• 27/09/2014

     

     Voilà ! Je viens de poster la première partie de l’épisode 2 d’Un long voyage.

    Haha, ce projet me pose de plus en plus de problèmes. Pour commencer, je n’ai toujours pas terminé les corrections de cet épisode 2. Je l’avais dit quelque part, mais javais eu quelques ennuis avec ses trois dernières parties, que j’ai dû modifier. Du coup… j’ai plus ou moins terminé de corriger les parties 5 et 6 cette semaine. (Plus ou moins parce qu’une ou deux dernières relectures s’imposent.) Par contre, la partie 7 est encore à l’état de second jet non corrigé. J’ai dû la relire une fois, vouloir la relire une deuxième fois, et abandonner en cours de lecture.

    Avec ça, je me demande si, au final, ce ne serait pas mieux de proposer directement le fichier complet des épisodes ici, plutôt que d’attendre que toutes les parties soient d’abord postées pour le filer. J’hésite vraiment. Bien sûr, du coup, l’activité (déjà assez mince) de ce site n’en sera que davantage réduite, mais… bon ! On verra !

    Aussi, nous sommes à la fin du mois et je n’ai pas achevé les corrections de l’épisode 3. Argh ! C’est une catastrophe. (En plus, c’est terrible, mais j’ai un peu, beaucoup de mal, avec cet épisode. T__T) J’ai seulement terminé le premier jet de l’épisode 4 en début de semaine et… et ? Pour l’épisode 5, j’en suis toujours à son brouillon. Je suis… plus ou moins bloqué à sa cinquième et dernière partie. Plus ou moins parce qu’en vérité, je sais parfaitement où je vais, mais que j’hésite sur un élément en particulier. Je ne sais pas si je dois ajouter une scène ou non, et si oui, comment amener cette scène. Ajouter à ça que j’ai souvent l’impression qu’il manque quelque chose à l’épisode 1, quelque chose d’important, et on comprendra qu’en ce moment, pour moi, c’est un peu l’angoisse avec ce projet. (Mais je m’accroche !)

     


    votre commentaire
  • 12/09/2014

     

    Je me serai finalement décidé à mettre "Mon ami Maxence" à jour. Pfouah ! Ça faisait plusieurs jours, peut-être même une semaine, que j'avais terminé de le relire mais... la flemme, haha !

    Enfin, maintenant c'est fait, et j'espère que les lourdeurs et autres étrangetés que l'on m'avait signalées ont enfin disparues.

    En ce qui concerne le fichier complet d'Un long voyage, épisode 1, je travaille dessus... doucement. J'ai encore supprimé tout pleins de fautes et d'horreurs qui m'avaient échappé la première fois... c'est dingue, ça ! J'ai beau m'esquinter les yeux à lire et relire mes textes, j'ai l'impression qu'il m'en restera toujours !

    J'espère, donc, pouvoir le proposer lundi... au plus tard mardi. :)

     


    votre commentaire
  • 06/09/2014

     

    Niveau écriture, je crois avoir pas mal à dire cette fois. J'ai même du mal à savoir par où commencer !

    * Sort sa liste *

    Bon, on l'aura remarqué, j'ai posté aujourd'hui ma fanfic sur FF7 : Je souhaite...

    Elle est courte, et pourtant, elle m'aura pris sacrément la tête ! D'ailleurs, faudrait vraiment que je la relise d'ici quelques mois, parce que je sais que pas mal de lourdeurs m'ont échappé.

    D'ailleurs, je ne sais même plus comment m'est venue l'idée de cette fanfic. Elle a été écrite en 2008, c'était donc pendant mon année à l'étranger, mais... non, y a rien à faire, je n'ai aucun souvenir, ni de sa conception, ni de son écriture. Tout ce dont je me souviens, c'est que j'avais vaguement recommencé à jouer à FF7 sur émulateur. C'est, sans aucun doute, ce qui a dû m'inspirer...

    Sinon, Un long voyage n'est pas la seule histoire sur laquelle je prends du retard : Le grand monsieur du bois d'à côté commence à me poser problème lui aussi. (Argh !)

    Actuellement, je suis dans les corrections de son 1er épisode. J'ai terminé les troisième jet des épisodes 2 et 3 et je devrais, bientôt, attaquer également leurs corrections. Donc, de ce côté, tout va bien, je suis même limite en avance. Les choses, par contre, se gâtent avec la suite : je n'avais pas prévu, mais vraiment pas, qu'il y aurait autant de boulot !

    En 2011/2012, j'étais parvenu à réécrire les épisodes 1, 2 et 3, donc, j'avais déjà transformé et amélioré ces trois là, raison pour laquelle il m'a été, au final, assez facile d'en venir à bout. Mais les autres, ce sont encore des premiers jets de 2009/2010 et... comment dire ? Le boulot y est énorme.

    Mon style, ma façon de concevoir mes histoires, a beaucoup évolué depuis, du coup, à partir de l'épisode 4, c'est comme si je devais tout recommencer depuis le début : recherches d'idées, brouillon, premier jet, deuxième jet, puis seulement corrections.

    En gros, ce que je fais (Une étape en moins, toutefois) pour les épisodes d'Un long voyage...

    Argh... ARGH !

    Donc, chaque épisode va me demander beaucoup plus de temps que prévus, donc, je suis pas prêt d'en voir le bout, donc, comme pleins de choses n'allaient pas, les épisodes doublent, sinon triplent de volumes. En bref... je suis pas dans la merde !

    Actuellement, j'ai terminé les brouillons de l'épisode 4 et 5, j'ai attaqué le premier jet de l'épisode 4 et je devrais, d'ici lundi, commencer le brouillon de l'épisode 6. Du coup, je me demande où j'en serai, avec ce projet, d'ici à la fin décembre. Avec un peu de chance, j'aurai réussi à rattraper mon retard mais... pour le moment, je n'en mettrai pas ma main à couper.

    En ce qui concerne : Un long voyage, de ce côté, je suis plutôt satisfait. (Malgré quelques imprévus.)

    Logiquement, je devrais en avoir terminé avec le 5ème épisode fin décembre (En tout cas je l'espère), le 4ème avance bien, le 3ème est en attente de corrections (Là aussi, je devrais commencer lundi), les autres épisodes se remplissent doucement (D'ailleurs, en dehors de l'épisode 9 qui me pose toujours problème, le reste a vraiment bien évolué.), mais... parce qu'il fallait bien un mais... l'épisode 2 a décidé de faire des siennes. Logiquement, j'étais censé avoir terminé ses corrections aujourd'hui. Malheureusement, je vais devoir le laisser un peu de côté. En tout cas, ses trois dernières parties.

    Bon, rien de bien grave non plus. C'est seulement que certains détails ne me conviennent, que je trouve certaines choses trop simplistes, mais aussi quelques bricoles assez mal utilisées. Et puis, scène d'action = ma bête noire = insatisfaction extrême. Donc... il faut que retravaille certaines choses !

    Et ?

    Et ???

    Et, j'ai presque terminé ! (Yahou !)

    Je voulais également parler d'un de mes deux projets de l'année prochaine : Le petit chaperon rouge.

    Comme je l'avais déjà expliqué, ce projet est censé être la suite de ma nouvelle Le loup et la fillette. Mais je suis en train de me demander si je ne vais pas changer ça...

    Je m'explique : j'ai pas mal travaillé sur ce projet dernièrement et, comme il commence à bien se construire, j'hésite à le reprendre depuis le début. C'est à dire : virer cette nouvelle et lui écrire un nouvel épisode d'introduction. Cette introduction reprendrait certains aspects de ma nouvelle, mais de façon très différente et, je pense, un peu plus sombre surtout. (Et du coup Le loup et la fillette deviendrait un genre de texte... d'un univers parallèle... je ne sais pas trop comment le dire autrement.)

    Si cette idée me tente, c'est surtout à cause du personnage de Marine, qui en est l'un des plus importants. Marine est un personnage assez spécial, surtout parce qu'elle n'est pas très sympathique. D'ailleurs, je voudrais qu'elle le soit de moins en moins au fil des épisodes. Mais pour qu'elle soit crédible, pour que les raisons de cette haine qui l'habite puissent être comprises, je pense que l'épisode d'introduction sera le plus important. Avec Le loup et la fillette, ce détail est à peine effleuré, dans l'épisode que j'ai en tête, il y a un rôle central.

    Tout ça pour dire que ce texte va me demander, à mon avis, encore plus de travail que je ne le pensais et que, surtout, il risque d'être plus sombre qu'initialement désiré.


    votre commentaire
  • Je souhaite...

    Résumé : Un vœu, une prière d'espoir pour l'humanité et pour elle même. Les cieux parfois se penchent sur vous pour vous exaucer de bien étrange façon.

    Personnages : Aerith

    Genres : OS / Général

    Taille : 855 mots

    Année : 2008

    Crédits : Square Enix

     


     

    1

    Aerith fixait la plaque supérieure de ses grands yeux verts. Imposante, grise et lugubre, elle recouvrait les taudis à la manière d’un couvercle. Pourtant, des gens vivaient ici. Des êtres humains, comme des animaux. Des familles entières, traitées comme les aliments d’une vulgaire boîte de conserve.

    Un soupir lui échappa.

    Autour d’elle, les plantes de son jardin bruissaient. D’une certaine façon, ce lieu représentait l’un des derniers paradis de cette cité à l’agonie. Il lui suffisait de venir s’asseoir ici, à l’ombre de son habitation, pour se sentir tout de suite mieux.

    Ses soucis s’estompaient et, l’espace de quelques instants, elle trouvait la sérénité.

    L’aurait-elle pu qu’elle serait restée ici des heures, à ne rien faire, sinon savourer l’instant présent, la respiration paisible et les yeux mi-clos.

    Une voix, toutefois, devait venir contrecarrer ses projets ce soir-là. Celle de sa mère qui, depuis le seuil de leur maison, lui annonçait que le dîner était prêt.

    Du bout des doigts, Aerith remit en place une mèche de ses cheveux châtains derrière son oreille et se redressa.



    2

    Demain, elle se rendrait à l’église abandonnée.

    Une décision qui n’était pas sans danger, car chaque fois elle craignait d’attirer sur elle l’attention de la Shinra.

    Combien de temps lui restait-il avant qu’on ne revienne la harceler ? Peut-être même, à y réfléchir, que l’église était déjà sous leur surveillance. Comment savoir ? Avec eux, elle s’attendait à tout, et surtout au pire.

    Pourtant, le risque lui paraissait préférable à la captivité. Pour sa sécurité, il aurait certainement été plus sage qu’elle reste ici, prisonnière de sa propre maison. Mais non, pas question ! Elle refusait de se résigner.

    Et puis… elle avait un moyen de leur échapper. Oui, s’ils commençaient à devenir gênants, sinon brutaux, elle n’aurait aucun mal à leur semer compagnie. Pour cela, elle connaissait un passage. Par les toits. Ils ne s’y attendraient pas, aussi aurait-elle forcément l’avantage.

    Tout en brossant ses cheveux, elle jeta un regard par la fenêtre de sa chambre et tenta d’imaginer ce que serait leur existence sans cette plaque qui les étouffait, eux comme leurs espoirs.

    Comme les rayons du soleil ne filtraient jamais ici, l’éclairage artificiel était leur seule source de lumière. À chaque instant, et quelle que soit l’heure. Comment s’étonner, après ça, que l’humanité se porte si mal ?

    Assise sur son lit, elle posa la brosse près d’elle, sur le matelas, et ferma les yeux. Les mains jointes, elle fit un vœu à l’intention des puissances supérieures : celui qu’elles daignent envoyer l’un de leurs émissaires pour leur venir en aide. À eux… comme à cette planète malmenée par la bêtise de ses semblables.



    3

    L’église était silencieuse.

    Assise à même le sol, Aerith faisait face à un parterre de fleurs qui, ayant profité de la disparition d’une partie du plancher, avait poussé là. Un spectacle comme on en voyait peu, pour ne pas dire jamais, dans les taudis.

    Elle chantait tout bas, d’une voix à peine audible. Sa main se tendait en direction des fleurs, en cueillait une, puis une autre, avant de venir les déposer dans le panier en osier situé près d’elle. Et même si les clients étaient rares et que les passants ne faisaient guère attention à elle, elle irait les vendre un peu plus tard dans la soirée : une maigre source de revenu qui lui permettait d’aider sa mère dans leurs dépenses quotidiennes.

    Avec un sourire tout juste esquissé, elle porta une fleur à son nez et en huma le parfum.

    Elle se revit, la veille, dans sa chambre, joindre les mains pour formuler un vœu utopique. Croyait-elle vraiment que quelqu’un, quelque part, ait du temps à perdre avec elle ?

