• Quand on parle du loup

    Partie 2



    Chaperon avait longtemps couru après son papillon, s’enfonçant loin, toujours plus loin dans la forêt. Sa course l’avait conduite jusqu’à une clairière lumineuse, où l’insecte lui avait finalement échappé.

    L’espace d’une seconde, elle avait jeté un regard autour d’elle, se rendant compte qu’elle était incapable de retrouver son chemin. Ce petit arbre, là-bas, lui disait vaguement quelque chose, mais… il fallait également avouer que le buisson un peu rabougri situé à l’opposé lui était tout autant familier.

    Puis elle avait baissé les yeux en direction de ses pieds et avait remarqué les fleurs qui, par centaines, recouvraient la clairière. Presque un champ, parfait et paisible, à l’herbe grasse et bien verte. Oubliant qu’elle était perdue, elle s’était accroupie avec l’idée de confectionner un beau bouquet.

    Son panier près d’elle, elle hésitait longuement avant de cueillir une fleur, jetait un œil un peu distrait à celles qu’elle tenait déjà dans sa main, puis se déplaçait de quelques pas, avant de faire son choix.

    Ainsi occupée, elle prêta à peine attention aux craquements qui s’échappaient de la forêt et qui se rapprochaient inexorablement. Un juron s’éleva, puis une forme émargea des fourrés pour s’offrir à sa vue : celle d’un homme blond, aux cheveux en bataille. Mal rasé, le nez rouge et le regard vitreux, un fusil pendait à son épaule.

    Il jeta un coup d’œil maussade autour de lui. Comme un hoquet lui échappait, suivi d’un « Hooo », il leva mollement le pied pour s’avancer, mais ne réussit qu’à s’écrouler au milieu des fleurs.

    Chaperon, qui n’avait pas fait un geste tout le long de cet étrange spectacle, se désintéressa presque aussitôt de l’inconnu, pour s’en retourner à son bouquet.

    Plusieurs minutes s’écoulèrent avant que l’homme ne donne de nouveau signe de vie.

    Tout d’abord, ce furent les doigts de sa main droite qui remuèrent, puis ceux de sa main gauche. Enfin, il poussa un nouveau « Hoooo » et s’assit.

    L’air absent, il fit de nouveau le tour de la clairière du regard, puis renifla. Une fleur était écrasée contre sa joue.

    Il avisa finalement Chaperon et lança :

    — Dis voir, p'tiote, t’aurais pas vu un loup traîner dans le coin ?

    L’enfant releva son regard bovin sur lui. Dans sa menotte, un bouquet bien trop gros pour elle, d’où des fleurs maltraitées s’échappaient pour venir s’écraser sur ses genoux.

    — Un loup ? répéta-t-elle.

    — Ouais, ouais, c’est ça, un loup !

    — J’en ai vu un.

    Une lueur passa dans les yeux du chasseur, qui abattit ses grosses mains sur ses cuisses, croisées en tailleur.

    — Vrai ? questionna-t-il en se courbant en avant. Près d’ici ?

    Une excitation sauvage se lisait dans son expression. Son sourire était celui d’un prédateur qui a retrouvé la piste de sa proie. En réponse, Chaperon eut un signe de tête négatif et se redressa lourdement.

    — Non. J’en ai vu un toooooooout…, commença-t-elle en se détournant, avant de tendre un doigt.

    Elle hésita, puis se tourna sur sa droite.

    — Tooooout…

    Hésita encore et pointa sa gauche.

    — Toooooout…

    Mais tout où ? Se souvenant qu’elle était perdue, elle abaissa le bras. Derrière elle, le chasseur se grattait le crâne et avait sorti de sous ses couches de vêtements une petite fiole. Il renifla et, sans plus faire attention à elle, se mit à pester :

    — Saloperie de loup. Pourriture de crevure ! Si j’ui refous la main dessus, j’vais pas le louper !

    Intriguée par ce drôle de bonhomme, Chaperon se tourna vers lui.

    — Vous n’aimez pas beaucoup les loups, hein, m’sieurs ?

    Sa fiole portée à ses lèvres, le chasseur lui jeta un regard en biais.

    — Si je les aime ? Moi ? Cette racaille ? Ces bouffeurs de chiens et de gosses ? Ah ça non, p'tiote, j’peux pas les piffer !

    Puis, rebouchant sa bouteille, il baissa le ton, porta une main sur le côté de sa bouche, et poursuivit avec un air conspirateur :

    — Et tu sais pourquoi ? Parce que ces sales bêtes viennent jusque chez vous pour vous provoquer. Elles vous matent par la fenêtre quand vous êtes avec vot' dame. Elles viennent bouffer vos poules, vos chèvres, et même vos mômes, si vous y faites pas gaffe. L’une de ces saloperies s’est payé mon chien pas plus tard qu’la semaine dernière. Une brave bête que j’avais depuis des années. Un compagnon ! Un vrai de vrai ! Et quoi ? Suffit qu’une de ces charognes passe dans le coin pour que CRAC ! (Des deux mains, il mima une mâchoire qui se referme sur sa proie.) Plus de Fido, plus de fidèle compagnon.

    — C’est vrai ça ?

    — Si c’est vrai ? Si c’est vrai, tu dis ? Pour sûr qu’c'est vrai ! (Il avait de nouveau haussé le ton et, du poing, se frappa la poitrine.) Mais cette saloperie sait pas à qui elle s’est attaquée. Elle sait pas que des loups, moi, j’m'en suis payé des dizaines. La chasse au loup, p'tiote, c’est ma spécialité ! Suffit que je vois le bout d’un museau pour que, tac ! (D’un geste vif, il s’était saisi de son fusil et, un œil fermé, le pointa devant lui.) J’appuie sur la détente avant que cette foutue de bordel de saloperie de…

    BANG !

    Dans son excitation, l’homme avait appuyé sur la détente. Le coup frôla de près (De très près même) Chaperon, qui ne s’accorda même pas le luxe de sursauter. Le seul signe que son petit cœur s’était emballé l’espace d’une seconde, fut sa main qui se relâcha pour laisser tomber à terre son beau bouquet.

    Il y eut un silence, un long silence. Puis le chasseur laissa retomber son fusil et dit :

    — 'fin, bref… tu vois le genre, hein ?

    Soudain calmé, il se remit tant bien que mal sur ses pieds. Ses genoux craquèrent sous l’effort et, dans un « haaa » douloureux, il porta une main à son dos. Dans son regard, plus aucune étincelle de vie. Toute la passion qui l’avait animé quelques instants plus tôt s’était envolée.

    Là-dessus, il se détournait pour reprendre sa route dans des « Haaa… foutues années… foutues de foutues années… » quand Chaperon, après un battement de paupières, l’appela :

    — Attendez, m’sieur !

    L’air profondément ennuyé, le chasseur s’arrêta et tourna le cou dans sa direction.

    — Ouais ?

    Avant de répondre, Chaperon saisit son panier et le souleva, non sans difficultés.

    — Dites, vous pourriez pas m’aider à retrouver mon chemin ?



    *

     

    Le loup, qui s’était endormi juste après son copieux repas, fut tiré de ses rêves par de petits coups frappés à la porte. Son ronflement eut un raté et il ouvrit les yeux au moment où une voix annonçait :

    — Mémé, mémé, c’est moi !

    Il battit des paupières et, le museau froncé, chercha à rassembler ses souvenirs. Un peu de bave lui coulait le long du menton. Il ne reconnaissait pas cet intérieur sombre et puant. La surface sous lui était beaucoup trop confortable pour être le carré d’herbes et de feuilles où il avait l’habitude de se coucher, et puis… bon sang, il avait un sacré poids sur l’estomac !

    Il y porta une patte et, au moment où la voix se faisait de nouveau entendre pour dire : « Mémé, je rentre », tout lui revint brusquement en mémoire. La gamine, la vieille qu’il avait avalée tout rond, et puis… oh bon sang !

    — Non ! Attends, n’entre… !

    Mais trop tard, la porte s’ouvrait déjà.

    Au moment où la lumière extérieure vint le frapper, il plongea sous les couvertures et les remonta jusqu’à ses yeux. Il remarqua alors qu’il tremblait et retroussa les babines, dégoûté. Bon sang, ce n’était qu’une gosse !

    La petite s’était à présent avancée dans la pièce et avait refermé la porte derrière elle. Près de l’oreiller, le loup avisa la charlotte que la mère-grand portait avant qu’il ne l’avale. Il s’en saisit et l’enfonça sur son crâne.

    — Viens, mon enfant, dit-il d’une voix chevrotante. Viens donc embrasser ta mémé.

    Chaperon se figea et, pour la seconde fois, le loup vit une expression s’esquisser sur son visage : celle de la défiance.

    — Mais mémé ! Je peux pas : tu es malade.

    — Rien qu’un bécot, mon enfant. Un tout petit bécot sur la joue pour faire plaisir à ta mémé qui se meurt.

    Chaperon hésita. Bien qu’elle soit en général plutôt longue à la détente, elle connaissait suffisamment sa mémé pour comprendre que celle-ci était en train de lui préparer un mauvais coup. Qu’allait-elle faire, une fois qu’elle se serait suffisamment approchée ? Lui éternuer au visage, afin de la faire tomber malade elle aussi ? À moins qu’elle ne lui tire l’oreille pour la punir de son retard. Des scénarios peu réjouissants, mais toujours préférables à celui de se frotter au bâton qu’elle pouvait apercevoir, là, appuyé contre le lit de la vieille femme.

    Oui… tout plutôt que de se faire rosser le dos et les fesses par cet ennemi de toujours, duquel elle n’avait déjà que trop goûté par le passé.

    Aussi, et quoique toujours récalcitrante, elle traîna les pieds jusqu’au lit. Elle ne prenait même plus la peine de soulever son panier, qui raclait contre le plancher derrière elle.

    — Mémé, fit-elle, maman t’a préparé plein de bonnes choses pour t’aider à guérir.

    Sous la couverture, le loup se para d’un sourire carnassier.

    — Ah oui ? Eh bien viens me montrer ça, ma petite. Viens montrer à ta mémé ce que tu lui as apporté.

    L’enfant était à présent à son chevet, à portée de patte. Elle le contemplait fixement, et ce avec une telle intensité que le loup se crut un instant démasqué. Mais non, car la gamine se contenta de remarquer :

    — Mémé, comme tu as de grands yeux aujourd’hui !

    — Oui… eh bien ! C’est pour mieux te voir, mon enfant.

    — Oh dis, mémé, comme tu as de grandes oreilles aussi !

    — C’est pour mieux t’enten… Aïe ! Aïe ! Aïe !

    — Wah, elles sont vraiment très longues ! s’exclama Chaperon, qui avait agrippé entre deux doigts l’une des oreilles du loup et la tirait pour mieux l’inspecter. Et pleines de poils en plus, beurk !

    — Non mais ça va pas ?! Espèce de petite peste !

    La voix du loup n’avait plus rien de celle d’une vieille femme mourante. Rauque et puissante, elle explosa en même temps qu’il faisait un bond pour se redresser, afin de toiser l’enfant de toute sa hauteur. Celle-ci, surprise, eut un petit mouvement de recul et s’exclama :

    — Ah, le loup ! (Puis, jetant un regard autour d’elle.) Mais alors, où est ma mémé ?

    Un sourire en coin retroussa les babines du loup.

    — Ta mémé ? répondit-il en passant une patte sur son ventre rebondi. Je l’ai dévorée tout cru, ta mémé.

    — Tu as mangé ma mémé ?

    Le sourire de son interlocuteur s’élargit.

    — Exactement ! Et maintenant, petit chaperon rouge, commença-t-il en se tassant sur lui-même, ça va être ton tour !

    Et, tous crocs dehors, il se jeta sur l’enfant, dont les doigts de crispèrent sur l’anse de son panier. Celle-ci fit un pas en arrière, banda ses petits muscles et, à deux mains, souleva la lourde corbeille pour la faire voler en direction de son agresseur. L’objet faucha le loup en plein museau et le repoussa rudement en arrière dans un couinement. Emportée dans son élan, Chaperon fit un tour sur elle-même, puis un autre, tandis que le contenu de son chargement volait en tous sens pour s’écraser sur le sol.

    Une patte portée à son museau douloureux, le loup bafouilla :

    — Mais… mais… mais…

    Il n’y comprenait plus rien. De sa vie, c’était bien la première fois qu’il tombait sur une proie comme celle-là. Il avait l’habitude des chasseurs qui le mettaient en joue, l’habitude des chiens qui se jetaient sur lui, mais une enfant… une petite fille, seule, sans défense… ça n’était pas logique !

    Toujours aussi imperturbable, Chaperon lui faisait de nouveau face et, d’un doigt réprobateur, le désigna.

    — Tu es vraiment mal élevé !

    — De… de…

    — Tu pénètres chez les gens, poursuivit la gamine, sans cesser de le montrer du doigt et en faisant un pas en avant. Tu les dévores, (Nouveau pas en avant) puis tu te couches dans leur lit (Encore un pas), tu trompes leurs visiteurs (Un pas de plus), et tu essayes de les dévorer eux aussi. (Buttant contre le lit, elle ne put avancer davantage. Son doigt, lui, touchait presque le nez du loup) Ce n’est pas très gentil, monsieur le loup !

    La patte toujours portée à son museau, ce dernier ne trouva rien à répondre. Une boule avait commencé à se former dans sa gorge et, sans qu’il ne comprenne vraiment pourquoi, des larmes lui picotèrent les yeux. L’espace d’un instant, il se sentit redevenir un louveteau. Un louveteau terrifié par sa mère, après avoir commis une grosse, une très très grosse bêtise.

    Un petit couinement pathétique lui échappa et… il explosa en sanglots.

    — Pardon !

    Secoué de tremblements, il se recroquevilla en boule sur le lit et dissimula son visage entre ses pattes.

    — Pardon, répéta-t-il d’une voix plaintive, semblable à celle d’un gamin qui tente d’obtenir la clémence maternelle. Je… je ne voulais pas… je…

    Un mensonge mais, en cet instant, il se sentait si chamboulé que la culpabilité avait commencé à se mêler au désespoir.

    — Là, là, fit Chaperon en venant lui tapoter l’épaule d’une main. Je ne t’en veux pas, tu sais ?

    Le loup leva sur elle un regard embué de larmes. Son museau coulait et il renifla bruyamment.

    — Mais ta mémé… ta mémé…

    Plus imperturbable et effrayante que jamais, la petite le fixait. Doucement, elle vint poser une main sur sa patte. Presque un geste de réconfort.

    — Ne t’inquiète pas pour ça, lui dit-elle, personne ne l’aimait vraiment, de toute façon.

    Et aussi brusquement qu’elles étaient apparues, les larmes du loup se tarirent. Un froid mordant s’abattit sur lui et il fut pris d’un frisson. Cette gamine… !

    Les mains posées sur les hanches, Chaperon fit deux pas en arrière sans le lâcher des yeux.

    — Et puis, tu sais, fit-elle, si tu as si faim que ça, nous pouvons toujours manger ce qu’avait préparé ma maman !

    Et pour la première fois, ce qui ressemblait à l’ombre d’un sourire se dessina sur ses lèvres naturellement boudeuses…



    … voilà, c’est ainsi que se termine notre histoire. Chaperon et le loup se régalèrent du contenu du panier, avant de se séparer pour s’en retourner chacun chez lui.

    Quant au chasseur… eh bien, après avoir guidé Chaperon, l’homme avait longtemps marché à travers bois. Il avait marché, marché, marché, s’était cogné les pieds plusieurs fois, avait trébuché tout autant, sans oublier de porter sa fiole un peu trop régulièrement à ses lèvres. A un moment, il fut d’ailleurs persuadé d’apercevoir le loup et arma son fusil pour l’abattre. Délire d’alcoolique car, quand il s’était approché de sa victime, il n’avait découvert qu’une vieille souche. Déçu, mais pas découragé, il avait voulu l’enjamber, s’était emmêlé les pieds, et avait chuté la tête la première.

    S’il râla, il ne s’en releva pas pour autant et, l’esprit totalement abruti par l’alcool, avait finalement plongé dans un sommeil agité…

    Erwin Doe ~ 2014

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  • Quand on parle du loup ?

    Partie 1



    Il était une fois, un petit village construit en bordure de forêt. Un lieu généralement paisible, mais dont la quiétude était, cet après-midi-là, brisée par les appels d’une femme.

    — Chaperon ! Chaperon !

    Les mains à hauteur de sa bouche, en forme de porte-voix, elle se tenait derrière la petite barrière en bois qui encadrait son jardin. Un chiffon recouvrait ses cheveux et elle était vêtue d’une robe toute simple, un peu rustique, ainsi que d’un tablier qui ceignait sa taille épaisse. Aux pieds, des sabots qui avaient vu des jours meilleurs.

    — Bon sang, s’exaspéra-t-elle. Mais où est encore passée cette fichue gamine ?

