant d’après, Cloud et lui ne sont déjà plus qu’un point au milieu de la rue, qui va en s’étrécissant toujours plus.

    Reno pousse un juron. Dans sa poche, son téléphone se met à vibrer et il le sort pour le porter à son oreille.

    — Reno, annonce-t-il à son interlocuteur.

    « Strife vient de nous contacter. », lui fait savoir la voix de Tseng. « Il souhaite parler avec nous du petit problème qui nous occupe. »

    — Il vous a précisé que c’est lui qui l’héberge ?

    À l’autre bout de la ligne, un silence. Puis :

    « Non. Tu es sûr de ça ? »

    — Moi et Rude, on vient juste de le voir se tirer avec Kadaj. Et le grand, là… Yazoo ? Il est aussi au Septième Ciel en ce moment.

    « Je vois… ça explique pourquoi il nous a demandé de ne rien tenter contre eux. »

    — Il a peur qu’on fasse du mal à ses petits protégés, hein ? Ce serait mignon s’il s’agissait pas de cette équipe ! (Puis, après un échange de regard avec Rude, il s’enquiert :) Du coup, qu’est-ce qu’on fait ? On met les voiles ?

    Un autre silence se fait entendre, le temps pour son supérieur de passer en revue les solutions qui se présentent à eux.

    « Non. Maintenant que vous les avez trouvés, surveille-lez. Évitez de vous faire remarquer, cependant, et d’avoir de contact avec eux. On ne sait pas comment ils pourraient réagir. »

    Reno grimace et porte une main à l’emplacement de son ventre douloureux, couvert d’hématomes sous ses vêtements. Oh, il sait exactement comment ils réagiraient. Lui et Rude en ont eu un sacré bon exemple pas plus tard que la veille et leurs trognes cassées peuvent en témoigner. Dans le genre discret, ça se pose là !

    — C’est noté, répond-il toutefois, avant de raccrocher.

    Puis il range son portable et croise les mains derrière la nuque. Ses sourcils se froncent, viennent former des sillons au milieu de son front, comme il s’interroge :

    — N’empêche ! J’aimerais bien savoir ce qui leur est passé par la tête pour les accueillir chez eux !

    ZeegZag ~ 2019

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  • 15/07/2019

     

    Après la pluie, pour commencer : presque terminé les corrections de l'épisode 4. (En fait, il me manque encore la partie 5 à relire une dernière fois et à relire encore deux ou trois fois la seconde scène de la partie 3), commencé la réécriture de l'épisode 5 (1 partie / 3 de réécrite) et terminé le premier jet de l'épisode 8... qui doit faire quelque chose comme 12.600 mots. Un peu plus court que prévu, donc, mais c'est pas plus mal. Aussi, pris quelques notes supplémentaires pour les saisons suivantes.

    IncaSephy : Pris pleeeeein de nouvelles notes. Pour son quatrième arc, d'une part (Qui finalement se voit encore rallongé), mais aussi pour des OS bonus. Erf ! Ce projet ne veux vraiment PAS me lâcher la grappe.

    Le deuxième jet de mon OS sur Genesis - Angeal - Sephiroth est terminé. Doit faire quelque chose comme 2.700 mots, du coup. Terminé aussi sa première relecture, encore deux ou trois et je pourrai le poster sur le net ! \o/

    Et pour finir Nous sommes de retour : commencé son chapitre 4 qui fait pour le moment 2.000 mots et qui risque d'être un peu plus épais que les autres.

    Du coup cette semaine, Après la pluie encore et toujours. Commencer son épisode 9, continuer la réécriture de l'épisode 5 et les corrections de l'épisode 4. Et si le temps, peut-être relire l'épisode 6. Sans doute également terminer les corrections de mon OS et poursuivre tranquillement le chapitre 4 de Nous sommes de retour.


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  • 08/07/2019

     

    Alors, alors !

    Commençons par Après la pluie : J'ai terminé la réécriture de la partie 3 de l'épisode 4, même si je pense que je vais encore devoir lui apporter pas mal de modifications. Avec ça, j'ai donc relu tout l'épisode 4 et pris des notes de ce qu'il fallait que je revois, supprime, corrige, etc. J'ai aussi attaqué l'épisode 8, qui fait pour le moment un peu plus de 8.000 mots eeeet... je crois que c'est tout pour ce projet ! (Ah, non, j'ai aussi vite fait bossé sur les plans de l'épisode 12 et 13 et... le reste des épisodes de cette première saison. C'est encore très brouillon, plein de trous partout, mais ça progresse !)

    J'ai terminé mon OS sur Angeal - Sephiroth - Genesis. Son premier jet doit faire quelque chose comme 2.400 mots et son deuxième jet (que j'ai donc attaqué et presque terminé) sera sans doute un peu plus épais. Et pour rester dans les OS, j'ai aussi vite fait continué un OS sur les Turks que je traîne depuis presque un an et qui devrait être posté dans mon recueil Pendant ce temps, du côté de la Shinra.

    Enfin, IncaSephy, à qui il va vraiment falloir que je trouve un vrai titre, ahem... IncaSephy, donc, pour qui j'ai terminé le plan de son épisode 1. Honnêtement, il va être épais. En fait, je pense que ce projet risque de n'avoir que des épisodes assez balaises ! Avec ça, j'ai aussi voulu attaquer le plan de son épisode 2, mais pour le moment, je n'ai que les trois premières scènes... et pas sûr de trouver le temps de plancher sur le reste prochainement.

    Du coup, voilà ! Que de la fanfic la semaine passée. Et je pense que ça va être pareille cette semaine également. Déjà, j'aimerais essayer de terminer l'épisode 8 d'Après la pluie, mais aussi en grande partie les corrections de son épisode 4 (Que je pourrai, du coup, sans doute commencer à poster lundi prochain. Youhou ! Vu le retard que j'avais pris avec, je pensais vraiment que j'allais devoir prendre quelques jours de plus pour terminer de le fignoler), en plus d'attaquer le deuxième jet de son épisode 5. Avec ça, terminer le deuxième jet de mon OS sur Sephy et ses copains eeeet... je pense que ce sera suffisant.

     

     


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  • 01/07/2019

     

    Du coup, du coup, du coup... !

    Un miracle s'est produit cette semaine, car non seulement j'ai terminé le 1er jet de la partie 33 d'Ombre, en plus d'avoir attaqué celui de la partie 34. Bon, je ne suis pas encore sorti de l'auberge, mais je suis tout de même la joie !

