• 06/05/2014

     

    Hier, j’ai donc posté le troisième chapitre de « Ne m’oubliez pas ! ». Cette fanfic en est déjà à sa moitié et j’ai plutôt hâte qu’elle soit intégralement postée.

    Depuis la dernière fois, j’ai plutôt bien rattrapé mon retard. Déjà, j’ai repris « Prologue d’un cauchemar », ma fanfic sur Nightmare Creatures 2 dont j’avais déjà parlé mais que j’avais dû laisser de côté pour tout un tas de raisons. Ces quelques mois de repos m’auront permis de prendre suffisamment de recul avec pour pouvoir… la reconstruire depuis le début. La précédente version était une véritable catastrophe. Mais vraiment ! La nouvelle devrait être mieux… beaucoup moins bancale, j’espère.

    J’ai quasiment terminé les corrections du « Loup et la fillette ». Là, le texte se repose jusqu’au 10, puis j’attaquerai les corrections finales. Galaxie avance de nouveau, même si je me dis que ce texte n’est pas prêt d’apparaître ici. Il faut déjà que je termine mon brouillon, puis que je le laisse reposer (Et chez moi, vaut mieux qu’un texte aussi épais se repose au minimum une année avant que je puisse replonger dedans), puis que je le relise, que je modifie tout ce qu’il y a à modifier et, enfin, je pourrai espérer le proposer quelque part. Donc… autant dire que ce n’est pas prêt d’arriver, haha !

    Doll avance également. J’ai terminé le second jet des deux premières parties de l’épisode 1, et je suis presque au bout du brouillon de l’épisode 2. Je ne serai donc logiquement pas en retard, la première partie de ce projet devrait bien être proposée en Juin. * Sautille.*

    Et en dernier, j’ai commencé une nouvelle sur le petit chaperon rouge… encore une ! Haha ! En tout, j’ai trois projets sur le petit chaperon rouge. Celui-ci, qui n’a pas encore de nom, celui à qui sert d’introduction « Le loup et la fillette » et enfin un autre, une nouvelle à la base écrite pour un AT, une sorte d’enquête policière que j’aimerais bien, un jour, reprendre et développer davantage. Pour en revenir à la nouvelle que je suis en train d’écrire, je ne sais pas du tout quand je pourrai la proposer ici. Déjà, j’ai terminé son brouillon et attaqué son premier jet. Ce devrait être un texte assez comique mais, à mon avis, je vais avoir pas mal de boulot pour éviter que tout ceci soit trop lourd.

    Ajoutons à cela que j’ai réécrite une courte fanfic sur FF7, mettant en scène le personnage d’Aerith, et on peut dire que je n’aurai pas trop chaumé la semaine dernière. Je retrouve la forme et ça, ça me fait rudement plaisir. * Sautille de nouveau *

     


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  • Chapitre 3


       Leur véhicule était coincé dans les embouteillages depuis bientôt plus d’une heure. Dans l’habitacle, les seules voix perceptibles étaient celles produites par la radio. Un débat quelconque auquel Sou n’avait accordé que quelques secondes d’attention avant de s’en désintéresser.

    Près de lui, Ban dormait le menton sur sa poitrine, la bouche légèrement entrouverte et les bras croisés. Le chanteur lui enviait sa tranquillité. Aussi fatigué qu’il puisse l’être, jamais il ne se serait risqué à somnoler en la compagnie de ce prédateur, au moins quinquagénaire, qui leur servait de conductrice.

    Lassé du paysage embouteillé, il donna un coup de coude au batteur, qui grogna, répéta son geste, encore et encore, jusqu’à ce que son ami lui envoie une claque pour lui demander de se calmer. Une main portée à son crâne, là où le coup l’avait atteint, Sou se pencha en direction de son oreille et chuchota :

    — C’est quoi ton plan, au juste ?

    Ban bâilla sans se couvrir la bouche. Son regarda alla d’un point à l’autre de l’habitacle et, se souvenant de leur situation, il répondit d’une voix pâteuse :

    — Quel plan ?

    — Ben… tu sais ! Pour échapper à la vieille une fois à Tokyo.

