• 13/07/2014

     

    Et voilà, « Ne m’oubliez pas ! » est terminé. Avec un peu de retard… en fait. J’aurais dû poster son dernier chapitre hier mais… bon, quand je l’ai relu, il y avait certains paragraphes qui ne plaisaient pas du tout, aussi j’ai dû les réécrire et repousser ma dernière relecture à aujourd’hui.

    Maintenant, il me reste à faire un gros fichier de tout ça, que je proposerai ensuite en PDF et epub. Je ne sais pas encore si, pour ça, je ferai une dernière relecture, ou non, de ce projet… je pense que ce serait mieux, mais il faudrait pour ça que je lui dégage du temps, que je remette certainement tout à jour ici et… bref… j’ai un poil dans la main gros comme ça, quoi !

    À part ça, l’épisode 1-3 d’Un long voyage sera posté la semaine prochaine. Le premier jet de l’épisode 2 est achevé depuis deux semaines (environs) et j’ai attaqué son second jet. Le troisième épisode est au stade de premier jet, le quatrième au stade de brouillon, et le cinquième au stade recherche d’idées + synopsis détaillé.

    À côté, j’ai commencé à travailler sur « Le grand monsieur du bois d’à côté », dont le premier épisode devrait être proposé en octobre (Et dont le deuxième jet est à présent terminé.). Je pense que je vais avoir pas mal de boulot avec ce texte, en particulier en ce qui concerne les premiers épisodes. Ils sont tellement lourds que… argh ! Que j’ai du mal à trouver comment les rendre plus digestes.

    Avec ça, j’ai achevé le troisième jet d’une nouvelle de 2010, initialement intitulée « L’enfant aux cheveux blancs », renommée « Mon ami Maxence ». Avec un peu de chance, je devrais pouvoir la proposer à la fin du mois.

    Et puis… en dehors de l’écriture, je me suis finalement remis au dessin et j’en ai donc rajouté quelques-uns ici. Je ne sais plus trop de quand datait le dernier mais… à mon avis, ça remonte pas mal. Plusieurs mois… cinq, peut-être ? Moins ? Plus ? Franchement, j’aurais du mal à le dire.

     


    votre commentaire
  • Chapitre 6



    Dans les toilettes, Ban replaça ses lunettes sur son nez et contempla le reflet que lui renvoyait le miroir situé face à lui. Il avait une tête affreuse ! Franchement, il ne se souvenait pas d’avoir déjà eu de cernes aussi imposantes. Un record du monde, tiens, il en était persuadé !

    Il laissa échapper un soupir. Et l’estomac de Sou qui avait recommencé à crier famine ! Sans compter Ryosuke qui n’arrivait pas, la fatigue qui pesait sur ses épaules, le stress, mais aussi la faim qui commençait à le tenailler lui aussi, pas étonnant qu’il soit dans cet état.

    Il essuya ses mains encore humides sur son pantalon et s’apprêtait à gagner la sortie quand un détail le retint. Son regard se porta en direction de l’évier qu’il venait de quitter et s’alluma d’une lueur obsessionnelle. Le rebord… oui, le rebord ! Il n’avait pas l’air aussi haut que celui de la dernière station service. Avec un peu de chance, peut-être que…

    D’un œil expert, il contempla l’objet. Il se redressa de toute sa taille, vint se placer bien en face, et recula de quelque pas. Puis il évalua la distance, en fit deux de plus, remit ses lunettes en place sur son nez et, oubliant ce qu’il lui était arrivé la dernière fois, courut en direction de l’évier.

    Et alors qu’après un bond qu’il s’imaginait prodigieux, il perdait l’équilibre du haut de son perchoir, victime d’une nouvelle farce de la gravité, son compagnon joufflu fit irruption dans les toilettes. Et ce fut d’un ton presque blasé que ce dernier lui lança :

    — Bah… qu’est-ce tu fous ?

     

    *

     

    Ban ouvrit les yeux et étouffa un gémissement. Un mauvais mal de crâne le torturait.

    On l’avait allongé sur les sièges du coin café. Sur son front, un petit sachet plein de glaçons à moitié fondus qui glissa sur le côté quand il tourna la tête. Sou, penché au-dessus de lui, lui adressait un regard désapprobateur. Il allait lui demander ce qu’il s’était passé, quand il entendit une voix familière s’élever.

    Quoique avec difficultés, il se redressa. Sa vision chavira dangereusement et il sentit son mal de crâne s’aggraver.

    Il avait un sale goût dans la bouche.

    Un peu plus loin, il reconnut la stature de Ryosuke qui, de dos, ne cessait de s’incliner devant un homme à l’air franchement pas aimable.

    — Vous comprenez, il est un peu dérangé, l’entendit-il expliquer. Encore une fois, je suis vraiment désolé pour le bordel qu’il a foutu ici.

    Sa petite aventure dans les toilettes lui revint en mémoire. Devinant que c’était pour cette raison que son ami se confondait en excuses, Ban ouvrit la bouche pour joindre les siennes à celles du bassiste. Il fut toutefois pris de vitesse par le chanteur qui se mit à chouiner :

    — Ah bah c’est pas trop tôt ! Tu sais depuis combien de temps t’es dans les vapes, débile ? Deux heures ! Deux putains d’heures pendant lesquelles j’ai dû me rabaisser plus bas que terre pour excuser le fait que t’aies repeint les chiottes en rouge, en plus d’avoir dégueulé partout ! Non mais qu’est-ce que t’as dans la tête ? Et Ryo' qui vient juste d’arriver !

    Ban toucha le bandage qui saignait son crâne et essaya de rassembler ses souvenirs. Il avait fait une si mauvaise chute ? Il se souvenait bien d’être tombé en arrière. D’avoir vu Sou débarquer dans les toilettes… mais après ? Qu’est-ce qu’il s’était passé au juste ? Sou disait qu’il avait vomi, mais il n’en gardait aucun souvenir, sinon ce goût infâme dans la bouche. Une chance, il ne semblait avoir eu qu’une légère commotion. Ce qui nécessiterait tout de même un passage chez le médecin en arrivant à Tokyo, mais sûrement pas d’hospitalisation.

    Comme Ryosuke se tournait dans leur direction, il lui adressa un signe de tête désolé et vit l’expression du bassiste se détériorer. La colère s’imprimait sur ses traits creusés par la fatigue. Puis il fondit sur lui d’un pas déterminé et Ban crut qu’il allait le frapper.

    — Non mais sérieux, il t’arrive de réfléchir des fois ? À croire que t’as jamais appris à grandir !

    — Bah, répondit-il en abaissant ses mains qu’il avait levées en sentant venir le coup (apparemment avorté) de son ami. Si on part sur le thème de la puérilité, j’crois que t’as un sacré dossier sur l’dos, vieux ! (Puis, comme pour appuyer ses paroles, il ajouta :) Pas vrai, Sou ?

    Quoi qu’encore furieux contre lui, les étapes de leur aventure revinrent brusquement à l’esprit de Sou. De fureur, il gonfla ses joues rondes et adressa un regard noir à Ryosuke, dont l’expression se détériora.

    Blême, il comprit qu’il allait passer un sale quart d’heure.

     

    *

     

    À l’arrière du van, Ban se tordait de rire. Sou, quant à lui, avait exigé de s’asseoir aux côtés de leur conducteur épuisé.

    — Arrête de rire, bordel ! s’agaça Ryosuke, qui faisait son possible pour ignorer les chouinements vengeurs d’un Sou décidément bien remonté contre lui. Je te jure que la vielle avait pas l’air jouasse quand je me suis pointé chez elle. Quatre heures du matin qu’il était, tu m’étonnes qu’elle a flippé ! Et moi qui voulais juste lui demander mon chemin. Non mais sérieux, matte moi ce putain de gnon qu’elle m’a fait cette dingue !

    Le batteur contempla la bosse violacée qui défigurait le visage habituellement agréable de son ami. Ah ça, pour les séances photos, ça n’allait pas être le top dans les jours à venir !

    — Sa casserole ! Sa PUTAIN de casserole qu’elle m’a foutu en plein dans la tronche parce qu’elle m’a pris pour un voleur ou je ne sais pas trop quoi. Et tu veux savoir la meilleure ? Elle venait juste de la retirer du feu !

    Incapable de se contenir, Ban fut pris d’un nouveau fou rire. Son compagnon lui lança un regard agacé depuis son rétroviseur central.

    De son côté, Sou ne disait plus rien. Ayant trouvé plus intéressant de piller les provisions que Ryosuke avait apportées avec lui, il contemplait le paysage d’un œil fatigué.

    Soulagé, Ryosuke se concentra sur la route, avant de lancer au batteur :

    — Bon… et vous alors ? Si tu me racontais comment ça s’est passé ?

    Ban eut du mal à contenir son hilarité.

    — J’ai pas envie qu’on s’foute en l’air. On verra ça une fois à Tokyo.

    Levant un sourcil interrogateur, le bassiste insista :

    — C’est si folklo que ça ? (Et, face au silence têtu de son ami, il eut un haussement d’épaules.) Bah… comme tu veux. (Puis, adressant un regard à Sou, qui engloutissait à présent paquet de chips sur paquet de chips, il grogna :) Putain, bouffe proprement toi ! On voie bien que c’est pas toi qui nettoies après ! (Mais surprenant l’expression assassine du petit blond, destinée à lui rappeler qu’il avait encore un stock un sacré paquet de reproches, il s’empressa de rectifier :) Fais comme si j’avais rien dit !

    Suite à quoi, il poussa un soupir et jeta un regard distrait à son tableau de bord. Une petite lueur y clignotait depuis un moment. Sans s’en soucier davantage, il ouvrait la bouche pour bâiller, quand, tout au fond de son esprit fatigué, un « Tilt » se fit. Il baissa de nouveau les yeux sur le phénomène et crut qu’il allait avoir un arrêt cardiaque. Oh putain, non ! Tout mais pas ça !

    Avant qu’il ne puisse en informer les deux autres, son véhicule se mit à crachoter et à perdre de la vitesse, ce qui le contraint à se rabattre sur la bande d’arrêt d’urgence. Les mains crispées sur le volant, le front à présent dégoulinant de sueur, il sentit un hurlement lui remonter le long de la gorge. Non, sérieux… pas ça… pas le coup de la panne d’essence !

    La mine plus blafarde que jamais, il fut pris d’un gloussement nerveux et se tourna vers ses amis.

    — Heu… vous allez rire, les gars… !

     

    Fin

    Erwin Doe ~ 2008


    votre commentaire
  • Clown #1

    23/06/2011


  •  

    Diane :

     

    Diane #1

    23/06/2011

     

    Clown :

     

    Cauchemar #1

    23/06/2011


  • Divers #3

    2014

    Divers #3

    2014

    Divers #3

    2015

    Divers #3

    2015


  • Romuald #2

    03/07/2014


  • Doll #2

    02/07/2014


  • Dimitry

    Dimitry #1

    15/07/2013

    Le Troisième

    Umir #1

    14/12/2014


  • Romuald #1

    30/06/2014


  • Dessins divers 2

    2013


  • 25/06/2014

     

    J'ai posté le chapitre 5 de "Ne m'oubliez pas !" beaucoup plus tôt que prévu. (Il était en réalité programmé pour le 15 du mois prochain.)