    En ce qui concerne Après la pluie : De nouvelles notes et puis... j'ai terminé ma première vague de relecture + corrections des 4 parties que j'ai terminé de réécrire de son épisode 4. Par contre, je suis VRAIMENT bloqué pour le moment avec sa partie... 3, me semble. Une scène me pose de gros problèmes et je ne trouve pas comment l'améliorer... du coup, je galère. Méchamment. J'espère que ce sera réglé cette semaine, mais... je sais pas pourquoi, je la sens vraiment très mal partie cette scène. (Pitié, faites que je ne retombe pas dans la malédiction de l'épisode 4 d'Un long voyage avec cette foutue partie 8 qui m'a bloqué pendant des mois et des mois et des mois et... ! T__T) Ah ! Et n'oublions pas l'épisode 7 qui est ENFIN terminé (Pour un total de 21.000 mots... Erf ! Je sens déjà venir la galère à sa réécriture !). Hu, hu, hu, je vais donc pouvoir attaquer l'épisode 8 cette semaine et ça me rend tout heureux, because : l'épisode 7 c'était vraiment l'épisode de la déprime, tandis que l'épisode 8 va déjà être beaucoup plus amusant.

    Terminé aussi le second jet de mon OS sur Genesis. Relu et corrigé celui-ci également dans la foulée et... hop, posté cette semaine, donc, sous le titre "De l'ombre à la lumière". Avec ça, j'ai eu une nouvelle idée d'OS sur Genesis, Sephiroth et Angeal et, du coup, je bosse actuellement sur son premier jet. Ce sera un truc plutôt léger, avec un soupçon d'Angeal / Sephiroth parce que ce pairing = mon petit cœur l'aime beaucoup trop.

    Enfin, j'ai pris des notes pour un nouveau projet sur ces trois-là, principalement centré sur Sephiroth. Je ne sais pas trop quel nom provisoire lui donner à part "gros truc tragique et déprimant"... donc, heu... heu... on va se contenter d'un banal "Sephiroth" si vous le voulez bien !

    Et donc, cette semaine ? Après la pluie épisode 8, réécriture de la partie 3 de l'épisode 4 = ma priorité. Ensuite, je pense essayer de continuer mon OS, ainsi qu'Ombre. Et ça sera pas mal pour commencer !


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  • De l'ombre à la lumière

    Résumé : Trois moments de la vie de Genesis, avant et après son entrée au SOLDAT.

    Personnages : Genesis, Angeal, Sephiroth

    Genres : Tranche de vie

    Année : 2019

    Taille : 1.807 mots

    Crédits : Square Enix

     


     

    1

    — Monsieur Rhapsodos : quelques mots, je vous prie, sur votre victoire. Se voir récompensé du prix national, à votre âge, c’est impressionnant !

    Installé dans le salon familial avec son visiteur, le jeune Genesis a croisé les jambes. Sa mère les a laissé seuls, après leur avoir déposé sur la table basse des rafraîchissements. À côté des verres, dont la condensation a dégouliné jusqu’au plateau pour y former de petites flaques, la coupe qu’il a reçue quelques jours plus tôt des mains même des organisateurs du concours.

    Un petit sourire flotte sur ses lèvres, comme il songe que grâce à cette victoire, sa création, le jus de fruits de Banora, bénéficie à présent une publicité nationale qui ne tardera pas à leur être profitable à tous.

    — C’est vrai, et j’en suis très honoré.

    Tout juste treize ans et déjà cette réussite à son actif.

    Son regard se porte en direction des larges fenêtres, dont les lourds rideaux pendent de part et d’autre. Les rayons du soleil qui filtrent à travers semblent l’auréoler, enflammer ses cheveux qui arborent à présent des teintes rougeâtres.

    — Comment vous est venue cette idée, exactement ?

    — Eh bien… Banora n’a jamais été un village très riche. Notre principale production, voyez-vous, sont nos pommesottes qui, malheureusement, n’ont jamais vraiment su trouver leur public à l’extérieur de nos murs. À cause de cela, mais aussi de notre isolement, le manque d’emploi a toujours été un problème et, face aux difficultés auxquelles certains de mes concitoyens doivent faire face, je me suis dit qu’il devait y avoir un moyen de présenter nos fruits sous une forme plus attractive.

    Son calme et son maintien, il les doit à son éducation, tout comme sa façon de s’exprimer qui conviendrait davantage à quelqu’un de plus âgé et qui lui attire en général le respect des adultes.

    — Et à partir de là, vous avez entamé vos recherches.

    — J’ignorais à peu près tout de la production de jus de pommes. Jusqu’à présent, je pensais qu’il suffisait de presser quelques fruits pour que cela fasse l’affaire. Les choses se sont toutefois révélées un peu plus complexes, surtout si l’on tenait à créer un produit au goût marquant. Et puis, il y avait également le problème de sa commercialisation à grande échelle qui, grâce à mon père, ne tardera pas à être résolu…

    — Et si je peux me permettre, son goût est une réussite, fait savoir le journaliste, qui termine de prendre ses notes sur un petit coup sec de son stylo.

    L’homme sourit, presque affalé dans le fauteuil où il a pris place. Genesis approuve d’un signe de tête.

    — Oui, le jus de fruits de Banora est excellent, mais le fruit en lui-même l’est aussi.

    Son interlocuteur se redresse un peu, se gratte la joue en relisant ses notes, avant de reprendre la parole :

    — Pour conclure, quelles sont vos attentes en ce qui concerne votre création ?

    Genesis prend le temps de la réflexion. Baisse les yeux sur leurs verres auxquels ils ont à peine touché, justement remplis du jus de fruits en question.

    — Dans un premier temps, et comme je vous l’ai dit, qu’il permette à notre village de se redresser. Ensuite, eh bien… moi et mes parents rêvons que Sephiroth, le héros, goûte nos pommesottes un jour. En attendant, j’espère qu’il les découvrira à travers mon jus de fruits.

    — Sephiroth, hein ? fait le journaliste, le stylo en action. Le héros de la guerre du Wutai. J’ai l’impression que les jeunes n’ont plus que ce nom-là à la bouche.

    — Il a beaucoup d’admirateurs, reconnaît Genesis.

    — Et vous-mêmes en faites partie, n’est-ce pas ?

    Le stylo arrête sa course et son propriétaire relève les yeux sur l’adolescent assis face à lui. Celui-ci hausse les épaules.

    — J’imagine qu’on peut le voir ainsi. Ses exploits m’impressionnent et… comme nous avons à peu près le même âge, j’aimerais pouvoir lui montrer ce que j’ai accompli dans la vie.

    Ou plutôt, lui montrer qu’il y a d’autres personnes de son âge capables de sortir du lot…

     

    2

    La nuit est tombée depuis un moment quand Genesis atteint le verger situé à l’entrée du village. Au-dessus de sa tête, les arbres ploient, comme incapables de soutenir leur propre masse. Branches et fruits pendent en direction du sol, l’obligeant parfois à les contourner pour poursuivre sa route. Le bruit de ses pas attire finalement l’attention de la silhouette assise un peu plus loin, en bordure de chemin.