    Sur le palier de la maison voisine, le vieux Gontran mâchouillait un morceau de réglisse. Ses mains fripées, crispées sur le pommeau de sa canne, et le menton posé dessus, il contemplait l’horizon d’un air absent. Sourd, et aussi myope qu’une taupe, il ne prêtait aucune attention à la femme qui, d’un pas lourd, s’en retournait en direction de son habitation.

    Une main posée sur sa hanche, une autre se balançant mollement dans le vide, celle-ci grommelait tout bas à l’encontre de sa fille : comme trop souvent, celle-ci n’était jamais là quand elle avait besoin d’elle. Le nez baissé en direction du sol, elle le releva en entendant l’un des buissons, situés près de la porte, frémir. Elle y jetait un vague regard quand soudain…

    — BOUH !

    … une ombre surgit de derrière.

    Dans un cri de panique, la femme eut un mouvement de recul et manqua de trébucher. Ses bras se mirent à battre l’air, comme s’ils espéraient par ce mouvement grotesque la sauver de la chute qui se profilait. Elle était d’ailleurs persuadée de s’écrouler quand, par elle ne savait quelle sorte de miracle, elle parvint finalement à retrouver son équilibre. Une main portée à l’emplacement de son cœur, elle adressa un regard furieux à la petite forme qui la fixait de derrière sa cachette.

    — Chaperon ! hurla-t-elle, et sa voix éclata si fort qu’elle parvint même à faire sursauter le père Gontran. Combien de fois t’ai-je demandé de ne plus faire ça ?!

    L’enfant la contempla de ses yeux bovins, aux paupières tombantes.

    C’était une gamine parfaitement inexpressive, aux sourires rares, aux rires également, et aux colères inhabituelles. Les adultes, comme les enfants, l’évitaient, tant ils se sentaient mal à l’aise en sa présence. Elle n’avait rien de mignon et même sa mère, à dire vrai, avait du mal à supporter son regard de poisson mort.

    À ceux qui l’interrogeaient parfois sur les capacités émotives plus que limitées de sa progéniture, elle jurait que celles-ci ne tenaient pas du côté de sa famille. Oui, c’était forcément la faute du père, dont tous gardaient le souvenir d’un homme aimable, mais trop passif. Et comme le concerné n’était plus de ce monde pour la détromper, personne ne s’aventurait à mettre en doute sa parole, avec l’excuse que de toute façon, ça ne pouvait plus faire beaucoup de tort à ce pauvre vieux Louis !

    Chaperon porta une main potelée à ses cheveux noirs, mal peignés, et se gratta pensivement le cuir chevelu. Sur le bout de son nez, une tache ronde, sombre, souvenir du chocolat qu’elle avait bu le matin même. Ses doigts, eux, étaient d’une saleté repoussante.

    En les apercevant, sa mère eut un soupir, mais renonça à lui faire la morale. Elle savait d’expérience que ce serait une perte de temps. Chaperon oubliait tout, et encore plus ce qui touchait au domaine de la propreté. Oh, ce n’était pas une mauvaise gamine, mais il fallait reconnaître qu’elle avait le cerveau aussi troué qu’un gruyère. Encore une tare du père, ça ! Forcément ! Personne chez elle n’était aussi stupide.

    — Allez, viens un peu par ici, ma fille ! J’ai besoin de toi.

    Là-dessus, elle passa le pas de la porte et pénétra dans son habitation, la petite trottinant docilement sur ses talons.

    Sur la table du séjour trônait un panier en osier, recouvert d’un napperon à carreaux. En l’apercevant, Chaperon sentit venir le coup fourré, craintes que sa mère confirma aussitôt :

    — Ta grand-mère est malade, expliqua-t-elle en s’arrêtant près de la table. Très malade, même, à ce qu’on raconte. La pauvre vieille est clouée au lit et n’a même plus la force de se lever pour aller pisser dans son pot. Alors pour se préparer quelque chose à manger… j’ai beau ne pas l’aimer, je ne vais tout de même pas la laisser mourir de faim !

    Elle disait ça, mais elle se gardait le rôle le plus facile. Car Chaperon savait qu’elle ne se donnerait pas la peine d’apporter ces provisions chez la mémé, les deux femmes ne pouvant se voir en peinture. Histoires de grandes personnes, à ce qu’il semblait. Le genre d’histoire que l’on ne confiait pas à une gamine un peu étourdie parce que, de toute façon, qu’est-ce qu’elle y comprendrait ?

    Il n’empêchait que ces querelles ne l’arrangeaient pas. Elle n’avait aucune envie d’aller voir sa grand-mère, d’autant que celle-ci ne l’aimait pas davantage. Pire encore, elle ne se privait jamais de la pincer, et lui faisait faire toutes ses corvées chaque fois qu’elle avait le malheur de montrer le bout de son orteil.

    — Je lui ai préparé deux-trois bricoles, poursuivit sa mère en soulevant légèrement le napperon. De quoi la requinquer un peu. Tu vas les lui apporter et lui tenir compagnie, c’est compris ? Si elle a du mal à se nourrir seule, aide la, mais surtout, sois de retour avant la nuit. Je n’ai aucune envie d’envoyer les hommes à ta recherche parce que tu te seras encore perdue !

    Chaperon approuva d’un signe de tête. Son expression était si vide, et si stoïque, qu’il était difficile d’imaginer qu’elle rechignait à la tâche.

    — Entre nous, ma fille, grommela sa mère, je préférerais que cette vieille carne y passe mais, bah ! Pas question qu’on dise ensuite que c’est de ma faute. Je connais nos voisins : ils ont beau la détester au moins autant que moi, personne n’oserait l’avouer. Comme si quelqu’un ici la regretterait !

    Sans un mot, Chaperon saisit le panier qu’elle lui tendait et partit en avant sous son poids. Elle eut un reniflement, à hauteur de l’objet, et se demanda si sa mère lui avait également préparé un petit quelque chose. Ce qui, après tout, serait la moindre des politesses en échange de son sacrifice !

    — Et pense à embrasser ta grand-mère de ma part, hein ? lui fit sa mère, en la poussant en direction de la sortie. Qu’elle n’aille pas encore se plaindre que je lui manque de respect.

    L’enfant n’eut pas le temps de répondre qu’elle se retrouvait déjà sur le palier et que la porte claquait derrière elle. Avec une moue, elle rabattit son chaperon rouge sur son crâne. De l’autre côté de la rue, le père Gontran se tenait toujours à la même place, un sourire étirant ses lèvres fines. Et plus loin, encore plus loin, la forêt se dessinait…



    *

    Son lourd panier au bras, Chaperon remontait le petit chemin de terre qui devrait la mener jusque chez sa grand-mère. Les adultes, souvent, lui avaient conseillé de ne jamais s’en éloigner, conscients que tête en l’air comme elle l’était, il lui serait facile de se perdre. « Suis la route, toujours la route, sans jamais t’en écarter d’un centimètre et tu devrais arriver à une petite bicoque. Tu ne peux pas te tromper ! »

    Et tandis que l’enfant se remémorait ce conseil, à l’horizon, une ombre se déplaçant sur deux pattes, imposante et courbée, se faufilait entre les arbres. Cette silhouette, c’était celle du loup. Il avait vu Chaperon arriver de loin et, mis en appétit, avait couru jusqu’au chemin. L’eau déjà à la bouche, il se dissimula derrière un arbre, situé en bordure de route. Un sourire gourmand découvrit ses crocs et, amusé, il écrasa une patte contre sa truffe, afin d’étouffer un gloussement.

    Aussitôt qu’elle serait à portée de patte, il lui bondirait dessus et la goberait tout rond !

    Mais une minute s’écoula… puis deux… puis cinq… puis huit et le loup, qui commençait sérieusement à s’impatienter, passa le museau hors de sa cachette. Un hoquet de surprise lui échappa : l’enfant n’était plus visible nulle part.

    Refusant d’en croire ses yeux, il gagna le chemin et jeta un regard tout autour de lui. Devant, derrière, sur les côtés, et même en l’air (Car avec ces humains, on ne savait jamais !), mais rien à faire, la gamine restait invisible. Terriblement frustré, son estomac se mit à rugir.

    — Cette petite idiote ! s’agaça-t-il en remontant le chemin. Où a-t-elle pu se volatiliser ?

    Mais il n’avait pas fait dix mètres qu’un craquement, dans les broussailles, s’élevait. Ses yeux s’écarquillèrent. Ou il avait la berlue, ou ce buisson venait de bouger !

    Intrigué, il s’approcha, tendit le museau en avant, les narines frémissantes, quand soudain…

    — Bouh !

    — AAAAH !

    Le loup fit un bon en arrière et fut sur le point de prendre ses pattes à son cou, quand il remarqua que la petite forme, qui venait de surgir comme un diable hors de sa boîte, n’était autre que l’enfant qu’il cherchait. Celle-ci, sans manifester le moindre signe de satisfaction, ni même de peur à son égard, quitta sa cachette de branchages en traînant derrière elle son panier. Les mèches de cheveux qui dépassaient de sous son chaperon rouge, et qui étaient déjà bien dépeignées, arboraient à présent quelques petites branches couvertes de feuilles vertes.

    La surprise du loup laissa place à la colère. Humilié, il se redressa de toute sa taille et tonna d’une grosse voix :

    — Sale petite peste ! Tu te crois drôle, peut-être ?

    Mais à voir le regard que lui adressa la gamine, il était clair que cette idée ne lui avait pas un seul instant effleuré l’esprit. Le vide qu’il put y lire le mit mal à l’aise et il se surprit à se ratiner. Quant à elle, elle se contentait de le fixer de ses gros yeux aux lourdes paupières, la lippe légèrement pendante.

    Une attitude qui, pour quelqu’un ayant l’habitude de voir les gens trembler ou s’enfuir devant lui, se révélait déstabilisante.

    — Salut ! fit Chaperon en levant une main pour le saluer.

    À cause du poids de son panier, elle penchait de façon grotesque sur la gauche.

    Nerveux, et un peu perdu, le loup leva une patte.

    — Heu… salut… (Et pris d’un doute :) Heu… dis-moi… sais-tu au moins qui je suis ?

    — Bien sûr : tu es le loup.

    — Et… je ne te fais pas peur ?

    — Non.

    — Mais pourquoi ?!

    Chaperon inclina la tête sur le côté et se gratta la joue, une moue retroussant sa lèvre inférieure.

    — Ben… c’est que tu n’es pas si terrible. Tu sais, en comparaison, ma mémé, elle, elle fait vraiment peur.

    — Ta… mémé ?

    Non mais qu’est-ce qu’elle était en train de lui chanter celle-là ?!

    — Mais oui ! Ma mémé qui est malade et chez qui je me rends. Tu vois ça ? C’est ma maman qui lui a préparé plein de bonnes choses. Tout ça parce que « la pauvre vielle n’a même plus la force de se lever pour aller pisser dans son pot ».

    De plus en plus perdu, le loup s’enquit :

    — Et… ta mémé… elle vit près d’ici ?

    Pour la première fois, il lui sembla que la petite eut une réaction. Une vraie réaction ! Ses sourcils se haussèrent de quelques millimètres, ses paupières également, et il eut la désagréable impression qu’elle le jugeait.

    — Tout au bout du chemin, répondit-elle sur un ton qui signifiait clairement que tout le monde savait ça. Elle vit là-bas. Tooooout là-bas (Et elle tendit un doigt en direction de l’horizon), dans une petite maison, entourée par trois gros arbres.

    — Aaaah, cette vieille-là…

    Se grattant le dessous du museau, le loup posa les yeux sur le poignet dodu de l’enfant et sentit la salive lui venir aux babines. Bon sang, cette gamine avait peut-être un grain, il n’empêchait qu’elle était sacrément appétissante ! Rien à voir avec tous ces lapins rachitiques dont il devait généralement se contenter, ces souris trop maigres ou ces marcassins à la peau trop dure. Son estomac s’éveilla dans un long gémissement et il porta une patte à son museau dégoulinant.

    Chaperon, elle, avait recommencé à le fixer de son regard de poisson mort. Inconsciente du danger, elle restait là, bêtement, à attendre il ne savait trop quoi. Une proie parfaite !

    Dévoilant ses crocs, il s’apprêtait à se jeter sur elle quand, quelque part sur sa gauche, lui parvinrent des craquements inquiétants. Il dressa l’oreille et, tournant le museau dans leur direction, huma l’air. L’intrus n’était pas encore visible, mais il gagnait du terrain. Ça craquait de partout sur son passage et l’air charriait une odeur d’homme, de sueur et d’alcool, mais surtout de poudre à canon.

    À n’en pas douter un chasseur et cet imbécile venait droit sur eux !

    Apeuré, il fit un pas en arrière et posa les yeux sur sa proie. Jamais il n’aurait le temps de la dévorer avant que l’autre n’arrive !

    Il avança de nouveau vers elle, avec hésitation… ou peut-être que si ?

    Mais au moment où il ouvrait tout grand sa gueule, un nouveau craquement, encore plus proche, se fit entendre, produisant chez lui un fabuleux bond en arrière. Son regard balaya les alentours, sans parvenir à se poser sur un point précis.

    Non… décidément, non, l’autre serait sur lui avant qu’il n’ait terminé. C’était dommage, mais mieux valait mettre les voiles tant qu’il en avait encore l’occasion.

    — Bon, eh bien, fit-il en levant une patte pour saluer l’enfant, à une prochaine fois, petit chaperon rouge.

    Suite à quoi, il s’en fut au pas de course.

    Le suivant des yeux, Chaperon se fit la réflexion que pour un drôle d’animal, c’était là un drôle d’animal !

    Son lourd panier commençant à lui faire mal à l’épaule, elle le changea de bras et se remettait en route quand un papillon vint voler devant son nez. Elle tourna sur elle-même et le vit s’éloigner sur sa droite.

    L’espace d’un instant, elle hésita, se contentant de l’observer avec envie. Puis, les recommandations des adultes derrière elle, elle quitta le chemin pour courir à sa suite.



    *



    Le loup n’avait toujours pas retrouvé la sécurité des bois et remontait le chemin de terre au pas de course. S’il avait tout d’abord pensé s’enfoncer dans la forêt pour mettre le plus de distance entre lui et le chasseur, le récit du petit chaperon rouge lui avait donné une bien meilleure idée. La gamine avait dit qu’elle se rendait chez grand-mère. Une grand-mère malade, et donc affaiblie, qui ne serait pas difficile à maîtriser.

    Le torse bombé, il haletait, la langue pendant hors de sa gueule. Autour de lui, le paysage défilait, la végétation se faisant de plus en plus sombre et touffue.

    Bientôt, il aperçut la bicoque du bout du chemin. Entourée de trois arbres imposants, qui semblaient la garder, elle donnait l’impression d’être inhabitée avec ses volets tirés et son absence de tout signe de vie aux alentours.

    À bout de souffle, il écrasa une patte contre la porte et, courbé en avant, tenta de reprendre contenance. Sa respiration sifflait un peu, si bien qu’il porta sa seconde patte à son torse, là où battait son cœur affolé. Décidément, il commençait à se faire vieux !

    — Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que c’est ?

    Les cris s’étaient élevés si brusquement qu’ils le firent sursauter et lâcher un petit couinement aigu. Honteux, il écrasa ses deux pattes contre son museau.

    — C’est toi Chaperon ?

    La voix, qui provenait de l’intérieur de l’habitation, était sèche et mauvaise. Pas du tout le genre de voix que l’on imaginerait chez une mamie aimante. Non, c’était plutôt celle d’une harpie, de ces mauvaises femmes qui aimaient pincer leurs petits-enfants et mettre les adultes dans l’embarras, tout en savourant le fait qu’elles soient trop vieilles pour que quiconque puisse oser lever la main sur elles.

    Discrètement, le loup se racla la gorge. Puis, d’un doux pépiement, qu’il espéra convaincant, répondit :

    — Oui, mémé, c’est moi. Ouvre vite !

    Une toux difficile lui parvint. Puis la vilaine voix revint à la charge, plus sèche que jamais :

    — Tu crois peut-être que je suis en état de me lever, mauvaise fille ?

    — Mais…

    — Tire donc la bobinette et la chevillette cherra !

    Tire la… quoi donc ?

    Perdu, le loup contempla la porte en se demandant à quoi une bobinette pouvait bien ressembler et ce qu’il devait comprendre par chevillette. Il ignorait, bien sûr, que la vielle femme avait pour habitude de faire tourner sa petite fille en bourrique avec ce type d’énigmes. L’enfant passait généralement plus de dix minutes à chercher d’obscurs objets, avant que sa grand-mère, lassée de sa blague, ne finisse par venir lui ouvrir.

    Toutefois, le loup était loin d’être aussi patient, ni encore moins naïf. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que l’on se payait sa tête et fit donc la première chose qui lui vint à l’esprit : il abaissa la poignée de la porte et constata que celle-ci n’était pas fermée à clef.

    À l’intérieur, l’unique pièce de l’habitation était sombre. Les volets tirés laissaient tout juste passer la lumière extérieure, de fait qu’on devinait, plus qu’on ne voyait, la forme des meubles qui l’encombraient. Le lieu sentait la maladie, la vieillesse, mais aussi l’urine et la sueur. Dans son lit, la couverture rabattue jusqu’au menton, la grand-mère eut un vilain reniflement.