    Mais... cette histoire me prend vraiment la tête. Je veux dire... ça me frustre terriblement de laisser une histoire moisir dans son coin alors qu'elle est déjà intégralement écrite et que ses chapitres ne demandent qu'à être postés. Rah !

    Donc, du coup, la fin de cette fanfic devrait arriver beaucoup plus rapidement que prévu. Le 5 Juillet, je devrais poster la partie 2 de l'épisode 1 d'Un long voyage et, je pense que la semaine d'après, ce sera au tour de l'épisode 6 de "Ne m'oubliez pas !".

    Comme ça, pour cette fanfic, ce sera fait, terminé, et je pourrai songer à attaquer un autre projet à chapitres.


    votre commentaire
  • Chapitre 5

     

    Ryosuke fit tourner la clef du van dans le contact, avant de jeter un dernier coup d’œil à ses amis par la vitre entrouverte.

    — T’es bien sûr ? Tu peux vraiment pas les laisser attendre jusqu’à demain ? La route va pas être simple si tu pars maintenant, lui dit Yuki, les mains enfoncées dans les poches de son zip noir.

    Le bassiste secoua la tête en signe de résignation.

    — Ça se voit que tu connais pas Ban en mode « super relou » !

    Yuki adressa un regard en coin à Ryuto, puis tous deux eurent un haussement d’épaules presque synchronisé. Parce qu’ils appartenaient au même groupe avant que Lolita 23q ne soit formé, Ryosuke côtoyait Ban depuis bien plus longtemps qu’eux. Dans ces conditions, qu’il ait connaissance de facettes du batteur qui leur étaient inconnues ne les surprenait pas.

    — Imaginez Sou en mode chouineur… mais puissance mille !



    *

     

    — L’a dit qu’il arriverait quand, déjà ?

    Ban s’étira. En une heure, Sou lui avait déjà posé trois fois la même question. À croire qu’il espérait qu’un miracle surviendrait et transformerait sa réponse en quelque chose de plus positif.

    — L’a pas dit. Dans la nuit, p’t’être même demain matin.

    Sou grogna et ramena ses jambes contre lui, la mine de plus en plus renfrognée. Ah ça, il allait en baver le play-boy, et pas qu’un peu !

    Comme son estomac se remettait à crier famine, le chanteur se recroquevilla sur lui-même et lança un regard désespéré à son ami. Il mourrait de faim. Et s’il n’avait pas rapidement quelque chose à se mettre sous la dent, il sentait qu’il allait redevenir invivable.

    Avec un soupir, Ban récupéra la pièce de cinq-cents yens dans sa poche et la contempla. Ce n’était pas énorme, mais avec un peu de chance il pourrait acheter de quoi remplir l’estomac de son ami jusqu’à l’arrivée de Ryosuke.

     

    *

     

    Ryosuke jura.

    Il n’était pas sorti de Tokyo qu’il était déjà coincé dans les embouteillages.

    Avec agacement, il contempla la longue file de voitures qui semblait ne jamais vouloir finir. Elle s’étirait jusqu’à perte de vue et progressait à la vitesse d’un escargot asthmatique. Autant dire qu’il n’était pas rendu !

    Il tapota des doigts sur le volant, les lèvres pincées en une courbe colérique. Juré, c’était la dernière fois qu’il s’amusait à abandonner Sou. La prochaine fois, il s’occuperait lui-même de la petite peste et le cognerait jusqu’à ce qu’il perde conscience. Ryuto et Yuki n’avaient rien dans les bras, c’était bien leur problème. Si ça avait été lui, non seulement Sou n’aurait plus moufté de tout le voyage mais en plus, à l’heure qu’il est, ils seraient tous les cinq chez eux, à se reposer. Y a pas, on n’était jamais mieux servi que par soi-même !

    Avec un grognement, il alluma la radio et en tripota les boutons jusqu’à trouver une station qui lui convenait. La musique envahit l’habitacle et, l’espace de quelques secondes, il ferma les yeux.

     

    *

     

    Sou scruta d’un œil connaisseur les étalages de nourritures qui s’étalaient devant lui. À quelques pas, Ban faisait le compte de leurs maigres économies, le chanteur ayant retrouvé un peu d’argent au fond de ses poches pendant leur trajet jusqu’à la station-service.

    Avec un reniflement, Sou redressa le dos et questionna :

    — Ça nous fait combien ?

    — Six cent vingt-quatre yens. En faisant gaffe, on devrait pouvoir s’payer de quoi se caler l’estomac.

    — Ok, et pour la boisson ?

    Du sac en plastique de Sou, Ban tira une bouteille qui avait, dans un passé proche, contenu du thé glacé.

    — On ira la remplir dans les toilettes.

    Son compagnon approuva d’un signe de tête, satisfait. Suite à quoi, il croisa les bras, plissa les yeux et se mordit la lèvre inférieure. C’était à lui de jouer !

     

    *

     

    Ryosuke ouvrit son portefeuille et paya la somme réclamée par le poste de péage qu’il venait d’atteindre. Il était enfin sorti de Tokyo, mais la route n’allait pas se révéler plus agréable pour autant. Au contraire, les choses sérieuses ne faisaient que commencer.

    Il adressa un remerciement distrait à l’employé qui lui tendait sa monnaie et la laissa tomber près de son levier de vitesse.

     

    *

     

    Sou était installé sur l’un des sièges du coin café, un sac en plastique serré contre lui. À l’intérieur, leur repas du soir et, il l’espérait, peut-être aussi de quoi se faire une collation un peu plus tard. Leur bouteille remplie d’eau à la main, Ban revenait des toilettes en jetant des coups d’œil contrariés par-dessus son épaule.

    — Y a un type qui me reluquait d’un air zarbi.

    Sou se permit un ricanement.

    — Faut croire que tu devais être son genre.

    Sans répondre, Ban se laissa tomber sur le siège de droite. La bouteille entre ses cuisses, il lorgna sur le sac de Sou qui, encore plus affamé que lui, comprit sans mal le message. L’eau lui montant à la bouche, il en sortit un paquet de chips, ainsi que deux maigres sandwichs. L’ensemble leur avait coûté tout leur argent.

    Il tendit son sandwich à Ban, puis entreprit de déballer le sien et mordit dedans avec appétit. Il mâcha, avala, et eut une moue. Mouais… on pouvait pas dire que ce soit fameux ! Le pain de mie était trop mince, et la garniture avait un goût bizarre.

    De son côté, Ban engloutissait le sien en silence. Son regard allait d’un côté à l’autre de la pièce et balayait les pauvres diables épuisés qui se réunissaient là, debout autour d’une table haute, un café, un thé, ou n’importe quelle autre boisson en main. Des victimes malheureuses des bouchons qui s’accordaient un instant de repos, seuls ou en famille, avant de reprendre la route.

    Tout en débouchant leur bouteille, le batteur se dit qu’il avait hâte de rentrer chez lui.

     

    *

     

    Ryosuke sursauta. Et merde ! Il avait encore manqué de s’endormir.

    Dans un grognement agacé, il se frotta les yeux. Ses paupières étaient lourdes et menaçaient déjà de se refermer. Il poussa un second grognement, puis se pinça méchamment le bras, comme s’il espérait que la douleur parviendrait à chasser sa fatigue.

    Il augmenta le son de la radio. Devant lui, les embouteillages s’étiraient toujours et, chose incroyable, ils semblaient encore plus denses que quand il les avait affrontés l’après-midi même. La nuit était tombée et l’horloge digitale de son tableau de bord indiquait qu’il était vingt-deux heures passées.

    Combien de temps le séparait encore de ses amis ? Une heure ? Deux heures ? Plus ? Au rythme où ils évoluaient, c’était difficile à dire. Peut-être un peu plus d’une heure, oui. Ensuite… eh bien, ensuite, il faudrait affronter le voyage retour, déposer les deux idiots chez eux et, enfin, seulement enfin, il pourrait aller se coucher.

    Se coucher… l’idée avait tout d’un rêve inaccessible. Il s’imagina, allongé sur son matelas, la tête enfoncée dans ses oreillers, ses draps remontés jusqu’au menton et la clim qui soufflait doucement. Il se voyait savourer cet instant, savourer ce confort inestimable. Ses yeux se fermaient, la torpeur s’emparait de lui et, sans s’en rendre compte, le Ryosuke au volant de son van pointa dangereusement du nez.

     

    *

     

    — Faut pas rester là, m’sieurs !

    Ban entrouvrit les paupières et se retrouva nez à nez avec un jeune employé de la station. Encore endormi, Sou se servait de ses cuisses comme d’un oreiller et semblait se trouver au milieu d’un rêve pour le moins agréable. En tout cas était-ce ce que laissait supposer son sourire béat.

    Le batteur se frotta les yeux d’une main, tandis que de l’autre, il secouait l’épaule de Sou. La voix pâteuse, il questionna :

    — On peut vraiment pas rester ici ? On attend un pote, voyez, et on sait pas bien quand il arrivera.

    D’un air gêné, l’employé se mordit la lèvre. Il jeta un regard inquiet en direction de sa collègue, qui, occupée à encaisser un client à la mine peu aimable, ne leur accordait aucune attention.

    — Bah… pas que ça me dérange, mais le patron va pas être content s’il débarque. (Puis, hésitant, il ajouta :) Si vous pouviez juste pas vous endormir ici… comprenez, ça fait pas très clean !

    Ouais, en gros, ils faisaient un peu clodos à squatter la station depuis des heures. Et vu les dégaines qu’ils devaient se payer, sûr que ça ne devait pas être un spectacle très agréable pour les autres voyageurs.

    Comme l’employé s’éloignait, Ban jeta un coup d’œil à son portable et poussa un soupir. Déjà une heure dix du matin. Ryosuke aurait dû être là depuis longtemps. À croire que cet imbécile s’était paumé en route !

     

    *

     

    — Putain, j’aurai leur peau !

    Et effectivement, le dit imbécile s’était bel et bien perdu. Une petite erreur de sa part. Au lieu de sortir là où il l’avait prévu, il s’était montré trop impatient et avait pris une direction inconnue, persuadé que là ou plus tard, de toute façon, il trouverait bien un moyen de rejoindre ses amis. La patience est une vertu, et si Ryosuke avait su garder cet adage en tête, peut-être ne se serait-il pas retrouvé dans cette galère.

    Le plus dramatique étant qu’il savait qu’il avait dépassé depuis longtemps la station service où ils l’attendaient. Il roulait depuis bien trop de temps pour qu’il en soit autrement.