    Angeal l’accueille d’un signe de tête et il se laisse tomber à ses côtés. Attaque aussitôt :

    — Alors, tu as pris ta décision ?

    Les doigts jouant avec les feuilles d’une branche située juste au-dessus de lui, un petit sourire flotte sur les lèvres de Genesis. Angeal émet un bruit de gorge en confirmation.

    — La Shinra a toujours besoin de nouvelles recrues.

    — Notre usine aussi, tu sais ? Si tu me le demandais, je pourrais t’y trouver un poste.

    — Je préfère me débrouiller par moi-même.

    — Toujours le même discours…, soupire son ami. Non, je ne veux pas de ton aide Genesis. Je m’en sortirai à la seule force de mes bras et de ma détermination. Quitte à mourir de faim et à connaître la défaite. Pauvre Gillian, je la plains d’avoir un fils aussi buté.

    Angeal s’accorde un petit sourire, balaye de la main la feuille qui vient de lui tomber sur l’épaule.

    — J’ai de plus grandes ambitions que de fabriquer du jus de fruits pour le restant de mes jours.

    Ce qui fait doucement rire son ami.

    — Le mépris te va mal, Angeal.

    — Ça n’a rien à voir avec du mépris ! Je veux seulement…

    Se battre pour le bien de ce monde… faire honneur à son héritage paternel… le tout en aidant financièrement sa mère, blablabla. Genesis a entendu ces arguments des centaines et des centaines de fois. C’est pourquoi, lui posant une main sur l’épaule, l’arrête-t-il avant qu’il ne puisse les lui ressortir.

    — Dans ce cas, mon ami, tu seras heureux d’apprendre que tu ne pars pas seul !

    Angeal l’observe un moment en silence. Ils ont tous les deux quinze ans et sont donc en âge de rejoindre les rangs de la Shinra. Et il sait, pour en avoir déjà discuté avec lui, que Genesis a lui aussi pour prétention d’y faire carrière. Seulement…

    — Tu es bien sûr de toi, Gen’ ? Le SOLDAT… ça reste un univers particulier.

    — Et tu penses que je ne suis pas capable d’y entrer ?

    — Ce que je veux dire, c’est que les types qui le rejoignent y vont pour faire la guerre. C’est son rôle. Et beaucoup n’ont sans doute que leur force physique comme seul atout dans la vie.

    — Tandis que moi, je suis un fils de bonne famille qui risque de dépareiller au milieu de toutes ces brutes ? (L’expression contrite de son ami balaye l’agacement qui a commencé à poindre en lui, pour laisser place à l’amusement.) Tu veux que je te rappelle ce que ça a donné la dernière fois que nous en sommes venus aux mains ?

    — Je connais ta force, répond Angeal en croisant les bras. Et entre nous, je ne crois pas que tu auras beaucoup de difficultés à entrer au SOLDAT. Mais les types comme toi ont bien d’autres options dans la vie que d’aller mourir sur un champ de bataille.

    — Tu connais ma force, mais tu penses déjà à ma mort ! Sérieusement, Angeal, si je ne t’appréciais pas autant, je t’en aurais déjà collé une.

    Son ami ne répond pas, se contente de le fixer de cette façon calme et intimidante qui lui est naturelle. Genesis se lève, marche jusqu’au milieu du chemin, avant de reprendre :

    — Et puis moi aussi, j’ai de grandes ambitions dans la vie. Rester à Banora, poursuivre mon instruction et, à terme, m’occuper des affaires familiales… j’aurais vraiment l’impression de perdre mon temps. Alors qu’il y a tant de choses à accomplir en ce monde !

    — Comme rencontrer Sephiroth ? devine Angeal, qui connaît l’intérêt de son ami pour le héros de la guerre du Wutai.

    — Entre autres choses, lui répond Genesis, sans se retourner. Sephiroth… oui, je suis certain que l’on s’entendra à merveille.

    Angeal hausse les épaules. Pour sa part, il pense plutôt que celui-ci n’aura que faire de jeunes recrues fraîchement débarquées de leur trou perdu. Et aussi bon qu’ils puissent devenir tous deux, il est possible qu’ils ne parviennent jamais à atteindre son niveau… et donc à attirer son regard.

    Genesis tend une main en direction d’une pomme, qu’il cueille. Puis il l’essuie sur sa manche, avant de croquer dedans. Ses yeux luisent étrangement quand il se tourne finalement vers Angeal.

    — Du reste, une fois à Midgar, qui je suis ici n’aura plus aucune importance… oui, aux yeux de tous ces citadins, toi et moi ne serons dans un premier temps rien de plus que deux péquenots insignifiants.

     

    3

    — Je m’appelle Genesis.

    Un peu plus grand que lui, d’étranges yeux verts dont la pupille rappelle celle d’un félin, le première classe Sephiroth le fixe. Des cheveux argentés noués en queue de cheval ; des épaules et des bras musclés – que laisse apparents son uniforme du SOLDAT – témoignant d’une existence faite d’entraînements exigeants et de combats depuis son plus jeune âge.

    Son visage vide, inexpressif, lui donne l’allure d’un mannequin sans âme. À peine s’il parvient à distinguer une étincelle de vie dans son regard. Ce n’est pas exactement comme ça que Genesis l’imaginait, mais il ne s’en laisse pas démonter pour autant.

    — Je suis rentré au SOLDAT il y a peu, lui explique Genesis. Comme tu le vois, je ne suis encore que troisième classe, mais je te rejoindrai bientôt au sommet. (Puis, avec un sourire confiant :) J’espère que nous deviendrons bons amis !

    Là-dessus, il lui tend sa main, que l’autre se contente d’observer. À nouveau, difficile de deviner ses émotions, tant son visage s’emploie à rester lisse.

    Sephiroth relève finalement les yeux sur lui et questionne d’une voix qui n’a pas encore fini de muer :

    — Ton unité sera bientôt mobilisée au Wutai, n’est-ce pas ? (Et comme Genesis approuve, il ajoute :) Dans ce cas, essaye d’abord de survivre.

    Avant de se détourner.

    Le regardant s’éloigner, Genesis baisse doucement la main que l’autre a refusée. Il ne s’en sent toutefois pas vexé. Au contraire, l’attitude de Sephiroth ne fait que renforcer sa détermination.

    Un petit sourire revient étirer ses lèvres.

    Oui, Sephiroth ne le prend peut-être pas encore au sérieux, mais ce n’est qu’une question de temps. De semaines, sinon de mois… pour Genesis ça ne fait aucun doute : dans un avenir proche, le héros de la guerre du Wutai sera forcé de le reconnaître comme son égal !