    — Déjà entrée ? À croire que tu commences à devenir intelligente.

    Puis elle fut prise d’une quinte de toux si violente, qu’elle donna l’impression de chercher à cracher ses poumons. Le loup avança à pas feutrés, les babines retroussées en signe de dégoût.

    — Eh bin, reprit la grand-mère en reniflant, ne reste pas plantée là comme une idiote ! J’ai faim et va te falloir m’aider à manger. Est-ce que ta bonne à rien de mère a pensé à me préparer quelque chose ?

    Sans répondre, le loup s’approcha encore davantage et la vieille, qui avait une très mauvaise vue, plissa les paupières.

    — De dieu ! Mais c’est que t’as eu une sacrée poussée de croissance, ma fille ! Ça ne t’arrange décidément…

    Mais la fin de sa phrase mourut dans sa gorge quand elle reconnut son visiteur. Son corps se raidit et, tandis qu’un hurlement menaçait de lui échapper, le loup sourit et se jeta sur elle pour la dévorer…

    Erwin Doe ~ 2014

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  • L'homme en noir - Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

     

    La voiture sombre se gara le long du trottoir. À l’intérieur, deux hommes levèrent les yeux en direction d’un immeuble d’habitations. Le plus vieux le désigna du doigt.

    — Il crèche ici depuis quinze ans. Du genre discret comme pas un et foutrement malin. Sans ce faux pas, il nous aurait échappé encore longtemps.

    C’était un homme dans la quarantaine, aux traits fatigués et aux yeux cernés. Ses lèvres fines esquissèrent un petit sourire sans joie et, dans sa nuque, ses cheveux sombres étaient attachés en queue de cheval. Il se tenait presque voûté sur le volant, comme si un poids trop lourd pesait en permanence sur ses épaules.

    Son compagnon était un homme jeune, au visage lisse et imberbe. Ses cheveux longs et noirs lui tombaient sur les épaules. Le dos droit, le port arrogant, il scrutait le bâtiment à la manière d’un prédateur étudiant sa prochaine proie.

    Tous deux avaient la peau blafarde et les yeux noirs, mais dans ceux du plus jeune, il n’y avait rien, pas la moindre once de chaleur ni de sentiment. Un regard froid, fixe, semblable à celui d’un serpent.

    — Il vit seul ?

    — J’aurais préféré… seulement, cet imbécile s’est entiché d’une femme. Une mortelle, bien sûr. Voilà dix ans qu’ils sont mariés et qu’il la laisse vivre dans l’ignorance.

    — Des enfants ?

    — Deux. Deux petits garçons. Aucun signe d’éveil chez eux, mais certains sont moins précoces que d’autres.

    Il voulut ajouter un « Pauvres gosses ! », mais n’en fit finalement rien, devinant que son compagnon ne serait pas réceptif à sa pitié. Pour lui, il ne s’agissait là que d’erreurs, les fruits d’un péché qu’il leur fallait réparer.

    — Bon… c’est parti ?

    Le jeune approuva d’un signe de tête et ils quittèrent l’habitacle. À l’extérieur, le temps était couvert et la présence de gros nuages noirs à l’horizon ne laissait rien présager de bon pour les prochaines heures.

    L’aîné frissonna et enfonça les mains dans ses poches. Il avait hâte d’en terminer avec cette sale besogne pour pouvoir retourner se mettre au chaud, chez eux, et se rouler en boule sur le canapé.

    Avec leurs costumes noirs et leurs faux cols blancs, ils rappelaient tous deux des prêtres qui se seraient égarés. Leur présence, dans un lieu comme celui-ci, où l’on ne trouvait aucun édifice religieux à moins de deux ou trois kilomètres, faisait tache.

    Le jeune fixait toujours l’immeuble. Aucune expression sur son visage trop lisse, aucun moyen de deviner ses sentiments… à supposer qu’il soit capable d’en éprouver.

    — Caïn !

    Il baissa les yeux pour les porter sur son compagnon.

    — Oui ?

    L’autre tenait à présent une montre à gousset dans sa main droite. Il en avait ouvert le couvercle de verre et son pouce reposait sur le poussoir, au sommet de l’objet. Il eut un sourire maladroit.

    — Tu sais… les gosses… si tu pouvais…

    Il conclut sa phrase par un geste de la main que Caïn n’eut aucun mal à traduire.

    — Je m’en chargerai.

    — C’est sympa.

    — Abel ?

    Le dit Abel eut un haussement de sourcils, destiné à lui faire comprendre qu’il l’écoutait.

    — Il serait peut-être temps pour toi de passer la main, tu ne crois pas ?

    C’était dit sans animosité, ni reproche, mais Abel s’en sentit tout de même vexé. Montrant les dents, il répliqua :

    — Ne sois pas si pressé de te débarrasser de moi, petit con !

    Là-dessus, son pouce enfonça l’excroissance et le temps autour d’eux se figea. La voiture qui remontait la rue cessa d’avancer, tout comme le badaud qui, sur le trottoir d’en face, avait tourné les yeux dans leur direction. Les pigeons qui, au même moment, s’envolaient de la gouttière d’un immeuble, restèrent suspendus dans les airs, les ailes déployées ou à moitié repliées. Plus un bruit nulle part, plus aucun mouvement, et en cet instant, eux seuls semblaient encore vivants.

    Dans le cadran de la montre, son aiguille unique avait commencé à égrainer les minutes.

    Abel fit disparaître l’objet dans la poche intérieure de son haut et alla rejoindre Caïn, qui avait gagné le coffre de leur voiture. À l’intérieur, ils se saisirent des armes qu’ils y avaient entreposées. Abel s’assura que son fusil à pompe était chargé, avant de plonger la main dans un carton de munitions et d’en glisser quelques-unes dans ses poches. Caïn, lui, avait passé la lanière de son fusil autour de son épaule gauche et vérifiait que le pistolet qu’il tenait en main était lui aussi chargé. Une arme légère, qu’il préférait généralement à celle, plus lourde, qui lui pendait le long du flanc.

    Un armement d’un genre spécial, capable de fonctionner même une fois que le temps avait arrêté sa course.

    Ils s’adressèrent un regard entendu et Abel referma le coffre. Il leur fallait faire vite. Si leur cible remarquait que le monde avait cessé de tourner, elle serait bien capable de trouver un moyen pour leur échapper. Ce genre de petit tour, après tout, n’avait aucune emprise sur elle, ni sur sa progéniture. Sa compagne, toutefois…

    Heureusement, à cette heure, elle était censée s’être retirée dans leur chambre pour faire la sieste. Les informations qu’on leur avait communiquées étaient très claires sur ce point : après le déjeuner, madame aimait dormir un peu, tandis que monsieur s’installait au salon pour lire le journal. Seulement, ils n’étaient jamais à l’abri d’une exception à ce petit traintrain quotidien…

    Quand ils pénètrent dans le hall d’entrée, Abel sentit la nervosité s’abattre sur lui. À cause de l’arrêt du temps, les ascenseurs étaient devenus inutilisables et ils durent emprunter les escaliers. Dans le cas présent, ce n’était pas gênant, car leur cible n’habitait qu’au deuxième. Dans d’autres, ce genre de détail leur faisait perdre de précieuses minutes, ce qui pouvait parfois se révéler problématique.

    Car la règle était qu’ils ne pouvaient pas arrêter le temps plus de trente minutes toutes les vingt-quatre heures. Passé ce délai, celui-ci reprenait ses droits et il devenait alors difficile de terminer leur travail sans attirer l’attention. Abel avait déjà vécu ça, par le passé. Entre les hurlements des victimes et les explosions produites par les armes à feu, impossible de ne pas attirer l’attention. Quant à fuir les lieux du crime avec un fusil à canon sur l’épaule et les voisins à vous guetter par l’entrebâillement de leurs portes d’entrée… vraiment, c’était une erreur qui avait failli lui coûter beaucoup. La justice qu’il représentait et celle qui régissait ce monde n’étant pas exactement compatibles, faire entendre raison à une bande de types en uniformes quand vous avez les mains tâchées de sang… vraiment, ce n’était pas une partie de plaisir. Ce jour-là, il avait trouvé le moyen de se faire la belle, mais ce ne serait pas toujours le cas. Aussi, depuis, préférait-il fuir les lieux avant que le temps ne se soit complètement écoulé, et tant pis si le travail n’était pas terminé.

    Caïn le suivait en silence et n’ouvrirait pas la bouche à moins que ça ne soit absolument nécessaire. Un mutisme qui, dans le cas présent, ajoutait à son sentiment de malaise.

    Une chance, on est déjà arrivés !

    Il poussa la porte du second étage et se retrouva dans un long couloir, dont la seule source de lumière était artificielle. Un type se dessinait, un peu plus loin. La main portée à la poignée de son appartement, il avait une cigarette aux lèvres qui avait cessé de se consumer, bien qu’une lueur orangeâtre soit toujours visible à son extrémité.

    Leur cible, elle, vivait au 205.

    Il se tournait vers Caïn, pour lui faire un signe de tête, quand il la découvrit. Là, juste derrière l’épaule de son compagnon se dessinait une face blafarde, encore translucide, dont les yeux étaient braqués sur lui. Deux cavités obscures, deux puits de ténèbres, impitoyables et accusateurs. Ceux d’une femme, jeune, qui avait certainement dû être blonde de son vivant mais qui, à présent qu’elle n’était plus qu’une créature des limbes, était grise des pieds à la racine de ses cheveux.

    Comme il se figeait, les mâchoires crispées, Caïn jeta un regard par-dessus son épaule. Mais les cavités, elles, continuèrent de l’ignorer, car c’était après Abel qu’elles en avaient. Lui et personne d’autre.

    — Abel !

    La voix glaciale de Caïn le ramena à la réalité. Blafard, il voulut porter une main à son front pour y essuyer la sueur qui y perlait, mais le spectacle qui l’attendait derrière lui suspendit son geste à mi-parcours. Dans le couloir, l’homme à la cigarette n’était plus seul. Il y en avait à présent d’autres, de ces spectres aux yeux aussi ronds que des balles de billard et aux lèvres tordues dans des courbes hargneuses. Des hommes, des femmes et des enfants qui, tous, sans exceptions, le fixaient.

    Abel prit une inspiration et avança dans leur direction, les doigts crispés sur son arme à feu. Tout en s’efforçant de ne pas croiser le regard des apparitions, il surveillait du coin de l’œil ceux qui tentaient de s’approcher de lui. Et s’il s’était retourné, il aurait découvert que d’autres leur avaient emboîté le pas.

    Des petites mains avides se tendirent dans sa direction et voulurent lui saisir la jambe. Celles d’un enfant aux traits crispés par la rage, qui passèrent à travers leur cible sans lui cause d’autre tord qu’un frisson glacial. La foule, bien que de plus en plus nombreuse, n’avait pas encore gagné suffisamment de matière pour lui faire grand mal, mais bientôt… bientôt !

    Le 205. Une porte de couleur sobre, semblable à touts celles des autres appartements. Abel s’arrêta devant, sentant dans son dos la présence et les regards mauvais de ses accusateurs. Il lui était à présent impossible de fuir, et quand bien même l’aurait-il désiré que Caïn ne le lui aurait pas permis. Pas avant d’avoir terminé leur sale besogne. Qu’il fasse montre de la moindre faiblesse à ce sujet et il n’hésiterait pas à l’abattre. Le gosse connaissait les règles et il les appliquait avec un sang froid terrifiant.

    Sa main se referma sur la croix en or qui pendait à son cou, à l’emplacement de l’échancrure de son col. Une simple question d’habitude, car il y avait longtemps qu’il avait cessé de prier.

    Au centre du battant, à hauteur de son visage, se dessinait un judas. À cause de ces orifices, mais aussi de la chaîne de sécurité que leurs proies n’omettaient jamais de mettre, Abel savait qu’il serait inutile de frapper. Il devinait également que la porte était fermée à clef et qu’il n’y avait qu’une seule solution pour pénétrer dans l’appartement.

    Il arma son fusil et recula de quelques pas pour viser la serrure. Une explosion emporta la poignée, créant un trou béant par lequel il put passer la main pour dégager la chaîne de sécurité et ouvrir le battant.

    Aussitôt dans l’appartement, les deux hommes se séparèrent. Lui pour gagner le salon, son compagnon pour la chambre des enfants.

    Sa cible lui rentra dedans au milieu du couloir. Paniquée, celle-ci était sortie de son trou avant qu’il n’ait pu l’en tirer et ils furent tous les deux rejetés en arrière. Abel sentit son dos rencontre le mur et manqua de lâcher son arme. Face à lui se redressait un homme que la peur défigurait. Un individu de taille moyenne, qui pouvait avoir dans la quarantaine, aux cheveux courts et blonds et qui le fixait avec des yeux écarquillés.

    Mais Abel n’eut pas le temps de réagir qu’un coup de feu s’élevait dans l’appartement. Il fut accompagné d’un hurlement qui fit bondir l’homme en avant.

    — Nooon !

    Sans se soucier plus longtemps d’Abel, il se précipita en direction de la chambre de ses enfants. Il se jeta à sa poursuite et, tandis qu’un deuxième coup de feu s’élevait, mettant fin aux cris, il tira à son tour, deux fois, et parvint à toucher sa cible dans le dos. Du sang jaillit de la blessure, en une pluie de fines gouttelettes qui vinrent tapisser les murs et le plafond d’une voie lactée carmin. Sa victime, au moment où elle toucha terre, était toutefois encore en vie. Haletante, elle poussa un gémissement, avant de se retourner vers Abel, qui approchait.

    Ce dernier avait cassé son fusil en deux et jeta à terre les cartouches vide. Dans des gestes rapides, il rechargea son arme, vite, le plus vite possible, pour ne pas avoir trop à réfléchir à ce qu’il s’apprêtait à commettre.

    De l’homme s’échappa un nouveau gémissement et il tendit une main suppliante dans sa direction.

    — Pour… pourquoi ? Pourquoi nous faire ça ? Pour… pourquoi ne pouvez-vous pas nous laisser en paix ?

    S’arrêtant à moins d’un mètre de sa proie, Abel referma sèchement son fusil.

    — Ferme-là, mon vieux. C’est aussi dur pour moi, que ça ne l’est pour toi.

    La colère embrasa le regard de l’autre. Ses lèvres maculées de sang, qui dégoulinait le long de son menton, il cracha :

    — Damnés. Vous êtes des damnés. Monstres ! Démons ! Vous finirez par payer pour vos crimes !

    Les lèvres d’Abel se tordirent dans une courbe agacée. S’il y avait bien une chose qu’il ne supportait pas, c’était que ces types-là puissent se permettre de le juger.

    — Si nous existons, c’est de votre faute. Nous sommes là parce que vous avez péchés les premiers !

    Son doigt se crispa sur la détente mais, alors qu’il s’apprêtait à faire feu, quelque chose s’écrasa contre son dos et fit dévier son tir. Avant qu’il ne puisse réagir, des mains le saisirent aux bras, d’autres tentèrent de l’étrangler. Il se démena, repoussa les corps qui s’agrippaient à lui, mais d’autres vinrent aussitôt les remplacer.

    Pendant ce temps, s’aidant de ses bras, sa victime s’était mise à ramper et laissait derrière elle une longue traînée rougeâtre. Parvenant à viser, malgré le poids qui l’écrasait, malgré les mains qui se tendaient pour entraver sa mission, il parvint à faire feu de nouveau et, cette fois, le coup atteignit sa cible en plein crâne, qui explosa en une gerbe rouge, noir, mais aussi grisâtre, infecte. Dégoûté, il ferma les yeux.

    Il se tenait à présent à genoux. Les spectres qui avaient tenté de le gêner s’agglutinaient partout autour de lui. Ils se tenaient dans son dos, agrippés à ses poignets, ses cheveux ou même ses vêtements. Mais face au mort qui trônait au milieu du couloir, ils ne tardèrent pas à le laisser en paix pour marcher en direction de la forme inerte. Ils furent plusieurs dizaines, bientôt davantage, à frôler Abel. Déjà, ils n’étaient plus capables de lui faire du mal et leur présence ne lui causèrent que quelques frissons. Et tandis qu’ils commençaient à disparaître, il se redressa en s’aidant de son arme. Un peu plus loin, Caïn arrivait dans sa direction et enjamba le cadavre sans même lui adresser un regard.

    Abel eut un signe du menton, auquel il répondit par un hochement de tête affirmatif. Les spectres, eux, n’étaient plus qu’un lointain souvenir.

    Il porta la main en direction de sa croix et ne put s’empêcher de fixer la dépouille qui, moins d’une minute plus tôt, était encore un être vivant. Ce n’était maintenant plus qu’une masse informe, dont la peau avait commencé à se liquéfier et à ronger ses vêtements, sa chair et ses os, dans des grésillements qu’accompagnait une odeur épouvantable.

    Caïn daigna le regarder à son tour.

    — Par sa mort, il a racheté son péché. Qu’il repose en paix.