    Pour ne pas arranger les choses, son portable, qu’il n’avait pas songé à recharger quand il était rentré à Tokyo, venait de rendre l’âme. Une rapide inspection du van lui ayant révélé qu’il avait laissé son chargeur derrière lui, il se savait également dans l’incapacité de contacter qui que ce soit en cas de pépin.

    Tout ça pour dire que le bassiste était dans une belle merde !

    Erwin Doe ~ 2008

     


    votre commentaire
  • Doll

     

    Doll #1

    21/06/2014

     

    Doll #1

    29/06/2014

     

    Ekinoxe #1

    02/07/2014

     

    Lapin Bleu

     

    Ekinoxe #1

    15/07/2014

    Raphaël / Mistigri

     

    Ekinoxe #1

    09/07/2014

    Romuald

    Ekinoxe #1

    30/06/2014

    Ekinoxe #1

    30/07/2014

     


  • 18/06/2014

     

    De nouveau, il m'aura fallu du temps pour revenir poster quelque chose ici. Je n'ai vraiment pas grand-chose à dire en ce moment, j'avoue. Tous mes projets avancent bien, mis à part Galaxie qui a été mis de côté pour une durée indéterminée. (Ce qui est assez normal chez moi. La plupart de mes histoires me demandent plusieurs années de réflexion avant de pouvoir trouver la version qui me plaît vraiment. x3)

    Vendredi, je poste enfin la première partie d'Un long voyage. D'abord sur ce site puis, petit à petit, elle apparaîtra sur la plupart des sites d'écriture où je suis inscrit.

    Contrairement à mes autres textes, ce projet ne bénéficiera pas d'un fichier PDF ou epub dès le début. Je ne les proposerai qu'une fois qu'un épisode sera complet, ce qui donnera un bon gros fichier qui rassemblera ses différentes parties.

    Actuellement, j'en suis à la moitié du premier jet du second épisode. Le brouillon du troisième épisode est terminé et j'attaque celui du quatrième la semaine prochaine.

    N'empêche, je me dis que je m'embarque dans une longue... longue... plus que longue aventure ! En comptant les deux épisodes que je devrais poster cette année, et ensuite les trois nouveaux épisodes qui devraient être proposés par an, ce projet prendra fin en 2017...... haha ! Maintenant, allez savoir si je tiendrai le rythme et si l'envie de poster plus rapidement mes épisodes ne me prendra pas. Mais même comme ça, cette histoire restera une longue aventure.

    D'autant que j'ai bossé toute la matinée sur un possible projet de suite... une suite... un peu spéciale, car pas mal différente d'Un long voyage. Je ne sais pas encore si je l'écrirai ou non, je sais simplement que j'ai rassemblé suffisamment d'idées pour être certain que ses cinq épisodes tiennent la route... maintenant, d'ici à 2017, j'ai plus que le temps de laisser mûrir tout ça...

    Actuellement, mon but est surtout de prendre de l'avance pour 2015. En fait, j'aimerais (D'ici la fin de l'année) avoir terminé d'écrire tous les projets que je compte poster en 2015... des premiers jets, pour certains, ou des seconds jets, pour d'autres... et logiquement, ça devrait pouvoir se faire. (Histoire d'être tranquille et de n'avoir que des corrections, ou des réécritures, sur les bras.)

     


    votre commentaire
  • Chapitre 4

     

    Ban contempla les malheureux cinq cents yens qu’il avait déniché au fond de ses poches et adressa un regard désolé à son ami.

    Avec un soupir, Sou se prit la tête entre les mains, comme s’il espérait que cela l’aiderait à mieux réfléchir à leur situation.

    — T’es bien sûr qu’on pourrait pas se trouver un taxi ? Suffira que l’un de nous reste avec lui, une fois à Tokyo, pendant que l’autre va lui chercher son fric.

    Ban le contempla, contempla son propre reflet dans le petit miroir de poche qu’il venait de sortir, et répondit :

    — Alors déjà, pour qu’un taxi accepte de nous emmener jusqu’à Tokyo, avec notre dégaine, sans voir la couleur de l’argent avant, j’crois qu’on serait chanceux… surtout avec les embouteillages de dingue qu’y a. Alors en plus s’il faut qu’il vienne nous chercher jusqu’ici…

    — Ouais, en gros, je peux rêver, c’est ça ? grogna son ami en reprenant son air bougon.

    Un silence s’imposa, pendant lequel tous deux cogitèrent sur leur situation. Pas brillante, pas brillante du tout, même. La nuit ne tarderait plus à tomber et ils n’avaient même pas suffisamment d’argent pour espérer se payer un vrai repas. Sou reprit :

    — On est à combien de la capitale à ton avis ?

    — En voiture ? En temps normal, j’dirais une heure et demie, deux heures maxi, mais vu comment ça avance, j’pencherais plutôt pour le double. Les gens rentrent de vacance, tu vois ? Normal qu’il y ait du peuple !

    Sou poussa un grognement et, au souvenir des trois zouaves à qui il devait de s’être retrouvé dans cette galère, ses joues se gonflèrent. Ah ça, ils ne perdaient rien pour attendre ! Ils pensaient le connaître ? Ils pensaient qu’il ne pouvait être encore plus infernal qu’il ne l’avait été jusqu’à présent ? Alors ils regretteraient de l’avoir sous-estimé !

    Près de lui, Ban semblait perdu dans ses pensées. Son miroir de poche à hauteur du visage, il donnait l’impression de contempler son reflet, sans pour autant le voir. Sou se passa une main dans les cheveux et, après une seconde d’hésitation, la question lui brûlant définitivement trop les lèvres, demanda :

    — En fait… c’est hyper sérieux que tu t’es tapé des vieilles ?

    Les lèvres de Ban tremblèrent. Puis, incapable de se contenir, il explosa de rire.

     

    *

     

    Dans son appartement, Ryosuke reposa le combiné de son téléphone fixe. Étendus sur son lit, Ryuto et Yuki dormaient depuis leur retour à Tokyo, le laissant chercher seul un taxi qui accepterait d’aller récupérer leurs amis. (Sous prétexte que, puisque monsieur avait eu l’idée tout seul, comme un grand, d’abandonner Sou, c’était à monsieur de s’en occuper.)

    Et comme il l’avait craint, ses recherches ne menaient à rien.

    Derrière lui, Yuki poussa un bâillement et lui fit remarquer, d’une voix encore pâteuse de sommeil :

    — Pourquoi tu te prends la tête comme ça ? Si ça se trouve, y sont même plus là-bas !

    Lui aussi réveillé, Ryuto approuva :

    — C’est toi-même qui nous l’a dit, Ryo'… que Ban trouverait bien un moyen de se rentrer à Tokyo avec ou sans notre aide.

    — Ouais, fit Yuki. Et le connaissant, je le vois mal rester plus de dix minutes sur place avant d’avoir la bougeotte. Surtout avec Sou sur les bras.

    Ryosuke eut envie de se mettre des baffes. Ils avaient raison… absolument raison ! Lui-même le savait. Ou, en tout cas, aurait dû le savoir si la fatigue ne lui avait pas autant lessivé le cerveau. Bien sûr que ces deux idiots n’étaient pas restés à glander sur place. En particulier parce que Ban savait aussi bien qu’eux à quel point le chanteur pouvait se montrer désagréable quand tout n’allait pas comme il l’entendait. Qu’il le veuille ou non, il avait forcément dû se retrouver contraint de leur dénicher un moyen de transport quelconque… histoire de prévenir toutes éventualités de crises de nerfs et de chouinements incessants de la part de son compagnon.

    Tout du moins était-ce ce qu’il imaginait de la part de Ban. Pour sa part, il se serait occupé de cogner Sou avant qu’il n’ouvre la bouche, prévenant ainsi TOUTES éventualités de chouinements et de crises de nerfs, puis d’aller draguer une nana pour qu’elle le ramène jusqu’à la capitale. Le souci étant que Ban et lui n’avaient pas le même mode de fonctionnement. Un mauvais point pour son ami, car connaissant Sou, le malheureux devait en baver.

    Touché par la compassion, le tout mâtiné d’une sacrée dose de remords, il décrocha de nouveau le combiné de son téléphone et tapa le numéro de Ban. À la question muette de Yuki et Ryuto, il répondit :

    — Je vais lui demander où ils sont.

     

    *

     

    — Tsss ! Et moi qui croyais que tu l’avais vraiment fait. T’avais que de la gueule, en fait, tout à l’heure !

    Avec un sourire, Ban rectifia :

    — J’t'ai jamais dit que je l’avais fait ! J’t'ai juste laisser entendre que j’avais d’jà utiliser cette technique pour me rentrer gratos. Pas que j’avais vraiment couché.

    — Mais tu m’as dit que ça te dérangeait pas de le faire si ça te permettait de te rentrer plus vite ! Tu l’as dit !

    — Ouais… mais bon, hein, j’t'ai pas dit que je l’avais vraiment fait avant. J’ai toujours trouvé moyen de m’improviser une fuite une fois arrivé à destination.

    — Et avec la vieille de tout à l’heure, tu aurais…

    — Improvisé une fois à Tokyo.

    Sou se demanda s’il devait être déçu, ou bien soulagé, par ces révélations. Un peu des deux, peut-être. Ban n’était pas aussi atteint qu’il le pensait, mais… ça aurait tout de même été plus drôle s’il l’avait été.

    Il allait pousser un soupir quand un détail… un détail particulièrement désagréable, lui revint en mémoire. De colère, ses joues se gonflèrent.

    — Ah ouais, vachement ! Alors pourquoi que tu m’as fait chier pour que je le fasse ? Genre tu pouvais pas me dire que t’improvisais toujours dans cette de situation ?!

    Ban sentit un nouveau fou-rire lui taquiner les lèvres. Il eut toutes les peines du monde à ne pas y succomber et ce fut avec un sourire terriblement stupide qu’il répondit :

    — Bah, c’était trop marrant quoi. T’étais là, à t’foutre dans des états pas possibles, alors c’était tentant de continuer.

    — Tu te fous de ma gueule ?! Et si j’avais dit oui ? Si j’avais accepté de me la faire ? Tu m’aurais quand même pas laissé…

    Le rire de son ami coupa la fin de sa phrase et, dans un instant d’illumination brutale, Sou comprit que Ban l’aurait laissé faire sans essayer de lui éviter ça.

    Au comble de la fureur, il se jeta sur lui dans un hurlement, bien décidé à l’étrangler une bonne fois pour toutes. Ils se percutèrent et roulèrent dans l’herbe, ce qui n’empêcha pas l’hilarité du batteur de croître en volume. Sou allait refermer ses mains vengeresses autour de son cou quand il fut repoussé en arrière, au moment même où le téléphone portable de son ami sonnait. Le tenant éloigné d’une main, Ban lui fit signe de se tenir tranquille un moment et décrocha. À son oreille, la voix de Ryosuke se fit entendre.