    ZeegZag ~ 2019

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  • 24/06/2019

     

    Heeeu... en fait, c'est un peu flou, ce que j'ai fait cette semaine. Il va vraiment falloir que je commence à prendre des notes, je crois !

    De tête, j'ai pris encore pas mal de notes pour IncaSephy (Que je peux ENFIN mettre de côté, parce que, oui, ça y est ! J'ai enfin sa fin et les OS bonus qui le clôtureront !)

    J'ai aussi pris un certain nombre de notes pour Après la pluie, continué difficilement son épisode 7, attaqué tout aussi difficilement la réécriture de son épisode 4 (Il me reste encore 5 ou 6 pages à réécrire, quoi. Sur 26.) et relu son épisode 5 en prévision d'une réécriture prochaine... vu que je l'attaquerai directement après celle de l'épisode 4. J'ai aussi attaqué la première étape relecture + corrections du second jet de l'épisode 4 eeeeet... je crois que c'est tout pour ce projet.

    A côté, j'ai terminé ma prise de notes pour mon crossover chelou entre Après la pluie et IncaSephy... j'ai aussi terminé le plan du chapitre 4 de "Nous sommes de retour" (Donc, là aussi, écriture prévue prochainement) et... on a fait le tour de FF7, me semble. :)

    Niveau fic originale, j'ai enfin terminé le premier jet de la partie 32 d'Ombre. Je suis donc la joie ! Encore quatre à écrire et je pourrai dire bye bye à ce projet là également. \o/ (Enfin, à son premier tome... !)

    Cette semaine ? Aucune idée. Après la pluie, déjà, c'est sûr... le reste, ce sera en fonction de mon envie / de mon énergie.


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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 3 (Fin)

    Partie 4

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 1.850 mots

     


     

    8

    Kadaj adresse un regard de reproche au contenu de son assiette, comme s’il le soupçonnait de s’être mis dans cet état tout seul. Puis il lève les yeux vers Loz qui, derrière le comptoir, termine de servir Yazoo.

    — Pourquoi est-ce que mon repas est carbonisé ?

    Loz échange un regard en coin avec Tifa, avant de répondre, un peu gêné :

    — Heu… c’est-à-dire que j’ai pas fait attention et que je l’ai laissé brûler.

    — Dans ce cas, pourquoi est-ce que c’est à moi de le manger ?

    — Parce que… heu… parce que j’aime pas le cramé ?

    — Et je suis censé l’aimer, selon toi ?

    — Non, mais… on pouvait pas le mettre à la poubelle, quand même !

    — D’accord, mais encore une fois, pourquoi c’est moi qui dois le manger ?

    Là-dessus, il jette un coup d’œil à Yazoo qui, par précaution, a déjà attaqué son repas et fait mine de ne pas entendre l’échange. Puis il revient à Loz. De la sueur a commencé à perler le long des tempes de ce dernier, qui s’emploie à présent à éviter son regard. Tapotant des doigts contre le comptoir, il insiste :

    — Loz ? Je ne veux pas manger ça, débrouille-toi avec !

    Puis il va pour échanger son assiette avec celle de son frère, mais celui-ci se jette en avant pour la mettre hors de sa portée. Et pour ne pas arranger son cas, voilà qu’il s’exclame :

    — Oh, c’est bon, ‘daj ! Ne fais pas l’enfant !

    — Et c’est à moi que tu dis ça ?!

    Occupée à réchauffer son propre repas, Tifa sent venir la catastrophe. Kadaj est à deux doigts de se jeter sur son frère pour lui arracher son assiette et, dans la bataille qui s’en suivra, ils risquent de renverser une bonne partie de ce qui se trouve derrière le comptoir. Désireuse d’empêcher cela, elle lance :

    — En compensation, ce sera double dessert pour toi, Kadaj !

    Son intervention amène un moment de flottement entre les deux frères. Puis Loz se tourne vers elle, l’air envieux.

    — Hé ! Moi aussi je veux un double dessert !

    — Je t’en prie, fais-toi plaisir, grommelle Kadaj en lui tendant son assiette.

    Ce à quoi Loz répond, l’expression malheureuse :

    — Mais j’aime vraiment pas ça, le brûlé…

    — Dans ce cas…, fait Kadaj en laissant retomber son assiette. Tant pis pour toi !

    Puis, avec une grimace, il attrape ses couverts. Ça ne va pas être agréable à manger, mais rien que pour savourer l’expression de Loz au moment du dessert, plus question de se débiner.

    Dans les minutes qui suivent, on n’entend plus que Tifa qui s’active derrière ses fourneaux, ainsi que le bruit de leurs couverts. Loz est venu prendre place près de Kadaj et, de temps à autre, marmonne. Il a l’air profondément malheureux quand celui-ci relève finalement les yeux sur lui. Toutefois, pas question de se laisser attendrir ou de lui céder quoi que ce soit. Le faire, ce serait ouvrir la porte à d’autres caprices dans l’avenir. Aussi, à la place, commence-t-il :

    — Au fait, cette après-midi j’ai…

    Avant de se souvenir qu’il ne se trouve pas en la seule compagnie de ses frères. Son regard se porte donc vers Tifa, qui a tourné le sien dans leur direction, et son expression s’assombrit. Sans un mot de plus, il s’en retourne à son repas, ignorant Loz qui questionne :

    — Quoi ?

    N’obtenant pas de réponse, il tourne les yeux vers Yazoo, qui lui fait discrètement signe de laisser tomber. À son tour, il comprend, jette un regard rapide à la jeune femme, avant d’engloutir la fin de son repas.

    Tifa se mord la lèvre, se sentant soudain de trop. Elle a également le sentiment que tout sujet dont ils se refusent à parler devant elle est une potentielle source d’inquiétude pour eux tous. Elle ne voit toutefois pas comment les pousser à revenir sur le sujet et Yazoo, finalement, détourne son attention en questionnant :

    — Marlène et Denzel… ce ne sont pas vraiment vos enfants, n’est-ce pas ?

    La question surprend Tifa, tout autant que Loz et Kadaj. Le premier, d’ailleurs, adresse à présent un regard interloqué à son frère, qui se contente de l’ignorer. Après avoir éteint le gaz, la jeune femme répond :

    — Oui, nous… le papa de Marlène travaille beaucoup et il ne peut pas emmener sa fille avec lui. Comme c’est un ami et que je connais Marlène depuis qu’elle est toute petite, nous nous en occupons pour lui.

    Du reste, songe-t-elle en prenant place sur un tabouret situé derrière le bar, on peut dire qu’elle fait un peu figure de mère de substitution pour la petite.