    En réponse, Abel secoua la tête, d’un air dégoûté. Une bouffée de haine, à l’encontre de ceux qui l’avaient contraint à ce crime l’envahit et il serra les poings à s’en faire mal.

    Justice divine mon cul !

    Mais plutôt que de laisser éclater sa colère, il soupira :

    — Amen.

    Car de toute façon, Caïn serait incapable de le comprendre…

    Erwin Doe ~ 2013

     

     

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  •  Épisode 1

    La petite fille sans visage

     

    1



    On prétend que toutes les bonnes histoires commencent par « Il était une fois ». La nôtre, cependant, débutera par : il était une nuit, un petit pays perdu au milieu de nulle part.

    Gage ou non de qualité, je n’en sais rien. Toutefois, notez que contrairement aux fables de mes camarades conteurs, mon récit, lui, est on ne peut plus vrai. Je le tiens de la bouche des concernés eux-mêmes, comme de leur entourage, suite à mes nombreux voyages là-bas, dans ce pays étrange qui nous intéresse aujourd’hui.

    Ses habitants se composent de monstres de tous poils, de sorcières, mais aussi de démons venus des quatre coins des enfers. Leur mode de vie se singularise par une activité nocturne, plutôt que diurne, et si nous sommes nombreux à grimacer à la vue d’une araignée, allant parfois jusqu’à pousser de grands cris, ces gens les trouvent plutôt de bonne compagnie. Quant à nos bonnes fées, que l’on souhaiterait que chacun de nos enfants reçoivent comme marraine, elles y sont tenues pour des créatures effroyables, de véritables croque-mitaines avec ailes et baguettes – et ce n’est là qu’une des nombreuses bizarreries qui fourmillent en ce pays et que notre aventure vous amènera à découvrir !

    Celle-ci, puisqu’il faut y venir, débute en ce lieu connu sous le nom de bois d’à côté. Plus précisément, dans une petite clairière à l’herbe malade, encerclée par des arbres lugubres dont les branches, à la manière de griffes menaçantes, se dressent en direction des cieux.

    La lune, parfaitement ronde, trône au sein d’un manteau de ténèbres, aussi sombre que les abysses. Son éclat est toutefois terni par un brouillard opaque qui, stagnant à hauteur des cimes, l’empêche de répandre sa lueur blafarde sur ce paysage désolé et le groupe d’enfants qui s’y dessine – petits monstres aux rires perçants et aux ongles un peu trop pointus.

    Deux d’entre livrent une partie de vampire et de proie, qui leur arrache de petits cris surexcités.

    Celui qui incarne le vampire se nomme Eliphas, un diablotin à la peau rouge et au crâne chauve, sur lequel deux petites cornes noires se dressent. Impudique, il aime aller les fesses à l’air et malheur à celui qui voudrait lui faire porter un pantalon !

    Sa proie est un ourson en peluche tout rapiécé du nom de Teddy – un jouet abandonné par le petit garçon ou la petite fille qui le possédait autrefois et à qui la magie a donné vie. En guise d’yeux, deux boutons de couleurs différentes mais, dans sa bouche, de véritables crocs que son sourire dévoile.

    Les deux enfants courent entre les arbres, se perdent de vue, avant de revenir en direction de la clairière, où le jeu se poursuit. Ils sont accompagnés de Wendy, un fantôme dont les lèvres sont cousues en un sourire éternel. Comme elle fait une mauvaise proie, autant qu’un mauvais vampire, elle se contente de suivre ses amis, volant parfois derrière eux, d’autres fois à leurs côtés.

    Le reste du groupe, composé de trois autres petits monstres, est installé près d’une vieille souche. À leurs pieds, une lanterne brille.

    La première de ce trio est une fillette atypique, même pour ce nulle part. Je ne crois d’ailleurs pas qu’il en existe deux comme elle à travers tout le pays.

    Son teint blafard et les petits crocs visibles chaque fois qu’elle ouvre la bouche, sont un héritage de son vampire de père, tout comme ses cheveux roux, noués en deux couettes hirsutes.

    C’est toutefois à sa mère, une cane géante douée de parole – et un véritable cordon bleu, selon l’opinion commune – qu’elle doit son absence de nez, celui-ci se résumant à deux simples trous. Ses pieds sont palmés et ses mains, qui reposent en cet instant sur sa robe grise, recouvertes de duvet. Ajoutez à ce tableau une queue de caneton – pour laquelle il faut pratiquer une ouverture dans chacun de ses vêtements – et vous obtiendrez un portrait fidèle de la jeune Lou.

    La faune près d’elle se nomme Édouard. Il a la peau foncée et des cornes de bouc qui lui saillent des deux côtés du crâne. Malgré son jeune âge, il a le corps déjà musclé, car habitué à aider son père dans ses activités de bûcheron. Une épaisse toison lui recouvre les jambes et, à la place des pieds, deux sabots crottés.

    Reste Edwidge, de loin le membre le plus étrange de ce groupe.

    Car si vous pensiez avoir tout vu, que dites-vous de cet enfant dont l’apparence est celle d’un sac en papier ? Celui-là même que votre épicier vous remet chaque fois que vous allez faire vos courses chez lui.

    Je vous donne ma parole que je ne suis pas en train de me moquer de vous ! Par ailleurs, on ne trouve rien sous cette carapace fragile, sinon le néant. Les deux petits pieds qui le soutiennent ne sont rattachés à aucun corps et, à la place des yeux, deux trous qui donnent sur des ténèbres éternelles.

    Il ne mange pas, ne dort pas, ne respire pas et la seule façon qu’il ait de s’exprimer se résume à des gargouillis parfaitement inintelligibles.

    — Attention !

    Dans un grognement paniqué, Teddy se rapproche du trio. Les pattes tendues en avant, il finit par trébucher et s’écrase entre Lou et Édouard. Eliphas en profite pour lui bondir dessus dans un rire hystérique.

    — Je t’ai eu ! Je t’ai eu !

    L’ourson se débat en vain. Assis à califourchon sur sa proie, le diablotin le maintient fermement au sol. Il continue de rire et ne s’arrête que pour tendre un doigt devant lui et s’exclamer :

    — Regardez !

    Ce qu’il désigne est un arbre aussi impressionnant en hauteur, qu’en largeur. Ses branches recouvertes de feuilles vertes, pleines de vie, lui donnent un côté franchement excentrique au milieu de ces bois lugubres. Creux, il tient lieu d’habitation à mon vieil ami, le vampire Alucard. Une porte s’y découpe, ainsi que deux fenêtres illuminées, derrière lesquelles on peut voir une ombre aller et venir.

    Dans les rangs des enfants on a fait silence. Au-dessus de leurs têtes, Wendy exprime son impatience en exécutant des cercles.

    L’ombre disparaît soudain. Une seconde, deux secondes, puis la porte s’ouvre sur une silhouette si haute qu’elle doit courber la nuque pour en passer l’encadrement.

    L’individu mesure dans les deux mètres, sinon plus. Décharné, il est vêtu d’un vieux costume sombre mal taillé et froissé qui accentue sa maigreur. Sur le sommet de son crâne chauve, un chapeau haut-de-forme usé.

    Il a le visage long et les joues creuses, ainsi que les oreilles en pointes. Ses yeux sont d’un bleu délavé et ses arcades dépourvues de sourcils. Le nez est long, busqué, et surmonte des lèvres fines, desquelles dépassent deux petits crocs.

    Au premier coup d’œil, ce pauvre Alucard n’a franchement rien d’engageant. Avec ses allures de cadavre, il vous donnerait presque des cauchemars. Pourtant, c’est un individu apprécié de ses pairs, en particulier pour son cœur qui, à défaut de battre, est aussi grand que sa personne.

    Un livre sous le bras, il approche des enfants. Teddy en profite pour échapper à Eliphas et trottine dans sa direction. Sa petite patte se tend, minuscule en comparaison de la main qui vient la serrer.

    Le vampire vient prendre place sur la souche et fait face à son public. Un petit sourire flotte sur ses lèvres, tandis qu’il questionne :

    — Alors… sommes-nous prêts pour la suite de l’histoire ?

    Aux cris enjoués qui lui répondent se mêlent les grognements de Teddy, ainsi que les gargouillis d’Edwidge. Alucard ouvre le livre sur ses cuisses maigrelettes et en lisse les pages du plat de la main.

    C’est un ouvrage à la couverture abîmée, d’un rouge passé. Avec le temps, les pages ont jauni et les illustrations censées l’agrémenter sont, pour certaines, presque effacées. Une odeur de moisissure s’en échappe.

    Le vampire lève un doigt, afin de réclamer le silence, et son regard balaye les visages impatients. Son sourire s’élargit et s’il hésite à faire durer l’attente, il y renonce en voyant Eliphas se tortiller, prêt à piailler de frustration.

    Alors, après avoir retrouvé le paragraphe où il s’est arrêté la veille, le voilà qui se lance dans un récit épique de monstres valeureux, aux prises avec de nombreux dangers dont la plupart vous surprendraient. Par exemple, trouvez-vous vraiment qu’une licorne soit une créature menaçante ? Non, bien sûr, et je partage votre avis. Toutefois, l’arrivée de l’animal fabuleux ne manque pas de faire frissonner son jeune auditoire.

    — Et c’est ainsi que la sorcière fut libérée de l’enchantement de la bonne fée. La barrière magique qui obstruait l’entrée du vieux puits humide se brisa et l’on put lui envoyer une corde, grâce à laquelle elle fut tirée hors de sa prison.

    « Alors qu’elle s’attardait sur ses sauveurs, la vieille femme ne sut comment témoigner sa reconnaissance aux monstres valeureux qui l’encerclaient. Elle n’avait même plus de larmes pour pleurer sa gratitude et ses pouvoirs, inutilisés depuis trop longtemps, s’étaient rouillés. En cet instant, elle n’était plus qu’une vieille femme trop maigre et au corps en souffrance.

    « Aussi ne lui restait-il qu’une chose et une seule pour récompenser leur bravoure. Et c’était… c’était… quoi donc, au juste ?

    Le vampire lève les yeux de son livre, pour les poser sur les enfants. Comprenant que la question leur est destinée, ceux-ci piaillent d’amusement et laissent entendre leurs hypothèses. On débat avec animation, mais sans agressivité… du moins au début. Car bientôt, on commence à hausser le ton et à vouloir imposer son point de vue à l’autre. Et l’on se chamaille, et l’on s’agace, et l’on se moque de son voisin et de son idée. Teddy grogne et des coups, « Toc ! Toc ! », résonnent. L’autrice en est Wendy, car elle aussi a son opinion.

    La tournure prise par l’échange panique Alucard, qui s’empresse d’intervenir :

    — Allons, allons ! Allons, allons, mes chers petits, revenons à notre histoire, voulez-vous ? La sorcière…

    — Maman, l’interrompt une petite voix claire, qui s’élève au-dessus des autres.

    Les yeux du vampire s’écarquillent, comme il les baisse sur une petite forme assise juste devant lui. Deux mains sales et potelées se tendent dans sa direction.

    Il s’agit d’une enfant en chemise de nuit autrefois blanche, aujourd’hui tachée de terre et de traces verdâtres. Quelques accrocs y sont visibles et ses petits pieds nus sont d’une saleté repoussante. Elle a des cheveux noirs, longs, gras, emmêlés. Ceux-ci encadrent un visage… eh bien, comment vous dire ? Sans visage ! Car là où auraient dû se trouver le nez, la bouche et le reste, il n’y a rien, sinon une peau aussi blafarde que lisse.

    Plus étrange encore, et bien qu’elle ne possède pas d’yeux non plus, elle semble capable d’y voir aussi bien que vous et moi.

    — Eh bien, bonsoir jeune demoiselle ! la salue le vampire. À qui ai-je l’honneur ?

    En réponse, celle-ci répète d’une voix où perce le désespoir :

    — Maman ! Maman !

    Elle se rapproche davantage du vampire et les petites mains qui se referment autour de la sienne ont quelque chose de suppliant. Franchement mal à l’aise, il se crispe et remarque que son auditoire a fait silence. Non sans perplexité, les enfants observent la nouvelle venue.

    — Hé ! C’est qui, celle-là ? s’enquiert Eliphas en jetant un regard interrogateur à ses amis.

    Mais sur les visages, il découvre le même trouble que le sien. Les murmures reprennent :

    — T’es sûr de pas la connaître ?

    — Et toi ?

    — Oh, attendez ! Ce serait pas… ?

    Mais la conclusion est la même pour tous : personne n’a jamais entendu parler d’une petite fille sans visage.



    2

    — Mais puisqu’on vous dit qu’on la connaît pas, proteste Eliphas en trottinant aux côtés du vampire. Vous voyez bien qu’elle est bizarre, cette gamine !

    Et le diablotin n’a pas tort car, à toutes leurs questions, l’enfant n’a su que leur répondre par des « mamans » de plus en plus désespérés. Aussi, comment venir en aide à une fillette égarée, incapable de vous renseigner ne serait-ce que sur son nom ? Heureusement pour nos héros, ce pays est loin d’être vaste. Tout le monde s’y connaît plus ou moins et l’on possède toujours quelqu’un dans son entourage pour nous instruire sur les âmes qui nous auraient échappées.

    Voilà pourquoi c’est en plein cœur du village de nulle part que nous les retrouvons, lieu sans aucun doute le plus adapté à une chasse aux indices, bien que terriblement lugubre. Gris, terne, ancien, il semble abandonné, ce malgré les monstres que vous ne manquerez pas de croiser dans ses rues.

    Celles-ci sont tantôt boueuses, tantôt pavées de pierres usées et trop souvent manquantes. Si l’on n’est pas occupé à éviter les flaques d’eau, c’est à ne pas trébucher que l’on s’emploie, sur les trous ou ossements oubliés. Les habitations n’y sont guère plus engageantes, immeubles et bicoques poussiéreux et biscornus, parfois en si mauvais état que l’on peine à croire qu’on puisse vraiment y vivre.

    Ici et là, quelques lampadaires. À l’intérieur, des feux follets y tournent en rond, à la manière de poissons dans leur bocal. Ils ne cessent de venir cogner contre les parois de leur prison, un peu comme s’ils espéraient pouvoir s’en échapper.

    Le faible éclairage qu’ils produisent est à peine suffisant pour écarter les ombres de votre chemin. Et croyez-moi sur parole, celles-ci sont plus que nombreuses en ce pays. Pire encore, on les prétend douées de vie. Elles ondulent, se meuvent, se désagrègent dans les flaques de lumière, pour refaire leur apparition dans le coin d’ombre suivant. Parfois, un visage se découpe dans leur masse.

    Une vieille légende prétend que le vent serait la voix de ces créatures désincarnées. Et si l’on daigne tendre l’oreille, on a bel et bien l’impression qu’il est chargé de murmures glaçants.

    Dans le ciel nocturne volent des chauves-souris. Les chats noirs se tapissent au cœur des ténèbres, dans l’attente d’une proie, s’ils ne s’associent pas plutôt avec les rats et les lutins, afin de dévaster les poubelles.

    Pour terminer ce tableau, je vous parlerai de son odeur. Il s’y mélange des senteurs d’humidité et de terre, mais aussi de détritus. Ajoutez-y celle de la magie, particulièrement oppressante, mais aussi d’une cuisine locale dont je préfère taire la composition. Mon Dieu, je ne tiens pas à vous écœurer !

    — Dites, vous m’écoutez ?!

    La petite fille sans visage dans ses bras, le vampire baisse les yeux en direction d’Eliphas et de son air bougon.

    — Que voudrais-tu que je fasse, mon garçon ? Je ne suis même pas certain qu’elle sache elle-même comment retrouver le chemin de sa maison.

    — Mais je vous répète que…

    — Je sais, je sais… aucun de vous ne l’a jamais croisée. C’est étrange, mais après tout, qui d’entre vous peut se targuer de connaître chaque ombre de ce nulle part ? Tiens, même toi, je suis persuadé que quelques-unes t’échappent encore !

    — Sans oublier les habitants inconnus, ajoute Lou en levant la main bien haut, comme une élève réclamant l’attention de son professeur.

    Teddy approuve d’un grognement. Près de lui, Édouard prend un air songeur.

    — C’est vrai qu’il existe des légendes à ce sujet… mon père dit qu’il en a vu un, une fois, mais qu’il s’est volatilisé aussitôt que leurs regards se sont croisés.

    En dehors d’Eliphas, le reste du groupe approuve ses paroles. Car la plupart connaissent un proche, ou le proche d’un proche, qui assure avoir fait la rencontre inopinée, au détour d’un chemin, d’un être qu’il n’a plus jamais croisé après cela.

    Le diablotin exprime son scepticisme d’un reniflement dédaigneux, car notre jeune ami est un vagabond hyperactif, qui se targue d’en savoir plus long que la majorité sur ce pays. De fait, n’ayant encore jamais croisé la route d’un de ces supposés inconnus, il considère les racontars qui s’y rapportent comme un tissu de mensonges.