    — Allô… heu… Ban ? Y a quelqu’un ? Heu… Allô ? Et merde, ça doit être le répondeur ! Quel naze ce mec ! Heu… ouais, Ban, heu… c’est Ryosuke et…

    Incapable de se contenir plus longtemps, Ban éclata de rire.

    — Si… si, j’suis là, vieux, parvint-il à articuler entre deux gloussements. T’es quand même gonflé d’me téléphoner après le coup que tu nous as fait.

    Tout d’abord silencieux, Ryosuke lui répondit sur un ton passablement agacé :

    — Tu pouvais pas me dire plus tôt que t’avais décroché ? T’es vraiment atteint des fois comme mec, je te jure !

    — Bah… si on doit se lancer dans l’sujet, t’avoueras que dans ton genre t’es pas mal non plus.

    À l’autre bout du fil, Ryosuke eut un raclement de gorge gêné.

    — Ouais, heu… écoute, pour tout à l’heure, je te jure que c’était pas voulu ! Nous on cherchait juste à se débarrasser de l’autre plaie et…

    — J’y crois pas ! C’est l’autre enfoiré, s’emporta Sou qui, ayant collé son oreille au téléphone du batteur, avait reconnu sa voix. File-le-moi, je vais lui dire ce que je pense de ses putains d’idées à ce play-boy !(Et comme Ban se redressait, guère décidé à lui passer son téléphone, il s’agrippa à son bras et le tira dans sa direction.) File, je te dis ! File !

    — Non, non ! Je t’en prie, vieux, tout mais pas ça ! Lui file pas le téléphone, paniqua le bassiste.

    Se dégageant de l’étreinte de Sou, qui revint aussitôt à la charge et manqua de le faire tomber, Ban répondit :

    — Ben, écoute… si tu m’dis pas que tu viens nous chercher de suite, j’le laisse discuter un peu avec toi. Pas que ça me plaise de te faire chanter, mais tu vois…

    — Ouais, ouais ! Vas-y, file-le-moi, piailla le chanteur en pesant de tout son poids sur le bras de son ami.

    Après une seconde d’hésitation, Ryosuke questionna :

    — Z'êtes où la, au juste ?

    Ban eut un regard circulaire pour le paysage qui les entourait.

    — 'cune idée ! Mais on n’a pas beaucoup avancés. On s’trouve près d’une station service, juste après celle où vous nous avez largués.

    — Ouais, en gros, vous êtes encore à perpète ! (Le bassiste eut un soupir) Bon, écoute… moi, là, je ne peux rien pour vous. Y a pas de taxi qui accepte de venir vous chercher et ça va être galère si je dois venir moi-même, alors…

    — Tiens Sou, entendit-il son ami le couper, c’est tonton Ryosuke à l’appareil.

    Dans son appartement, le bassiste blêmit jusqu’à la racine de ses cheveux.

    — Attends ! Attends ! Écoute au moins ce que j’ai à te dire !

    — Vite alors. J’crois qu’il commence à s’impatienter…

    — Ouais, ouais, deux minutes, juré ! (Puis il adressa un regard désespéré à Yuki et Ryuto qui, toujours installés sur son lit, semblaient beaucoup s’amuser de la situation.) Comme j’essaye de t’expliquer, je ne peux rien faire pour vous aujourd’hui. Vraiment ! Mais si tu pouvais patienter jusqu’à demain, je te promets qu’à la première heure je fonce vous chercher et…

    — Nan, le coupa de nouveau le batteur, modulant sa voix en un son beaucoup plus nasillard. Ça marche pas !

    — Mais écoute ! Je te dis que…

    — Nan ! (Et la voix de Ban monta encore d’une octave dans les aigus, avant de se faire doucereuse et de minauder :) Sooooou…

    En panique, Ryosuke fut sur le point de lui raccrocher au nez et de les laisser se démerder jusqu’au lendemain. Mais en faisant une telle chose, il savait qu’il n’aurait pas seulement à subir la vengeance de Sou. En temps normal, Ban était plutôt cool, mais il n’appréciait pas des masses non plus qu’on le prenne pour un imbécile, en particulier quand il s’agissait de quelqu’un d’aussi proche de lui que Ryosuke. Et ce dernier savait d’expérience à quel point son ami pouvait se révéler épouvantable quand il décidait de se lâcher. En comparaison, même deux Sou chouineurs et décidés à vous faire payer vos affronts ne lui arrivaient pas à la cheville.

    Vaincu, il déclara :

    — C’est bon, vieux, c’est bon, t’as gagné. Je viens vous chercher ! (Il croisa le regard des deux guitaristes qui, à présent, le contemplaient comme si un fou se tenait face à eux.) Mais t’attends pas à ce que j’arrive rapidement ! Avec ces bouchons, sans compter qu’il va falloir que je trouve comment faire demi-tour, je risque pas d’être là avant perpète !

    — Ça m’va, fit son ami, sans pour autant retrouver son timbre de voix normal. Essaye de nous ramener quelques bricoles à grignoter. Y en a qui crèvent d’faim ici.

    — Ouais, ouais, tout ce que tu veux… Alors à… (Le désespoir s’abattit sur ses épaules, tandis qu’il songeait à la route qui l’attendait.) je sais pas quand.

     

    Erwin Doe ~2008

     


    votre commentaire
  • 01/06/2014

     

    Les 24 heures de la nouvelle sont terminées ! Cette année encore, j’aurai bien souffert, mais ça aura tout de même été moins pire que l’année dernière, où je suis juste parvenu à écrire la première partie de ma nouvelle. Et puis cette année, j’ai bien aimé la contrainte. Même si j’ai galéré pour savoir comment la caser dans mon texte, haha !

    Au final, je n’ai vraiment pu commencer les 24h qu’à 22h. J’ai pris connaissance de la contrainte à 14h mais… mais ! Ensuite je n’ai pas pu rester tranquillement chez moi. Du coup, je pensais vraiment que je n’aurai pas assez de temps pour terminer mon texte. Au final si, mais c’était juste, vu que j’ai arrêté d’écrire vers 14h40. Un premier jet que j’ai un peu corrigé pendant que je l’écrivais, et qui du coup, à mon avis, est bourré de belles perles. *Déprime* Mais je n’avais vraiment plus le temps pour le relire et le corriger à fond. *Déprime de nouveau* J’étais tellement à la bourre que j’ai même choisi un titre à l’arrache. * Va se pendre *

    Du coup, je ne sais pas trop quand je pourrai le proposer ici. Il faut vraiment que je le relise et que je vire tout ce qui ne va pas dedans. Peut-être le mois prochain ? On verra bien…

    Au final, c’est un texte qui fait quelque chose comme 7400 mots. Je ne sais pas s’il est vraiment crédible mais… bon, je me suis quand même amusé à l’écrire. Une histoire un brin déprimante, un brin glauque, avec des suicides et des corbeaux en plus.

    Bref… je suis en train de crever de fatigue, donc je vais conclure vite. x3 Autour du 5, je devrais poster le chapitre 4 de « Ne m’oubliez pas ! ». Ensuite, la première partie de Doll, ou plutôt Un long voyage, apparaîtra autour du 20.

    Sur ce, je vais aller me coucher ! @.@


    votre commentaire
  • 30/05/2014

     

    Plus de quinze jours que je n’ai rien posté ici. Je suis vraiment en mode flemme en ce moment, haha !

    Je ne pense qu’il n’y a plus besoin de le préciser maintenant, mais j’ai posté « Le loup et la fillette » dix jours plus tôt. J’avais vraiment peur de prendre du retard avec cette nouvelle, comme beaucoup de choses me gênaient encore. Finalement, non, mais je ne suis toujours pas satisfait. (Cooooomme d’habitude, haha !)

    J’ai déjà parlé de cette histoire, il me semble. Je l’avais écrite en 2007… et j’avoue que je ne me souviens plus du tout d'où m'était venue l’inspiration. Je lui avais ensuite écrit une suite… jamais terminée. À l’époque, je voulais que cette histoire soit en trois ou quatre parties, plus la nouvelle d’introduction. Il me semble que j’avais écrit les deux premières. Puis, gros syndrome de la page blanche et je n’ai plus été capable d’écrire dessus.

    Le projet continue de moisir près de mon bureau. Je l’ai ressorti il y a peu pour y ajouter de nouvelles idées et relire sa première version. J’ignore quand j’aurai le temps de m’y consacrer de nouveau, mais je pense avoir actuellement suffisamment d’éléments pour pouvoir me lancer dans un brouillon pas trop bancal. La plupart des trous qui me gênaient ne sont plus qu’un lointain souvenir… tout ce qu’il me faut, maintenant, c’est du temps et de la motivation.

    Bref, autant dire que je ne suis pas prêt de la reprendre, haha !

    À côté, j’avance dans mes différents projets. Bon, j’ai un peu la méga flemme d’en faire la liste. J’avance, voilà. Je glande un peu sur certaines histoires, moins sur d’autres, et j’ai hâte de pouvoir poster la première partie de Doll.

    J’ai également ressorti pas mal d’anciens projets, dont deux qui me tiennent de plus en plus à cœur.

    Le premier, « Si telle est la volonté de Dieu », était à l’origine une nouvelle, que j’ai finalement transformée en série. Et maintenant que j’y pense, j’ai pas mal de projets de séries qui à l’origine étaient de simples nouvelles. (Mais comme leur univers et leurs personnages me plaisaient, j'ai finalement eu envie d’y replonger.) Quand je m’en suis détourné en 2010, c’était surtout parce que je n’avais plus d’idées. J’avais écrit deux épisodes, et commencé un troisième, avant de la désactiver. Je crois que c’est l’une de mes histoires que j’aime le plus et qui me tient le plus à cœur. Dernièrement, j’ai rassemblé des idées pour terminer son troisième épisode, et gribouillé les synopsis de ses épisodes 4 et 5. De nouveaux personnages, de nouvelles créatures, et un texte qui risque de devenir plus sombre et complexe que je ne l’avais prévu à l’origine.

    Le deuxième était… là aussi une nouvelle. En fait, ce n’est qu’en me replongeant dedans il y a quelques semaines que je me suis dit : hé ! J’ai toujours eu envie de réutiliser ces personnages. Pourquoi ne pas en faire une série ?

    Pour la petite histoire, la nouvelle date de 2006 et se déroule dans le même univers que Doll. En fait, le personnage principal, Elena, est une sorte… de version sombre de Doll. Ce sont toutes les deux des Poupées, mais là où Doll, malgré son mauvais caractère, n’est ni cruelle, ni mauvaise, Elena, elle, serait tout le contraire. Aussi, la nouvelle où elle apparaissait était plus sombre que les histoires qui mettaient Doll en scène. Et j’aimerais que la série qui lui sera consacrée garde cette ambiance.

    Bref ! Je vois que je suis en train de taper un pavé ! En fait, je pense que je vais peut-être ajouter une autre catégorie à ce site. Une catégorie où je parlerai plus en profondeur de mes différents projets, et garder ces « p'tits mots » pour discutailler de ma progression. Je pense que ce serait préférable. X3

    Nb : Ah oui ! Et demain, c’est bien sûr les 24 de la nouvelle ! J’y participe, en espérant faire mieux que l’année dernière.