    « Quelle idiote… comme si j’avais encore l’âge de croire aux miracles. »

    Ses lèvres s’ouvraient pour laisser échapper un gloussement moqueur, quand un violent craquement se fit entendre au-dessus de sa tête. Dans un petit cri, elle se jeta en arrière, au moment où une forme fondait en direction du sol et s’y écrasait. La surprise et la peur furent telles qu’elle en tomba à la renverse. Son panier la suivit dans sa chute et répandit à terre son précieux chargement.

    Dans une plainte, elle se redressa sur les coudes et tourna un regard effrayé en direction du jeune homme blond qui reposait, inconscient, au milieu de ses plantes. Les battements de son cœur s’étaient faits si violents qu’ils lui emplissaient les oreilles.

    « Pourvu qu’il ne soit pas… ! »

    Inquiète, Aerith parvint à se remettre sur pieds, et ce fut d’un pas chancelant qu’elle alla s’accroupir au chevet de l’inconnu. Tout en priant pour qu’il aille bien, elle lui saisit le poignet avec précautions et y chercha son pouls.

    D'ailleurs c’était drôle, mais maintenant qu’elle le voyait de près, il lui semblait que l’inconnu lui était familier.

    « En tout cas, il est toujours en vie… »

    Soulagée, elle poussa un soupir. Puis, avec un sourire, elle serra la main de l’homme entre les siennes.

    Si c’était là la réponse des cieux, alors c’était un émissaire pour le moins étrange qu’on lui envoyait…

    Zeegzag ~ 2008

    Retour à la catégorie

     
     
     
     

    votre commentaire
  • 30/08/2014

     

    Pas beaucoup d'activité par ici, ces derniers temps. Comme je n'ai plus de textes en avance, en dehors d'Un long voyage, je publie moins. Mais logiquement, ça devrait aller mieux le mois prochain. :)

    Déjà, la semaine prochaine, je devrais poster un court One-Shot sur FF7, puis, milieu de mois, l'épisode 1 complet d'Un long voyage. Puis, certainement quatrième semaine (On verra) la partie 1 de l'épisode 2. En Octobre, l'épisode 2 continuera, et sera rejoint par Le grand monsieur du bois d'à côté, une courte série dont, il me semble, j'ai déjà parlé quelque part. Logiquement, je devrais poster un épisode par mois. Ce sont des épisodes courts, qui ne dépassent pas le format nouvelle et qui, en dehors de deux d'entre eux, sont en une seule partie.

    Mais pour le moment, je me bas encore avec son premier épisode... il est vieux, il date de 2008, je l'avais travaillé, travaillé et retravaillé sur les conseilles d'une amie et, à force de devoir le travailler, le travailler, le retravailler et de le transformer, je me suis mit à le détester. Il y a encore un an et demi, je crois, quand je l'ai ressorti pour le retravailler à nouveau, j'ai pas tenu deux minutes avant de refermer le dossier... non, vraiment, cet épisode, à l'heure d'aujourd'hui, je ne suis toujours pas certain de l'apprécier. Mais bon ! Au moins, j'ai pu le relire et le réécrire sans avoir eu envie de tout bruler chez moi, haha.

    Et pour en revenir à Un long voyage... je prends du retard, je prends du retard ! Je n'ai terminé le premier jet de l'épisode 4-3 qu'aujourd'hui. Encore six parties avant d'en voir la fin. Argh ! Non, sérieux, je pense que je vais me payer au moins un mois de retard. Malgré tout, je crois que, pour le moment, c'est l'épisode que j'ai le plus de plaisir à écrire. Comme certains personnages que j'affectionne tout particulièrement y apparaissent, je m'amuse plutôt bien avec. :)

     


    votre commentaire
  • 17/08/2014

     

    Je me dis que ce serait peut-être bien de faire un petit bilan des différents projets dont j’ai pu parler au fil des mois et que j’espérais proposer cette année : Voici ma chair (Titre provisoire), T’as pas une clope ? et ma nouvelle sur le petit chaperon rouge.

    À la base, il me semble que j’avais dit que je proposerai Voici ma chair courant septembre… au final, si j’ai réussi à terminer cette nouvelle (Après plus d’un an de bon gros blocage) je ne suis pas certain qu’elle sera postée cette année. Pourquoi ? Parce que même si elle est terminée, je n’en suis toujours pas satisfait et, faute d’avoir quelqu'un pour la lire et me filer un coup de pouce pour l’améliorer, je pense que je vais la laisser de côté encore un peu.

    T’as pas une clope ? ou l’histoire maudite a autant de chance d’être finalement postée cette année, que de ne pas l’être. La laisser se reposer m’a permis de corriger et d’ajouter certaines choses à cette nouvelle mais, là aussi, je suis loin d’en être satisfait. Et puis, au fil des mois, je me rends compte que ma façon d’écrire a évoluée, du coup, maintenant, je vois pleins de choses qui ne me plaisent pas et que je dois réécrire. 0.0

    Quand on parle du loup… je pense avoir déjà parlé de cette nouvelle qui, à l’origine, était un projet manga tombé à l’eau. (De toute façon, le dessin, actuellement, je n’ai de nouveau plus du tout le temps, haha. C’est pas comme ça que je vais m’améliorer.) J’ai finalement terminé son premier jet (La seconde partie aura été sacrément longue à écrire) et maintenant, je vais la laisser moisir dans son coin pendant quelques mois. Il y a donc peu de chance que ce texte apparaisse ici cette année, mais on ne sait jamais. En tout cas, je me suis bien amusé à l’écrire et je crois que, malgré ses faiblesses, je l’aime bien. Surtout parce qu’il me fait rire, haha !


    votre commentaire
  • 16/08/2014

     

    Et voilà ! Le premier épisode d’Un long voyage est maintenant terminé. \0/ Quant au PDF et à l’epub de l’épisode complet, je devrais le proposer courant septembre. Juste le temps pour moi de relire un peu ses différentes parties et de modifier deux ou trois détails qui me gênent un peu.

    Globalement, j’aime bien cet épisode… il est loin d’être parfait, mais ce projet me plaît vraiment. J’apprécie autant ses personnages que son univers et je m’amuse plutôt bien. Bref, j’espère que ça va continuer.

    L’épisode 2, lui, devrait débuter vers la fin septembre. Je suis actuellement à la moitié de ses corrections et il y a vraiment plus de boulot que je ne le pensais !

    Pour rester sur le sujet, le deuxième jet de l’épisode 3 devrait (Je l’espère) être terminé la semaine prochaine. De ce côté, pas de problème, je suis dans les temps. Par contre… l’épisode 4 me prend vraiment la tête. Je ne sais plus si je l’ai déjà dit quelque part, mais il est vraiment épais : 9 parties. Je viens juste de terminer le premier jet de sa première partie, et ça a été drôlement dur. J’ai un peu peur, du coup, de prendre pas mal de retard à cause de cet épisode. En toute logique, j’avais prévu d’écrire son premier jet complet pendant le mois d’août, mais je ne me fais plus trop d’illusions. (Et puis, au final, être en vacance ce n’est pas tellement pratique. J’ai l’impression d’avoir plus de temps pour moi quand je travaille, haha.)

    Quant à l’épisode 5, je me suis finalement débloqué ! Et, avec un peu de chance, je devrais attaquer son brouillon la semaine prochaine. Après ça, je pense peut-être faire une petite pause avec ce projet. Vu que j’aurais écrit les trois épisodes que je compte poster l’année prochaine, je pense travailler uniquement sur eux et, pour l’épisode 6, je verrai sans doute d’ici quelques mois. Rien ne presse ! (Et puis, au moins, ça va me permettre de me dégager du temps pour mes autres textes.)

    Dernièrement, j’ai également relu et un peu modifié : l’enfant du bac à sable. Pas grand-chose, juste des phrases ici ou là qui ne me paraissaient pas terribles. J’ai toujours du mal avec cette histoire mais… enfin ! Au moins, elle est un petit peu mieux ainsi.

    Et en parlant de relecture, je devrais un peu modifier également « Mon ami Maxence », vu que certaines petites choses me chiffonnent encore. Le tout, maintenant, étant de trouver le temps pour...

     


    votre commentaire
  • Un long voyage

    Épisode 1 : Sétar (Fin)

    Partie 5

     

    9

    — Que voulez-vous dire ?

    Il avait levé les yeux en direction du ciel.

    — Savez-vous de quelle façon nous naissons ?

    La question la surprit et ce ne fut qu'après quelques secondes d'hésitation qu'elle fit « non » de la tête.

    — Je m'en doutais, dit-il. Ekinoxe sait généralement peu de choses sur nous. Vraiment très peu. Et je crois qu'ils ne sont guère nombreux à savoir que nous naissons dans… disons… ce que vous pourriez appeler des œufs.

    Dolaine haussa les sourcils.

    — Dans des œufs, répéta-t-elle, à la fois pour se convaincre qu'elle avait bien entendu, mais aussi pour s'assurer qu'il ne se moquait pas d'elle. Vous voulez dire… comme ces piafs ?

    Et elle tendit un doigt en direction des pigeons endormis. Les lèvres de son interlocuteur se pincèrent.

    — Moui… même s'il serait plus judicieux de nous comparer à une fourmilière, qu'à des oiseaux. Nous possédons une reine. Elle seule est capable de nous donner naissance. En échange, nous nous occupons d'elle. Nous la nourrissons, la protégeons et faisons fonctionner notre société. (Il tourna les deux puits qui lui servaient d'yeux dans sa direction et mima une forme vaguement ronde avec ses mains.) Vous savez, la coquille de nos œufs est à la fois molle et fragile. Nous en sortons peu de temps après qu'ils aient été exposés à l'air libre. À ce moment, nous apparaissons sous une forme… disons… larvaire et nous devons rapidement nous nourrir. C'est pourquoi un porteur se désigne pour chacun d'entre nous. Nous nous agrippons à lui, le mordons à la gorge et restons ainsi soudés une année entière.

    « En plus d'être une période vulnérable de notre existence, c'est également à ce moment que nous apprenons tout ce que nous aurons besoin de savoir pour notre vie adulte. Grâce au sang, nous récupérons toutes les connaissances de notre porteur. Si celui-ci sait lire, nous le saurons également, et s'il est bon chasseur, alors nous le deviendrons. À la fin de cette période de dépendance, nous nous détachons et nous entrons dans un long sommeil. Les nôtres nous placent alors dans un endroit chaud et sécurisé, pour que nous puissions terminer notre croissance en toute tranquillité. Et quand nous nous éveillons de nouveau, nous sommes ainsi. (Il fixa ses mains ouvertes.) Adultes. (Puis il releva les yeux en directions de la statue.) Seulement, pour moi, les choses ne se sont pas exactement passées de la même façon. J'ignore pourquoi, mais on m'a oublié. À la place d'un vampire, c'est une goule qui s'est portée volontaire pour s'occuper de moi.

    — Une goule ? répéta Dolaine en inclinant la tête sur le côté.

    C'était bien la première fois qu'elle entendait ce mot.

    — C'est ainsi que nous nommons notre bétail humain, l'informa-t-il. Il vit chez nous et nous, nous nous nourrissons de lui.

    Choquée, Dolaine porta une main devant sa bouche.

    — C'est horrible !

    Il prit un air vaguement songeur.

    — Sans doute, oui… je crois même que je n'aime pas beaucoup cette situation, mais… il faut bien que nous nous nourrissions. Bien sûr, les nouvelles proies que nous recevons sont malheureuses, mais elles ne le restent jamais très longtemps. Notre salive sécrète une drogue, voyez-vous. Nos goules en deviennent très vite dépendantes et finissent par ne plus vivre que pour elle. Une fois plongées dans le besoin, elles ne se soucient plus beaucoup de leur existence passée. Et, comme je vous l'ai dit, c'est l'une des leurs qui est devenue mon porteur. (Ses paupières se plissèrent.) Ce sont des choses qui arrivent, même si elles sont rares. Si les porteurs vampiriques ne sont pas assez nombreux, on remplace ceux qui manquent par des goules. Mais dans mon cas, la situation ne le nécessitait en aucune façon. Et quand les miens s'en sont rendu compte, il était déjà trop tard : on ne peut pas séparer une larve de son porteur. Ce serait la tuer. Alors, à la place, ils ont pris soin de la goule. Ils l'ont nourrie plus que les autres et ont œuvré pour l'empêcher de mourir trop tôt. C'est elle, d'ailleurs, qui m'a donné mon nom.

    Un sourire s'imprima sur ses lèvres et il tourna le regard en direction de Dolaine.

    — Je m'appelle Romuald. Un nom très humain, n'est-ce pas ? D'autant plus que les miens, n'en possèdent logiquement pas. (Puis il détourna le regard et son expression s'assombrit.) Malheureusement, elle a succombé peu de temps après que je me sois détaché d'elle… vous savez, être porteur d'une larve est très épuisant, surtout pour une goule.