    Tandis que ses amis continuent à babiller, son expression laisse place à sa tête des plus mauvaises nuits. Aurait-il eut des poils sur le corps que ceux-ci seraient hérissés à la façon d’un chat sur le point de cracher. Le vampire tente de l’apaiser :

    — Tu sais… je ne suis pas non plus certain que cette légende soit vraie. Mais il faut bien que cette petite retrouve sa famille, aussi devons-nous envisager toutes les possibilités.

    Mais c’est tout juste si ses paroles parviennent à dérider le front de son interlocuteur. Avec un sourire maladroit, il ajoute :

    — Je ne peux tout de même pas m’improviser maman !

    Cette fois, les mots font mouche. Le diablotin ouvre de grands yeux, avant de pouffer.

    En effet, il l’imagine mal dans ce rôle !



    3

    Après consultation, le groupe décide de se séparer.

    D’un côté, Eliphas, Teddy, ainsi qu’Edwidge, se chargent d’aller arpenter la partie sud du village ; tandis que Lou, Édouard et Wendy en font de même avec la partie nord. Quant à leur grand ami, ses longues jambes le portent jusqu’aux recoins les plus reculés de l’agglomération.

    Malheureusement, les choses ne sont jamais aussi simples qu’on le souhaiterait et, après plus d’une heure de recherches, c’est les épaules basses et la mine déçue que l’on retrouve les autres, sur la place du village. A l’arrivée des enfants, monsieur Alucard est déjà là. Dans leurs regards une lueur d’espoir, à laquelle il met fin en secouant la tête : tout comme eux, c’est bredouille qu’il revient.

    L’abattement s’empare du groupe et c’est d’une voix plaintive que Lou questionne :

    — Qu’est-ce qu’on peut faire, alors ?

    Le vampire et ses jeunes amis sont installés à même le sol, en un cercle sommaire. En cet instant, aucun ne se soucie que les pavés soient aussi humides que sales. Seul leur échec occupe toutes leurs pensées.

    Soucieux, Alucard ne répond rien. La petite fille s’est blottie contre lui et, des deux mains, elle a agrippé son poignet et semble ne plus jamais vouloir le lâcher. Il se tapote les lèvres, d’un doigt long et squelettique.

    Il ne sait plus que croire. Est-il possible que la malheureuse appartienne vraiment aux habitants inconnus ? Et si tel est le cas, comment les forcer à entrer en contact avec eux ? Il doit bien exister un moyen, mais en cet instant, aucune idée ne lui vient. La frustration se lit sur son visage, et puisque le clown à trois visages du bout du village lui-même – dont on prétend pourtant qu’il connaît les moindres mystères de ce pays – n’a su le renseigner sur la question, il ne lui reste donc qu’à espérer que papy Nazar pourra leur venir en aide.

    Malheureusement, le vieil homme ne se trouvait pas chez lui, quand il a été frappé à sa porte un peu plus tôt. La bibliothèque était silencieuse et, en dehors de quelques feux follets, il n’y avait pas âme qui vive.

    Il remarque que les enfants ont tous portés leurs regards dans sa direction. Conscient qu’ils attendent un miracle de sa part, il ne peut que se trémousser, mal à l’aise, et va pour leur avouer son impuissance, quand il sent un frémissement contre sa poitrine. Il baisse les yeux sur la petite fille sans visage.

    — Maman… maman…

    Elle pleure, la malheureuse. De grosses larmes se matérialisent là où auraient dû se trouver ses yeux et lui roulent le long des joues. À ce spectacle, Lou laisse échapper un « Ho » désolé et vient plaquer ses mains couvertes de duvet contre sa bouche.

    Alucard sent une douleur lui martyriser les entrailles. Furieux contre lui-même, contre son impuissance, il serre l’enfant dans ses bras et ferme les yeux.

    Son dernier espoir repose donc bien sur papy Nazar. Toutefois, il n’est pas certain non plus que l’homme aura une solution à lui fournir. Et que fera-t-il, si tel est le cas ? Quelle piste lui restera-t-il à explorer ? Le mot, sur le compte de cette enfant, a été passé à tout le village et ne tardera pas à se répandre à travers le pays. Mais s’il faisait erreur ? Et si malgré son apparence, cette enfant n’était pas de ce nulle part, mais plutôt…

    Il rouvre les yeux pour la contempler. Il s’attarde sur cette petite forme sale, aux pieds blessés et au corps si maigre qu’elle semble ne pas avoir mangé à sa faim depuis des jours. Si elle continue de pleurer, ses sanglots sont déjà moins déchirants. Elle a les joues roses et s’agrippe à son costume.

    — Je crois…, commence-t-il, non sans hésitation. Oui, je crois savoir d’où elle vient…

    Sur ses lèvres, on peut maintenant voir un pauvre sourire. Aucune joie n’y est visible, seulement de l’amertume et de la compassion. Et comme les questions fusent autour de lui, il répond :

    — Enfin… je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, mais je crois que cette petite appartient en vérité à un autre nulle part.

    — Vous voulez dire, s’enquiert Édouard, qu’elle aurait pu se perdre et arriver jusqu’ici ?

    — Oui, c’est possible. Mais je pense plutôt à une enfant que l’on aurait abandonnée.

    Stupeur. On a du mal à y croire, à accepter l’horrible vérité qui se dissimule derrière cette théorie. Les petits se jettent des regards, cherchant à savoir si les autres partagent leurs craintes. Car si leur grand ami dit vrai, alors cela ne peut signifier qu’une chose !

    D’un bond, Eliphas se jette sur ses pieds.

    — Attendez un peu ! Vous êtes tout de même pas en train de nous dire qu’on l’aurait abandonnée parce que… parce que…

    — Elle n’a pas de visage ? souffle Édouard.

    L’expression du vampire est suffisamment éloquente pour que tous comprennent que c’est là le fond de sa pensée. Et si l’idée vous paraît d’une cruauté sans nom, je vous laisse imaginer ce qu’elle peut être pour de petits monstres. Ils n’ont aucun mal à s’identifier à l’infortunée, eux qui sont si différents de nous.

    Les crocs à découvert, Teddy émet un grognement menaçant. Près de lui, Edwidge tape furieusement du pied, tandis que Wendy vole en tous sens au-dessus de leurs têtes. Des « Toc ! Toc » envahissent la place, unique moyen dont elle dispose pour communiquer son mécontentement.

    — C’est horrible ! gémit Lou. Oh monsieur Alucard, elle ne peut pas retourner chez des gens aussi méchants !

    Et elle a raison, car même s’ils venaient à découvrir de quel nulle part elle provient, comment pensez-vous que sa famille réagirait ? S’il s’agit de bonnes gens, ils ne pourront que se réjouir de ces retrouvailles. Mais si comme le vampire le craint, et comme je le crains également, nous avons affaire à des parents indignes ; alors, il ne fait aucun doute que la malheureuse sera de nouveau abandonnée.

    Elle a eu de la chance cette fois-ci, mais vous savez comme moi ce qu’il arrive généralement à ces pauvres enfants égarés. À ces âmes abandonnées qui trouvent la mort dans les entrailles de la forêt de nulle part et ne peuvent y espérer le repos. Elles restent prisonnières de ce monde, esprits tourmentés qui terrorisent les nulles parts environnants sous l’apparence de petites créatures des bois malicieuses. On les prétend si mauvaises, mais surtout rongées par la jalousie, qu’à la nuit tombée elles pénètrent dans les chaumières pour enlever les enfants en bas âge et tourmenter les animaux domestiques.



    Bien conscients de cela, Eliphas se répand en imprécations, tandis qu’Édouard s’est enfoncé dans un mutisme terrible. Alucard, lui, se contente d’aider la petite fille sans visage à essuyer ses larmes. Il lui sourit et repousse en arrière quelques mèches collées contre ses joues.

    — Dans ce cas, dit-il. Il ne nous reste plus qu’à lui trouver un nouveau foyer.



    4

    Au pays de nulle part, il existe un lieu si isolé que rares sont ceux à s’y rendre : il s’agit du territoire de Yaga la sorcière.

    Situé à la frontière entre le bois d’à côté et la terrible forêt de nulle part, l’endroit n’a rien d’engageant.

    La maison de la sorcière se dresse tout en haut d’une butte et a été construite sous un gigantesque arbre mort, à l’écorce grise et noueuses. Ses racines courent le long des murs et quelques-unes, même, ont transpercé le toit. S’y ajoute un amas de lierres particulièrement envahissant, entre les interstices duquel on aperçoit de vielles pierres mal taillées.

    Derrière les fenêtres, une lueur rouge ondule et éclaire des têtes réduites, ainsi qu’un ensemble d’ossements pendus là.

    Les abords sont envahis d’une brume épaisse et gluante. Une masse fantomatique qui stagne bien au-dessus des têtes et paraît désireuse d’engloutir les imprudents qui viennent s’y perdre. Le sol malade est spongieux et des ossements craquent sous les pieds et les semelles. Des créatures innommables s’affolent à hauteur des chevilles et il arrive que certaines vous mordent, soit par pure méchanceté, soit parce que vous leur avait marché dessus par mégarde.

    L’ensemble est envahi par une odeur d’humidité, de moisissure, de terre boueuse, également. Mais surtout, ce sont les effluves de la magie qui se font sentir, bien plus présentes et étouffantes que celles du village de nulle part. Elle offre à la brume des couleurs nauséeuses, irréelles, qui ajoutent au malaise ambiant.

    Les enfants en sont tétanisés de peur. Chacun connaît l’endroit pour s’y être au moins une fois aventuré, dans le souci de prouver son courage aux autres. Mais cette nuit-là, aucun ne se sent très brave et c’est à celui qui se dissimulera le mieux derrière ses camardes.

    — Vous… vous allez quand même pas la filer en pâture à la vieille Yaga, s’exclame Eliphas.

    Frigorifié, le diablotin a enroulé ses bras autour de son corps et claque des dents. Lou, qui le colle d’un peu trop près, surenchérit d’une voix pitoyable :

    — On raconte qu’elle mange les enfants !

    Ces accusations ne manquent pas d’étonner leur grand ami, qui les balaye du regard.

    — Qu’est-ce que c’est encore que ces histoires ? Je connais bien Yaga, c’est une vieille amie et je peux vous assurer qu’elle ne ferait jamais de mal à aucun d’entre vous.

    — Ce… c’est pas ce qu’on raconte au village, bafouille en retour un Édouard qui, malgré son air bravache, tremble comme une feuille.

    — Qui donc, on ?

    — Ben… les gens, répond Eliphas.

    Quelque peu agacé par ce manque de précision, le vampire insiste :

    — Quels gens ? Mais enfin, de quoi êtes-vous Dieu en train de parler ?

    D’un même mouvement, le regard des enfants se tourne vers Lou. De plus en plus mal à l’aise, la fillette se trémousse, tire sur ses couettes, avant de répondre :

    — Une fois, j’ai été faire des courses pour maman à l’épicerie. Les sorcières étaient là et je les ai entendues parler de Yaga. Elles… elles disaient que si elle vit à l’écart, c’est parce que les gens ne veulent pas qu’elle mange leurs enfants.

    La terreur s’accroît sur les jeunes visages. Ils resserrent les rangs, si étroitement qu’on se demande comment ils parviennent encore à respirer. Une pointe de dépit s’empare d’Alucard.

    — Tout ça, ce ne sont que des bêtises !

    Mais il voit bien qu’il ne convainc personne. Alors, il secoue la tête et ordonne :

    — Allons, venez !

    Mais à peine a-t-il fait un pas qu’Eliphas se jette sur lui. Telle une tique opiniâtre, il s’agrippe des bras et des jambes au mollet du vampire, qui manque d’en perdre l’équilibre.

    — Je comprends que vous ne vouliez pas devenir maman, piaille la voix trop aiguë du diablotin, mais ce n’est pas une raison pour être aussi méchant !

    Alucard secoue la jambe, pour tenter de le faire lâcher prise. En vain, car le gamin s’y cramponne de toutes ses forces. A nouveau, il manque de perdre l’équilibre et doit sautiller sur une seule jambe. Dans ses bras, la fillette a enfoui son visage contre son épaule et pousse une exclamation paniquée.

    Le diablotin découvre les crocs et on le sent prêt à mordre sa proie si celle-ci s’obstine à n’en faire qu’à sa tête.

    — Mais… mais enfin, bafouille le vampire, puisque je te dis… !

    C’est un long grincement qui lui vient finalement en aide. Dans un cri, Eliphas le lâche pour se cacher derrière ses longues jambes, bientôt imité par le reste des enfants.

    Sur le seuil de l’habitation se découpe à présent une silhouette. Celle d’une femme au dos bossu et au long nez biscornu. À cette distance, on distingue très mal ses traits, mais on devine qu’elle fixe les intrus. Elle ne dit rien et son silence est sans doute ce qu’il y a de plus terrible.

    Sans plus se soucier de ses jeunes compagnons, le vampire s’enfonce dans la brume.

    Au pied de la butte, un escalier en pierre monte jusqu’à la maisonnette. Celui-ci aussi est envahi par le lierre et les racines, si bien qu’il faut constamment faire attention à ne pas s’y prendre les pieds. Quand il parvient là-haut, c’est avec un large sourire que la femme l’accueille.

    — Ça alors ! Mais n’est-ce pas mon vieil ami Alucard ?

    Un châle de couleur indéterminé recouvre ses épaules osseuses. Elle a les cheveux d’un roux terne, ramenés en un chignon à moitié défait. Ses mains aux doigts crochus se tendent vers son visiteur. Il lui offre l’une des siennes, qu’elle serre chaleureusement.

    — Comment vas-tu, Yaga ?

    — Oh, pas plus mal que d’habitude, j’imagine.

    Puis elle remarque la petite forme recroquevillée dans les bras de son ami. Ses sourcils se haussent et elle se lève sur la pointe des pieds, pour observer l’enfant.

    — Tiens, tiens, tiens ! Mais qui es-tu, toi ?

    Ce à quoi, le vampire lui répond :

    — Juste une enfant égarée qui cherche sa maman…



    5

    — Je vois… et donc, tu as pensé à moi ?

    Nous retrouvons nos héros chez la sorcière et autant vous dire que ce ne fut pas une mince affaire que de convaincre les enfants d’y pénétrer. Apaiser leurs réticences avait demandé des trésors de patience au vampire, qui n’y était parvenu que parce que les petits se sentaient davantage en sécurité en sa compagnie.

    À présent, tout ce petit monde est rassemblé autour d’une table en bois robuste. À la gauche de son plateau, un amoncellement d’objets hétéroclites, que l’on a poussé là pour faire de la place à ces visiteurs aussi inopinés que nombreux.

    Quelques-uns se sont même risqués à goûter l’infusion amère que leur a servi la sorcière. Ils en gardent un goût épouvantable en bouche et un air pincé qui a convaincu les autres de ne pas les imiter.

    Un véritable bazar règne dans la pièce, envahie par des piles d’objets poussiéreux : bocaux pleins de composants mal identifiés, vieux grimoires, ustensiles divers et variés, mais aussi chaudrons et restes de bougies fondues.

    Les racines qui ont percé le toit courent le long du plafond et des murs. Dans la cheminée, un feu ronfle, avec un peu trop de force sans doute, car l’on se croirait dans le giron des enfers.

    — Tu m’as souvent dit regretter de ne pas pouvoir avoir d’enfant, répond le vampire, en croisant ses mains sur la table. Et comme cette petite va avoir besoin d’un nouveau foyer…

    Assise sur les genoux de Yaga, celle-ci semble inspecter chaque recoin de cet environnement brouillon, comme en témoignent ses mouvements de tête. La sorcière a posé les mains sur ses frêles épaules et c’est avec l’air de se demander si son vampire d’ami n’est pas en train de se moquer d’elle qu’elle le dévisage.

    Puis elle baisse le regard sur la petite fille. À sa manière, celle-ci le lui rend. Alucard insiste :

    — Eh bien ? Acceptes-tu de lui faire une place chez toi ?

    En réponse, un sourire vient illuminer le visage fatigué de son interlocutrice. Si elle accepte ? Quelle question stupide !

    — Et toi ? poursuit-il en faisant ployer sa grande carcasse en direction de l’enfant. Est-ce que ça te convient ?

    Celle-ci incline la tête sur le côté.

    — Maman ?

    — C’est ça ma petite : ce sera ta nouvelle maman.

    Elle le fixe un long, long, très long moment. Que se passe-t-il sous sa caboche brune à ce moment précis ? Quelles sont les questions qu’elle se pose, mais aussi les craintes auxquelles elle doit faire face et les espoirs qui s’évanouissent ?

    Finalement, elle lève son visage en direction de la sorcière, qui lui caresse les cheveux. Puis elle le cache derrière ses mains. De tristesse ? De détresse, peut-être ? Mais non ! Car c’est sa joie qui s’exprime par le rouge qui lui monte aux joues, à ces pauvres joues creuses et terreuses.

    Hip hip hip hourra, mes amis, car la petite fille sans visage a trouvé sa maman !