     


    votre commentaire
  • Le loup et la fillette

     

    1

     — Il y a un loup parmi nous !

    Elle avait entendu et répété cette phrase un nombre incalculable de fois. Une phrase qui avait un sens pour les siennes, celles de l’organisation du Petit chaperon rouge. Elle annonçait le début d’un affrontement entre ses représentantes et le loup dissimulé. Un affrontement qui ne prendrait fin qu’à la mort d’un des deux adversaires.

    Marine se dressait face au petit groupe de comédiens. Le meurtre s’était produit peu après leur représentation. Dans la loge de l’actrice vedette.

    D’après les témoignages, la porte était fermée à clef de l’intérieur. On le savait, car plusieurs membres de la troupe avaient voulu y pénétrer pour parler à la jeune femme. On avait frappé, frappé encore, sans jamais obtenir de réponse. La poignée avait été tournée, une fois, deux fois, trois fois, avant qu’on ne comprenne que quelqu’un l’avait verrouillée.

    Ce n’était pas l’actrice en question, car celle-ci les avait finalement rejoints pour leur certifier qu’elle avait laissé ouvert derrière elle.

    Alors, on avait fait appeler le propriétaire. Il était arrivé avec son double des clefs et avait déverrouillé la porte.

    Et là, au milieu de la pièce, gisait l’un de leurs compagnons. Mort, la gorge déchirée par les crocs d’un animal.

    La bête avait à peine commencé son repas quand on était venu la déranger. C’est en tout cas ce que l’on supposait, tout comme le fait qu’elle ait pris la fuite par la fenêtre, grande ouverte à leur arrivée.

    Les premiers cris s’étaient élevés et avaient attiré le reste de la troupe sur les lieux.

    Quelques instants plus tard, le standard de l’organisation recevait un appel pour leur signaler ce crime qui, tous ici le pensaient, ne pouvait avoir été commis que par un loup.

    Le loup… Marine devinait qu’il se trouvait encore parmi eux. La logique aurait voulu qu’il profite de la situation pour fuir, et ainsi échapper aux griffes de l’organisation. Mais… non ! Ces créatures n’étaient pas aussi faciles à déloger. Elles s’incrustaient au sein d’un groupe, d’une famille, puis décimaient ses membres les uns après les autres. Elles renonçaient difficilement et s’imaginaient toujours plus malignes que les Chaperons.

    C’était ce qui causait leur perte.

    À l’idée que le meurtrier puisse être l’un des leurs, les comédiens avaient commencé à se jeter des regards suspicieux. On s’était imaginé, comme souvent, que l’ennemi venait de l’extérieur. Comment songer un seul instant que la menace se terrait en leur sein ?

    Les visages creusés, ils se tordaient les mains, jetaient des coups d’œil par-dessus leurs épaules et sursautaient au moindre craquement. Marine eut un rictus, amusée par la vision de ces adultes aussi effrayés que des enfants par le monstre censé se dissimuler dans leur placard. Du haut de ses neuf ans, elle semblait étonnamment décontractée en comparaison. Son chaperon blanc rabattu sur son carré de cheveux châtains, elle les détailla de son regard bleu, aussi froid qu’une nuit d’hiver.

    Elle quitta l’encadrement de la porte pour s’avancer dans leur direction.

    — Loup, où es-tu ?

    Sa voix était semblable à un chuchotement. Ses yeux s’arrêtèrent sur chaque visage. Le cadavre, lui, n’avait pas bougé de place. Il se trouvait toujours au milieu de la pièce, exactement là où ils l’avaient découvert, les yeux grands ouverts et exorbités. Sans pudeur, il offrait en spectacle sa gorge béante. Son épaule et une partie de son visage avaient été dévorées. Sa joue gauche avait disparue et l’on pouvait à présent distinguer sa mâchoire aux nombreux plombages. Le haut de son buste baignait dans une petite flaque de sang.

    Dans un petit cri, l’un des convives battit en retraite en direction du fond de la pièce. Elle l’ignora.

    — Loup, où es-tu ?

    Un pas de plus, encore un pas. Un regard qui fuit celui de ce petit corps chétif au long cou de cygne. Un pas de plus, encore un.

    — Loup, où es-tu ?

    C’était sa première mission. La première mission qu’elle mènerait sans l’aide de ses préceptrices. La première mission où elle ne pourrait espérer les conseils de personne. Pas même de sa mère ou de sa grand-mère.

    — Loup, où es-tu ? murmura-t-elle d’une voix plus ferme, presque impérieuse.

    Et, comme hypnotisé par cet appel, l’un des acteurs se mit à hurler. Son cri se mua en un grognement bestial, son visage se déforma, s’allongea, jusqu’à devenir une gueule poilue, pleine de crocs.

    — Je t’ai trouvé !

    Témoin de la transformation, le reste de la troupe avait fui en direction du fond de la pièce. Certains de ses membres tentaient déjà de s’échapper par la fenêtre, tandis que les autres sanglotaient, incapables d’accepter le malheur qui s’abattait sur eux.

    Le loup se dressait face à l’enfant. C’était un animal au pelage gris, un peu plus gros qu’un loup ordinaire. Un membre tout à fait commun de la meute.

    Comme il se campait sur ses pattes pour bondir, Marine eut un mouvement de recul. Une ombre la dépassa et vint s’interposer entre elle et son adversaire. Celle d’un jeune homme de cinq ans son aîné, aux cheveux châtains noués dans la nuque. Il brandissait une hache devant lui.

    Il s’appelait Édouard et, pour lui aussi, c’était sa première fois. La première fois qu’il ne serait pas secondé par son tuteur. La première fois que la survie de sa protégée dépendrait uniquement de lui. La nervosité et la peur se lisaient sur ses traits crispés, pas encore tout à fait débarrassés des marques de l’enfance.

    Il leva son arme pour faire reculer la bête furieuse. Celle-ci tenta de riposter, mais il lui était impossible de s’approcher suffisamment pour le mettre en difficulté. La gueule dégoulinante de bave, son museau se retroussait sous le coup de la frustration. Les crocs à découvert, elle grondait plus fort que jamais.

    Édouard s’était déplacé dans la pièce. Il ne voyait plus rien d’autre que son adversaire. Marine, les gens du spectacle, et le reste, plus rien n’avait d’importance en cet instant. De la sueur lui coulait le long des tempes et il serrait le manche de sa hache si fort que les jointures de ses doigts blanchissaient. À la moindre erreur, la moindre inattention, la mort s’abattrait. Mais il oubliait que le danger n’était pas seulement devant lui et que le loup, seul, ne méritait pas toute son attention.

    L’animal se jeta sur lui. Pour mieux le recevoir, Édouard recula de quelques pas. Il avait prévu de faire voler sa hache de telle sorte qu’elle faucherait son adversaire, sinon à la gorge ou au torse, au moins à la gueule. Mais dans sa précipitation, il négligea de jeter un regard par-dessus son épaule et butta contre un obstacle inattendu qui le fit basculer. Stupidement, il battit des bras et s’écroula à la renverse sur une forme un peu molle. Il parvint à amortir sa chute, mais la main qu’il avait tendue rencontra une substance liquide qui la fit déraper. Il eut à peine le temps de constater qu’il avait trébuché sur le cadavre que le loup était déjà sur lui.

    Un cri s’éleva de la foule des spectateurs. Toutefois, personne ne fit rien pour lui venir en aide.

    À présent, le loup le surplombait, la gorge écrasée contre le manche de sa hache qu’il avait dressé comme une barrière entre eux. Ses mâchoires claquaient à quelques centimètres de son visage. Son souffle chaud, rance, s’écrasait contre sa peau et il sentait des gouttes de salive lui atterrir sur les joues, le front, et le menton.

    Les bras fléchis, les muscles bandés, il tenta de repousser l’animal bien trop lourd pour son jeune corps. Il sentait ses griffes lui labourer le torse et sa masse lui écraser la cage thoracique. La respiration devenue laborieuse, il poussa un gémissement et rua maladroitement des deux jambes. À défaut de l’atteindre, son agresseur s’écarta de lui pour éviter l’attaque.

    Haletant, Édouard se remit maladroitement sur pieds et essuya son visage d’un revers de la manche.

    Le loup lui faisait de nouveau face. Les babines retroussées, l’animal avait commencé à lui tourner autour.

    Derrière lui, il savait que Marine continuait de le fixer. Elle ne pensait ni à reculer, ni à fuir, car elle avait toute confiance en lui.

    Il empoigna son arme des deux mains. Il tremblait un peu, mais espérait qu’on ne le remarquerait pas. Son adversaire, lui, ne le lâchait pas du regard. Il avait cessé ses ronds et s’apprêtait de nouveau à passer à l’offensive. Quant aux comédiens, ils avaient presque tous disparus par la fenêtre. Il n’en restait que deux qui, par une sorte de solidarité un peu inutile, ou tout simplement parce que la peur les paralysait, n’avaient toujours pas pris la fuite.

    Le loup lui fonça dessus mais, cette fois, Édouard était prêt à le recevoir. Il s’était suffisamment écarté du cadavre pour ne plus craindre de trébucher et, dans un cri, leva son arme pour l’abattre sur son adversaire. Le loup parvint à esquiver le coup, mais pas complètement. Un glapissement s’éleva. Son train arrière arborait à présent une blessure profonde. Ses pattes avaient du mal à le soutenir et il secouait le museau de droite à gauche, en proie à la souffrance.

    C’était sa chance !

    Sans attendre, il fila droit sur son adversaire et, le loup, qui ne pouvait plus se déplacer avec la même aisance, lui sauta au visage dans un grognement.

    Il s’était douté que l’animal réagirait ainsi.

    En réponse, il recula vivement et fit fondre sa hache en direction de sa gorge. Le tranchant s’y enfonça, brisa tout sur son passage, mais ne parvint à la trancher complètement. La force du choc envoya toutefois le loup voler à terre, dans une gerbe rouge. Une pluie chaude se répandit sur le visage du chasseur et, quelques soubresauts plus tard, l’autre rendait l’âme.

    Dans un soupir, Édouard se laissa tomber à terre. La vision trouble, il porta une main à l’emplacement de son cœur. L’organe battait comme un fou contre les parois de sa prison, au point de le faire souffrir. Il adressa un regard à Marine.

    Pas une félicitation, pas une marque d’inquiétude ou de soulagement, rien ne franchit ses lèvres, ou ne s’imprima sur son visage. Elle se tenait juste là, à quelques mètres de lui, et son regard, à cet instant, était si froid qu’il le mit mal à l’aise.