    — Denzel, lui, est un orphelin que nous avons recueilli. Ses parents sont morts il y a quelques années et… disons que nous ne savons presque rien du reste de sa famille, ni de comment la contacter. Alors, maintenant, on peut dire que c’est ici sa maison.

    Une légère boule s’est formée au creux de son estomac, comme la conversation fait remonter de mauvais souvenirs en elle. Dans le fond, et même si elle sait bien que c’est la Shinra qui a fait s’écrouler la plaque du secteur 7, elle ne pourra jamais vraiment se départir de toute culpabilité à l’égard de cette tragédie.

    Il lui faut néanmoins aller de l’avant, pour elle, comme pour son entourage, et c’est pourquoi elle évite en général de penser à cette époque sombre de son passé. À trop se morfondre, on ne parvient à rien. Surtout, on cesse d’avancer. Dans son cas, elle préfère travailler au rachat de ses fautes, plutôt que de vivre dans un état d’autoflagellation permanent.

    Son regard se pose sur Yazoo et elle note son expression songeuse. Les bras croisés, il a repoussé son assiette et a incliné la tête, le regard dans le vague. Elle se demande si elle doit prendre sa curiosité pour un signe encourageant. Car ce n’est pas anodin, n’est-ce pas, que celui qui semble le moins se soucier de son environnement soit également celui à poser ce type de question ?

    Et comme pour achever de la surprendre, voilà qu’il s’enquiert également :

    — Et la mère de Marlène ?

    — Elle est… elle est morte il y a longtemps. Quand Marlène n’était encore qu’un bébé.

    À ces mots, elle peut entendre Loz hoqueter.

    — Ça veut dire que tous les deux n’ont plus de maman ? C’est triste…

    De plus en plus troublée, Tifa note qu’il semble ébranlé par l’idée.

    — Tu le penses vraiment ?

    C’est au tour de Loz d’avoir l’air surpris. Il jette un regard inquiet à ses frères, cherche à savoir s’il vient de commettre une bêtise. En réponse, Yazoo se contente d’un haussement d’épaules, tandis que Kadaj continue son repas sans paraître s’intéresser à la conversation. Nerveux, il se mord la lèvre et revient à Tifa.

    — Ben… puisque nous non plus on n’a plus de maman… ou plutôt, qu’on n’a pas le droit de la voir… et que ça me rend triste… alors…

    — Alors tu t’es mis à leur place ? Tu as imaginé ce qu’ils devaient ressentir en sachant leurs mamans mortes, c’est ça ?

    Quoique toujours peu confiant, Loz approuve d’un hochement de tête.

    — C’est bien, Loz, le félicite-t-elle. Tu as fait exactement ce qu’il fallait !

    Un large sourire vient étirer les traits de son interlocuteur, dont le visage se décrispe. Très fier, il se tourne à nouveau vers ses frères, mais n’obtient qu’un roulement d’yeux de la part de Yazoo. Kadaj, lui, attrape son assiette à présent vide et la tend en direction de Tifa.

    — Je peux avoir mes desserts ?

     

    9

    — Hé, Marlène… Psst ! Marlène !

    La petite grogne dans son sommeil, mais ne se réveille pas. Disparaissant en partie sous ses couvertures, ne laissant visible que le sommet de son crâne, elle a depuis longtemps rejoint le pays des songes. Son insouciance agace Denzel qui, dans le lit voisin, n’a fait que se tourner et se retourner depuis qu’ils se sont couchés.

    — Marlène ! Debout, bon sang !

    Là-dessus, il attrape l’oreiller de Cloud et le jette en direction de la petite fille. L’objet atteint sa cible, qui grogne de plus belle. L’instant d’après, le visage ensommeillé de Marlène quitte sa tanière et la fillette lui adresse un regard de reproche.

    — Quoi ? grommelle-t-elle en se frottant les yeux.

    — Faut qu’on parle des squatteurs !

    — On a déjà parlé… encore, encore, encore et encore…

    Disant cela, sa voix s’est faite de plus en plus lointaine. Ses paupières, lourdes de sommeil, ne demandent qu’à se fermer pour la renvoyer dans l’oubli. Un bâillement lui échappe et elle porte la main à sa bouche.

    La tête soutenue par une main, Denzel est couché sur le flanc. Les sourcils froncés, il réplique :

    — Et on en parlera autant qu’il le faudra ! Et puis c’est important. Tu vois, cette après-midi, j’étais… (Se rappelant à temps qu’il n’est pas prudent de confier à la petite fille à quoi il passe ses fins d’après-midi, il se reprend :) En ville. Et il y a le grand, là, Yazoo, qui est venu me parler.

    — Et alors ?

    — Alors je crois qu’ils vont chercher à se rapprocher de nous. Ils savent que pour rester ici, ils vont devoir nous mettre dans leur poche. C’est déjà fait pour Cloud, et je suis sûr que Tifa est sur le point de craquer elle aussi. Il ne reste donc plus que nous et ils le savent. C’est pour ça qu’il faut qu’on s’en méfie. C’est nous leurs cibles, tu comprends ?

    Et comme la petite marmonne un assentiment, il insiste :

    — Moi, ça va, je suis méfiant. Mais toi, ils risquent de t’embobiner. C’est pour ça que tu dois pas les laisser essayer de sympathiser avec toi. Si tu le fais, c’est sûr qu’ils t’auront toi aussi. Alors, fais attention, d’accord ? Et s’il y en a un qui t’approche, crois pas un mot de ce qu’il te dira. Je suis sûr qu’ils vont vouloir nous faire croire qu’en vrai ils sont sympas, mais ça sera que des mensonges !

    — Oui, oui…

    — Je suis sérieux, Marlène ! Faut pas que tu te fasses avoir !

    — D’accord…

    Intérieurement, Denzel sent sa patience s’effriter. Il prend toutefois sur lui, conscient des difficultés de la petite à rester éveillée.

    — On en reparlera demain, lui dit-il, comme elle remonte les couvertures jusqu’à son front. De toute façon, va falloir qu’on continue à se serrer les coudes si on veut qu’ils s’en aillent. C’est la seule solution !

    Marlène ne répond pas. Son corps s’est de nouveau engourdi et elle se sent replonger dans le sommeil. Dans le lit voisin, elle peut entendre la voix de Denzel, de plus en plus lointaine, qui lui dit :

    — Ce Yazoo… je crois que c’est le plus malin des trois. Il a l’air tout le temps ailleurs, mais je suis sûr que c’est juste un genre qu’il se donne. Parce qu’en vrai…

    Le reste de son discours, toutefois, ne doit jamais atteindre sa conscience…

    ZeegZag ~ 2019

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    Aller à : Partie 3


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  • Après la pluie... (13+)

    Épisode 3

    Partie 3

    Résumé : Se voyant accorder une seconde chance, Kadaj, Loz et Yazoo viennent trouver refuge au Septième Ciel. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, comment cohabiter avec ceux qui ont autrefois été vos ennemis, sinon vos victimes ? Et surtout, comment trouver sa place en un monde pour lequel vous n'êtes pas forcément adaptés ? 