    Erwin Doe ~ 2008 - 2016

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  • 29/10/2014

     

    Bon, j'avais dit que je serai à la bourre avec Le grand monsieur du bois d'à côté... au final, comme j'ai un cerveau, et une motivation, très capricieux, je me suis retroussé les manches et j'ai terminé mes corrections hier. Et comme j'ai également très bien avancé sur celles de l'épisode 2... voilà ! L'épisode 1 sera bien posté le 31 et l'épisode 2 à la fin du mois prochain !

    Avec ça... je n'avance pas avec mes projets Nano. Pas le temps pour, mais je m'en doutais un peu. De toute façon, pour le moment, j'ai prévu d'écrire (En tout cas d'essayer) les 50.000 mots en 5 jours. Je ne sais pas si j'y arriverai mais, comme j'aime bien ce type de défi, je me suis dit : pourquoi pas ? Ces 5 premiers jours seront donc uniquement consacrés à mon premier projet. Ensuite, je compte faire une pause niveau écriture le 6 (Histoire de souffler) et, jusqu'au 16, réfléchir à mon second projet, tout en écrivant un peu sur mes autres projets en cours (Mais sans forcer.). Et si tout se passe comme je le souhaite, du 17 au 30, je travaillerai sur mon second projet Nanowrimo.


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  • 25/10/2014

     

    La NaNoWriMo approche et je suis débordé...

    Je n'ai pas fini le plan du projet avec lequel je souhaite participer, et je n'ai que quelques idées pour le second projet que j'aimerais écrire également pendant cette période. Haha, je sens que je vais avoir envie de me pendre dès la première semaine !

    Et comme je suis débordé, eh bien, mes différents projets en cours prennent du retard. A l'origine, j'avais prévu de poster le premier épisode du Grand monsieur du bois d'à côté à la fin du mois. Au final... je n'aurai pas le temps de m'occuper des corrections de son second épisode le mois prochain, et comme je n'ai vraiment pas envie de faire une pause de plus d'un mois avec ce projet, j'ai décidé de le reporter. Logiquement, donc, le premier épisode (Qui, de toute façon, me pose problème... donc avoir du temps en plus pour le retravailler, ça m'arrange, haha !) devrait être proposé ici fin novembre, début décembre.

    J'ai d'ailleurs mis à jour ma liste de textes à venir, histoire que ce soit plus clair tout ça.

    Avec tout ça, je n'ai même pas terminé de poster l'épisode 2 d'Un long voyage... et je ne sais vraiment pas quand je pourrai m'occuper de l'epub et du PDF... ARGH ! J'espère avoir le temps de les faire avant le début du Nano mais... vu comment c'est parti, je ne promets rien.

    En ce qui concerne le Nano, comme je l'ai dit, je pense y participer avec deux projets. Ce n'était pas prévu mais, haha, j'ai eu une idée qui me plaisait vraiment aujourd'hui et... comme je suis faible je me suis dit : oh allez ! Pourquoi ne pas écrire deux projets ?

    Hum... si ça se trouve, au dernier moment, je me rendrai compte que c'est impossible et je renoncerai à l'un d'eux mais, là, maintenant, tout de suite, c'est impossible pour moi de faire un choix. Donc, voilà... ! (Pour un très bref résumé de ces projets, c'est juste ici ! )

     


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  • 11/10/2014

     

    Je ne sais pas ce qu'à Eklablog en ce moment, mais il me prend vraiment la tête quand je veux poster un texte. Comme il faut forcément que je copie-colle le texte en question ici, Eklablog me rajoute des espaces de malade entre les paragraphes. Comprends pas ! Il me faisait pas ça avant et là, deux fois de suite, je dois me battre pour réussir à avoir la taille d'espace que je veux. ô_o

    A part ça, l'écriture revient doucement ! J'ai réécrit la première partie d'une nouvelle sur le petit chaperon rouge, terminée il y a quelques mois. Du coup, je pense attaquer la seconde, et dernière partie, bientôt, avant de passer aux corrections.

    Au niveau d'un long voyage, je pense finalement proposer directement les épisodes complets, plutôt que de me prendre la tête à poster, comme je le fais, une nouvelle partie toutes les deux semaines. Et, pour accélérer un peu la publication, je vais certainement passer à un nouvel épisode tous les trois mois, plutôt que tous les... je ne sais pas combien, suivant la taille de l'épisode en question. Donc, pour l'année prochaine, il me manquera l'épisode 6... que j'attaquerai certainement début 2015. (Oui, faut vraiment que je fasse une pause avec ce projet. Déjà que je m'en sors pas avec les épisodes en cours, haha !)

    Cette semaine, j'ai attaqué le second jet de l'épisode 4 et... laissé les autres de côté. Je pense terminer prochainement les corrections de l'épisode 2 et reprendre celles de l'épisode 3. Ensuite... en ce qui concerne l'épisode 5... on verra ! Peut-être déjà attaquer son premier jet, car après tout, il ne me manque que la moitié du brouillon de sa dernière partie.


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  • 03/10/2014

     

    Un peu de nouvelles… parce que décidément, c'est bien mort par ici, en ce moment. C’est de ma faute, bien sûr, faudrait que je me secoue un peu. J’ai plusieurs nouvelles qui attendent que je les réécrive ou que je les corrige mais, argh ! Pas la bonne période… ces derniers temps, mon cerveau me dit constamment d’aller me faire foutre. (Saleté !)

    Je ne vais pas parler d’Un long voyage, sans quoi ça va me donner envie de me cogner la tête contre un mur, haha. Juste que l’épisode 2 me pose de nouveaux problèmes (Enfin, plutôt que mon esprit super méga tatillon vient de se réveiller après une longue période d’hibernation et semble décidé à me pourrir la vie.) et qu’il faut donc que je repense (encore) une ou deux scènes de ses dernières parties.

    Non, parlons plutôt du Nanowrimo qui aura bientôt lieu. Comme j’aimerai y participer cette année, je travaille sur le plan de… d’une sorte de thriller (Je pense, car je ne vois pas bien dans quelle autre genre le classer pour le moment.). Une idée que j’ai eu en début d’été. Quelque chose de pas trop prise de tête… enfin, moins que la plupart de mes autres projets. Je ne me sens vraiment pas de me lancer dans ce Nano avec un projet de Fantasy, et encore moins dans un projet qui me soit vraiment précieux. (Je l’ai fait en 2011, j’ai compris ma douleur.)

    Actuellement, je dois avoir écrit la moitié de son plan… l’autre moitié est moins facile à pondre. J’attends l’illumination depuis quelques jours mais, comme rien ne vient, je sens que je vais devoir forcer la main à mon imagination. Je tiens vraiment à avoir un plan complet et plus ou moins solide pour ce projet. Sinon, je le sais, je me connais, ce Nano va tourner très vite à la catastrophe, haha.

    Bon, sinon, faut vraiment que je me décide à m’occuper de mes nouvelles, moi… c’est pas possible d’être aussi flemmard !

     

     


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  • 27/09/2014

     

     Voilà ! Je viens de poster la première partie de l’épisode 2 d’Un long voyage.

    Haha, ce projet me pose de plus en plus de problèmes. Pour commencer, je n’ai toujours pas terminé les corrections de cet épisode 2. Je l’avais dit quelque part, mais javais eu quelques ennuis avec ses trois dernières parties, que j’ai dû modifier. Du coup… j’ai plus ou moins terminé de corriger les parties 5 et 6 cette semaine. (Plus ou moins parce qu’une ou deux dernières relectures s’imposent.) Par contre, la partie 7 est encore à l’état de second jet non corrigé. J’ai dû la relire une fois, vouloir la relire une deuxième fois, et abandonner en cours de lecture.

    Avec ça, je me demande si, au final, ce ne serait pas mieux de proposer directement le fichier complet des épisodes ici, plutôt que d’attendre que toutes les parties soient d’abord postées pour le filer. J’hésite vraiment. Bien sûr, du coup, l’activité (déjà assez mince) de ce site n’en sera que davantage réduite, mais… bon ! On verra !

    Aussi, nous sommes à la fin du mois et je n’ai pas achevé les corrections de l’épisode 3. Argh ! C’est une catastrophe. (En plus, c’est terrible, mais j’ai un peu, beaucoup de mal, avec cet épisode. T__T) J’ai seulement terminé le premier jet de l’épisode 4 en début de semaine et… et ? Pour l’épisode 5, j’en suis toujours à son brouillon. Je suis… plus ou moins bloqué à sa cinquième et dernière partie. Plus ou moins parce qu’en vérité, je sais parfaitement où je vais, mais que j’hésite sur un élément en particulier. Je ne sais pas si je dois ajouter une scène ou non, et si oui, comment amener cette scène. Ajouter à ça que j’ai souvent l’impression qu’il manque quelque chose à l’épisode 1, quelque chose d’important, et on comprendra qu’en ce moment, pour moi, c’est un peu l’angoisse avec ce projet. (Mais je m’accroche !)

     


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  • 12/09/2014

     

    Je me serai finalement décidé à mettre "Mon ami Maxence" à jour. Pfouah ! Ça faisait plusieurs jours, peut-être même une semaine, que j'avais terminé de le relire mais... la flemme, haha !

    Enfin, maintenant c'est fait, et j'espère que les lourdeurs et autres étrangetés que l'on m'avait signalées ont enfin disparues.

    En ce qui concerne le fichier complet d'Un long voyage, épisode 1, je travaille dessus... doucement. J'ai encore supprimé tout pleins de fautes et d'horreurs qui m'avaient échappé la première fois... c'est dingue, ça ! J'ai beau m'esquinter les yeux à lire et relire mes textes, j'ai l'impression qu'il m'en restera toujours !

    J'espère, donc, pouvoir le proposer lundi... au plus tard mardi. :)

     


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  • 06/09/2014

     

    Niveau écriture, je crois avoir pas mal à dire cette fois. J'ai même du mal à savoir par où commencer !

    * Sort sa liste *

    Bon, on l'aura remarqué, j'ai posté aujourd'hui ma fanfic sur FF7 : Je souhaite...

    Elle est courte, et pourtant, elle m'aura pris sacrément la tête ! D'ailleurs, faudrait vraiment que je la relise d'ici quelques mois, parce que je sais que pas mal de lourdeurs m'ont échappé.

    D'ailleurs, je ne sais même plus comment m'est venue l'idée de cette fanfic. Elle a été écrite en 2008, c'était donc pendant mon année à l'étranger, mais... non, y a rien à faire, je n'ai aucun souvenir, ni de sa conception, ni de son écriture. Tout ce dont je me souviens, c'est que j'avais vaguement recommencé à jouer à FF7 sur émulateur. C'est, sans aucun doute, ce qui a dû m'inspirer...

    Sinon, Un long voyage n'est pas la seule histoire sur laquelle je prends du retard : Le grand monsieur du bois d'à côté commence à me poser problème lui aussi. (Argh !)

    Actuellement, je suis dans les corrections de son 1er épisode. J'ai terminé les troisième jet des épisodes 2 et 3 et je devrais, bientôt, attaquer également leurs corrections. Donc, de ce côté, tout va bien, je suis même limite en avance. Les choses, par contre, se gâtent avec la suite : je n'avais pas prévu, mais vraiment pas, qu'il y aurait autant de boulot !

    En 2011/2012, j'étais parvenu à réécrire les épisodes 1, 2 et 3, donc, j'avais déjà transformé et amélioré ces trois là, raison pour laquelle il m'a été, au final, assez facile d'en venir à bout. Mais les autres, ce sont encore des premiers jets de 2009/2010 et... comment dire ? Le boulot y est énorme.

    Mon style, ma façon de concevoir mes histoires, a beaucoup évolué depuis, du coup, à partir de l'épisode 4, c'est comme si je devais tout recommencer depuis le début : recherches d'idées, brouillon, premier jet, deuxième jet, puis seulement corrections.

    En gros, ce que je fais (Une étape en moins, toutefois) pour les épisodes d'Un long voyage...

    Argh... ARGH !

    Donc, chaque épisode va me demander beaucoup plus de temps que prévus, donc, je suis pas prêt d'en voir le bout, donc, comme pleins de choses n'allaient pas, les épisodes doublent, sinon triplent de volumes. En bref... je suis pas dans la merde !

    Actuellement, j'ai terminé les brouillons de l'épisode 4 et 5, j'ai attaqué le premier jet de l'épisode 4 et je devrais, d'ici lundi, commencer le brouillon de l'épisode 6. Du coup, je me demande où j'en serai, avec ce projet, d'ici à la fin décembre. Avec un peu de chance, j'aurai réussi à rattraper mon retard mais... pour le moment, je n'en mettrai pas ma main à couper.

    En ce qui concerne : Un long voyage, de ce côté, je suis plutôt satisfait. (Malgré quelques imprévus.)

    Logiquement, je devrais en avoir terminé avec le 5ème épisode fin décembre (En tout cas je l'espère), le 4ème avance bien, le 3ème est en attente de corrections (Là aussi, je devrais commencer lundi), les autres épisodes se remplissent doucement (D'ailleurs, en dehors de l'épisode 9 qui me pose toujours problème, le reste a vraiment bien évolué.), mais... parce qu'il fallait bien un mais... l'épisode 2 a décidé de faire des siennes. Logiquement, j'étais censé avoir terminé ses corrections aujourd'hui. Malheureusement, je vais devoir le laisser un peu de côté. En tout cas, ses trois dernières parties.

    Bon, rien de bien grave non plus. C'est seulement que certains détails ne me conviennent, que je trouve certaines choses trop simplistes, mais aussi quelques bricoles assez mal utilisées. Et puis, scène d'action = ma bête noire = insatisfaction extrême. Donc... il faut que retravaille certaines choses !

    Et ?

    Et ???

    Et, j'ai presque terminé ! (Yahou !)

    Je voulais également parler d'un de mes deux projets de l'année prochaine : Le petit chaperon rouge.

    Comme je l'avais déjà expliqué, ce projet est censé être la suite de ma nouvelle Le loup et la fillette. Mais je suis en train de me demander si je ne vais pas changer ça...

    Je m'explique : j'ai pas mal travaillé sur ce projet dernièrement et, comme il commence à bien se construire, j'hésite à le reprendre depuis le début. C'est à dire : virer cette nouvelle et lui écrire un nouvel épisode d'introduction. Cette introduction reprendrait certains aspects de ma nouvelle, mais de façon très différente et, je pense, un peu plus sombre surtout. (Et du coup Le loup et la fillette deviendrait un genre de texte... d'un univers parallèle... je ne sais pas trop comment le dire autrement.)

    Si cette idée me tente, c'est surtout à cause du personnage de Marine, qui en est l'un des plus importants. Marine est un personnage assez spécial, surtout parce qu'elle n'est pas très sympathique. D'ailleurs, je voudrais qu'elle le soit de moins en moins au fil des épisodes. Mais pour qu'elle soit crédible, pour que les raisons de cette haine qui l'habite puissent être comprises, je pense que l'épisode d'introduction sera le plus important. Avec Le loup et la fillette, ce détail est à peine effleuré, dans l'épisode que j'ai en tête, il y a un rôle central.

    Tout ça pour dire que ce texte va me demander, à mon avis, encore plus de travail que je ne le pensais et que, surtout, il risque d'être plus sombre qu'initialement désiré.


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  • Je souhaite...

    1



    Aerith fixait la plaque supérieure de ses grands yeux verts. Imposante, grise et lugubre, elle recouvrait les taudis à la manière d’un couvercle. Pourtant, des gens vivaient ici. Des êtres humains, comme des animaux. Des familles entières, traitées comme les aliments d’une vulgaire boîte de conserve.

    Un soupir lui échappa.

    Autour d’elle, les plantes de son jardin bruissaient. D’une certaine façon, ce lieu représentait l’un des derniers paradis de cette cité à l’agonie. Il lui suffisait de venir s’asseoir ici, à l’ombre de son habitation, pour se sentir tout de suite mieux.

    Ses soucis s’estompaient et, l’espace de quelques instants, elle trouvait la sérénité.

    L’aurait-elle pu qu’elle serait restée ici des heures, à ne rien faire, sinon savourer l’instant présent, la respiration paisible et les yeux mi-clos.

    Une voix, toutefois, devait venir contrecarrer ses projets ce soir-là. Celle de sa mère qui, depuis le seuil de leur maison, lui annonçait que le dîner était prêt.

    Du bout des doigts, Aerith remit en place une mèche de ses cheveux châtains derrière son oreille et se redressa.



    2



    Demain, elle se rendrait à l’église abandonnée.

    Une décision qui n’était pas sans danger, car chaque fois elle craignait d’attirer sur elle l’attention de la Shinra.

    Combien de temps lui restait-il avant qu’on ne revienne la harceler ? Peut-être même, à y réfléchir, que l’église était déjà sous leur surveillance. Comment savoir ? Avec eux, elle s’attendait à tout, et surtout au pire.

    Pourtant, le risque lui paraissait préférable à la captivité. Pour sa sécurité, il aurait certainement été plus sage qu’elle reste ici, prisonnière de sa propre maison. Mais non, pas question ! Elle refusait de se résigner.