    « Quant à moi, ce n'est qu'une fois ma croissance terminée que j'ai prit conscience de ma différence.

    « Ça a commencé dès les premiers jours. Je ne parvenais pas à penser comme eux. J'éprouvais des sentiments qui leur étaient inconnus, je me posais des questions qu'aucun ne se poserait jamais, et puis j'étais beaucoup moins sensible au soleil. Rapidement, j'ai cessé de me sentir à ma place. J'avais presque l'impression d'être un étranger. Je détestais le fonctionnement de notre société et j'ai fini par émettre le souhait de sortir. (Sa bouche prit une courbe amère.) Seulement, on m'en a empêché. On pensait que je n'avais pas ma place à l'extérieur. Et pour m'obliger à me tenir tranquille, on a fini par m'apporter des distractions. Surtout des livres. Tous ceux qui étaient autorisés à quitter nos montagnes m'en donnaient. Bien que ce soit une activité pour laquelle les miens n'éprouvent aucun intérêt, notre reine a pensé que ce serait une bonne chose pour moi. Que ça m'occuperait et que mon besoin d'évasion pourrait être comblé par l'imagination.

    « Et je dois admettre que dans un premier temps, ça a fonctionné. Je crois d'ailleurs qu'ils étaient soulagés que je ne sois plus dans leurs pattes à poser des questions. On ne me demandait même pas de participer sérieusement aux activités de la société. On voulait juste que je me taise.

    « Mais il est arrivé un moment où toutes mes lectures m'ont mis de nouvelles idées en tête et où j'ai fini par détester encore davantage ma captivité. Alors, j'ai recommencé à ennuyer tout le monde. Plus que jamais, je voulais sortir. Même pour quelques heures et, finalement, ils ont craqué. À cette période, ils me craignaient presque. Aussi, plusieurs d'entre eux sont allés trouver notre reine pour lui demander de bien vouloir me laisser partir. Ça a pris un peu de temps, mais elle a fini par céder. On m'a ensuite remis de l'argent et… (Il reporta son attention sur Dolaine, un large sourire aux lèvres qui dévoilait sa dentition pour le moins effrayante.) me voilà !

    — C'est une histoire peu banale, admit-elle en continuant de balancer ses jambes.

    Peu banale, et qui pourtant trouvait écho en elle. Bien que leurs existences n'aient pas été les mêmes, elle pensait comprendre Romuald. Ce dernier eut un hochement de tête.

    — Oui, j'imagine.

    Un silence s'installa entre eux, à la fin duquel Dolaine questionna :

    — Dites-moi… simple curiosité de ma part, mais… combien seriez-vous prêt à payer pour mes services ?

    — Je l'ignore, avoua-t-il après une courte réflexion. Combien pensez-vous qu'ils valent ?

    Elle le contempla comme s'il était fou.

    — Vraiment ? Vous me laisseriez fixer mon prix ?

    — N'êtes-vous pas la mieux placée pour le faire ?

    Elle approuva d'un signe de tête un peu raide. Oui, c'était juste mais… mais également très naïf de sa part de penser ainsi.

    — De combien d'argent disposez-vous ?

    Elle ne s'attendait à ce qu'il lui réponde. Après tout, il s'agissait d'une information qu'il était toujours plus prudent de garder pour soi. Pourtant, et à sa grande surprise, il fronça les sourcils, en signe de réflexion, levant les doigts les uns après les autres comme s'il calculait. Elle secoua la tête, quelque peu dépassée. Vrai qu'il n'avait rien à craindre d'elle, ni de personne, en fait. Celui qui se mettrait en tête de le détrousser n'en ressortirait pas en un seul morceau. Toutefois, elle ne pouvait s'empêcher de le trouver inconscient.

    — Je dirais, commença-t-il, un peu plus de cinq cents Soleils.

    Le chiffre lui sembla si impressionnant qu'elle en avala sa salive de travers et se mit à tousser.

    Par les Dieux !

    Sous sa caboche blonde, son cerveau se mit en branle. Combien pouvait-elle lui réclamer ? Elle n'avait pas imaginé qu'il puisse se balader avec une telle somme sur lui. Sans son aveu, elle ne lui aurait pas demandé plus de cinquante ou soixante Soleils : une somme suffisante pour lui permettre de vivre quelques années à l'abri du besoin. Mais si elle pouvait espérer plus… nom d'un petit Pantin, ce serait criminel de ne pas tenter sa chance !

    Nerveuse, elle leva trois doigts. Puis, pensant qu'elle exagérait tout de même un peu, en abaissa un, bien qu'avec beaucoup de difficultés.

    — Et si je vous en demandais deux cents ?

    — Deux cents Soleils ?

    Elle approuva d'un hochement de tête, ses deux doigts toujours brandis devant elle. Il ne pouvait pas accepter. Il allait forcément marchander… chercher à obtenir une ristourne. C'est ce qu'elle aurait fait, en tout cas.

    — Oh, commença Romuald. Dans ce cas, d'accord.

    Elle sursauta.

    — Attendez ! Vous êtes sérieux ? Vous me payeriez vraiment deux cents Soleils ?

    — Eh bien… si c'est le prix que vous réclamez, j'imagine qu'il est justifié.

    Pas si justifié que cela, en vérité. Bon sang, ce type allait se faire plumer s'il se montrait aussi confiant avec tout le monde.

    Ses sourcils se froncèrent et elle tendit un doigt dans sa direction. Et si… ?

    — Deuxième question : qu'en sera-t-il de nos autres frais ? Vous savez : déplacement, alimentation, hébergement ? Accepteriez-vous de les prendre à votre charge ?

    — Vous voulez dire… en plus des deux cents Soleils ?

    Elle approuva, tendue par la nervosité. Bien sûr, là non plus, elle ne s'attendait pas à ce qu'il accepte. C'était une demande profondément malhonnête et elle comprendrait parfaitement qu'il se fâche.

    — Eh bien… trois cents Soleils, cela reste une belle somme. J'imagine que j'aurai toujours suffisamment d'argent, même avec une seconde personne à ma charge.

    Dolaine sentit une douleur éclater dans sa poitrine. Elle y porta une main et, dans un soupir un peu tremblant, se courba en deux.

    — Vous… vous allez bien ? paniqua Romuald.

    S'il savait ! C'était comme si une saloperie de faune lui avait envoyé une flèche en plein cœur. Pile-poil à l'emplacement de sa cupidité !

    Comme il continuait de la fixer avec inquiétude, elle se redressa et, avec un geste de la main, le rassura :

    — Mais oui, ne vous en faites pas.

    Puis elle poussa un autre soupir, de satiété cette fois, avant que son expression ne se fasse plus sombre. Un détail venait de lui frapper l'esprit.

    — Encore une dernière chose : et si je vous disais que je refuse de me rendre à Porcelaine ?

    — Vous ne voulez pas y aller ? s'étonna-t-il.

    — Les abords ne me dérangent pas, mais il est absolument hors de question que je mette un pied à l'intérieur du royaume.

    — Oh ! Dans ce cas… eh bien, ce serait dommage, mais comme j'imagine que vous auriez vos raisons, je l'accepterais.

    Dolaine releva les yeux sur lui. Sur son profil un peu particulier, plat et mangé par ses deux puits immenses. Il était décidément trop gentil… ou trop bête. Chose surprenante pour un vampire. Elle ne pouvait pas croire que le sang de la goule en soit l'unique raison. Pas après avoir vécu plus de dix années au milieu de l'espèce humaine.

    — Dites… vous êtes toujours aussi accommodant ?

    Il sursauta et, presque pris de panique, questionna :

    — Pourquoi ? Cela aussi, vous pensez que c'est mal ?

    — Mais non ! (Elle eut un geste de la main destiné à l'apaiser.) Je vous l'ai dit, je ne pense rien du tout.

    Elle préférait, de toute façon, qu'il soit ainsi. Elle vivait au milieu de suffisamment de gens méchants pour ne pas avoir envie de les fréquenter.

    Avec un dernier coup d'œil à la statue du seigneur Christo, elle se remit sur pieds.

    — Allez, venez !

    — Vous souhaitez vous rendre quelque part ? s'enquit-il en faisant mine de se lever.

    — Oui : chez moi ! Nous avons une chambre d'ami, aussi nous pouvons bien vous la prêter pour la nuit.

    Romuald se laissa retomber sur le banc et leva une main devant lui.

    — Ah, vraiment, ne vous donnez pas cette peine. Je n'ai aucune envie de vous déranger.

    — Mais vous ne me dérangez pas, s'exaspéra-t-elle. Et puis, je ne vais tout de même pas laisser un client dormir à la rue ! Ce ne serait vraiment pas professionnel de ma part.

    Il eut un sourire.

    — Eh bien… dans ces conditions…

    Mais à peine avait-il tendu le bras pour rassembler ses affaires que son regard s'agrandit. Vivement, il releva la tête.

    — Un client ? Vous… vous voulez dire que… ?

    Dolaine approuva. Oui, elle acceptait de partir en voyage avec lui.

    Erwin Doe - 2004~2014

    Revenir à la catégorie

    Aller à : Partie 4


    votre commentaire
  • 02/08/2014

     

    Plus qu’une partie à poster et l’épisode 1 d’Un long voyage sera complet.

    J’ai un peu ralenti l’écriture de ce projet. En fait… j’ai passé quatre ou cinq jours sans y toucher. Le début des vacances, ça me fait toujours ça. Pendant la première semaine, mon cerveau a tendance à se relâcher complètement et je passe toutes mes journées sur le canapé à regarder des animes ou à lire des mangas, si ce n’est à jouer aux jeux vidéos. Cette fois encore, ça n’a pas loupé, et ça m’aura fait sacrément du bien. (Ça m’aura notamment permis de regarder d’une traite mon coffret de Baccano ! et de découvrir, donc, un anime vraiment génial. <3)

    Bref, je n’ai repris l’écriture qu’hier et, du coup, je pense attaquer les corrections de l’épisode 2 à partir de la semaine prochaine… et aussi commencer le premier jet de l’épisode 4 et, certainement, le second jet de l’épisode 3. Il faudrait également que j’attaque le brouillon de l’épisode 5 mais… je bloque un peu sur certains éléments de sa dernière partie.

    À part ça, j'ai finalement posté le PDF et l'epub complets de Ne m'oubliez pas ! et je pense poster une courte fanfic sur FF7 d'ici peu. Si ce n'est pas ce mois-ci, ce sera le mois prochain. Il faut encore que je la relise et que je la corrige.

    Et puis ! Je pense enfin reprendre mon 24h de la nouvelle 2014. J'aurais voulu le poster ce mois-ci, mais ! Bon... y avait pas mal de choses qui me déplaisaient, mais je n'arrivais pas du tout à trouver comment les améliorer seul. La fin, notamment, que je trouvais totalement nanardesque. Ma sœur a accepté de la lire et on en a ensuite parlé, ce qui m'a permis de me débloquer. Elle m'a filé pas mal de pistes intéressantes qui devraient me permettre de rendre la fin plus crédible, mais aussi quelques autres éléments. Du coup, j'ai vraiment hâte de m'y mettre !


    votre commentaire
  • Un long voyage

    Épisode 1 : Sétar

    Partie 4

     

    7

    Dolaine se trouvait dans la cuisine, dont l'entrée se situait à la gauche du salon. C'était une pièce toute en longueur, qui formait un rectangle à la largeur limitée. Les meubles se regroupaient du même côté, à droite. Pour l'éclairage, des bougies brûlaient ici et là sans parvenir à chasser totalement l'obscurité. Dolaine, elle, se tenait près de l'entrée, face à une petite cuisinière à charbon pour lequel il ne tarderait plus à leur manquer de combustible. À l'aide d'une longue cuillère en bois, elle touillait le contenu d'une casserole posée sur la plaque supérieure.

    Elle se pencha et en huma l'odeur dans un « Mhhh » de satisfaction. Elle ne savait pas où ce sale petit voleur avait été chiper leur repas, mais pour cette fois elle fermerait les yeux sur son forfait.

    On frappa doucement contre le mur, comme pour attirer son attention. Raphaël se dessinait dans l'encadrement de la porte, tête nue, le regard fuyant et l'expression chavirant entre le chagrin et la gêne.

    — Je venais pour mettre la table, dit-il d'une toute petite voix.

    D'un signe de tête, Dolaine lui fit comprendre qu'il pouvait y aller. Il la dépassa sans un mot et alla ouvrir le buffet qui se trouvait un peu plus loin.

    Il en sortit trois assiettes, qu'il déposa sur le plateau supérieur, avant de disparaître de nouveau derrière ses portes. Il ne disait rien et Dolaine devinait aisément pourquoi. À cause de leur accrochage, il craignait qu'elle ne l'envoie bouler s'il tentait d'engager la conversation. Tel était le problème de son cousin. Bien qu'ils se connaissent depuis l'enfance, il ne parvenait pas à comprendre que ses colères passaient aussi vite qu'elles éclataient.