    Ban ferma les yeux, bien tenté de retourner dans les bras de Morphée. Toutefois conscient que son ami ne lui ficherait pas la paix tant qu’il n’aurait pas obtenu de réponse, il dut avouer :

    — J’ai pas de plan. Une fois sur Tokyo, j’ai pensé qu’on pourrait aviser, tu vois ?

    Sou blêmit et le contempla à la façon d’un animal pris au piège.

    — Mais t’es cinglé ! (Son chuchotement s’était fait plus rapide et nerveux.) Tu crois vraiment que la vieille va gentiment nous ouvrir les portes sans que je… sans que je… Tiens ! Je suis sûr qu’elle a déjà verrouillé toutes les issues !

    — Un cliquet, ça se relève.

    — Ouais, vachement ! T’es con ou quoi ? C’est une pro s’te folle, une pro ! Ça se voit sur sa tronche ! Ma vie qu’elle a foutu la sécurité enfant et qu’elle est la seule à pouvoir ouvrir sa porte de l’intérieur.

    — Bah… si c’est qu’ça, t’auras cas la cogner pour sortir de son côté, grogna le batteur en comprenant qu’il ne pourrait plus retourner à ses rêveries.

    L’expression de Sou se fit indignée.

    — Non mais t’es hyper sérieux là ? T’irais vraiment cogner une vieille ?

    — J’parlais pas d’moi. C’est toi que ça regarde, non ?

    Le chanteur eut envie de se jeter sur lui pour l’étrangler. Bien sûr que Ban n’irait pas la frapper ! Il pourrait quitter le véhicule à tout moment. Même maintenant, s’il le désirait, puisque personne ne chercherait à le retenir. Lui, par contre…

    S’imaginer aux prises avec la femme lui donna le vertige. Épais comme il l’était, il n’était même pas certain d’avoir la force de la repousser. Son visage vira au blanc cadavérique et il poussa un gémissement pitoyable.

    — Faut faire quelque chose. Faut que tu me sortes de là, Ban ! Je veux pas me la taper, tu m’entends ? Je veux pas me taper une vieille !

    Ban eut un soupir et songea que c’était une chance que leur conductrice ait mis la radio. Elle devait percevoir leurs murmures, mais difficiles pour elle de les décrypter sans couper le son.

    — T’inquiète ! fit-il, espérant qu’après ça Sou lui foutrait la paix. J’vais trouver un truc.

    Et face au regard reconnaissant de son compagnon, il se demanda s’il avait bien fait de lui tenir une telle promesse.



    *



    — Ahlalala, soupira la femme avec un sourire. Je vais bientôt être à court de carburant, jeunes hommes. (Depuis le rétroviseur central, elle leur adressa un regard amical.) Soyez gentils, faites-moi signe si vous apercevez une station service.

    Ban approuva d’un signe de tête et envoya un coup de coude à Sou pour lui intimer d’ouvrir les yeux.

    A deux doigts de l’envoyer promener, le chanteur comprit à son clin d’œil que son ami avait dû trouver un moyen de lui éviter le pire. Ce fut comme si un poids lui était retiré des épaules et, lui adressant un sourire de connivence, il entreprit de déchiffrer les panneaux qui croisaient leur route.



    *



    Leur conductrice se dirigeait en direction de la petite station service. Ban la suivit des yeux et, s’assurant que le type qui leur avait fait le plein d’essence était occupé avec un autre client, attrapa Sou par le bras.

    — Maintenant !

    Sans se le faire répéter, Sou agrippa son sac à provisions et se jeta à la suite de son ami, direction les places avant. La porte de gauche était, comme il l’avait craint, verrouillée, mais Ban n’eut aucun mal à ouvrir celle de droite. La seconde d’après, ils bondissaient hors du véhicule, passaient devant la station service et se lançaient dans un sprint digne des plus grands champions olympique.

    Dans le même temps, et bien qu’il ne se retourna pas pour s’en assurer, Sou fut certain que la femme se jeta à leur poursuite. Des appels qu’il ne put saisir lui parvinrent. Les mains crispées autour de ses possessions, le sac écrasé contre son torse, il dépassa Ban et courut droit devant lui sans même se soucier de savoir où il allait.