     


    2

    Un sourire flottait sur les lèvres de Marine. Fière de sa réussite, sa mère l’avait chaleureusement félicitée. Elle l’avait prise dans ses bras, avant de l’embrasser, sous le regard un peu désapprobateur de sa grand-mère. Pourtant, même la vieille femme si avare en compliments n’avait pu cacher son soulagement en la voyant revenir. Quoi qu’elle en dise, sa petite fille restait sa petite fille.

    À présent installée dans le parc de l’organisation, la fillette jouait seule sur une vieille balançoire grinçante. Elle contemplait ses petites camarades qui, en groupe, riaient et s’amusaient sans lui accorder la moindre attention.

    Il y avait longtemps que celles-ci l’avaient exclue de leurs jeux et, même pour elle, il n’était pas facile d’en saisir les raisons. La jalousaient-elles parce qu’elle était la fille du petit chaperon rouge actuel ou bien par crainte de son caractère un peu trop froid ?

    Plus jeune, cette haine l’avait blessée. Aujourd’hui, elle s’y était faite et ne se souciait plus d’être mise à l’écart.

    Qu’elles se moquent d’elle si cela leur chantait, car un jour, les choses changeraient. Elle deviendrait le petit chaperon rouge. Qu’importent les moyens, elle arracherait la victoire et, alors, toutes ces idiotes, toutes ces pestes, toutes autant qu’elles étaient, seraient bien obligées de reconnaître sa supériorité.



    3

    — Je l’ai vu ! Je vous assure qu’il était là ! hurlait Anïa, la coqueluche des fillettes de l’organisation.

    Blonde, mignonne et le sourire facile, elle et Marine avaient toujours été de farouches rivales. À tel point que le simple fait d’avoir l’autre dans son champ de vision suffisait à leur mettre les nerfs à vif.

    Comme elle continuait de se donner en spectacle devant des dizaines de petites filles apeurées, Marine jeta un coup d’œil en direction des bois. Là où la blondinette assurait avoir vu un loup la contempler.

    Il y avait peu de chance pour que cette histoire soit vraie. Anïa avait beau jouer les gentilles filles, c’était une menteuse patentée. Du moment qu’elle pouvait attirer l’attention, elle était prête à tout. Même aux inventions les plus extravagantes.

    Toutefois, Marine ne pouvait se départir d’un doute. Et s’il y avait vraiment eu un loup ? Et si, pour une fois, Anïa avait dit la vérité ? Ce serait fâcheux… très fâcheux, même, car si les loups commençaient à venir les déranger jusque que chez elles, alors elles ne seraient bientôt plus en sécurité nulle part.

    Sans la consulter, ses camarades couraient déjà en direction du manoir. Elles y préviendraient sa mère, alerteraient toute l’organisation et, bientôt, les lieux grouilleraient de chasseurs.

    En attendant, Marine songea qu’elle serait plus utile en allant inspecter les alentours et pénétra dans les bois.



    4

    — Comment a-t-il fait pour arriver jusqu’ici ?

    En quittant le parc, il n’avait pas fallu longtemps à Marine pour découvrir la piste sanglante qu’elle suivait depuis maintenant une dizaine de minutes.

    Les abords de leur territoire étaient, en toute logique, surveillés et leurs ennemis, d’ailleurs, n’avaient pas pour coutume de s’en approcher de trop près. Ils savaient ce qui les attendait, tout comme le fait que la frontière regorgeait de pièges à loups.

    Celui-là devait être un sacré numéro. Heureusement, il était blessé et, avec un peu de chance, suffisamment affaibli pour qu’elle puisse s’en débarrasser elle-même. Car les siennes ayant pour tradition de combattre le grand méchant Loup et sa meute, il était intolérable que l’un de ses membres ait pu pénétrer leurs terres de cette façon.

    Elle rabattit son chaperon blanc sur son carré de cheveux et fit halte devant ce qui lui semblait être l’entrée d’une caverne naturelle. La piste s’y enfonçait.

    Prudemment, elle s’avança et jeta un regard quelque peu inquiet aux ténèbres qui se dressaient face à elle. Pour la première fois seulement, le caractère inconscient de son entreprise lui sautait aux yeux. Elle n’était encore qu’une enfant. Une enfant seule et faible, ne possédant aucun moyen de se défendre si l’animal était encore capable de se battre.

    L’espace d’un instant, elle songea qu’elle aurait dû prévenir Édouard avant de se lancer dans cette aventure et se détesta pour cette pensée. Têtue, elle redressa la tête, serra les poings, et décida qu’il était de toute façon trop tard pour reculer. L’ennemi était à sa portée. Abandonner si près du but… non ! Non, non et non ! Hors de question de faire preuve d’une telle lâcheté.

    Du regard, elle balaya les alentours à la recherche d’une arme quelconque. Elle avisa une branche morte qui semblait suffisamment robuste et alla la ramasser. Épaisse, sans être lourde, elle la soupesa un moment, puis, rassemblant son courage, pénétra dans la grotte.

    Le lieu était sombre, mais pas au point de l’aveugler. La lumière extérieure y pénétrait suffisamment pour lui permettre d’y voir. Il restait des points d’ombres, mais le lieu n’était pas très vaste. Elle avança à pas feutrés, retenant presque sa respiration, et fit le tour de la grotte du regard.

    Dans un murmure, sa voix s’éleva :

    — Loup, où es-tu ?

    Elle fit un pas de plus en avant. Jeta un coup d’œil à droite et à gauche, fit un autre pas, et resserra sa prise sur son arme de fortune. L’endroit sentait la moisissure et la terre humide. Une odeur de fer y flottait également. Une odeur qu’elle connaissait bien. Celle du sang.

    — Loup, où es-tu ?

    Un bruit derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna, son arme brandie, et entendit une voix faible et haletante lui répondre :

    — Le loup est là, petite…

    Ses paupières se plissèrent. Elle distinguait vaguement sa forme. Avachi près de l’entrée, elle l’avait raté en pénétrant ici. Une erreur qui aurait pu lui être fatale.

    Elle se demanda pourquoi, d’ailleurs, il n’avait pas profité de l’occasion pour l’attaquer. Plutôt que de se signaler, il aurait pu lui bondir dans le dos et la tuer.

    Avec précautions, elle s’approcha. Il était adossé contre la paroi et son sang formait une tâche sombre au niveau de ses mollets. Le visage, creusé par la souffrance, qui se leva dans sa direction la troubla : c’était un visage humain.

    Sur les lèvres de l’inconnu, un pauvre sourire se dessinait.

    — Eh bien quoi ? chuchota-t-il d’une voix douloureuse. Tu ne veux plus me battre avec ce bâton que je vois dans ta main ?

    Nerveuse, Marine le contempla avec plus d’attention. Il avait un regard qui tirait sur le jaune, un regard fauve, et des oreilles qui se dressaient sur le sommet de son crâne à cheveux longs et châtains. Une queue de loup reposait près de ses jambes, les poils tâchés ici et là par son propre sang.

    — Je… je ne comprends pas, bafouilla-t-elle, plus troublée qu’elle ne l’aurait souhaité. Tu n’es pas un loup, mais tu n’es pas un homme non plus !

    — Aaah, fit-il dans un sourire plus large qui découvrit ses petites dents pointues. C’est parce que je ne suis qu’à moitié loup, petite.

    L’aveu ne fit qu’aggraver son trouble. C’était la première fois qu’elle entendait parler des demi-loups, si bien qu’elle ignorait à présent comment se comporter.

    Fallait-il le tuer ou bien le laisser en vie ?

    — Eh bien ? Pourquoi hésites-tu comme ça ? Je suis de la meute, tu sais ?

    Ses mains se crispèrent sur son arme. S’il était de la meute, alors il était son ennemi. Plus moyen d’hésiter, il fallait l’achever ! Elle leva son bâton, prête à frapper.

    Mais au moment où elle allait l’abattre, son regard croisa celui, vitreux, de sa victime. Des pupilles animales, mais où brillait une lueur humaine. Sa respiration s’accéléra et elle laissa tomber son arme à terre. Non… non, elle ne pouvait pas. Elle n’en avait pas le courage. Peut-être était-ce une erreur de sa part… peut-être était-ce une marque de faiblesse, mais c’était au-dessus de ses forces.

    Presque haletante, elle serra les poings. Les lois à l’égard des demi-loups devaient forcément être plus clémentes. Qu’ils soient de la meute ou non, ils restaient en partie humains. Et si tuer un être humain était un crime grave, contre lequel il existait de lourdes sanctions, alors abattre le jeune homme qui agonisait à ses pieds ferait d’elle une meurtrière. Elle ne vaudrait pas mieux que la meute, pas mieux que tous ces animaux sauvages et, ça, c’était une pensée qui la révoltait autant qu’elle la dégoûtait.

    Persuadée d’être dans le vrai, et presque certaine qu’il ne représentait plus grand danger, elle s’accroupit aux côtés de l’inconnu pour le contempler avec toute la curiosité dont est capable une fillette de neuf ans.

    Il lui rendit son regard.

    — Tu n’es même pas assez bonne pour mettre fin à mes souffrances ? Je pourrais encore t’attaquer…

    Oui, il pourrait. Mais il était si affaibli qu’elle ne doutait pas, qu’en définitif, ce serait elle qui aurait le dessus.

    — Pourquoi t’être aventuré sur nos terres ?

    Sur les lèvres du demi-loup, l’esquisse d’un nouveau sourire apparut. Amusé, apparemment, par sa question.

    — J’essayais de fuir un chasseur… et le seul moyen de lui échapper était de pénétrer là où il ne penserait pas que je puisse me rendre. C’est drôle, non ? Dire que je vais mourir ici, sur les terres de nos ennemis.

    Marine eut un hochement de tête. Elle comprenait mieux la situation. Puis elle s’attarda sur ses blessures : une à la jambe, certainement produite par un piège à loup qui avait déchiré le bas de son pantalon et avait laissé de profondes entailles dans sa chair. L’autre plaie se situait juste en dessous de son épaule droite. Peut-être bien une blessure par balle.

    Elle se fit la réflexion qu’il devait souffrir et, inconsciemment, en fut peinée pour lui.

    — Hé, petite… et si tu me disais ton nom ?

    Tout d’abord, Marine le fixa de ses grands yeux bleus sans répondre. Puis, elle avoua :

    — Marine… je m’appelle Marine et je suis la fille et la petite fille des deux derniers petits chaperons rouges.

    Le demi-loup eut un rire de gorge douloureux.

    — Rien que ça ? Eh bien moi, vois-tu, je m’appelle Nikolaï… et je suis le fils unique du grand méchant Loup.


    5

    Nikolaï venait de perdre connaissance. Encore sous le choc, Marine avait du mal à croire qu’elle avait sous les yeux le fils agonisant de leur ennemi. Celui qui, en toute logique, devrait prendre les rênes de la meute une fois son père décédé.

    Elle se pencha en avant et, du bout des doigts, repoussa les cheveux qui lui tombaient devant le visage. Dans sa poitrine, son cœur s’accéléra. Il était jeune, peut-être l’âge d’Édouard, et possédait des traits plutôt agréables si l’on passait outre le sang et les traces de boue qui salissaient sa peau.