    — Où est Mistigri ? s'enquit-elle.

    — En haut, dans ma chambre.

    Les sourcils de la Poupée se froncèrent et son nez se retroussa d'agacement.

    — Je vois ! Vous vous liguez contre moi.

    Raphaël, qui avait sorti deux verres, et s'occupait de rassembler les couverts, passa la tête par-dessus la porte et gémit :

    — Mais non cousine ! Nous…

    — Ah, ça ne fait rien ! le coupa-t-elle avec impatience. (Puis, après avoir ronchonné quelques secondes, elle ajouta :) Au fait, j'ai quelque chose d'important à vous annoncer.

    Tout en laissant échapper un « Mhhh » peu attentif, son cousin referma les portes du buffet. Dolaine sentit l'agacement la titiller de nouveau. Si elle parvint à le repousser, la sécheresse habitait sa voix quand elle annonça :

    — Oui. Pendant que vous étiez là-haut à bouder, j'ai reçu la visite d'un client.

    La vaisselle en main, Raphaël ouvrit des yeux ronds. Son esprit s'arrêta une fraction de seconde sur le mot « bouder », puis l'oublia complètement pour s'arrêter sur celui de « client ». Avec une petite exclamation de surprise, il sautilla dans sa direction sans se soucier de son chargement et de la catastrophe qu'un faux pas pourrait provoquer.

    — C'est vrai cousine ?!

    — Comment ça, c'est vrai ? (Menaçante, elle brandit dans sa direction sa cuillère, qui dégoulinait d'une soupe orangeâtre. Quelques gouttes s'écrasèrent à ses pieds.) Est-ce que tu me prends pour une menteuse ?

    — Quoi ? Mais non ! Je… je voulais dire… est-ce qu'il t'a donné du travail ?

    Dolaine retourna à sa casserole.

    — Disons plutôt qu'il m'en a proposé, mais que je ne suis toujours pas certaine d'accepter.

    — Hein ? Mais pourquoi ?

    — Eh bien… parce que c'est un peu spécial, et… (Elle reporta son attention sur lui et donna une petite tape à son chargement.) et occupe-toi d'abord de mettre la table, veux-tu ? Nous en discuterons pendant le dîner.

    Raphaël fut sur le point d'insister, mais son regard l'en dissuada. Il était clair qu'elle ne dirait rien et qu'à trop l'asticoter, il ne réussirait qu'à la mettre en colère. Il s'empressa donc de gagner le salon et lança au chat qui venait de sauter sur le canapé :

    — Mistigri ! Mistigri ! Tu as entendu ça ? Cousine dit que nous avons un client.

     

    8

    — Un vampire ?!

    Quelques minutes plus tard, ils étaient tous trois attablés au salon, atour d'une table ronde située près de la porte de la cuisine. Sur la nappe, vieille et raccommodée, des bougies brûlaient.

    Installé sur un bord de table, Mistigri leva le museau de son assiette et contempla les deux cousins. Un peu de soupe lui tachait le bout du nez.

    Dolaine opina du chef.

    — Oui, moi aussi ça m'a surprise. Mais au final, il était plutôt gentil.

    L'expression de Raphaël s'assombrit, signe qu'il ne la croyait pas.

    — Tu m'as dit que le travail était spécial. Qu'est-ce qu'il voulait exactement ?

    — Que je lui serve de guide et de compagnie, répondit-elle en se désignant de sa cuillère.

    — De quoi ?

    Elle joua distraitement avec les morceaux de pain qui flottaient dans son assiette.

    — D'après ce qu'il m'a raconté, il voudrait découvrir le monde. Mais comme il pense que ce n'est pas le genre de voyage très amusant à entreprendre seul, il souhaiterait que je l'accompagne. (Puis, avec un froncement de sourcils :) À vrai dire, il ne m'a pas semblé très dégourdi.

    — Une proposition peu commune, fit remarquer Mistigri.

    — Oui, c'est également ce que j'ai pensé. Mais ça pourrait être amusant. Enfin… en tout cas, ce serait du travail ! Le seul problème est que j'ignore combien de temps cette aventure nous prendrait, aussi…

    — Aussi tu dois refuser ! C'est beaucoup trop dangereux, la coupa Raphaël en bondissant presque de sa chaise.

    Les yeux de la Poupée s'arrondir.

    — Dangereux ?

    — Eh bien, oui, commença-t-il avant de se renfrogner et de baisser la tête. Tu sais bien ce qu'on raconte sur eux. On ne peut pas leur faire confiance.

    Dolaine le fixa en silence. Ce préjugé lui étant venu à l'esprit, elle ne pouvait pas vraiment blâmer son cousin. Toutefois, maintenant qu'elle l'entendait prononcé par une voix autre que la sienne, il la choquait.

    — Tu sais, Raphaël, que c'est exactement ce que l'on dit de moi parce que je suis une Poupée ?

    — Ça… ça n'a rien à voir, s'affola-t-il. Eux ils sont…

    Mais Dolaine ne l'écoutait déjà plus. L'air sombre, elle se mura dans un silence dangereux et refusa d'en débattre davantage.

     

    9

    Les bras croisés derrière le dos, Dolaine marchait en rond dans sa chambre. Une bougie, posée sur la table de chevet, éclairait faiblement la pièce. À chacun de ses mouvements, l'air produit en faisait onduler la flamme.

    Si elle était encore debout malgré l'heure tardive, c'est qu'elle n'avait toujours pas trouvé de solution à son problème. Accepter le travail ou non ? Elle n'en savait rien et, à cause de cela, le sommeil la fuyait.

    Brusquement, elle s'arrêta. Le dos incliné en avant, les sourcils froncés, elle resta quelques secondes dans cette position, avant de pousser un « Aaaaah ! » de frustration et de se gratter le crâne des deux mains. Puis elle se laissa tomber à la renverse sur son lit et porta une main devant son regard.

    Lors du dîner, il lui avait semblé évident que la décision lui revenait. Aussi avait-elle refusé d'écouter les arguments de son cousin et n'avait même pas cherché à connaître ceux de Mistigri. À présent, elle le regrettait.

    — Pauvre idiote.

    Elle jeta un regard à sa table de chevet. Dessus, son réveil lui apprit qu'il serait bientôt deux heures du matin. Près de lui, les restes de la bougie. La cire avait dégouliné jusqu'à la petite coupelle posée dessous et commençait à en déborder. Des gouttes, déjà dures, s'étalaient sur le bois du meuble.

    Avec un soupir, elle se redressa. Elle n'arriverait à rien ainsi. Autant sortir pour se dégourdir les jambes. Avec un peu de chance, prendre l'air l'aiderait à y voir plus clair.

    Son lit grinça quand elle se remit debout. Elle s'abaissa pour ramasser les chaussures posées à son chevet et, sans faire de bruit, quitta sa chambre. Aucune lumière ne brillait sous la porte de Raphaël, signe qu'il dormait.

    Sur la pointe des pieds, ne souhaitant pas l'éveiller – non pas par bonté de cœur, mais plutôt parce qu'elle répugnait à lui expliquer pourquoi elle était encore toute habillée à une heure aussi tardive –, elle descendit les escaliers et gagna le vestibule. Toujours en silence, elle atteignit la porte et posa doucement ses souliers sur le sol pour les enfiler. Elle tourna ensuite la clef dans sa serrure et grimaça quand le battant gémit.

    À l'extérieur, le ciel était dégagé et le temps chaud. La lune, imposante et pleine, trônait au milieu des étoiles. Pas même un chat pour remonter la rue, le désert et le calme plat. Les habitations voisines étaient plongées dans le noir, à l'exception d'une fenêtre chez les Barthe.

    Sans vraiment savoir où elle se rendait, elle partit à droite. La moitié des familles les plus modestes de Sétar se tassait ici. L'autre dans un quartier situé tout à l'opposé de la ville. Deux lieux construits loin des rues animées, et donc des touristes.

    Sans doute la raison pour laquelle les autorités locales n'avaient jamais sérieusement cherché à la déloger. Si elle avait acheté une maison dans un autre quartier, un quartier déjà plus riche et plus en vue, les choses auraient été différentes. Ici, elle gênait, mais à la manière d'un bouton. Sa présence démangeait, mais il fallait qu'on s'en approche de très près pour le remarquer.

    Perdue dans ses pensées, elle dut bien marcher vingt à trente minutes. Les rues défilèrent et, bientôt, elle gagna les quartiers touristiques, où elle s'attarda sur une place aux très nombreux établissements fermés. Des réverbères l'éclairaient.

    Sous ses pieds, des pavés de formes et de tailles inégales au centre de la place, une statue. Celle d'un homme à l'allure fière, tenant dans une main un parchemin déplié. Son autre bras était tendu en avant, un doigt pointant devant lui. Il désignait quelque chose, bien sûr, mais son allure laissait surtout penser qu'il donnait un ordre.

    De l'autre côté de la place, surtout des restaurants. Derrière elle, sous des arcades, plusieurs commerces. Et puis des bancs, disposés ici et là. Elle avisa celui qui faisait face à la statue et alla s'y installer.

    Le visage entre les mains, elle leva les yeux vers la sculpture. Sur son socle, sa tête, ses épaules et son bras, des pigeons, en boules, dormaient paisiblement. Quels petits veinards ! En cet instant, elle les enviait. Aucun souci d'argent, la possibilité d'aller et de dormir où bon leur semblait et, le plus beau, les gens passaient leur temps à les nourrir. Si sa vie pouvait être aussi simple…

    Elle poussait un soupir et redressait le dos quand des pas se firent entendre sous les arcades.

    Méfiante, elle tourna le cou dans leur direction, déjà prête à décamper en cas de danger. Deux mois plus tôt, des zombies avaient été surpris près d'ici, à la tombée de la nuit. Une anomalie, car ces créatures, malgré la proximité de leur territoire, ne s'aventuraient jamais aussi loin. De fait, plusieurs personnes avaient été attaquées, entraînant la mise en place d'un couvre-feu.

    Le calme n'était revenu que deux semaines plus tôt. On avait donc levé le couvre-feu, mais le mal étant fait, la paranoïa demeurait et l'on préférait rester chez soi passé une certaine heure.

    Les pas se dirigeaient à présent dans sa direction et elle était sur le point de fuir à toutes jambes, quand une silhouette quitta les arcades pour s'offrir à la lueur des réverbères. Elle écarquilla les yeux.

    — Ça pour une surprise !

    L'individu, qui n'était autre que son client, redressa la nuque avant de s'arrêter. L'étonnement s'imprima sur ses traits.

    — Oh ! Bonsoir.

    Il transportait toujours ses bagages et son parapluie pendait à son poignet.

    — Que faites-vous dehors à une heure pareille ? s'enquit-elle, avant de prendre conscience de la stupidité de sa question. Ah, excusez-moi ! C'est vrai que les vôtres vivent la nuit.

    Un sourire étira les lèvres de son interlocuteur.

    — C'est vrai qu'il est plus facile pour moi de vivre la nuit, mais je ne vous cache pas que je préférerais actuellement me trouver dans un lit.

    Dolaine eut un signe de tête entendu.

    — Je vois. On ne vous a accepté nulle part.

    — À dire vrai, je m'y attendais un peu.

    Il n'en semblait même pas fâché. Juste un peu déçu. À sa place, elle serait en train de pester contre le monde entier.

    — Mais, et vous-même ! Pourquoi êtes-vous ici ?

    — Pourquoi ? répondit Dolaine. Mais par votre faute, tiens !

    Incrédule, il répéta :

    — Ma faute ?

    — Eh bien oui ! Avec votre proposition stupide pour laquelle je ne parviens pas à me décider. Elle me tourne dans la tête et m'empêche de trouver le sommeil.

    L'espace d'un instant, le vampire lui sembla perdu. Puis, soudain gêné, il bafouilla :

    — Oh ! Je… j'en suis désolé.

    Dolaine lui adressa un regard en coin, se demandant s'il était en train de se payer sa tête. Apparemment, non, car il paraissait sincèrement navré. Agacée, elle poussa un grognement.

    — Dites ! Vous êtes toujours aussi poli ?

    Presque pris de panique, il questionna :

    — Vous… vous pensez que c'est mal ?

    Dolaine le contempla. Longuement et en silence. Qu'est-ce que c'était encore que ce phénomène ?

    — Mais non… je ne pense rien du tout, soupira-t-elle. Venez plutôt vous asseoir, va ! Un peu de compagnie ne serait pas de refus.

    Quoique toujours un peu nerveux, il accepta et vint prendre place à ses côtés. Il se débarrassa de ses deux sacs, qu'il posa à ses pieds, et appuya son parapluie contre le banc, sans qu'aucun mot ne soit échangé entre eux. Comme le silence persistait, il suivit le regard de Dolaine, avisa la statue et émit raclement de gorge discret.