    Et puis… elle avait un moyen de leur échapper. Oui, s’ils commençaient à devenir gênants, sinon brutaux, elle n’aurait aucun mal à leur semer compagnie. Pour cela, elle connaissait un passage. Par les toits. Ils ne s’y attendraient pas, aussi aurait-elle forcément l’avantage.

    Tout en brossant ses cheveux, elle jeta un regard par la fenêtre de sa chambre et tenta d’imaginer ce que serait leur existence sans cette plaque qui les étouffait, eux comme leurs espoirs.

    Comme les rayons du soleil ne filtraient jamais ici, l’éclairage artificiel était leur seule source de lumière. À chaque instant, et quelle que soit l’heure. Comment s’étonner, après ça, que l’humanité se porte si mal ?

    Assise sur son lit, elle posa la brosse près d’elle, sur le matelas, et ferma les yeux. Les mains jointes, elle fit un vœu à l’intention des puissances supérieures : celui qu’elles daignent envoyer l’un de leurs émissaires pour leur venir en aide. À eux… comme à cette planète malmenée par la bêtise de ses semblables.



    3



    L’église était silencieuse.

    Assise à même le sol, Aerith faisait face à un parterre de fleurs qui, ayant profité de la disparition d’une partie du plancher, avait poussé là. Un spectacle comme on en voyait peu, pour ne pas dire jamais, dans les taudis.

    Elle chantait tout bas, d’une voix à peine audible. Sa main se tendait en direction des fleurs, en cueillait une, puis une autre, avant de venir les déposer dans le panier en osier situé près d’elle. Et même si les clients étaient rares et que les passants ne faisaient guère attention à elle, elle irait les vendre un peu plus tard dans la soirée : une maigre source de revenu qui lui permettait d’aider sa mère dans leurs dépenses quotidiennes.

    Avec un sourire tout juste esquissé, elle porta une fleur à son nez et en huma le parfum.

    Elle se revit, la veille, dans sa chambre, joindre les mains pour formuler un vœu utopique. Croyait-elle vraiment que quelqu’un, quelque part, ait du temps à perdre avec elle ?

    « Quelle idiote… comme si j’avais encore l’âge de croire aux miracles. »

    Ses lèvres s’ouvraient pour laisser échapper un gloussement moqueur, quand un violent craquement se fit entendre au-dessus de sa tête. Dans un petit cri, elle se jeta en arrière, au moment où une forme fondait en direction du sol et s’y écrasait. La surprise et la peur furent telles qu’elle en tomba à la renverse. Son panier la suivit dans sa chute et répandit à terre son précieux chargement.

    Dans une plainte, elle se redressa sur les coudes et tourna un regard effrayé en direction du jeune homme blond qui reposait, inconscient, au milieu de ses plantes. Les battements de son cœur s’étaient faits si violents qu’ils lui emplissaient les oreilles.

    « Pourvu qu’il ne soit pas… ! »

    Inquiète, Aerith parvint à se remettre sur pieds, et ce fut d’un pas chancelant qu’elle alla s’accroupir au chevet de l’inconnu. Tout en priant pour qu’il aille bien, elle lui saisit le poignet avec précautions et y chercha son pouls.

    D'ailleurs c’était drôle, mais maintenant qu’elle le voyait de près, il lui semblait que l’inconnu lui était familier.

    « En tout cas, il est toujours en vie… »

    Soulagée, elle poussa un soupir. Puis, avec un sourire, elle serra la main de l’homme entre les siennes.

    Si c’était là la réponse des cieux, alors c’était un émissaire pour le moins étrange qu’on lui envoyait…

    Erwin Doe ~ 2008

     


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  • 30/08/2014

     

    Pas beaucoup d'activité par ici, ces derniers temps. Comme je n'ai plus de textes en avance, en dehors d'Un long voyage, je publie moins. Mais logiquement, ça devrait aller mieux le mois prochain. :)

    Déjà, la semaine prochaine, je devrais poster un court One-Shot sur FF7, puis, milieu de mois, l'épisode 1 complet d'Un long voyage. Puis, certainement quatrième semaine (On verra) la partie 1 de l'épisode 2. En Octobre, l'épisode 2 continuera, et sera rejoint par Le grand monsieur du bois d'à côté, une courte série dont, il me semble, j'ai déjà parlé quelque part. Logiquement, je devrais poster un épisode par mois. Ce sont des épisodes courts, qui ne dépassent pas le format nouvelle et qui, en dehors de deux d'entre eux, sont en une seule partie.

    Mais pour le moment, je me bas encore avec son premier épisode... il est vieux, il date de 2008, je l'avais travaillé, travaillé et retravaillé sur les conseilles d'une amie et, à force de devoir le travailler, le travailler, le retravailler et de le transformer, je me suis mit à le détester. Il y a encore un an et demi, je crois, quand je l'ai ressorti pour le retravailler à nouveau, j'ai pas tenu deux minutes avant de refermer le dossier... non, vraiment, cet épisode, à l'heure d'aujourd'hui, je ne suis toujours pas certain de l'apprécier. Mais bon ! Au moins, j'ai pu le relire et le réécrire sans avoir eu envie de tout bruler chez moi, haha.

    Et pour en revenir à Un long voyage... je prends du retard, je prends du retard ! Je n'ai terminé le premier jet de l'épisode 4-3 qu'aujourd'hui. Encore six parties avant d'en voir la fin. Argh ! Non, sérieux, je pense que je vais me payer au moins un mois de retard. Malgré tout, je crois que, pour le moment, c'est l'épisode que j'ai le plus de plaisir à écrire. Comme certains personnages que j'affectionne tout particulièrement y apparaissent, je m'amuse plutôt bien avec. :)

     


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  • 17/08/2014

     

    Je me dis que ce serait peut-être bien de faire un petit bilan des différents projets dont j’ai pu parler au fil des mois et que j’espérais proposer cette année : Voici ma chair (Titre provisoire), T’as pas une clope ? et ma nouvelle sur le petit chaperon rouge.

    À la base, il me semble que j’avais dit que je proposerai Voici ma chair courant septembre… au final, si j’ai réussi à terminer cette nouvelle (Après plus d’un an de bon gros blocage) je ne suis pas certain qu’elle sera postée cette année. Pourquoi ? Parce que même si elle est terminée, je n’en suis toujours pas satisfait et, faute d’avoir quelqu'un pour la lire et me filer un coup de pouce pour l’améliorer, je pense que je vais la laisser de côté encore un peu.

    T’as pas une clope ? ou l’histoire maudite a autant de chance d’être finalement postée cette année, que de ne pas l’être. La laisser se reposer m’a permis de corriger et d’ajouter certaines choses à cette nouvelle mais, là aussi, je suis loin d’en être satisfait. Et puis, au fil des mois, je me rends compte que ma façon d’écrire a évoluée, du coup, maintenant, je vois pleins de choses qui ne me plaisent pas et que je dois réécrire. 0.0

    Quand on parle du loup… je pense avoir déjà parlé de cette nouvelle qui, à l’origine, était un projet manga tombé à l’eau. (De toute façon, le dessin, actuellement, je n’ai de nouveau plus du tout le temps, haha. C’est pas comme ça que je vais m’améliorer.) J’ai finalement terminé son premier jet (La seconde partie aura été sacrément longue à écrire) et maintenant, je vais la laisser moisir dans son coin pendant quelques mois. Il y a donc peu de chance que ce texte apparaisse ici cette année, mais on ne sait jamais. En tout cas, je me suis bien amusé à l’écrire et je crois que, malgré ses faiblesses, je l’aime bien. Surtout parce qu’il me fait rire, haha !


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  • 16/08/2014

     

    Et voilà ! Le premier épisode d’Un long voyage est maintenant terminé. \0/ Quant au PDF et à l’epub de l’épisode complet, je devrais le proposer courant septembre. Juste le temps pour moi de relire un peu ses différentes parties et de modifier deux ou trois détails qui me gênent un peu.

    Globalement, j’aime bien cet épisode… il est loin d’être parfait, mais ce projet me plaît vraiment. J’apprécie autant ses personnages que son univers et je m’amuse plutôt bien. Bref, j’espère que ça va continuer.

    L’épisode 2, lui, devrait débuter vers la fin septembre. Je suis actuellement à la moitié de ses corrections et il y a vraiment plus de boulot que je ne le pensais !

    Pour rester sur le sujet, le deuxième jet de l’épisode 3 devrait (Je l’espère) être terminé la semaine prochaine. De ce côté, pas de problème, je suis dans les temps. Par contre… l’épisode 4 me prend vraiment la tête. Je ne sais plus si je l’ai déjà dit quelque part, mais il est vraiment épais : 9 parties. Je viens juste de terminer le premier jet de sa première partie, et ça a été drôlement dur. J’ai un peu peur, du coup, de prendre pas mal de retard à cause de cet épisode. En toute logique, j’avais prévu d’écrire son premier jet complet pendant le mois d’août, mais je ne me fais plus trop d’illusions. (Et puis, au final, être en vacance ce n’est pas tellement pratique. J’ai l’impression d’avoir plus de temps pour moi quand je travaille, haha.)

    Quant à l’épisode 5, je me suis finalement débloqué ! Et, avec un peu de chance, je devrais attaquer son brouillon la semaine prochaine. Après ça, je pense peut-être faire une petite pause avec ce projet. Vu que j’aurais écrit les trois épisodes que je compte poster l’année prochaine, je pense travailler uniquement sur eux et, pour l’épisode 6, je verrai sans doute d’ici quelques mois. Rien ne presse ! (Et puis, au moins, ça va me permettre de me dégager du temps pour mes autres textes.)

    Dernièrement, j’ai également relu et un peu modifié : l’enfant du bac à sable. Pas grand-chose, juste des phrases ici ou là qui ne me paraissaient pas terribles. J’ai toujours du mal avec cette histoire mais… enfin ! Au moins, elle est un petit peu mieux ainsi.

    Et en parlant de relecture, je devrais un peu modifier également « Mon ami Maxence », vu que certaines petites choses me chiffonnent encore. Le tout, maintenant, étant de trouver le temps pour...

     


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  • 02/08/2014

     

    Plus qu’une partie à poster et l’épisode 1 d’Un long voyage sera complet.

    J’ai un peu ralenti l’écriture de ce projet. En fait… j’ai passé quatre ou cinq jours sans y toucher. Le début des vacances, ça me fait toujours ça. Pendant la première semaine, mon cerveau a tendance à se relâcher complètement et je passe toutes mes journées sur le canapé à regarder des animes ou à lire des mangas, si ce n’est à jouer aux jeux vidéos. Cette fois encore, ça n’a pas loupé, et ça m’aura fait sacrément du bien. (Ça m’aura notamment permis de regarder d’une traite mon coffret de Baccano ! et de découvrir, donc, un anime vraiment génial. <3)

    Bref, je n’ai repris l’écriture qu’hier et, du coup, je pense attaquer les corrections de l’épisode 2 à partir de la semaine prochaine… et aussi commencer le premier jet de l’épisode 4 et, certainement, le second jet de l’épisode 3. Il faudrait également que j’attaque le brouillon de l’épisode 5 mais… je bloque un peu sur certains éléments de sa dernière partie.

    À part ça, j'ai finalement posté le PDF et l'epub complets de Ne m'oubliez pas ! et je pense poster une courte fanfic sur FF7 d'ici peu. Si ce n'est pas ce mois-ci, ce sera le mois prochain. Il faut encore que je la relise et que je la corrige.

    Et puis ! Je pense enfin reprendre mon 24h de la nouvelle 2014. J'aurais voulu le poster ce mois-ci, mais ! Bon... y avait pas mal de choses qui me déplaisaient, mais je n'arrivais pas du tout à trouver comment les améliorer seul. La fin, notamment, que je trouvais totalement nanardesque. Ma sœur a accepté de la lire et on en a ensuite parlé, ce qui m'a permis de me débloquer. Elle m'a filé pas mal de pistes intéressantes qui devraient me permettre de rendre la fin plus crédible, mais aussi quelques autres éléments. Du coup, j'ai vraiment hâte de m'y mettre !


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  •  Mon ami Maxence

     

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    C’était un enfant étrange. Pas vraiment grand, pas vraiment petit, au visage mince et aux yeux bleus, presque gris.

    C’était mon ami, et peut-être même mon meilleur ami.

    On disait de lui que c’était un gentil garçon, doux et amical, qui n’aurait pas fait de mal à une mouche. Moi qui le connaissais bien, je savais que c’était vrai, mais aussi, et surtout, que c’était un garçon très étrange.

    Ses cheveux, par exemple… ses cheveux courts et bouclés, d’un blanc immaculé.

    Au début, je me moquais de lui. Je le traitais même de menteur quand il m’affirmait que c’était là sa couleur naturelle. Je lui disais que c’était impossible. Que, du haut de ses sept ans, il ne pouvait avoir les cheveux d’un vieux monsieur.

    Chaque fois, il se contentait de sourire, d’un sourire étrange… un peu comme s’il se moquait de moi et de mon scepticisme. Une attitude qui m’agaçait au point que c’était finalement moi qui repartais vexé.

    Je le boudais un jour ou deux, puis nous redevenions amis. Car, enfin, c’était moi qui l’avais cherché !



    2

    Maxence et moi habitions le même quartier, à une rue l’un de l’autre.

    Un jour que nous jouions dans le jardin de mon papy Grosse Moustache, il se pencha à mon oreille et me chuchota :

    — Tu sais, le monsieur que tu connais n’est pas mon vrai papa.

    Assis sur l’herbe, un ballon entre les mains, j’avais levé mon regard chocolat sur lui pour le fixer avec étonnement.

    — Alors c’est qui ton vrai papa ?

    Il avait levé un doigt, pour me désigner le ciel, qui était d’un bleu limpide ce jour-là.

    — Mon papa à moi, il est là-haut !

    En silence, j’avais contemplé les quelques nuages qui évoluaient lentement au-dessus de nos têtes. Un froncement de sourcils était venu plisser mon front. Soudain, je me sentais très triste.

    — Alors… ça veut dire qu’il est mort ?

    Installé près de moi, mon ami avait secoué sa tête blanche de gauche à droite.

    — Non, tu ne comprends pas : mon papa n’est pas comme nous. Lui, il est né au ciel !

    — Je ne te crois pas !

    Il avait ramené ses jambes contre lui et, sans me regarder, la tête posée sur ses genoux, avait conclu :

    — De toute façon, tu ne me crois jamais.

    Incertain, je l’avais fixé. À cette époque, j’avais déjà cessé de le traiter de menteur à cause de sa couleur de cheveux. En effet, je savais depuis peu que Maxence ne mentait jamais. Non pas qu’il soit plus honnête que la plupart des enfants de notre école, mais simplement parce qu’il en était incapable.

    En classe, quand il avait oublié de faire un devoir, ou qu’il commettait une bêtise, il ne cherchait jamais à nier ou bien à inventer une excuse. Au contraire, il disait la vérité et acceptait sa punition.

    Une ou deux fois, je me souviens l’avoir forcé à mentir. Juste pour voir ce qu’il se passerait. Et chaque fois, Maxence avait ouvert la bouche, l’avait refermée, l’avait ouverte de nouveau, sans qu’aucun son n’en sorte jamais.

    Mais même en sachant cela, je ne parvenais pas à croire à son histoire. Car enfin, personne ne vivait là-haut ! Personne, à part peut-être…

    — Ton papa, c’est Dieu ?

    Ma question l’avait fait rire.

    — Je ne suis pas le petit Jésus, Julien.

    — Mais alors, comment tu sais que ton papa est là-haut ?

    — Parce qu’il me l’a dit.

    À cette réponse, mes yeux s’étaient écarquillés.

    — Parce que tu l’as déjà vu ?

    — Oui…

    — Et comment il était ?

    En réponse, Maxence avait mené un doigt à ses lèvres.

    — C’est un secret.



    3

    Maxence ne pleurait jamais, ou presque… parce que quand il pleurait, ses larmes étaient aussi rouges que le sang.

    Je me souviens qu’un jour, en classe, la maîtresse l’avait grondé au point que ses yeux s’étaient embués. Puis ses larmes avaient commencé à couler le long de ses joues et à maculer sa peau de traînées sanguines. À leur vue, mademoiselle Sophie avait brusquement pâli et avait dû s’asseoir pour ne pas s’écrouler.

    Terrifiés au moins autant qu’elle, nous nous étions tous mis à hurler, parfois même à pleurer, certains que Maxence allait mourir. Je crois que c’est notre détresse qui lui avait permis de se consoler. Il avait essuyé ses joues contre la manche de son pull et avait repris le contrôle de ses émotions.

    Quand elle s’était sentie un peu mieux, mademoiselle Sophie l’avait envoyé à l’infirmerie, avant d’appeler sa maman pour lui rapporter l’incident. Mais à l’autre bout du fil, l’inquiétude n’était pas partagée.

    — Vous dites que c’est normal ? répétait mademoiselle Sophie dans le couloir, l’oreille vissée à son téléphone portable. Vous êtes tout à fait sûre ?

    Et en effet, ça l’était et ce depuis sa naissance. Et comme aucun médecin n’était parvenu à comprendre les raisons de cette étrangeté, sa famille avait appris à vivre avec.