    Troublée, elle retira sa main et, tandis que quelques mèches venaient à nouveau masquer le visage de Nikolaï, ramena ses jambes contre elle. Une sorte de chaleur un peu honteuse s’était répandue sur son visage et elle baissa le nez en direction de ses souliers. Au même moment, des bruits se firent entendre près de la grotte : branches qui craquent, une végétation qu’on écarte, et le son de semelles sur la pierre. Elle tourna les yeux en direction du nouvel arrivant qui, essoufflé, haleta :

    — Ma… Marine… ! Oh bon sang ! J’ai eu peur que le loup ne t’ait dévorée.

    Édouard portait sa hache à la main. Elle y jeta un coup d’œil contrarié, avant de se tourner vers Nikolaï.

    — Ce loup ? Il n’est plus capable de faire de mal à une mouche.

    Les sourcils d’Édouard se froncèrent et il porta son regard dans la même direction qu’elle. La surprise s’imprima sur ses traits.

    — Mais… qui… ? commença-t-il.

    Il voyait bien sa queue, il voyait bien ses oreilles, mais s’il connaissait l’existence des demi-loups, contrairement à sa protégée, il ignorait de quelle façon se comporter face à eux. Tout ce que son mentor avait su lui dire était qu’il devait s’en méfier.

    — Nikolaï, lui apprit Marine. Le fils unique du grand méchant Loup.

    Ce fut comme si sa mâchoire inférieure se décrochait. Que venait-elle de dire ? La main qui tenait sa hache relâcha sa prise et l’arme tomba à terre, provoquant un vacarme qui ne fit même pas sourciller le demi-loup.

    — Tu… tu plaisantes ?

    — Est-ce que j’ai l’air de plaisanter ?

    Non… bien sûr que non. Marine ne plaisantait jamais. Ou alors beaucoup trop rarement pour qu’il puisse se rappeler de la dernière fois où cela s’était produit.

    — Bon sang…

    Une chance comme celle-là… une chance de mettre la main sur l’héritier… combien en existait-il au monde ? C’était trop beau pour être vrai !

    Sans s’en rendre compte, il s’était baissé pour ramasser son arme et la tenait de nouveau en mains. Marine eut un froncement de sourcils et lui lança d’une voix sèche :

    — Je peux savoir ce que tu comptes faire ?

    Édouard se figea. Assise entre lui et le demi-loup, elle semblait lui faire barrage.

    — Mais… tu le vois bien, non ? Je vais nous débarrasser d’un des membres les plus dangereux de la meute.

    — Ah ça non, Édouard ! Je te l’interdis, tu m’entends ? Je t’interdis de lever ne serait-ce qu’un doigt sur lui !

    Sans comprendre elle-même ce qui la poussait à le protéger, la jeune fille soutint le regard de son chasseur qui, sous le choc, avait blêmi.

    — Mais… mais enfin, Marine… c’est le fils de notre ennemi ! (Et comme la colère venait déformer les traits de son interlocutrice, il ajouta :) De toute façon, ta mère sera bientôt là avec des chasseurs. À quoi est-ce que tu pensais, bon sang ?

    L’expression de Marine se détériora et ce fut comme si quelque chose se brisait en elle. Comment avait-elle pu oublier ?

    Elle tourna la tête en direction de Nikolaï. Il semblait dormir. Les yeux clos, les sourcils légèrement froncés et la bouche entrouverte. Une proie facile. Trop facile. Une victime qui n’aurait jamais la force de se défendre.

    Elle n’était d’ailleurs même pas certaine qu’il essaierait…

    — Non…, souffla-t-elle. Ça non… pas question, tu m’entends ? Je refuse de le laisser mourir, Édouard, et tu vas m’aider à le sauver !



    6

    Pourquoi avait-il accepté ? C’était contraire à tout ce qu’on lui avait enseigné. Les loups, comme les demi-loups, étaient leurs ennemis. Les loups devaient être éliminés, et s’il fallait se méfier des demi-loups, alors il ne doutait pas qu’en certaines circonstances leurs lois encourageaient de s’en débarrasser. La pitié n’avait pas sa place dans leur combat et, ça, Marine le savait aussi bien que lui.

    Et pourtant… pourtant, face à sa colère, il ne s’était pas senti le courage de lui refuser son aide. Il l’avait même laissé panser les plaies de l’ennemi à l’aide de ses jupons – qui à présent étaient en lambeaux –, ce sans lui opposer d’autre résistance que quelques commentaires effarés. Une erreur. Bien qu’il soit son chasseur, et donc tenu de lui obéir, il ne pouvait pas non plus tout accepter.

    Le corps qu’il transportait sur son dos pesait de plus en plus lourd. Sa vitesse s’en ressentait. Il haletait, le dos courbé en avant et devait faire des efforts considérables pour ne pas s’écrouler.

    Serrant les dents pour ne pas gémir, il parvint à articuler :

    — Qu’est-ce que tu comptes faire de lui, Marine ? Tu vois bien qu’il est perdu !

    Marine se retourna. Elle tenait sa hache entre ses mains minuscules. Une expression impatiente sur les traits, elle cracha plus qu’elle ne répondit :

    — Ça, je m’en moque, Édouard ! Tout ce que je veux c’est qu’il ne soit pas achevé par quelqu’un de l’organisation.

    — Mais… mais et s’il parvient à guérir… s’il survit… te rends-tu compte qu’il pourrait tous nous tuer un jour ?

    Pour seule réponse, Marine eut un haussement d’épaules et reprit sa route. Sous ses pas, les branches et les feuilles mortes craquaient.

    Bien sûr qu’elle en était consciente. Édouard la prenait vraiment pour la dernière des idiotes d’en douter. Malgré tout, elle restait incapable d’ordonner sa mise à mort.

    C’était plus fort qu’elle. Un sentiment étrange qu’elle ne parvenait pas à identifier, mais qui écrasait sa raison.

    Alors, oui, peut-être que Nikolaï était leur ennemi. Et peut-être serait-ce en tant que tel qu’il se présenterait à elle la prochaine fois mais, en cet instant, tout cela lui était égale.

    Trop égale…

    Au point qu’elle en venait presque à se détester.



    7

    La frontière entre leur territoire et le reste du monde se dessinait. Une forêt dense qui s’étendait encore et encore, ce jusqu’à perte de vue.

    Si elle se félicitait d’avoir agi à temps pour sauver Nikolaï des siens, sa mère et les chasseurs n’ayant pas encore dû retrouver leur trace, elle se demandait toutefois que faire de lui à présent. S’ils le laissaient là, il y avait de fortes chances pour qu’un chasseur lui tombe dessus et l’achève. Si ce n’était pas l’un de ces gardiens solitaires, ce serait sa mère et ses hommes. Seulement, quelle autre solution avait-elle ?

    Nerveuse, elle porta son attention sur Édouard. Une expression indéchiffrable sur le visage, il avait étendu le blessé contre un arbre, non sans s’être assuré avant qu’il ne risquait pas de marcher sur un piège à loup.

    — Il est encore en vie ?

    — Plus pour très longtemps, grogna-t-il, tandis qu’un pli venait barrer son front. Vraiment, Marine, les choses seraient plus simples si tu me laissais en finir avec lui.

    Le regard de Marine se fit meurtrier.

    — Encore une parole de ce genre, Édouard, et je peux te jurer que je demanderai à mère de me trouver un autre chasseur !

    Pour toute réponse, le jeune homme leva les yeux au ciel. Il était habitué aux caprices de sa protégée. Pas un jour ne s’écoulait sans qu’elle ne lui en concocte de nouveau. Mais celui-là, tout de même, dépassait tout ce qu’elle avait pu lui faire jusqu’ici. Il s’agissait de l’héritier, bon sang !

    L’arme de son chasseur toujours en mains, Marine se mordit la lèvre. Elle hésitait plus que jamais à abandonner Nikolaï quand des bruits s’élevèrent tout autour d’eux. Inquiète, elle échangea un regard avec son chasseur. Sa mère les avait-elle déjà rattrapés ?

    Mais les masses qui se déplaçaient étaient trop imposantes. La forêt frémissait sous leurs pas et des grognements se firent entendre. Prise de peur, elle recula. Des loups. Trois ou quatre au moins, sinon plus, et qui avaient été suffisamment malins pour échapper aux pièges qui minaient cette partie des forêts. Quoique encore invisibles, elle savait qu’ils les avaient déjà encerclés.

    Face à elle, une forme massive, au pelage sombre, passa pour disparaître aussitôt. Une boule se forma dans sa gorge. Des loups noirs ! Ils avaient des loups noirs avec eux !

    Elle entendit Édouard s’approcher et une pression se fit sur la hache. Il tentait de la récupérer.

    — Marine… Marine, il faut partir !

    Elle lui abandonna l’arme sans chercher à résister. Bien sûr, il avait raison. Ils n’étaient pas de taille à combattre un groupe, encore moins si des loups noirs se mêlaient au nombre. Elle faisait d’ailleurs un pas dans sa direction quand elle posa les yeux sur Nikolaï et vit qu’il sortait de son évanouissement.

    — Marine !

    La voix d’Édouard se faisait plus pressante. Il était terrifié, peut-être encore plus qu’elle. D’un geste, elle lui fit comprendre qu’elle voulait qu’il s’éloigne un peu. Il secoua vivement la tête et dit, en tendant une main pour lui agripper le poignet :

    — Ça suffit ! Allez, viens !

    Elle se dégagea et s’écarta de lui. Un craquement plus proche, derrière elle, la fit se retourner. Elle se crispa, tous les sens en alerte, et espéra qu’ils ne pouvaient pas sentir sa peur.

    — Laisse-moi encore une minute, Édouard. Juste une minute.

    — Marine !

    — Fais ce que je te dis !

    Édouard hésita. Il ne voulait pas s’éloigner. Seulement, Marine ne semblait pas décidée à partir. Il pouvait bien l’attraper par le bras et la forcer à le suivre, mais alors elle se débâterait. Elle se débâterait, hurlerait, et les loups, qui pourraient mal interpréter leur dispute, se jetteraient sur eux.

    Ce fut donc à contre cœur qu’il accepta de lui obéir.

    Marine, elle, s’était déjà accroupie près de Nikolaï. Les paupières mi-closes, ce dernier détaillait les alentours d’un air absent. Il semblait éprouver toutes les peines du monde à rester conscient.

    — Où sommes-nous ?

    — Nous avons passé la frontière. Je crois que les tiens sont venus te chercher.

    Nikolaï redressa le cou. Sur le sommet de son crâne, ses oreillers bougèrent doucement. Il eut un hochement de tête.

    — Ils ne te feront pas de mal, lui dit-il, comme s’il cherchait à la rassurer.

    Marine eut du mal à le croire. Les loups avaient certainement senti qu’il était blessé et, de ce fait, devaient avoir hâte de lui venir en aide.