    Genres : Famille

    Année : 2019

    Personnages : Cloud, Tifa, Yazoo, Loz, Kadaj, Marlène, Denzel, Reno, Rude

    Taille : 3.094 mots

     


     

    6

    Tifa aide Marlène à venir à bout de ses devoirs quand le téléphone sonne à l’étage. Ébouriffant la frange de la petite, elle dit :

    — Continue sans moi.

    Après son départ, Marlène se rend brusquement compte qu’elle se trouve à présent seule en compagnie de Loz. Ce dernier, qui arrive au bout de sa tâche, n’a pas desserré les dents depuis qu’il a mis fin à sa conversation avec Tifa. Dans la crispation de ses épaules, elle devine que toute tension ne l’a pas encore quitté et jette donc un regard nerveux en direction de la cage d’escalier. Puis son attention revient sur Loz, s’attarde sur son large dos qui lui rappelle un peu celui de son père, avant de dériver sur la pile de galettes près de lui et de glisser en direction d’une étagère située à proximité. Un bocal y figure. Un bocal plein de sucreries que Tifa prend toujours soin de tenir hors de sa portée – Marlène ayant, par le passé, eu la fâcheuse tendance d’y piocher chaque fois que la jeune femme avait le dos tourné.

    Songeuse, elle se prend la tête entre les mains. La veille, Tifa a acheté tout un assortiment de bonbons aux arômes de fruits dont la petite raffole. En particulier de ceux à la cerise, dont la seule pensée suffit à lui faire monter l’eau à la bouche. Elle trouve sa protectrice vraiment injuste, en ce qui concerne le sujet, celle-ci ne lui en donnant qu’un seul chaque jour, à l’heure du goûter. Comme si c’était suffisant pour satisfaire qui que ce soit ! Non, au contraire, ça ne fait qu’éveiller votre appétit, vous pousse à vouloir en consommer davantage ; d’autant que ceux-ci ne survivent jamais très longtemps une fois en bouche. Juste quelques minutes de plaisir, et ensuite, la frustration.

    Ses yeux reviennent se poser sur Loz. L’espace d’un instant, elle semble peser le pour et le contre, se pince les lèvres et, jugeant finalement que le risque en vaut la chandelle, descend de son siège.

    Sa spatule à la main, Loz fixe le contenu de la poêle. Intérieurement, la culpabilité le ronge. Il craint déjà la réaction de Kadaj, quand celui-ci apprendra qu’il en a encore trop dit à Tifa. Est-ce qu’il ne pourrait pas le lui cacher ? S’il ne dit rien, son frère n’en saura jamais rien, pas vrai ? Oui, mais si la jeune femme venait à poser des questions ? Et si elle mettait Cloud au courant ? Et si Kadaj, ou bien Yazoo, leur demandaient de qui ils tiennent ces informations ? C’est sûr, il va encore avoir des problèmes. Il déteste énerver Kadaj, a horreur de se faire gronder par lui. À chaque fois, il se met à pleurer, ce qui ne fait qu’aggraver la mauvaise humeur de son frère.

    Vraiment… vraiment ! Il n’aurait pas dû tant parler ! Pourquoi est-ce qu’il l’a fait, en plus ? Yazoo lui a pourtant dit d’éviter d’être bavard, et Kadaj n’a cessé de lui répéter d’être prudent, de ne surtout pas se laisser embobiner. Mais lui, lui ! Lui et son stupide cerveau ont encore fait n’importe quoi !

    Il en est à se donner de petits coups contre le crâne quand, dans son dos, un raclement de gorge se fait entendre. Marlène se tient là et, à en croire son expression, n’en mène pas large du tout. L’air inquiet, ses petites mains agrippent sa robe et elle semble déjà prête à prendre ses jambes à son cou. Loz fronce les sourcils, sent aussitôt la méfiance monter en lui. Ce n’est pas parce que ce n’est qu’une enfant qu’il doit la sous-estimer !

    — Qu’est-ce que tu veux ? questionne-t-il durement.

    La fillette fait un pas en arrière et se mord la lèvre. L’instant d’après, elle tend le doigt en direction d’un gros bocal, situé sur une étagère près de lui.

    — Tu peux me l’attraper ? Je suis trop petite…

    Loz contemple l’objet, avant de revenir à elle. L’air maintenant suspicieux.

    — Pourquoi je ferais ça ?

    — Ben…

    Marlène sait qu’elle n’a pas beaucoup de temps devant elle avant que Tifa ne revienne. Juste assez pour grignoter quelques bonbons et en faire disparaître d’autres dans ses poches. Mais elle voit bien qu’elle aura du mal à obtenir l’aide de Loz. Sa conversation avec Tifa l’a vraiment échaudé et il semble croire qu’elle est en train de lui tendre un piège. Prenant une longue inspiration, elle décide donc de jouer son joker.

    — Tu… toi et tes frères, vous voulez vous faire pardonner, pas vrai ?

    Il approuve d’un hochement de tête.

    — Dans ce cas, si tu me le descends, je vous pardonnerai un petit peu.

    Juste un tout petit petit petit petit peu, ajoute-t-elle mentalement.

    Loz a à présent arqué un sourcil, semble étonné de la proposition. Son regard revient se poser sur le récipient et il questionne :

    — Ça fonctionne vraiment comme ça ?

    — Bien sûr ! Rendre service aux autres, c’est aussi une façon de se faire pardonner !

    Toujours peu convaincu, Loz a une moue. Il finit toutefois par hausser les épaules et va lui récupérer le bocal.

    — Tiens-le, d’accord ? lui dit-elle, comme il s’accroupit à sa hauteur. Je vais l’ouvrir !

    Là-dessus, elle en dévisse le couvercle et se régale du tableau multicolore qui se dévoile. Sa main plonge dans ce paradis sucré et en ressort avec une pastille rose, qu’elle enfourne aussitôt dans sa bouche et croque. Elle en prend ensuite une deuxième et questionne :

    — T’en veux pas ? Ils sont drôlement bons !

    — Je sais pas… j’ai vraiment le droit ?

    — Mais oui ! S’ils sont là, c’est pour qu’on les mange !

    Loz plonge donc à son tour la main dans le bocal, attrape un bonbon tout rond, tout violet et, après lui avoir adressé un regard soupçonneux – comme s’il craint qu’on ne cherche à l’empoisonner – le glisse dans sa bouche. Le laisse aller à droite, à gauche, revenir sur sa langue, imprégner l’ensemble de sa tanière de son goût sucré. Alors seulement, ses traits se décrispent.