    — Est-ce un héros local ?

    D'amusement, le nez de la Poupée se retroussa.

    — Et pas qu'un peu ! Vous avez devant vous le fondateur de cette ville : le seigneur Christo DeGivre. Quand il est arrivé ici, il n'y avait rien. Rien du tout. Cette partie du monde était relativement vide d'activité humaine, ce surtout à cause de la proximité des Terres Putrides. Les gens craignaient ses alentours et pensaient qu'il serait suicidaire de s'y installer. Mais pas lui. Lui, on peut dire qu'il avait des idées différentes. Il a pris possession d'un terrain et y a investi sa fortune pour construire quelques habitations et commerces. (Et, notant qu'il l'écoutait attentivement, elle poursuivit :) Il voulait que Sétar soit une ville libre. Qu'elle n'appartienne à aucun royaume. De fait, les taxes y étaient moins lourdes qu'ailleurs et les gens, d'abord réticents, ont fini par se laisser séduire et par s'installer ici.

    Elle pouffa et porta une main à sa bouche.

    — C'était un original. C'est d'ailleurs ce qui a fait sa fortune, mais également sa perte. S'il ne craignait pas la proximité des Terres Putrides, c'est parce qu'il se passionnait pour les zombies. Il affirmait que les vivants avaient beaucoup à apprendre d'eux, et que la crainte éprouvée à leur égard était simplement due à de la méconnaissance. La plupart des gens, même ici, le tenaient pour fou, mais… bah ! Vous savez comment c'est ? Il y a toujours dans le lot quelques imbéciles prêts à gober n'importe quoi.

    — J'imagine qu'ils ont rapidement déchanté.

    — On peut dire ça. Un jour, le seigneur Christo a quitté Sétar pour rejoindre les Terres Putrides. Mission diplomatique, selon lui. Un premier pas qu'il espérait voir déboucher sur une entente mutuelle entre leurs deux peuples. Ses fidèles l'ont suivi et on ne les a plus jamais revus. Ni lui, ni aucun de ses hommes. Soit les zombies en ont fait leur quatre-heures, soit Christo et son équipe sont allés gonfler leurs rangs.

    Un sourire amusé étirait ses lèvres. Beaucoup d'habitants locaux étaient chatouilleux sur la question. Surtout parmi les vieilles familles qui, pour leur majorité, ne supportaient pas que l'on puisse rire de leur héros. Elles daignaient reconnaître la stupidité de ses lubies, mais pas qu'il soit permis de s'en moquer.

    Sur la statue, l'un des pigeons s'ébroua dans un faible roucoulement. Dolaine se tourna vers son compagnon.

    — Et puisque nous parlons d'original, vous savez que dans votre genre, vous n'êtes pas mal non plus ? Il est vrai que je ne connais pas grand-chose aux vampires, mais… enfin, vous êtes bien différent de ce qu'on a l'habitude d'en raconter.

    Ses pieds se balançaient sous elle. Les mains posées à plat sur le banc, elle le fixait, un brin taquine, un brin curieuse. Il eut un hochement de tête.

    — Je devine sans mal ce qu'on a dû vous dire. Les gens ont beaucoup de préjugés à notre égard.

    — En dehors de votre comportement, on raconte surtout que vous êtes incapables de vivre à la lumière du jour. Pourtant, je vous propose un rendez-vous en plein après-midi et vous l'acceptez. Alors quoi ? Est-ce un mythe ? Vous suffit-il de vous abriter sous un parapluie pour régler le problème ?

    Amusé, il sourit.

    — Ah, en vérité, les choses sont loin d'être aussi simples. Je suis très différent des miens…

    Erwin Doe ~ 2004 - 2014

    Revenir à la catégorie

    Aller à : Partie 3 / Partie 5


    votre commentaire
  • Mon ami Maxence

    Résumé : Maxence a toujours été un enfant étrange. C'était mon ami, un ami aux cheveux blancs qui prétendait être l'enfant du Ciel.

    Genres : OS / Général

    Année : 2010

    Taille : 3.102 mots

     


     

    1

    C’était un enfant étrange. Pas vraiment grand, pas vraiment petit, au visage mince et aux yeux bleus, presque gris.

    C’était mon ami, et peut-être même mon meilleur ami.

    On disait de lui que c’était un gentil garçon, doux et amical, qui n’aurait pas fait de mal à une mouche. Moi qui le connaissais bien, je savais que c’était vrai, mais aussi, et surtout, que c’était un garçon très étrange.

    Ses cheveux, par exemple… ses cheveux courts et bouclés, d’un blanc immaculé.

    Au début, je me moquais de lui. Je le traitais même de menteur quand il m’affirmait que c’était là sa couleur naturelle. Je lui disais que c’était impossible. Que, du haut de ses sept ans, il ne pouvait avoir les cheveux d’un vieux monsieur.

    Chaque fois, il se contentait de sourire, d’un sourire étrange… un peu comme s’il se moquait de moi et de mon scepticisme. Une attitude qui m’agaçait au point que c’était finalement moi qui repartais vexé.

    Je le boudais un jour ou deux, puis nous redevenions amis. Car, enfin, c’était moi qui l’avais cherché !



    2

    Maxence et moi habitions le même quartier, à une rue l’un de l’autre.

    Un jour que nous jouions dans le jardin de mon papy Grosse Moustache, il se pencha à mon oreille et me chuchota :

    — Tu sais, le monsieur que tu connais n’est pas mon vrai papa.

    Assis sur l’herbe, un ballon entre les mains, j’avais levé mon regard chocolat sur lui pour le fixer avec étonnement.

    — Alors c’est qui ton vrai papa ?

    Il avait levé un doigt, pour me désigner le ciel, qui était d’un bleu limpide ce jour-là.

    — Mon papa à moi, il est là-haut !

    En silence, j’avais contemplé les quelques nuages qui évoluaient lentement au-dessus de nos têtes. Un froncement de sourcils était venu plisser mon front. Soudain, je me sentais très triste.

    — Alors… ça veut dire qu’il est mort ?

    Installé près de moi, mon ami avait secoué sa tête blanche de gauche à droite.

    — Non, tu ne comprends pas : mon papa n’est pas comme nous. Lui, il est né au ciel !

    — Je ne te crois pas !

    Il avait ramené ses jambes contre lui et, sans me regarder, la tête posée sur ses genoux, avait conclu :

    — De toute façon, tu ne me crois jamais.

    Incertain, je l’avais fixé. À cette époque, j’avais déjà cessé de le traiter de menteur à cause de sa couleur de cheveux. En effet, je savais depuis peu que Maxence ne mentait jamais. Non pas qu’il soit plus honnête que la plupart des enfants de notre école, mais simplement parce qu’il en était incapable.

    En classe, quand il avait oublié de faire un devoir, ou qu’il commettait une bêtise, il ne cherchait jamais à nier ou bien à inventer une excuse. Au contraire, il disait la vérité et acceptait sa punition.

    Une ou deux fois, je me souviens l’avoir forcé à mentir. Juste pour voir ce qu’il se passerait. Et chaque fois, Maxence avait ouvert la bouche, l’avait refermée, l’avait ouverte de nouveau, sans qu’aucun son n’en sorte jamais.

    Mais même en sachant cela, je ne parvenais pas à croire à son histoire. Car enfin, personne ne vivait là-haut ! Personne, à part peut-être…

    — Ton papa, c’est Dieu ?

    Ma question l’avait fait rire.

    — Je ne suis pas le petit Jésus, Julien.

    — Mais alors, comment tu sais que ton papa est là-haut ?

    — Parce qu’il me l’a dit.

    À cette réponse, mes yeux s’étaient écarquillés.

    — Parce que tu l’as déjà vu ?

    — Oui…

    — Et comment il était ?

    En réponse, Maxence avait mené un doigt à ses lèvres.

    — C’est un secret.



    3

    Maxence ne pleurait jamais, ou presque… parce que quand il pleurait, ses larmes étaient aussi rouges que le sang.

    Je me souviens qu’un jour, en classe, la maîtresse l’avait grondé au point que ses yeux s’étaient embués. Puis ses larmes avaient commencé à couler le long de ses joues et à maculer sa peau de traînées sanguines. À leur vue, mademoiselle Sophie avait brusquement pâli et avait dû s’asseoir pour ne pas s’écrouler.

    Terrifiés au moins autant qu’elle, nous nous étions tous mis à hurler, parfois même à pleurer, certains que Maxence allait mourir. Je crois que c’est notre détresse qui lui avait permis de se consoler. Il avait essuyé ses joues contre la manche de son pull et avait repris le contrôle de ses émotions.

    Quand elle s’était sentie un peu mieux, mademoiselle Sophie l’avait envoyé à l’infirmerie, avant d’appeler sa maman pour lui rapporter l’incident. Mais à l’autre bout du fil, l’inquiétude n’était pas partagée.

    — Vous dites que c’est normal ? répétait mademoiselle Sophie dans le couloir, l’oreille vissée à son téléphone portable. Vous êtes tout à fait sûre ?

    Et en effet, ça l’était et ce depuis sa naissance. Et comme aucun médecin n’était parvenu à comprendre les raisons de cette étrangeté, sa famille avait appris à vivre avec.

    Ce jour-là, j’étais resté recroquevillé derrière mon pupitre, même à l’heure de la récréation. J’avais eu si peur pour Maxence que je priais pour ne plus jamais le voir pleurer. Plus jamais, jamais, jamais !

    C’est pourquoi, par la suite, il m’est arrivé de faire preuve d’une légitime, mais injuste, lâcheté.

    Comme lors de cette après-midi où nous jouions dans le jardin de papy Grosse Moustache.

    L’accident qui devait survenir était en partie de ma faute, et en partie de la sienne. Car si c’était moi qui me chargeais de pousser le plus fort et le plus haut possible la balançoire où il s’était installé, je le faisais uniquement sur sa demande : il pensait, en effet, que s’il se balançait assez haut, alors il pourrait atteindre le ciel et rejoindre son papa.

    Une main tendue en avant, il m’encourageait d’une voix toujours plus énergique. Tant et si bien qu’à un moment, il fut éjecté, non pas en direction des nuages, mais de la pelouse. Ses fesses avaient quitté la planche en bois de la balançoire et je le vis faire le plus beau vol plané auquel il ne me fut jamais permis d’assister.

    Dans un cri, il avait lourdement atterri sur le ventre. Sa tête avait cogné contre le sol, tandis qu’il se rappait les mains et les genoux au passage.

    Quelques secondes plus tard, les premiers sanglots s’étaient élevés.

    À quelques distances de lui, je m’étais figé. Incapable que j’étais de faire un pas en avant. Incapable de trouver le courage de lui porter secours. Car le spectacle qui m’attendait, là-bas, à quelques mètres, me glaçait le sang.



    4

    Un samedi, papa et maman durent accompagner papy Grosse Moustache à l’hôpital. La nuit était déjà tombée et, comme mon pépé avait appelé pour nous apprendre qu’il ne se sentait pas bien, papa avait sorti la voiture du garage pour me déposer chez Maxence.

    Nos parents n’étaient pas exactement des amis. Plutôt des connaissances. Des gens qui se côtoyaient de temps à autre parce que leurs fils étaient amis.

    On m’avait donc remis entre les mains protectrices de madame Louvancourt et, comme j’avais déjà dîné, et qu’il se faisait tard, je fus envoyé au lit avec mon ami.

    Couchés l’un à côté de l’autre, nous avions longtemps chuchoté dans le noir. Puis, alors que la torpeur nous gagnait, Maxence m’avait murmuré :

    — Tu sais, je suis sûr que ton papy sera heureux là-haut.

    Sur le moment, je n’avais pas bien compris ce qu’il entendait par là. Je n’avais même pas cherché à le questionner. Mes paupières étaient lourdes et je n’aspirais plus qu’à une chose : dormir.

    De fait, ce ne fut que le lendemain matin que je devais avoir ma réponse. Je prenais mon petit déjeuner quand madame Louvancourt m’avait pris par la main pour m’entraîner à l’écart. Elle avait eu un appel de mes parents : mon papy Grosse Moustache venait de monter au ciel.



    5

    Maxence était un vrai casse-cou, bien plus que je ne le serai jamais. Agile comme un singe, et aussi confiant qu’un acrobate, il était rare de le voir se faire vraiment mal. Je l’enviais, autant que j’avais peur pour lui chaque fois que lui prenait l’envie d’exécuter quelques numéros.

    Comme nous grandissions, nous pouvions de plus en plus souvent rentrer seuls de l’école. Dans ces moments, Maxence aimait grimper sur les murs que nous longions. Il se hissait dessus sans difficultés puis, tandis que des chiens se mettaient à aboyer de l’autre côté, continuait sa route d’une démarche assurée.