    Ce jour-là, j’étais resté recroquevillé derrière mon pupitre, même à l’heure de la récréation. J’avais eu si peur pour Maxence que je priais pour ne plus jamais le voir pleurer. Plus jamais, jamais, jamais !

    C’est pourquoi, par la suite, il m’est arrivé de faire preuve d’une légitime, mais injuste, lâcheté.

    Comme lors de cette après-midi où nous jouions dans le jardin de papy Grosse Moustache.

    L’accident qui devait survenir était en partie de ma faute, et en partie de la sienne. Car si c’était moi qui me chargeais de pousser le plus fort et le plus haut possible la balançoire où il s’était installé, je le faisais uniquement sur sa demande : il pensait, en effet, que s’il se balançait assez haut, alors il pourrait atteindre le ciel et rejoindre son papa.

    Une main tendue en avant, il m’encourageait d’une voix toujours plus énergique. Tant et si bien qu’à un moment, il fut éjecté, non pas en direction des nuages, mais de la pelouse. Ses fesses avaient quitté la planche en bois de la balançoire et je le vis faire le plus beau vol plané auquel il ne me fut jamais permis d’assister.

    Dans un cri, il avait lourdement atterri sur le ventre. Sa tête avait cogné contre le sol, tandis qu’il se rappait les mains et les genoux au passage.

    Quelques secondes plus tard, les premiers sanglots s’étaient élevés.

    À quelques distances de lui, je m’étais figé. Incapable que j’étais de faire un pas en avant. Incapable de trouver le courage de lui porter secours. Car le spectacle qui m’attendait, là-bas, à quelques mètres, me glaçait le sang.



    4

    Un samedi, papa et maman durent accompagner papy Grosse Moustache à l’hôpital. La nuit était déjà tombée et, comme mon pépé avait appelé pour nous apprendre qu’il ne se sentait pas bien, papa avait sorti la voiture du garage pour me déposer chez Maxence.

    Nos parents n’étaient pas exactement des amis. Plutôt des connaissances. Des gens qui se côtoyaient de temps à autre parce que leurs fils étaient amis.

    On m’avait donc remis entre les mains protectrices de madame Louvancourt et, comme j’avais déjà dîné, et qu’il se faisait tard, je fus envoyé au lit avec mon ami.

    Couchés l’un à côté de l’autre, nous avions longtemps chuchoté dans le noir. Puis, alors que la torpeur nous gagnait, Maxence m’avait murmuré :

    — Tu sais, je suis sûr que ton papy sera heureux là-haut.

    Sur le moment, je n’avais pas bien compris ce qu’il entendait par là. Je n’avais même pas cherché à le questionner. Mes paupières étaient lourdes et je n’aspirais plus qu’à une chose : dormir.

    De fait, ce ne fut que le lendemain matin que je devais avoir ma réponse. Je prenais mon petit déjeuner quand madame Louvancourt m’avait pris par la main pour m’entraîner à l’écart. Elle avait eu un appel de mes parents : mon papy Grosse Moustache venait de monter au ciel.



    5

    Maxence était un vrai casse-cou, bien plus que je ne le serai jamais. Agile comme un singe, et aussi confiant qu’un acrobate, il était rare de le voir se faire vraiment mal. Je l’enviais, autant que j’avais peur pour lui chaque fois que lui prenait l’envie d’exécuter quelques numéros.

    Comme nous grandissions, nous pouvions de plus en plus souvent rentrer seuls de l’école. Dans ces moments, Maxence aimait grimper sur les murs que nous longions. Il se hissait dessus sans difficultés puis, tandis que des chiens se mettaient à aboyer de l’autre côté, continuait sa route d’une démarche assurée.

    Il m’avait souvent proposé de l’imiter, mais j’avais toujours refusé. Je n’avais pas son sens de l’équilibre, et je savais que je ne parviendrai qu’à me faire mal.

    Ce fut lors d’une de ces fins d’après-midi que je décidais de le questionner. Mon cartable sur le dos, qui m’écrasait sous son poids, je tentais de ne pas me laisser distancer par mon ami. Le souffle court, je lui lançais :

    — Dis, comment tu savais que mon pépé allait monter au ciel ?

    Maxence s’était arrêté pour me fixer de ses yeux bleus-gris. Son expression, à cet instant, était si étrange que je fus incapable de la déchiffrer.

    — Parce que mon papa me l’avait dit.

    — Quoi ? Mais quand ça ?

    Debout sur son mur, la lanière de son cartable passée autour des épaules, il m’avait répondu :

    — Un peu avant que tu n’arrives. Il est venu me voir dans ma chambre pour me dire que ton pépé allait partir avec lui.

    J’avais ouvert la bouche sur un cri muet.

    — Tu mens !

    — Tu dis ça, mais en fait je suis sûr que tu me crois.

    Et, comme s’il n’avait aucun doute sur la question, il avait repris sa route sans se soucier de savoir si je le suivais ou non. Renfrogné, je lui avais finalement emboîté le pas et nous avions passé les secondes suivantes dans le silence le plus complet. Sur mes lèvres, une moue septique.

    — Tu sais…, commença-t-il, alors que nous arrivions au bout de a rue. Moi aussi je monterai bientôt au ciel.

    J’avais levé les yeux dans sa direction. Sur mon visage, la panique commençait à se faire visible.

    — Tu… tu veux dire que tu vas mourir toi aussi ?

    En signe de négation, Maxence avait secoué la tête. Nous nous étions de nouveau arrêté et, cette fois, mon ami me regardait bien en face.

    — Non, mon papa va simplement venir me chercher.

    — Ton vrai papa ?

    — Oui.

    Puis il avait sauté du mur pour me rejoindre.

    Les lèvres pincées, j’avais senti les larmes me monter aux yeux. J’aurais pu le traiter de menteur mais, au fond de moi, je savais qu’il me disait la vérité. Mon ami allait partir. M’abandonner, et moi, moi, je ne pouvais rien y faire.

    — Alors, fis-je, en baissant la tête d’un air pathétique. Alors on ne se verra plus jamais ?

    Maxence avait ri.

    — Toi aussi tu monteras au ciel, un jour.

    J’avais redressé la nuque, avant de méditer sur ces paroles. Il disait vrai mais, pour un petit garçon, c’était un peu déprimant d’y penser.

    — Dans ce cas… est-ce qu’on pourra de nouveau jouer ensemble ?

    Un sourire avait étiré ses lèvres. Un beau sourire, plein de gentillesse, comme il lui arrivait parfois de m’en offrir.

    — Je te le promets…



    6

    La dernière fois que je devais voir mon ami, nous nous trouvions tous les deux dans sa chambre. Le temps n’était pas suffisamment mauvais pour nous priver d’aller jouer dehors, mais sa maman détestait que nous allions dans le jardin. De peur, selon elle, que nous piétinions ses fleurs.

    Alors, à la place, nous restions à l’intérieur, à jouer aux petites voitures et aux petits soldats, sur la moquette.

    Mais ce jour-là, Maxence n’avait pas le cœur à faire la guerre, ni même la course. Depuis mon arrivée, il m’avait à peine adressé un mot. Il se contentait de rester debout devant la fenêtre, les yeux levés en direction du ciel.

    Comme celle-ci était ouverte, un courant glacé me faisait frissonner.

    — Maxence, ferme s’il te plaît ! Si je tombe malade, maman ne sera pas contente.

    Il m’avait jeté un regard en coin, avant d'hausser les épaules.

    — Je peux pas… il va arriver.

    Curieux, j’abandonnais quelques instants mes petites voitures pour questionner :

    — Qui donc ?

    — Mon papa.

    Les yeux ronds, je me redressais.

    — Ah bon ? Quand ? Quand ? Tu crois que je pourrai le voir ?

    À l’idée de cette rencontre, j’étais soudain très excité et un sourire stupide étirait mes lèvres.

    Maxence avait mis un moment à me répondre. Hésitant, il m’avait longuement fixé, avant de soupirer.

    — Je sais pas… peut-être.

    — Hourra !

    Heureux, je m’étais mis à sauter aux quatre coins de la pièce, dans une danse désordonnée qui ne devait pas être très belle à voir. Dans mon emportement, je finis toutefois par trébucher sur une petite voiture et me retrouvais à terre, cul par-dessus tête. Le regard dénué de chaleur de Maxence ne m’avait toujours pas lâché et je m’empressais de me remettre debout en tirant la langue d’un air gêné.

    Je me faisais d’ailleurs la réflexion que je pouvais être sacrément empoté, parfois, quand le phénomène se produisit.

    Tout d’abord, il y eut une lumière. Une lumière aveuglante, qui commença à irradier de derrière mon ami. Si violente et si pure que son éclat éclipsait le blanc de ses cheveux, me donnant l’impression qu’elle s’échappait de son crâne. Mes yeux s’étaient mis à pleurer et je finis par les détourner, incapable d’en supporter davantage.

    — A bientôt, Julien…

    Puis la lumière avait explosée dans la chambre, me rendant complètement aveugle.

    Aujourd’hui encore, j’ignore combien de temps je suis resté ainsi prostré, le visage entre mes mains, à attendre que la vue me soit rendue. Mon esprit était brumeux, comme si je me trouvais au beau milieu d’un rêve.

    Et quand je revenais à moi, je constatais que Maxence avait disparu.



    7

    Après cet événement, j’étais resté sans savoir comment me comporter.

    Que devais-je faire ? Rentrer chez moi ? Attendre que papa vienne me chercher comme prévu ? Ou apprendre à madame Louvancourt que son fils avait quitté la terre pour rejoindre son vrai papa au ciel ?

    La question me tournait dans la tête au point de me donner la migraine. Et je n’avais d’ailleurs toujours pas trouvé de réponse quand la maman de mon ami était entrée dans la chambre avec deux verres de lait qu’elle nous destinait.

    Me voyant seul, elle avait un instant froncé les sourcils, avant que son regard ne se porte en direction de la fenêtre.

    — Ne me dis pas que Maxence est allé jouer dehors ? Il sait pourtant qu’il n’a pas le droit !

    Je sentais l’agacement monter en elle, et ce fut donc d’une toute petite voix, à peine audible, que je lui répondais :

    — Maxence est parti…

    — Pardon ? Qu’est-ce que tu dis Julien ?

    — Maxence est parti rejoindre son papa. Là-haut, au ciel.

    Puis j’avais levé les yeux en direction des nuages. Elle m’avait imité, tout d’abord sans comprendre, puis avait pesté :

    — Ma parole… mais qu’est-ce que ce petit imbécile est encore allé m’inventer ?

    Elle s’était débarrassée de son chargement sur un meuble, puis avait quitté la maison par la porte de derrière. Pendant quelques minutes, je l’avais entendu appeler son fils. Sa voix, tout d’abord impatiente, puis colérique, s’était finalement faite inquiète. Je m’étais redressé au moment où elle revenait en direction de la maison au pas de course. Son visage était blafard.

    Là-dessus, monsieur Louvancourt était rentré du travail et avait découvert sa femme en pleine panique. Je les avais entendus discuter dans le couloir. Lui ne semblait pas encore très inquiet, mais il décida tout de même de ressortir la voiture du garage pour aller faire le tour du quartier. En pure perte, bien sûr.

    À son retour, la peur l’avait gagné lui aussi et ils avaient appelé la police.

    « Enlèvement », telle fut la conclusion des forces de l’ordre. Un gros monsieur en uniforme était venu me voir et m’avait questionné. Il m’intimidait et j’avais bien été obligé de lui raconter mon histoire. Celle de mon ami partant rejoindre celui qu’il appelait son vrai papa, là-haut, au ciel.

    Entre-deux, mon papa à moi était arrivé. L’annonce du drame l’avait bien plus chamboulé que je ne l’aurais cru et il était resté un petit moment avec les parents de mon ami, à leur prodiguer le peu de réconfort dont il était capable. Tâche d’autant plus ardue que le fait que ce ne soit pas son enfant à lui qui ait été enlevé ne jouait pas en sa faveur. Car d’une certaine façon, je crois que madame Louvancourt lui en voulait.

    Pourquoi leur enfant et pas le sien ? Pourquoi, alors qu’ils jouaient tous deux dans la même pièce ?

    Au bout d’une quinzaine de minutes, mon père avait finalement arrêté les frais et, après une poignée de main échangée avec les éprouvés, il m’avait ramené chez nous.



    8

    Comme on s’en doute, Maxence ne fut jamais retrouvé. Quoi de plus logique lorsque l’on sait qu’il ne se trouvait déjà plus sur terre ? La situation, toutefois, n’en était pas moins tragique pour ces adultes qui refusaient de croire qu’un papa venu du ciel avait emporté avec lui son enfant. La séparation aurait pourtant été moins douloureuse s’ils avaient accepté d’accorder foi à mes explications.

    Est-il utile de préciser qu’après cet événement, madame Louvancourt ne nous adressa plus jamais la parole ? Sa douleur s’étant muée en une jalousie et une haine irrationnelle, le lien qui unissait autrefois nos deux familles s’était brisé.

    C’était presque comme si elle me tenait responsable du malheur qui la frappait.

    Une attitude qui, encore aujourd’hui, continue de me désoler. Car enfin, comment peut-on en vouloir à un petit garçon pour un acte dont il n’est pas responsable ? Comment peut-on en vouloir à sa famille de ne pas avoir subi la même perte ? De ne pas souffrir comme elle souffrait ?

    D’autant que, j’en suis persuadé, Maxence l’attend là-haut. Ce avec la même patience qu’il m’attend et qu’il attend tous ceux qui lui sont chers.

    Je ne l’ai d’ailleurs jamais raconté à personne, mais il m’arrive de le voir. Certains jours, des plumes blanches, aussi blanches que ses cheveux, viennent voler devant mon regard.

    Il me suffit alors de lever les yeux en direction du ciel pour apercevoir une forme. Une forme minuscule, sautant de nuage en nuage et qui, de là-haut, semble veiller sur moi…

    Erwin Doe ~2010

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  • 16/07/2014

     

    Après réflexion... je pense que je vais faire un PDF et un epub provisoires pour "Ne m'oubliez pas !". Comprendre que je n'ai vraiment pas le temps de relire ce projet actuellement, mais que je voudrais tout de même proposer un fichier complet de ses chapitres. Je ne sais pas trop quand je pourrai le faire, cela dit. Soit en fin de semaine, soit pendant mes vacances... je verrai.

    D'ailleurs ! Je ne l'ai pas signalé, mais j'ai mis à jour la première partie (Et donc la moitié) de "Minuit moins le quart". (Il me semble que j'avais déjà dit que j'étais actuellement en train de réécrire cette nouvelle.) Maintenant, je ne sais vraiment pas quand je pourrai attaquer sa seconde partie... là aussi, peut-être pendant mes vacances... si j'ai le temps.

    A part ça, en dehors d'Un long voyage et des projets que j'espère poster en 2015, je suis en train de travailler sur mes projets 2016. (Et que je devrais, donc, écrire en 2015, histoire de prendre de l'avance.) Je m'y prends tôt, mais comme ça, au moins, si au final je bloque, j'aurai toujours le temps de trouver autre chose.

    En plus d'Un long voyage qui, comme je l'ai déjà dit, risque de durer un moment, j'aimerai proposer une ou deux autres histoires à chapitres par an. Donc... même si je ne poste pas l'une de ces histoires en 2016 ( Parce que problèmes, parce que besoin de réfléchir un peu plus, etc.), j'aurais toujours un texte pour l'année suivante.

    Donc, en plus de mes projets 2015 (Que, comme je l'ai dit, j'espère avoir terminés à la fin de l'année (Au moins au niveau des premiers jets.)), j'aimerais également en terminer avec les brouillons des projets 2016. Pour l'un d'eux, "Si telle est la volonté de Dieu", c'est déjà fait... même s'il me reste encore à me documenter et à étoffer tout ça, j'ai actuellement les brouillons (Parfois vagues, d'autres fois non) de ses dix épisodes. J'ai vraiment, mais vraiment hâte de le reprendre celui-là ! (De mémoire, il me semble que les premiers épisodes datent de 2009-2010)

    Le second serait la suite de ma nouvelle "Le loup et la fillette", dont la première et seconde parties datent de 2009-2010 également. Je l'ai ressorti dernièrement, et je pense avoir suffisamment de nouvelles idées pour pouvoir construire quelque chose avec. Cela dit, je n'en suis pas encore sûr à 100%. Autant "Si telle est la volonté de Dieu" tient la route, autant "Le petit chaperon rouge" me fait encore un peu peur. J'ai relu et commencé à modifier ses quatre premiers épisodes, et j'attends à présent de pouvoir attaquer les suivants. (Qui ne sont rien d'autre, à l'heure actuelle, qu'un dossier avec pleins de notes et d'idées à trier.)

    Bref, rien que pour pouvoir bosser tranquillement sur ces deux projets en 2015, j'espère vraiment en avoir terminé avec tout le reste d'ici la fin de l'année...


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  • Raphaël #2

    09/07/2014


  • Lapin Bleu #1

    15/07/2014