    — Es-tu un tueur d’homme ? questionna-t-elle, non sans une certainement brusquerie due à l’urgence de la situation.

    S’il fut surpris par sa question, son interlocuteur n’en laissa rien paraître. Il se contentait de fixer un point derrière elle, là où devait se tenir l’un des siens. Un jappement s’éleva, ce qui la fit sursauter.

    — Je suppose qu’une partie de moi l’est, lui répondit-il d’une voix blanche, tout en portant son attention sur elle. Ce serait mentir que de t’affirmer le contraire.

    — Oui, je suppose… dans ce cas, je dois être folle de vouloir te sauver.

    Nikolaï eut un froncement de sourcils. Tant de douleur que d’incompréhension. Elle laissa échapper un soupir.

    — Si tu survis, essaie de te souvenir de mon geste, d’accord ? Que je n’aie pas à le regretter.

    — Vraiment, commença-t-il avec un faible sourire. Tu es un drôle de chaperon. (Et, voyant qu’elle se redressait, il fit :) Attends ! Approche un peu, tu veux ?

    Marine adressa un coup d’œil à Édouard, qui montrait des signes d’impatience évidents, et s’accroupit de nouveau. Une main vint saisir son visage poupon, l’attira en avant, et des lèvres abîmées s’écrasèrent contre sa joue.

    Avec un petit cri de surprise, accompagné par une exclamation indignée de la part d’Édouard, elle s’écarta vivement. Le visage en feu.

    — Tu sais, Marine… si je guéris, tu peux être certaine que nous nous reverrons, lui promit-il sans sembler partager son trouble. À ce moment, je saurai me souvenir de ta générosité.

    Une main posée contre sa joue, Marine lui adressa un dernier regard incertain. Puis elle se détourna et s’en fut rejoindre son chasseur tandis que, derrière elle, les premiers loups quittaient les fourrés pour emporter avec eux leur héritier.


    8

     — Mais si ! Je vous assure qu’il y avait un loup !

    Anïa balaya de ses grands yeux ses petites camarades qui, depuis que les recherches pour retrouver le loup avaient été abandonnées, la tenaient pour une menteuse. Pourtant, les chasseurs avaient bien trouvé des traces suspectes, mais elle avait eu beau s’époumoner à ce sujet, plus aucune de ses amies ne voulait la croire. Elles la laissaient à l’écart et se moquaient d’elle derrière son dos.

    Furieuse, la blondinette serra les poings. Elle n’avait rien inventé ! Rien du tout ! Elle avait vu le regard de ce loup briller dans les fourrés, vu ses oreilles dépasser de derrière la végétation, aussi pourquoi toutes ces idiotes se comportaient-elles ainsi ?

    Dans un sursaut de dégoût, elle remarqua que Marine s’était approchée avec un étrange sourire aux lèvres. Elle lui adressa un regard hargneux et crut succomber aux larmes qui embuaient déjà ses yeux quand sa rivale lui lança :

    — Oh, Anïa… à force de crier au loup, plus personne ne te fera confiance, tu sais ?

     

    Erwin  Doe ~ 2007

    Revenir à la catégorie

     

    Licence Creative Commons
    Le loup et la fillette de Erwin Doe est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.
    Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://erwindoe.eklablog.fr/contact.


    votre commentaire
  • 13/05/2014

     

    Je ne pensais pas la poster si tôt, mais comme au final elle est terminée, « Prologue d’un cauchemar » apparaît enfin sur ce site. (Après je ne sais combien de mois plus tard, haha !)

    Il y a encore des passages qui me gênent mais… mais ! Mais j’ai beau les avoir travaillés et les retravaillés, je suis encore incapable, à l’heure actuelle, de les tourner comme je le souhaiterais. Je la relirai de toute façon d’ici quelques mois, histoire de virer les dernières bricoles que j’y trouverai. (Les joies de travailler seul, sans bénéficier d’un regard extérieur pour pointer vos bourdes. *S’en va se pendre.*)

    Me replonger dans cette nouvelle m’a remis en tête mes autres projets de fanfics sur ce jeu vidéo. Après un tour sur le net, je suis tombé sur cette page, sur DeviantArt : Nigtmare Creatures comic.

    Un comic mettant en scène Wallace et Rachel, d’après ce que j’ai compris ! Comme quoi, je ne suis pas le seul à avoir apprécié ce jeu au point d'avoir voulu en faire du fan-quelque-chose. (Cela étant, ça fait au moins six ans que je n’ai pas joué à ce jeu… je me demande si je l’aimerais toujours autant aujourd’hui ?)

     


    votre commentaire
  • Un hurlement éclate et je m’éveille en sursaut. Quelqu’un, quelque part, semble pris d’une crise d’hystérie. Je l’entends hurler, insulter, et des bruits de pas précipités se font entendre dans le couloir.

    Doucement, ma respiration reprend un rythme normal. Le brouillard qui enveloppait mon esprit s’évapore et je me souviens…

    Nous sommes en l’an de grâce 1933.

    Je me nomme Herbert Wallace.

    Et je suis prisonnier d’une maison de fous.

    Car je suis tombé entre les mains de Crowley.

    Car ses méfaits et ses sortilèges ont eu raison de ma santé mentale.

    Et qu’une fois loin de ses griffes, même mes anciens compagnons du Cercle ne pouvaient plus rien pour moi.

    Pour cette épave que j’étais devenu. Cette chose hideuse, défigurée et instable, si éloignée du jeune dandy que j’avais été.

    Un peu plus loin dans le bâtiment, une porte grince et j’entends plusieurs hommes hausser le ton. En réponse, l’enragé continue de les injurier. Il hurle et se démène, tant et si bien qu’il finit par réveiller les autres pensionnaires. Des cris de douleur finissent par s’élever et une dizaine de voix se mêlent à celle de leur camarade rudoyé.

    Pas la mienne.

    Moi, créature pathétique, je préfère me recroqueviller sous mes draps. Je tremble et mon corps, déjà moite de sueur, dégage une odeur âcre, une odeur de saleté repoussante.

    Depuis ce jour, ce jour où je suis parvenu à échapper au sorcier, mon esprit n’est absorbé qu’à une seule tâche : Oublier. Refouler mes épreuves passées. Chasser la présence obscène de mon tortionnaire que je sens encore planer tout autour de moi.

    Rien d’autre n’a d’importance.

    Rien…

    À côté, les fous continuent de déverser leur haine et leur détresse. Dans le couloir, d’autres semelles claquent. Les renforts arrivent et , bientôt, le lieu résonnera des cris de ses victimes.

    En cet instant, j’envie ceux qui vont être malmenés. Leur chance, comme leur démence. J’offrirais ce que j’ai de plus cher, mon âme s’il le faut, pour être à leur place. Pour échanger mes souffrances contre les leurs.

    Je me demande…

    Que voient-ils, ces pauvres diables, quand ils ferment les yeux ?

    À quoi peuvent donc bien ressembler leurs ténèbres ?

    Les miens sont les mêmes chaque jour… chaque heure… chaque minute. Ce que je vois, c’est un laboratoire sombre. L’odeur y est infecte. Celle d’un charnier.

    Je suis là, au milieu de cette pièce lugubre, étendu sur une table, les membres entravés. Le sorcier n’est pas loin… ses créatures non plus. Elles se massent derrière les barreaux de leurs prisons. Elles m’observent de leurs yeux morts, affamées toutes autant qu’elles sont. De leurs gueules s’échappent râles et grognements.

    Je me souviens du bruit de leurs mastications. Elles se dévorent entre elles, s’en prennent aux plus faibles et se repaissent de leur chair avariée alors qu’ils sont toujours vivants.

    Et ces cris… ces cris de rage… ces cris de souffrance…

    Les leurs… les miens…

    Mon Dieu !

    La porte de ma cellule grince, me ramenant à la réalité. Elle s’ouvre et se referme, puis des pas s’approchent de mon lit.

    Apeuré, je me crispe. Je crois que Crowley m’a retrouvé et je tremble à l’idée qu’il puisse m’enlever de nouveau. Mais au lieu de la voix mauvaise de mon tortionnaire, c’est celle, douce, de Rachel qui me parvient.

    — C’est moi, Wallace. Il faut que nous parlions.

    Comme à mon habitude, je ne dis rien. J’ai perdu la faculté de m’exprimer le jour où le sorcier a triomphé de ma raison.

    Je la devine, plus que je ne la vois, debout, là, à mon chevet. Je l’imagine me contempler de ses grands yeux tristes et se désoler de ce que je suis devenu.

    Je sais que le spectacle que j’offre est pitoyable. J’en suis conscient… oui, tout au plus profond de mes ténèbres, j’en suis conscient. Elle m’a connu élégant et plein de vie, elle me voit aujourd’hui brisé et couvert de bandages destinés à camoufler un corps qui n’a plus grand-chose d’humain.

    Comment fait-elle pour supporter ma vue ?

    Durant quelques secondes, elle garde le silence. Les seuls sons qui me parviennent, en dehors des dernières plaintes de mes voisins, sont ceux produits par ma respiration laborieuse.

    — Wallace, Crowley est de retour. Le sorcier marche dans les rues de Londres en ce moment même. Nous avons besoin de toi. Le Cercle a besoin de chacun de ses membres s’il veut pouvoir se dresser contre lui. Je leur ai dit que tu n’étais pas en état de nous rejoindre, mais… tu connais notre situation. Nos effectifs sont limités. Une âme supplémentaire ne pourra que jouer en notre faveur dans cette bataille.

    Mes bras s’enroulent autour de mon corps sous-alimenté. Je ne veux pas en entendre davantage. Je sais bien que le Cercle a besoin de moi. Je le sais pertinemment et, pourtant, en cet instant, tout m’est égal. Leur combat, leur sort… rien n’a d’importance en dehors de ma sécurité.

    Car si je sortais de là… si j’acceptais de la suivre… de quitter la sécurité de mes ténèbres… alors ma route croiserait de nouveau celle du Diable.

    Et je n’y survivrai pas…

    Pas cette fois.

    Aussi, pas question !

    Ne voit-elle pas que j’ai suffisamment donné comme cela ?

    Je sais que Rachel est intelligente. Je sais qu’elle devine sans mal le cheminement de mes pensées. Elle pousse un soupir. Un soupir navré, mais qui me laisse tout de même entendre qu’elle s’y attendait.

    Ses semelles grincent et elle murmure :

    — Je reviendrai, Wallace. Dans quelques jours, je reviendrai.

    En retour, je pousse un faible grognement.

    Elle pourra bien revenir autant de fois que ça lui chantera. Elle… ou n’importe qui du Cercle… peu m’importe ! Car ma décision est déjà prise.

    Irrévocable.

    Aussi bonne chance, Rachel. Bonne chance ma chère, ma très chère Rachel.

    Car c’est tout ce que je peux t’offrir.

    Un peu de chance…

    Et l’espoir que tu t’en sortiras.

    Erwin Doe ~ 2008

     


    votre commentaire