    Il m’avait souvent proposé de l’imiter, mais j’avais toujours refusé. Je n’avais pas son sens de l’équilibre, et je savais que je ne parviendrai qu’à me faire mal.

    Ce fut lors d’une de ces fins d’après-midi que je décidais de le questionner. Mon cartable sur le dos, qui m’écrasait sous son poids, je tentais de ne pas me laisser distancer par mon ami. Le souffle court, je lui lançais :

    — Dis, comment tu savais que mon pépé allait monter au ciel ?

    Maxence s’était arrêté pour me fixer de ses yeux bleus-gris. Son expression, à cet instant, était si étrange que je fus incapable de la déchiffrer.

    — Parce que mon papa me l’avait dit.

    — Quoi ? Mais quand ça ?

    Debout sur son mur, la lanière de son cartable passée autour des épaules, il m’avait répondu :

    — Un peu avant que tu n’arrives. Il est venu me voir dans ma chambre pour me dire que ton pépé allait partir avec lui.

    J’avais ouvert la bouche sur un cri muet.

    — Tu mens !

    — Tu dis ça, mais en fait je suis sûr que tu me crois.

    Et, comme s’il n’avait aucun doute sur la question, il avait repris sa route sans se soucier de savoir si je le suivais ou non. Renfrogné, je lui avais finalement emboîté le pas et nous avions passé les secondes suivantes dans le silence le plus complet. Sur mes lèvres, une moue septique.

    — Tu sais…, commença-t-il, alors que nous arrivions au bout de a rue. Moi aussi je monterai bientôt au ciel.

    J’avais levé les yeux dans sa direction. Sur mon visage, la panique commençait à se faire visible.

    — Tu… tu veux dire que tu vas mourir toi aussi ?

    En signe de négation, Maxence avait secoué la tête. Nous nous étions de nouveau arrêté et, cette fois, mon ami me regardait bien en face.

    — Non, mon papa va simplement venir me chercher.

    — Ton vrai papa ?

    — Oui.

    Puis il avait sauté du mur pour me rejoindre.

    Les lèvres pincées, j’avais senti les larmes me monter aux yeux. J’aurais pu le traiter de menteur mais, au fond de moi, je savais qu’il me disait la vérité. Mon ami allait partir. M’abandonner, et moi, moi, je ne pouvais rien y faire.

    — Alors, fis-je, en baissant la tête d’un air pathétique. Alors on ne se verra plus jamais ?

    Maxence avait ri.

    — Toi aussi tu monteras au ciel, un jour.

    J’avais redressé la nuque, avant de méditer sur ces paroles. Il disait vrai mais, pour un petit garçon, c’était un peu déprimant d’y penser.

    — Dans ce cas… est-ce qu’on pourra de nouveau jouer ensemble ?

    Un sourire avait étiré ses lèvres. Un beau sourire, plein de gentillesse, comme il lui arrivait parfois de m’en offrir.

    — Je te le promets…



    6

    La dernière fois que je devais voir mon ami, nous nous trouvions tous les deux dans sa chambre. Le temps n’était pas suffisamment mauvais pour nous priver d’aller jouer dehors, mais sa maman détestait que nous allions dans le jardin. De peur, selon elle, que nous piétinions ses fleurs.

    Alors, à la place, nous restions à l’intérieur, à jouer aux petites voitures et aux petits soldats, sur la moquette.

    Mais ce jour-là, Maxence n’avait pas le cœur à faire la guerre, ni même la course. Depuis mon arrivée, il m’avait à peine adressé un mot. Il se contentait de rester debout devant la fenêtre, les yeux levés en direction du ciel.

    Comme celle-ci était ouverte, un courant glacé me faisait frissonner.

    — Maxence, ferme s’il te plaît ! Si je tombe malade, maman ne sera pas contente.

    Il m’avait jeté un regard en coin, avant d'hausser les épaules.

    — Je peux pas… il va arriver.

    Curieux, j’abandonnais quelques instants mes petites voitures pour questionner :

    — Qui donc ?

    — Mon papa.

    Les yeux ronds, je me redressais.

    — Ah bon ? Quand ? Quand ? Tu crois que je pourrai le voir ?

    À l’idée de cette rencontre, j’étais soudain très excité et un sourire stupide étirait mes lèvres.

    Maxence avait mis un moment à me répondre. Hésitant, il m’avait longuement fixé, avant de soupirer.

    — Je sais pas… peut-être.

    — Hourra !

    Heureux, je m’étais mis à sauter aux quatre coins de la pièce, dans une danse désordonnée qui ne devait pas être très belle à voir. Dans mon emportement, je finis toutefois par trébucher sur une petite voiture et me retrouvais à terre, cul par-dessus tête. Le regard dénué de chaleur de Maxence ne m’avait toujours pas lâché et je m’empressais de me remettre debout en tirant la langue d’un air gêné.

    Je me faisais d’ailleurs la réflexion que je pouvais être sacrément empoté, parfois, quand le phénomène se produisit.

    Tout d’abord, il y eut une lumière. Une lumière aveuglante, qui commença à irradier de derrière mon ami. Si violente et si pure que son éclat éclipsait le blanc de ses cheveux, me donnant l’impression qu’elle s’échappait de son crâne. Mes yeux s’étaient mis à pleurer et je finis par les détourner, incapable d’en supporter davantage.

    — A bientôt, Julien…

    Puis la lumière avait explosée dans la chambre, me rendant complètement aveugle.

    Aujourd’hui encore, j’ignore combien de temps je suis resté ainsi prostré, le visage entre mes mains, à attendre que la vue me soit rendue. Mon esprit était brumeux, comme si je me trouvais au beau milieu d’un rêve.

    Et quand je revenais à moi, je constatais que Maxence avait disparu.



    7

    Après cet événement, j’étais resté sans savoir comment me comporter.

    Que devais-je faire ? Rentrer chez moi ? Attendre que papa vienne me chercher comme prévu ? Ou apprendre à madame Louvancourt que son fils avait quitté la terre pour rejoindre son vrai papa au ciel ?

    La question me tournait dans la tête au point de me donner la migraine. Et je n’avais d’ailleurs toujours pas trouvé de réponse quand la maman de mon ami était entrée dans la chambre avec deux verres de lait qu’elle nous destinait.

    Me voyant seul, elle avait un instant froncé les sourcils, avant que son regard ne se porte en direction de la fenêtre.

    — Ne me dis pas que Maxence est allé jouer dehors ? Il sait pourtant qu’il n’a pas le droit !

    Je sentais l’agacement monter en elle, et ce fut donc d’une toute petite voix, à peine audible, que je lui répondais :

    — Maxence est parti…

    — Pardon ? Qu’est-ce que tu dis Julien ?

    — Maxence est parti rejoindre son papa. Là-haut, au ciel.

    Puis j’avais levé les yeux en direction des nuages. Elle m’avait imité, tout d’abord sans comprendre, puis avait pesté :

    — Ma parole… mais qu’est-ce que ce petit imbécile est encore allé m’inventer ?

    Elle s’était débarrassée de son chargement sur un meuble, puis avait quitté la maison par la porte de derrière. Pendant quelques minutes, je l’avais entendu appeler son fils. Sa voix, tout d’abord impatiente, puis colérique, s’était finalement faite inquiète. Je m’étais redressé au moment où elle revenait en direction de la maison au pas de course. Son visage était blafard.

    Là-dessus, monsieur Louvancourt était rentré du travail et avait découvert sa femme en pleine panique. Je les avais entendus discuter dans le couloir. Lui ne semblait pas encore très inquiet, mais il décida tout de même de ressortir la voiture du garage pour aller faire le tour du quartier. En pure perte, bien sûr.

    À son retour, la peur l’avait gagné lui aussi et ils avaient appelé la police.

    « Enlèvement », telle fut la conclusion des forces de l’ordre. Un gros monsieur en uniforme était venu me voir et m’avait questionné. Il m’intimidait et j’avais bien été obligé de lui raconter mon histoire. Celle de mon ami partant rejoindre celui qu’il appelait son vrai papa, là-haut, au ciel.

    Entre-deux, mon papa à moi était arrivé. L’annonce du drame l’avait bien plus chamboulé que je ne l’aurais cru et il était resté un petit moment avec les parents de mon ami, à leur prodiguer le peu de réconfort dont il était capable. Tâche d’autant plus ardue que le fait que ce ne soit pas son enfant à lui qui ait été enlevé ne jouait pas en sa faveur. Car d’une certaine façon, je crois que madame Louvancourt lui en voulait.

    Pourquoi leur enfant et pas le sien ? Pourquoi, alors qu’ils jouaient tous deux dans la même pièce ?

    Au bout d’une quinzaine de minutes, mon père avait finalement arrêté les frais et, après une poignée de main échangée avec les éprouvés, il m’avait ramené chez nous.



    8

    Comme on s’en doute, Maxence ne fut jamais retrouvé. Quoi de plus logique lorsque l’on sait qu’il ne se trouvait déjà plus sur terre ? La situation, toutefois, n’en était pas moins tragique pour ces adultes qui refusaient de croire qu’un papa venu du ciel avait emporté avec lui son enfant. La séparation aurait pourtant été moins douloureuse s’ils avaient accepté d’accorder foi à mes explications.

    Est-il utile de préciser qu’après cet événement, madame Louvancourt ne nous adressa plus jamais la parole ? Sa douleur s’étant muée en une jalousie et une haine irrationnelle, le lien qui unissait autrefois nos deux familles s’était brisé.

    C’était presque comme si elle me tenait responsable du malheur qui la frappait.

    Une attitude qui, encore aujourd’hui, continue de me désoler. Car enfin, comment peut-on en vouloir à un petit garçon pour un acte dont il n’est pas responsable ? Comment peut-on en vouloir à sa famille de ne pas avoir subi la même perte ? De ne pas souffrir comme elle souffrait ?

    D’autant que, j’en suis persuadé, Maxence l’attend là-haut. Ce avec la même patience qu’il m’attend et qu’il attend tous ceux qui lui sont chers.

    Je ne l’ai d’ailleurs jamais raconté à personne, mais il m’arrive de le voir. Certains jours, des plumes blanches, aussi blanches que ses cheveux, viennent voler devant mon regard.

    Il me suffit alors de lever les yeux en direction du ciel pour apercevoir une forme. Une forme minuscule, sautant de nuage en nuage et qui, de là-haut, semble veiller sur moi…

    Erwin Doe ~2010

    Revenir à la catégorie

     

    Licence Creative Commons
    Mon ami Maxence de Erwin Doe est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.
    Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://erwindoe.eklablog.fr/contact.


    votre commentaire
  • Un long voyage

    Épisode 1 : Sétar

    Partie 3

     

    6

    Dolaine se tenait dos écrasé à la porte, les bras écartés de part et d'autre de celle-ci, comme si elle espérait pouvoir empêcher son visiteur de l'enfoncer s'il lui en venait l'idée. Dans sa poitrine, son cœur s'était emballé et sa respiration commençait à se saccader. Un vampire… il y avait un foutu vampire sur son paillasson !

    Des coups résonnèrent derrière elle, discrets, presque gênés. Dans un petit cri de terreur, elle bondit en avant.

    — Excusez-moi, fit la voix de son visiteur. Je sais qu'il se fait tard, mais… je suis ici pour voir monsieur Dolaine. J'ai trouvé sa publicité près de la gare et…

    La fin de sa phrase ne parvint jamais jusqu'à son cerveau. Que… que venait-il de dire ? Qu'il avait trouvé l'un de ses prospectus ? Par Moloch, était-il possible qu'elle ait manqué de renvoyer son premier et tant espéré client ?

    Sans plus se soucier du danger, elle se jeta presque sur la porte et l'entrebâilla de quelques centimètres. De telle façon que son interlocuteur ne pouvait rien voir d'elle, sinon un œil bleu et méfiant.

    — Est-ce pour lui proposer du travail ?

    Le vampire eut un large sourire, un sourire aussi effrayant que celui d'un prédateur qui s'apprête à bondir sur sa proie. Il se pencha à sa hauteur.

    — En effet ! Je souhaiterais bénéficier de ses services. (Puis, avec un air interrogateur :) Est-il là ? S'il est occupé, je peux repasser plus tard.

    Sur ses gardes, Dolaine le lorgna des pieds à la tête. Elle connaissait la mauvaise réputation des vampires, face à laquelle celle des Poupées faisait presque pâle figure. Pourtant, celui-là n'avait pas l'air d'un mauvais bougre. Il était aimable et n'avait toujours pas essayé de forcer le passage.

    Que devait-elle faire ?

    Ce type incarnait sans doute sa dernière chance. La dernière avant de devoir revendre tout ce qu'elle possédait pour regagner un royaume qui la méprisait. Et puis, si les vampires n'étaient pas appréciés, ils ne s'en prenaient jamais aux habitants de Porcelaine. Non, leur dada, c'était plutôt l'espèce humaine !