    — Oh ! s’exclame-t-il. C’est bon !

    — Qu’est-ce que je te disais !

    — C’est la première fois que j’en goûte, avoue-t-il en en piochant un second. Comment est-ce que ça s’appelle, au juste ?

    Marlène le fixe avec des yeux ronds, ne parvenant pas à croire que quelqu’un, en ce monde, puisse l’ignorer.

    — Tu sais vraiment pas ? (Et comme Loz fait non de la tête :) Des bonbons. Ça s’appelle des bonbons !

    — Bonbon… même le nom est rigolo.

    — Et il en existe plein d’autres sortes, explique la petite en écartant les bras. Par exemple, avant, mon papa m’achetait…

    Mais la fin de sa phrase se mue en une exclamation apeurée. Derrière Loz, une fumée noire a commencé à s’élever et empuantit l’air. Loz pousse un cri et, dans sa précipitation, lâche le bocal. Si celui-ci n’explose pas à terre, il y cogne néanmoins lourdement, assez pour se fissurer, puis roule en répandant tout son contenu. Le vacarme parvient jusqu’à Tifa qui, sortant à ce moment-là du bureau, dévale en panique les escaliers.

    — Marlène, qu’est-ce que… ?

    Le spectacle la laisse momentanément sans voix. Loz a retiré la poêle du gaz et semble en grande panique. Une fumée noire continue de s’en échapper et il jette des regards partout autour de lui, comme s’il cherche ce qu’il convient de faire. Marlène, elle, a tourné des yeux coupables en direction de la jeune femme. Ses petites mains portées à sa bouche, un amoncellement de sucreries se dessine à ses pieds.

    — Qu’est-ce que ça veut dire ?!

    Furieuse, elle s’approche, voit Loz reculer et percuter violemment la gazinière. Marlène va pour se défendre, mais Tifa, déjà, la gronde :

    — On avait dit quelque chose, Marlène ! Un seul par jour, pas davantage ! Je t’ai déjà expliqué que ce n’était pas bon pour tes dents, ces cochonneries. Et maintenant, regarde-moi ce bazar ! Tu vas me ramasser ça tout de suite, jeune fille, ou sinon…

    Dans son coin, Loz semble en panique. Sa voix, quand il bredouille, est celle d’un enfant qui a peur de subir le courroux parental :

    — C’… c’est ma faute. C’est moi qui l’ai fait tomber.

    — Il l’a fait tomber, répète Marlène, espérant ainsi réduire un peu la charge de sa culpabilité.

    Tifa lève un doigt.

    — Mais c’est toi qui lui as demandé d’aller le chercher. Si tu n’étais pas aussi gourmande, rien de tout ça ne serait arrivé ! Alors maintenant au travail et si je te vois en manger ne serait-ce qu’un seul, tu auras de mes nouvelles !

    Puis, elle se tourne vers Loz.

    — La prochaine fois qu’elle te demande de le lui descendre, ne le fais pas, d’accord ? Elle sait qu’elle n’a pas le droit, mais elle ne peut pas s’en empêcher.

    — C’est parce que tu m’en donnes jamais assez, grommelle la petite en ramassant les bonbons qui jonchent le sol.

    — Eh bien pour ta peine, tu es punie : pas un seul bonbon pendant une semaine. On verra si, après ça, tu trouveras toujours que tu n’en as pas assez !

    En réponse, Marlène pousse une exclamation indignée, à laquelle la jeune femme ne prête pas attention. À la place, elle vient récupérer la poêle des mains de Loz et en inspecte le contenu d’un œil critique.

    — Mhhh… c’est bien grillé, mais c’est sans doute encore mangeable.

    Du bout des doigts, elle en soulève un bord, constate les dégâts qui se dissimulent là-dessous et grimace. Pas question de donner ça aux clients ! Ils vont devoir s’en débarrasser eux-mêmes.

    Là-dessus, elle offre un petit sourire rassurant à Loz et lui dit :

    — Ne t’inquiète pas : ça peut arriver à tout le monde.

     

    7

    Par trois fois, Denzel appuie sur la gâchette et, par trois fois, rate sa cible. Un grognement lui échappe. Derrière lui, Yazoo lance :

    — Tu es vraiment nul !

    Le gamin serre les dents, refuse de répondre à la provocation. À la place, il lève à nouveau son arme, vise, puis tire… pour guère plus de résultats. Frustré, il sent ses joues commencer à le picoter. Non seulement il n’arrive à rien, mais en plus, il faut que l’autre soit là à le regarder avec ses yeux de serpent qui lui font froid dans le dos.

    Un soupir se fait entendre, suivi d’un pas qui se rapproche. Avant qu’il ait pu réagir, Yazoo est déjà à côté de lui, lui pose une main sur l’épaule, tandis que l’autre vient saisir ses poignets pour redresser son arme. Il se dégage vivement.

    — Ne me touche pas !

    — J’essaye juste de t’aider…

    — Et moi, je ne t’ai rien demandé, alors fous le camp !

    Mais plutôt que de lui obéir, l’Incarné l’attrape d’autorité par l’épaule et le retourne en face de ses cibles. Denzel se débat, tente d’échapper à la poigne qui s’est également refermée sur son bras droit, sans succès. Penché derrière lui, ses cheveux venant lui chatouiller la joue, Yazoo dit :

    — Tu n’arriveras à rien comme ça : laisse-moi te montrer.

    Le gamin fait la tête, mais se résigne à accepter son aide. Le laisse corriger sa posture et lui montrer comment tenir correctement son arme.

    — Maintenant ! ordonne finalement Yazoo.

    Denzel tire. Deux coups. Et si le premier rate une nouvelle fois sa cible, le deuxième l’envoie voltiger dans les airs. Face à ce succès, un sentiment de fierté s’empare de lui. Le sourire aux lèvres, il se retourne vivement, le regard pétillant, avant de se rappeler à qui il doit sa victoire. Son expression, aussitôt, se renfrogne. Yazoo, qui s’est redressé, a un hochement de tête satisfait.

    Un reniflement échappe à Denzel.

    — Je vais pas te remercier, si c’est ce que t’attends.

    — Je n’allais pas te le demander.

    — Tu parles !

    — Mais j’aimerais vraiment savoir pourquoi tu fais ça…

    Denzel hausse les épaules.

    — Je m’amuse, c’est tout.

    Il peut toujours courir pour qu’il lui avoue la vérité ! Non seulement ça ne le regarde pas, mais en plus il n’a aucune envie qu’il aille raconter ça autour de lui. Si Tifa ou Cloud venaient à l’apprendre, ils s’en mêleraient à coup sûr. Ce qu’il veut à tout prix éviter.