    *



    Ce ne fut que quinze minutes plus tard que les deux amis firent halte.

    Certain que leur poursuivante ne pourrait plus les rattraper, Ban se laissa tomber sur l’herbe. Le souffle court, il fut pris d’un fou-rire quasi-nerveux, quasi-amusé, qui ne tarda pas à contaminer le chanteur. Ils riaient tellement que des larmes coulaient le long des joues de Ban, et que Sou devait se tenir les côtes.

    — Wah ! Ça c’était de la course, s’exclama le batteur quand son hilarité se fut apaisée.

    Du revers de la main, il essuya ses larmes.

    Dans un petit hoquet douloureux, Sou s’assit à ses côtés. Le visage rouge et la respiration laborieuse, il bafouilla :

    — Et… tu l’as entendu ? Tu l’as entendu ? Elle… ah… je crois qu’elle a essayé de nous suivre !

    — J’sais, j’l'ai vu. Elle a tenu au moins cinq bonnes minutes avant de lâcher l’affaire.(Il envoya une tape sur l’épaule de Sou.) Faut croire que tu lui avais tapé dans l’œil !

    Les deux amis s’échangèrent un sourire. Non, vraiment, même s’ils allaient faire la peau aux trois idiots qui les avaient largués dans cette galère, l’aventure n’était pas totalement désagréable.

    Un silence s’installa entre eux et Sou, l’air pensif, leva les yeux en direction du ciel. Celui-ci était encore bien bleu, presque limpide, mais plus pour très longtemps. D’ici une heure, peut-être moins, la nuit serait tombée… que feraient-ils ensuite ?

    Avant qu’il ne puisse questionner Ban, son estomac se mit à grogner. Il y porta une main et chercha du regard son sac à provisions qu’il avait lâché au moment de s’arrêter. Il se leva pour aller le ramasser. Un peu plus loin, l’autoroute et ses embouteillages étaient visibles.

    Son précieux chargement en mains, il se laisse de nouveau tomber à terre et tira du sac un paquet de chips déjà ouvert. Il le tendit à son ami.

    — T’en veux ?

    Ban lui répondit d’un hochement de tête et plongea la main dans le paquet. Sou le lui abandonna et entreprit de sortir le reste de ses possessions : trois paquets de gâteaux, ainsi qu’un autre de chips.

    De nouveau, le silence s’installa entre eux, seulement troublé par les bruits de leurs mastications, et ce ne fut qu’une fois le dernier paquet de gâteau vidé que Sou s’enquit :

    — Bon, on fait quoi maintenant ?

    Ban s’étira de tout son long et répondit :

    — 'sais pas… une idée ?

    — Ben… (Se souvenant qu’il était encore maquillé, il ajouta :) Déjà, si tu avais quelque chose pour me démaquiller, ce serait cool.

    — T’es sûr de pas vouloir rester comme ça ? Ça pourrait encore marcher, tu sais ?

    Ban semblait si sérieux qu’il ne put s’empêcher de frissonner.

    — Sûr ! J’ai franchement pas envie de me faire ramasser par une autre détraquée !

    Le batteur poussa un petit soupir déçu et ouvrit son sac. Non sans difficultés, il en tira sa trousse à cosmétiques et y piocha une lingette démaquillante qu’il lui tendit.

    — Dommage ! On aurait pu tomber sur un vieux, s’te fois. Eux aussi ils aiment bien les p'tits jeunes efféminés.

    Sou eut un ricanement. Plus nerveux, qu’amusé. Non, vraiment, il n’avait aucune envie de retenter l’aventure.

     

    Erwin Doe ~ 2008

     


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  • 26/04/2014

     

    J'avoue ne pas avoir foutu grand-chose de la semaine. Forcément, comme je me tape de belles migraines en ce moment ( Fatigue + Stress + trop de temps sur mon pc = douleurs de l'Enfer ! ), ce n'est pas simple de me concentrer. J'espère que ça ira mieux la semaine prochaine.

    J'ai tout de même avancé dans le second épisode de Doll. Pas autant que je l'aurais souhaité, mais bon... Quant à Galaxie, j'ai des idées pour ses quatre prochains épisodes, mais impossible de me lancer dans leur brouillon. Mon cerveau passe son temps à partir en vrille. Argh !