    Son œil s'étrécit.

    — Ses services ne sont pas donnés, vous savez ? Avez-vous au moins de quoi le payer ?

    La surprise s'afficha sur les traits de son interlocuteur. Son trouble ne dura toutefois qu'une fraction de seconde, car l'instant d'après il tendait une main en direction du sac en cuir qu'il portait en bandoulière, et en tirait de moitié une grosse bourse pleine à craquer.

    — Je pense avoir ce qu'il faut.

    Dolaine déglutit. Puis, un doigt tendu en direction de son visiteur, elle dit :

    — Je vais vous demander de bien vouloir patienter.

    Suite à quoi, elle referma la porte et s'y adossa, éprouvant quelques difficultés à reprendre le contrôle de ses émotions. Non seulement il s'agissait d'un client, mais si elle en croyait la rondeur de sa bourse, le bougre était plein aux as ! Troublée, elle s'éventa de la main. Par les Dieux !

    Sa décision prise, elle courut en direction de la cave. À l'intérieur, il faisait sombre, très sombre. Le vestibule lui-même perdait en visibilité, mais rien de comparable à la pièce qui s'étirait à quelques marches sous elle.

    Faisant fi de la prudence, elle les dévala et se cogna violemment le genou. Elle gémit, jura et sautilla sur un pied en maudissant l'objet de malheur qui avait osé se mettre en travers de son chemin. Une main posée sur ce dernier, elle reconnut le siège client, le longea plus prudemment, tâtonna en avant pour repérer le bureau et manqua de faire tomber l'un des bougeoirs au passage, qu'elle rattrapa de justesse.

    Ses mains continuèrent leur exploration. Un autre bougeoir, un pot à crayon et, là… une petite forme rectangulaire. Elle la secoua à hauteur de son oreille, reconnut le bruit caractéristique que font plusieurs dizaines d'allumettes quand on les maltraite ainsi, et l'ouvrit pour en craquer une. La faible lueur produite par le bâtonnet lui permit de mieux distinguer le bureau. Avec impatience, elle commença à allumer les quelques bougies qui se trouvaient près d'elle.

    — Allez, allez, allez !

    Dans sa précipitation, elle en oublia toute prudence et ne se rendit compte que quand la flamme lui mordit méchamment le doigt que l'allumette s'était presque entièrement consumée. Un petit cri de douleur lui échappa et elle la lâcha. Puis, les doigts portés à sa bouche, elle écrasa la traîtresse sous sa semelle.

    Les bougies situées de l'autre côté du bureau furent elles aussi allumées. Vint ensuite le tour de celles posées sur le petit meuble, sur sa droite, où elle abandonna le paquet d'allumettes pour aller déplacer de quelques centimètres le siège client.

    Satisfaite, elle remonta en direction du rez-de-chaussée.

    Là, elle s'apprêtait à inviter son visiteur à entrer, quand elle se souvint de son état. Dépeignée et sale comme elle l'était, elle ne devait pas paraître très professionnelle. Dans une bordée de jurons, elle épousseta au mieux sa robe, se baissa pour faire reluire, à l'aide du plat de la main, ses souliers, puis passa les mains sur ses joues et dans ses cheveux.

    Cette remise à neuf, quoique sommaire, terminée, elle se racla la gorge et prit une longue inspiration. La seconde d'après, elle ouvrait la porte en grand et se déplaçait sur le côté avec un geste de la main.

    — Si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer.

    Le vampire la dépassa en refermant son parapluie. Avec soulagement, elle nota que s'il jeta un regard autour de lui, il ne s'attarda pas plus que de raison sur son allure.

    — Par ici, je vous prie.

    Elle l'invita à la suivre en direction de la cave.

    — Vous nous excuserez, mais nous avons un petit problème avec l'éclairage. Enfin, j'imagine que ça ne devrait pas trop vous gêner.

    Son visiteur approuva d'un signe de tête : en effet, les siens possédaient une bonne vision nocturne.

    Dolaine s'engagea dans les escaliers et se retourna pour s'assurer qu'il la suivait. Il avait posé une main sur la rambarde. Une main aux doigts crochus, presque semblables à des serres, et pourtant dépourvus d'ongles. Une vision qui lui fit froid dans le dos.

    Une fois en bas, elle lui désigna le siège client.

    — Installez-vous.

    Derrière elle, l'autre contemplait la pièce avec incertitude. Il la remercia toutefois et, tandis qu'il se débarrassait de ses sacs, dont le deuxième lui pendait dans le dos, elle alla prendre place derrière le bureau. Puis elle croisa les mains devant elle, dans un geste et une expression qu'elle espérait professionnels.

    — Je vous écoute.

    Le vampire venait tout juste de s'asseoir. Sous le coup de la surprise, sa tête s'inclina légèrement sur le côté, puis il éclata de rire. Dolaine eut un froncement de sourcils. Davantage une façon de masquer son malaise que par réel agacement.

    — Oh, je vous demande pardon, fit-il. Je ne m'attendais pas à ce que vous soyez ce fameux Dolaine.

    — Aucune importance, grogna-t-elle. (Puis, en se tortillant avec gêne sur son siège, elle ajouta :) Alors ? Que puis-je pour vous ?

    — Ah, oui !

    Il redressa le dos et, les mains jointes sur ses cuisses, sembla se perdre dans ses pensées.

    — Je crois que c'est un peu compliqué, aussi… comment vous résumer… ? (Les puits qui lui servaient d'yeux s'étrécirent.) Eh bien, voilà ! Disons… disons que j'aimerais découvrir le monde.

    Dolaine le contempla comme s'il venait de s'exprimer dans une langue étrangère.

    — De… hein ?

    Qu'était-il en train de lui chanter celui-là ?

    — Je suis désolé, dit son visiteur. J'imagine que c'est un peu difficile à comprendre.

    — Ce qui est surtout difficile, c'est que je ne vois foutre pas en quoi je pourrais vous être utile.

    À moins qu'il ne tienne à l'engager pour lui faire visiter la ville, elle doutait de pouvoir l'aider.

    — Eh bien… (De nouveau songeur, il pinça les lèvres, l'air de chercher à mettre en ordre ses idées.) Pour faire simple, je suis à la recherche d'un compagnon de route. Voyez-vous, je n'ai quitté les miens que depuis quelques jours et je me rends compte à quel point notre existence coupée du monde risque de me poser problèmes. Mes connaissances sur les autres royaumes sont plus minces que je ne le craignais et… je ne pensais pas, vraiment pas, que l'on réagirait ainsi à mon contact. Oh, bien sûr, je m'attendais à attirer la méfiance, mais… comment vous dire ?

    Il eut un sourire maladroit.

    — Voyez-vous… voyager seul, surtout dans ces conditions, n'est pas très amusant. La plupart des gens que j'ai croisés préfèrent m'ignorer quand je m'adresse à eux. D'autres me fuient juste en m'apercevant, et puis… il y en a aussi qui se sont révélés tout à fait hostiles. Vous comprenez, si je dois subir ce type de comportement partout où j'irai, alors je préfère avoir quelqu'un à mes côtés pour rompre ma solitude.

    Dolaine émit un petit bruit de gorge. Elle connaissait bien cette sorte de mise à l'écart et savait que ce n'était jamais très agréable d'en être la cible.

    — Voilà donc les raisons de ma présence chez vous, poursuivit son visiteur en écartant les mains. Et puisque vous louez vos services, je me suis dit que je pourrais vous engager à la fois comme compagnie, mais aussi comme guide.

    Dolaine loucha sur lui d'un drôle d'air.

    — C'est une plaisanterie ?

    L'expression soudain paniquée, sinon perdue, son interlocuteur ouvrait la bouche pour la détromper, mais elle ne lui en laissa pas le temps :

    — Et combien de temps est-ce que vous comptez vous balader comme ça ?

    — Je… je l'ignore. (Il se pencha en avant.) À votre avis, combien de temps cela pourrait-il demander ?

    — Oh bon sang ! lâcha-t-elle, avant de se prendre la tête entre les mains.

    Gêné, le vampire se tortilla sur sa chaise et jeta des regards nerveux tout autour de lui.

    Un cinglé de première… un beau malade, même. Il ne pouvait pas être autre chose ! Avait-on idée de venir la trouver pour un projet aussi insensé ? Son premier client, en plus ! À croire que les Dieux s'amusaient avec elle.

    — Vraiment, fit-elle en redressant la nuque, les mains occupées à recoiffer sa frange, je ne sais pas quoi vous dire. Vous comprendrez que ce n'est pas une décision facile à prendre. Je devrai m'éloigner longtemps de chez moi et…

    … et elle n'était pas certaine de vouloir voyager avec lui. Après tout, elle ignorait tout de son visiteur, mis à part qu'il appartenait aux créatures parmi les plus craintes d'Ekinoxe.

    Songeuse, elle se passa un doigt sur les lèvres.

    — Vous… pour combien de temps encore êtes-vous à Sétar ?

    — En vérité, lui répondit-il avec une expression navrée, je devrais déjà être parti.

    — Ah !

    Elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise et croisa les bras. Une moue aux lèvres, l'une de ses jambes se balançait sous elle sans qu'elle n'en ait vraiment conscience. Un tic nerveux.

    — Pourriez-vous me laisser le temps d'y réfléchir ?

    Réponse qui sembla quelque peu décevoir son interlocuteur.

    — J'imagine que je peux attendre encore un peu avant de poursuivre ma route. De combien de temps avez-vous besoin ?

    — Eh bien… (Elle leva les yeux au plafond, tandis que sa jambe continuait de remuer.) Disons… jusqu'à demain ? Vous n'aurez qu'à revenir dans l'après-midi et… (Elle se donna une petite tape sur le front.) Ah, mais non ! Suis-je bête. Vous ne pouvez pas sortir en plein jour, pas vrai ? Dans ce cas, disons…

    — Ah, commença-t-il en levant une main devant lui. Si ! Demain dans l'après-midi, ça ne me pose aucun problème.

    Les paupières de Dolaine se plissèrent. Se moquait-il d'elle ?

    — Vous pouvez ? Vraiment ? (Et comme il approuvait d'un signe de tête, elle n'insista pas. Après tout, s'il était suicidaire, ça le regardait.) Dans ce cas, faisons comme ça. (Suite à quoi, elle se leva et saisit l'un des bougeoirs.) Je vous raccompagne.

    Il se leva à son tour et, après avoir rassemblé ses effets, ils regagnèrent le vestibule. À l'extérieur, la nuit était tombée et la pièce se retrouvait plongée dans le noir. Le dépassant, Dolaine tendit une main en direction de la porte d'entrée.

    Comme elle l'ouvrait, il lui dit :

    — Je tenais à vous remercier de bien avoir voulu me recevoir.

    Elle lui offrit un petit signe de tête.

    — Il n'y a pas de quoi. Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée.

    Elle s'apprêtait à refermer derrière lui quand il se retourna, l'air affolé.

    — Ah, heu… est-ce que par hasard vous connaîtriez un hôtel qui m'accepterait comme client ?

    Erwin Doe ~ 2004 - 2014

    Revenir à la catégorie

    Aller à : Partie 2 / Partie 4


    votre commentaire
  • 16/07/2014

     

    Après réflexion... je pense que je vais faire un PDF et un epub provisoires pour "Ne m'oubliez pas !". Comprendre que je n'ai vraiment pas le temps de relire ce projet actuellement, mais que je voudrais tout de même proposer un fichier complet de ses chapitres. Je ne sais pas trop quand je pourrai le faire, cela dit. Soit en fin de semaine, soit pendant mes vacances... je verrai.

    D'ailleurs ! Je ne l'ai pas signalé, mais j'ai mis à jour la première partie (Et donc la moitié) de "Minuit moins le quart". (Il me semble que j'avais déjà dit que j'étais actuellement en train de réécrire cette nouvelle.) Maintenant, je ne sais vraiment pas quand je pourrai attaquer sa seconde partie... là aussi, peut-être pendant mes vacances... si j'ai le temps.

    A part ça, en dehors d'Un long voyage et des projets que j'espère poster en 2015, je suis en train de travailler sur mes projets 2016. (Et que je devrais, donc, écrire en 2015, histoire de prendre de l'avance.) Je m'y prends tôt, mais comme ça, au moins, si au final je bloque, j'aurai toujours le temps de trouver autre chose.

    En plus d'Un long voyage qui, comme je l'ai déjà dit, risque de durer un moment, j'aimerai proposer une ou deux autres histoires à chapitres par an. Donc... même si je ne poste pas l'une de ces histoires en 2016 ( Parce que problèmes, parce que besoin de réfléchir un peu plus, etc.), j'aurais toujours un texte pour l'année suivante.