    À voir l’expression songeuse de Yazoo, il est toutefois évident qu’il ne le croit pas.

    — Je pourrais te donner des cours…, propose-t-il doucement.

    — Pas besoin !

    — Si tu préfères rester mauvais, c’est toi que ça regarde.

    — Je m’en sortais très bien tout seul !

    — Et c’est pour ça que, depuis une demi-heure, tu n’as pas réussi à en toucher une seule.

    Le regard de Denzel se fait agressif. Non, mais de quoi il se mêle à la fin ?!

    — Et puis, poursuit Yazoo, sans faire attention à lui. Tu ne pourras pas éternellement t’entraîner avec ce jouet… tôt ou tard, il te faudra passer à quelque chose de plus sérieux.

    — Je le ferai !

    — Oh ! Et comment comptes-tu te procurer une arme à feu, dis-moi ?

    — Je…

    À nouveau, il sent ses joues le picoter. À croire que ça l’amuse de l’humilier !

    — Fous-moi la paix !

    — Si tu veux, répond Yazoo sans se démonter. Mais ce serait tout de même bête de ta part de passer à côté de ma proposition. Je veux dire… j’en ai une, moi.

    Les yeux de Denzel s’étrécissent, semblent chercher l’entourloupe, avant de se diriger vers Velvet Nightmare abandonnée un peu plus loin. Dans le fond, il doit reconnaître que ça lui serait bien utile d’avoir quelqu’un pour l’aider dans son entraînement. Surtout si ce quelqu’un en question peut lui fournir un armement qu’il aura du mal à se procurer par lui-même, mais…

    — Tu me laisserais vraiment l’utiliser ?

    — Une fois que tu auras assimilé les bases et que tu seras capable de viser correctement.

    — Facile ! En une semaine, ce sera fait.

    — Ah, vraiment ?

    Denzel grogne. Bon d’accord, il est mauvais. Très mauvais, même. Mais qu’un type comme lui se permette de lui en faire la remarque l’ulcère prodigieusement. Ajouté à ça qu’il n’a aucune envie de lui devoir quoi que ce soit.

    Car il sait bien pourquoi est-ce qu’il fait ça. Forcément ! Il essaye de l’acheter. Espère sans doute qu’en étant sympa avec lui, il changera d’avis sur son compte… et celui de ses frères.

    Oui, il le voit venir à des kilomètres ! Seulement…

    Seulement, je ne vois personne d’autre pour m’aider.

    Et puis, si l’autre essaye de se servir de lui, il n’y a pas de raison que, de son côté, il n’en fasse pas de même. Aussi, et quoique toujours agressif, il dit :

    — D’accord, je veux bien que tu m’apprennes. Mais crois pas que ça va changer quoi que ce soit ! Je t’aime pas et ça va continuer !

    — Je m’en moque, je ne suis pas là pour ça. Et puis… tu n’as toujours pas répondu à ma question.

    Sur la défensive, Denzel questionne :

    — Pourquoi tu tiens tant que ça à savoir ?

    — Parce que je suis curieux et que je m’ennuie ?

    — Et c’est aussi parce que tu t’ennuies que tu veux bien m’aider ?

    — On peut pas dire que votre vie soit vraiment trépidante…

    Et donc, il espère sans doute que ça lui fera un peu de distraction. Ce qui n’a rien de bien valorisant.

    — T’as pas intérêt d’en parler à Cloud ou à Tifa. Et surtout pas à Marlène !

    — Pourquoi je le ferais ?

    — Et pas à tes frères non plus !

    — Ils ne diront rien.

    — Mais je veux pas que tu leur dises ! Tout ça… (Il marque une pause, s’agaçant par avance de la suite.) Ça doit rester entre nous !

    Ne voyant pas de raison de refuser, Yazoo se contente d’opiner du chef. Denzel, lui, semble encore un peu hésitant, pèse rapidement le pour et le contre, avant d’avouer :

    — C’est parce que je veux rentrer au WRO…

    Puis il hausse les épaules, l’air frustré.

    — J’ai demandé à le rejoindre, mais on n’a pas voulu de moi. Parce que je ne suis encore qu’un enfant. Alors… en attendant, j’ai décidé de m’entraîner. Pour devenir fort, moi aussi. Comme Cloud et les autres.

    Dans un premier temps, il a d’ailleurs songé à demander à Cloud de lui donner des cours, mais a dû y renoncer. Le jeune homme travaille beaucoup et Denzel n’aurait jamais eu la patience d’attendre parfois plusieurs jours avant qu’il ait à nouveau du temps à lui consacrer. Alors, en attendant de trouver une meilleure solution, il a décidé de se tourner vers les armes à feu. Après tout, avait-il estimé, il lui serait ensuite bien plus facile de trouver des personnes pour lui donner des conseils sur ce type d’armement, que sur les armes blanches – qui ne correspondent pas franchement à ce que les gens du coin ont l’habitude d’utiliser.

    Yazoo l’observe d’un air songeur.

    — Tu crois vraiment en être capable ?

    D’indignation, Denzel tressaille.

    — Bien sûr que j’en suis capable !

    — L’important c’est d’y croire, j’imagine, rétorque Yazoo, sans prêter attention au regard de reproche de l’enfant. Au fait, qu’est-ce que c’est que le WRO ?

    La question surprend à ce point Denzel qu’il en oublie sa colère.

    — Le World Regenesis Organization… ça doit forcément te dire quelque chose. Tout le monde connaît !

    — Est-ce que c’est un genre de groupe armé ?

    — Heu… en partie, oui. Ils… (Se redressant de toute sa taille, il soutient le regard de son interlocuteur.) Ils cherchent à protéger et à reconstruire le monde après ce que la Shinra et Sephiroth lui ont fait !

    S’il s’attendait à une réaction de la part de Yazoo, ce n’était certainement ce simple hochement de tête. L’air ailleurs, il a porté les doigts à ses lèvres et semble se perdre dans ses réflexions. Denzel s’en trouve un peu déçu. Cloud lui a dit que ses frères et lui ont un lien avec Sephiroth, mais… l’entente de ce nom a eu l’air de ne lui faire ni chaud ni froid.

    Son regard se porte en direction de l’horizon, cet horizon désertique, stérile, œuvre de la Shinra et de ses centrales qui en ont aspiré toute vie au fil des ans. Il plisse les yeux, ébloui par le soleil couchant. S’abîme l’espace d’un instant dans les nuances orangées qui colorent le ciel, avant de redescendre brusquement sur terre.

    — Oh mince, regarde l’heure qu’il est ! Tifa va nous tuer si on ne se dépêche pas !

    ZeegZag ~ 2019

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