    Donc, en plus de mes projets 2015 (Que, comme je l'ai dit, j'espère avoir terminés à la fin de l'année (Au moins au niveau des premiers jets.)), j'aimerais également en terminer avec les brouillons des projets 2016. Pour l'un d'eux, "Si telle est la volonté de Dieu", c'est déjà fait... même s'il me reste encore à me documenter et à étoffer tout ça, j'ai actuellement les brouillons (Parfois vagues, d'autres fois non) de ses dix épisodes. J'ai vraiment, mais vraiment hâte de le reprendre celui-là ! (De mémoire, il me semble que les premiers épisodes datent de 2009-2010)

    Le second serait la suite de ma nouvelle "Le loup et la fillette", dont la première et seconde parties datent de 2009-2010 également. Je l'ai ressorti dernièrement, et je pense avoir suffisamment de nouvelles idées pour pouvoir construire quelque chose avec. Cela dit, je n'en suis pas encore sûr à 100%. Autant "Si telle est la volonté de Dieu" tient la route, autant "Le petit chaperon rouge" me fait encore un peu peur. J'ai relu et commencé à modifier ses quatre premiers épisodes, et j'attends à présent de pouvoir attaquer les suivants. (Qui ne sont rien d'autre, à l'heure actuelle, qu'un dossier avec pleins de notes et d'idées à trier.)

    Bref, rien que pour pouvoir bosser tranquillement sur ces deux projets en 2015, j'espère vraiment en avoir terminé avec tout le reste d'ici la fin de l'année...


    votre commentaire
  • Raphaël #2

    09/07/2014


  • Lapin Bleu #1

    15/07/2014


  • 13/07/2014

     

    Et voilà, « Ne m’oubliez pas ! » est terminé. Avec un peu de retard… en fait. J’aurais dû poster son dernier chapitre hier mais… bon, quand je l’ai relu, il y avait certains paragraphes qui ne plaisaient pas du tout, aussi j’ai dû les réécrire et repousser ma dernière relecture à aujourd’hui.

    Maintenant, il me reste à faire un gros fichier de tout ça, que je proposerai ensuite en PDF et epub. Je ne sais pas encore si, pour ça, je ferai une dernière relecture, ou non, de ce projet… je pense que ce serait mieux, mais il faudrait pour ça que je lui dégage du temps, que je remette certainement tout à jour ici et… bref… j’ai un poil dans la main gros comme ça, quoi !

    À part ça, l’épisode 1-3 d’Un long voyage sera posté la semaine prochaine. Le premier jet de l’épisode 2 est achevé depuis deux semaines (environs) et j’ai attaqué son second jet. Le troisième épisode est au stade de premier jet, le quatrième au stade de brouillon, et le cinquième au stade recherche d’idées + synopsis détaillé.

    À côté, j’ai commencé à travailler sur « Le grand monsieur du bois d’à côté », dont le premier épisode devrait être proposé en octobre (Et dont le deuxième jet est à présent terminé.). Je pense que je vais avoir pas mal de boulot avec ce texte, en particulier en ce qui concerne les premiers épisodes. Ils sont tellement lourds que… argh ! Que j’ai du mal à trouver comment les rendre plus digestes.

    Avec ça, j’ai achevé le troisième jet d’une nouvelle de 2010, initialement intitulée « L’enfant aux cheveux blancs », renommée « Mon ami Maxence ». Avec un peu de chance, je devrais pouvoir la proposer à la fin du mois.

    Et puis… en dehors de l’écriture, je me suis finalement remis au dessin et j’en ai donc rajouté quelques-uns ici. Je ne sais plus trop de quand datait le dernier mais… à mon avis, ça remonte pas mal. Plusieurs mois… cinq, peut-être ? Moins ? Plus ? Franchement, j’aurais du mal à le dire.

     


    votre commentaire
  • Ne m'oubliez pas (13+)

    Chapitre 6 (Fin)

    Résumé: Pour ne plus entendre Sou chouiner, les autres membres du groupe décident de l'abandonner sur une aire d'autoroute... et en oublient un de plus sans le vouloir.

    Tsantsantsaaan ! Le début d'une grande (Pas trop non plus) aventure pour rentrer à Tokyo sans un yen en poche.

    Genres: Humour

    Année : 2008

    Taille : 1.313 mots

    Crédits: Les Lolita 23Q s'appartiennent.

     


     

    Dans les toilettes, Ban replaça ses lunettes sur son nez et contempla le reflet que lui renvoyait le miroir situé face à lui. Il avait une tête affreuse ! Franchement, il ne se souvenait pas d’avoir déjà eu de cernes aussi imposantes. Un record du monde, tiens, il en était persuadé !

    Il laissa échapper un soupir. Et l’estomac de Sou qui avait recommencé à crier famine ! Sans compter Ryosuke qui n’arrivait pas, la fatigue qui pesait sur ses épaules, le stress, mais aussi la faim qui commençait à le tenailler lui aussi, pas étonnant qu’il soit dans cet état.

    Il essuya ses mains encore humides sur son pantalon et s’apprêtait à gagner la sortie quand un détail le retint. Son regard se porta en direction de l’évier qu’il venait de quitter et s’alluma d’une lueur obsessionnelle. Le rebord… oui, le rebord ! Il n’avait pas l’air aussi haut que celui de la dernière station service. Avec un peu de chance, peut-être que…

    D’un œil expert, il contempla l’objet. Il se redressa de toute sa taille, vint se placer bien en face, et recula de quelque pas. Puis il évalua la distance, en fit deux de plus, remit ses lunettes en place sur son nez et, oubliant ce qu’il lui était arrivé la dernière fois, courut en direction de l’évier.

    Et alors qu’après un bond qu’il s’imaginait prodigieux, il perdait l’équilibre du haut de son perchoir, victime d’une nouvelle farce de la gravité, son compagnon joufflu fit irruption dans les toilettes. Et ce fut d’un ton presque blasé que ce dernier lui lança :

    — Bah… qu’est-ce tu fous ?

     

    *

     

    Ban ouvrit les yeux et étouffa un gémissement. Un mauvais mal de crâne le torturait.

    On l’avait allongé sur les sièges du coin café. Sur son front, un petit sachet plein de glaçons à moitié fondus qui glissa sur le côté quand il tourna la tête. Sou, penché au-dessus de lui, lui adressait un regard désapprobateur. Il allait lui demander ce qu’il s’était passé, quand il entendit une voix familière s’élever.

    Quoique avec difficultés, il se redressa. Sa vision chavira dangereusement et il sentit son mal de crâne s’aggraver.

    Il avait un sale goût dans la bouche.

    Un peu plus loin, il reconnut la stature de Ryosuke qui, de dos, ne cessait de s’incliner devant un homme à l’air franchement pas aimable.

    — Vous comprenez, il est un peu dérangé, l’entendit-il expliquer. Encore une fois, je suis vraiment désolé pour le bordel qu’il a foutu ici.

    Sa petite aventure dans les toilettes lui revint en mémoire. Devinant que c’était pour cette raison que son ami se confondait en excuses, Ban ouvrit la bouche pour joindre les siennes à celles du bassiste. Il fut toutefois pris de vitesse par le chanteur qui se mit à chouiner :

    — Ah bah c’est pas trop tôt ! Tu sais depuis combien de temps t’es dans les vapes, débile ? Deux heures ! Deux putains d’heures pendant lesquelles j’ai dû me rabaisser plus bas que terre pour excuser le fait que t’aies repeint les chiottes en rouge, en plus d’avoir dégueulé partout ! Non mais qu’est-ce que t’as dans la tête ? Et Ryo' qui vient juste d’arriver !

    Ban toucha le bandage qui saignait son crâne et essaya de rassembler ses souvenirs. Il avait fait une si mauvaise chute ? Il se souvenait bien d’être tombé en arrière. D’avoir vu Sou débarquer dans les toilettes… mais après ? Qu’est-ce qu’il s’était passé au juste ? Sou disait qu’il avait vomi, mais il n’en gardait aucun souvenir, sinon ce goût infâme dans la bouche. Une chance, il ne semblait avoir eu qu’une légère commotion. Ce qui nécessiterait tout de même un passage chez le médecin en arrivant à Tokyo, mais sûrement pas d’hospitalisation.

    Comme Ryosuke se tournait dans leur direction, il lui adressa un signe de tête désolé et vit l’expression du bassiste se détériorer. La colère s’imprimait sur ses traits creusés par la fatigue. Puis il fondit sur lui d’un pas déterminé et Ban crut qu’il allait le frapper.

    — Non mais sérieux, il t’arrive de réfléchir des fois ? À croire que t’as jamais appris à grandir !

    — Bah, répondit-il en abaissant ses mains qu’il avait levées en sentant venir le coup (apparemment avorté) de son ami. Si on part sur le thème de la puérilité, j’crois que t’as un sacré dossier sur l’dos, vieux ! (Puis, comme pour appuyer ses paroles, il ajouta :) Pas vrai, Sou ?

    Quoi qu’encore furieux contre lui, les étapes de leur aventure revinrent brusquement à l’esprit de Sou. De fureur, il gonfla ses joues rondes et adressa un regard noir à Ryosuke, dont l’expression se détériora.

    Blême, il comprit qu’il allait passer un sale quart d’heure.

     

    *

     

    À l’arrière du van, Ban se tordait de rire. Sou, quant à lui, avait exigé de s’asseoir aux côtés de leur conducteur épuisé.

    — Arrête de rire, bordel ! s’agaça Ryosuke, qui faisait son possible pour ignorer les chouinements vengeurs d’un Sou décidément bien remonté contre lui. Je te jure que la vielle avait pas l’air jouasse quand je me suis pointé chez elle. Quatre heures du matin qu’il était, tu m’étonnes qu’elle a flippé ! Et moi qui voulais juste lui demander mon chemin. Non mais sérieux, matte moi ce putain de gnon qu’elle m’a fait cette dingue !

    Le batteur contempla la bosse violacée qui défigurait le visage habituellement agréable de son ami. Ah ça, pour les séances photos, ça n’allait pas être le top dans les jours à venir !

    — Sa casserole ! Sa PUTAIN de casserole qu’elle m’a foutu en plein dans la tronche parce qu’elle m’a pris pour un voleur ou je ne sais pas trop quoi. Et tu veux savoir la meilleure ? Elle venait juste de la retirer du feu !

    Incapable de se contenir, Ban fut pris d’un nouveau fou rire. Son compagnon lui lança un regard agacé depuis son rétroviseur central.

    De son côté, Sou ne disait plus rien. Ayant trouvé plus intéressant de piller les provisions que Ryosuke avait apportées avec lui, il contemplait le paysage d’un œil fatigué.

    Soulagé, Ryosuke se concentra sur la route, avant de lancer au batteur :

    — Bon… et vous alors ? Si tu me racontais comment ça s’est passé ?

    Ban eut du mal à contenir son hilarité.

    — J’ai pas envie qu’on s’foute en l’air. On verra ça une fois à Tokyo.

    Levant un sourcil interrogateur, le bassiste insista :

    — C’est si folklo que ça ? (Et, face au silence têtu de son ami, il eut un haussement d’épaules.) Bah… comme tu veux. (Puis, adressant un regard à Sou, qui engloutissait à présent paquet de chips sur paquet de chips, il grogna :) Putain, bouffe proprement toi ! On voie bien que c’est pas toi qui nettoies après ! (Mais surprenant l’expression assassine du petit blond, destinée à lui rappeler qu’il avait encore un stock un sacré paquet de reproches, il s’empressa de rectifier :) Fais comme si j’avais rien dit !

    Suite à quoi, il poussa un soupir et jeta un regard distrait à son tableau de bord. Une petite lueur y clignotait depuis un moment. Sans s’en soucier davantage, il ouvrait la bouche pour bâiller, quand, tout au fond de son esprit fatigué, un « Tilt » se fit. Il baissa de nouveau les yeux sur le phénomène et crut qu’il allait avoir un arrêt cardiaque. Oh putain, non ! Tout mais pas ça !

    Avant qu’il ne puisse en informer les deux autres, son véhicule se mit à crachoter et à perdre de la vitesse, ce qui le contraint à se rabattre sur la bande d’arrêt d’urgence. Les mains crispées sur le volant, le front à présent dégoulinant de sueur, il sentit un hurlement lui remonter le long de la gorge. Non, sérieux… pas ça… pas le coup de la panne d’essence !

    La mine plus blafarde que jamais, il fut pris d’un gloussement nerveux et se tourna vers ses amis.

    — Heu… vous allez rire, les gars… !

    Erwin Doe ~ 2008

    Retour à la catégorie

    Aller au : Chapitre 5


    votre commentaire
  • Clown #1

    23/06/2011


  •  

    Diane :

     

    Diane #1

    23/06/2011

     

    Clown :

     

    Cauchemar #1

    23/06/2011


  • Divers #3

    2014

    Divers #3

    2014

    Divers #3

    2015

    Divers #3

    2015