    Dans un autre post, j'avais parlé de ma nouvelle "Minuit moins le quart" et d'un retour reçu sur Atramenta qui me conseillait certaines correction. Après avoir laissé ce texte se reposer comme il faut, je me suis enfin lancé dans cette épreuve ! Pour commencer, je pense surtout revoir la première partie qui, apparemment, posait le plus de problèmes.

    Et du coup, comme je n'ai presque rien pu écrire de la semaine, j'ai eu plus de temps qu'il ne m'en fallait pour réfléchir à mon projet de fanfic sur Samurai Sentai Shinkenger. Au départ, je pensais écrire un texte court. Une nouvelle, pas trop longue, mais... haha ! (Rire désespéré) Après avoir rassemblé mes idées, bricolé un semblant de plan, je me retrouve avec un projet de fic tout de même assez épais. En gros, ça aura la consistance d'un épisode complet de la série... donc avec nouvel ennemi et combats à la clef. Ça me déprime un peu d'avance mais, d'un autre côté, j'ai vraiment envie de l'écrire cet épisode ! ( C'est surtout que j'ai peur de me foirer. )

    Les personnages mis en avants seront : Jûzo, Dayu, Akumaro et Genta, mais les autres y auront également un rôle à jouer. (Notamment Mako et Ryunosuke ) Un texte, je pense, plutôt comique, mais qui va me demander de revoir pas mal d'épisodes de la série. (S'en va se pendre ! =>)

    Et parce que l'on parle de fanfics, j'ai envie de me remettre aux fanfics sur FF7. ( J'ai d'ailleurs ressorti mes vieilles fanfics pour les corriger.) Pourquoi ? Parce que ce *Bip* de Final Fantasy 7 On the way to a smile m'a fait méchamment de l'oeil, que je l'ai finalement acheté et qu'il a réveillé mon fanboyisme pour ce jeu vidéo. (Y a même une nouvelle avec les Turks... avec les Turks, merde ! Rah ! * S'en va rouler sous son canapé en gloussant comme un naze. * )

    Bref... je commence à m'éparpiller un peu... beaucoup... et ça devient inquiétant.


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  • 23/04/2014

     

    Voilà ! Finalement, c'est bien "Un poison nommé Anne" qui aura été posté. Comme toujours, je n'en suis pas entièrement satisfait mais, haha, de toute façon c'est comme ça pour tout ce que j'écris. (Donc je vais arrêter de le dire à chaque fois...)

    Je ne suis pas certain de savoir comment m'est venue l'idée de ce texte. Je regarde beaucoup d'émissions du genre "Faites entrer l'accusé" ou bien "Les enquêtes impossibles". Depuis quelques temps, je me suis calmé, mais il y avait une période où je ne regardais presque que ça. Je crois, du coup, que c'est en regardant l'une d'elles que j'ai eu l'idée de cette nouvelle...

     


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  •  Un poison nommé Anne

     

    Ce matin, j’ai décidé de la tuer.

    Ça m’est venu comme ça, au réveil. Une sorte d’illumination à laquelle il me fut impossible de résister. J’ai pourtant cherché à lui trouver des excuses. À voir en elle ses bons côtés, plutôt que ses mauvais. À faire ressortir les sentiments que j’ai pu, un jour, éprouver à son égard. Un effort inutile, car sa cause était déjà perdue.

    Il fallait que je la tue. Une évidence à laquelle ni elle ni moi ne pouvions échapper.

    À quel moment ai-je commencé à la détester ? À mépriser chacun de ses gestes, chacune de ses manies et de ses lubies ? À quel moment a-t-elle cessé d’être la femme que j’aimais pour devenir cette espèce de sorcière castratrice ? Ce maton à la science infuse qui pense savoir mieux que vous comment diriger votre vie ?

    Pourtant, notre histoire n’avait pas si mal commencée.

    Nous nous étions connus en quatre-vingt-onze. J’avais alors vingt ans et elle tout juste dix-neuf. Six mois plus tard, incapables d’attendre plus longtemps, nous nous marrions. Et moins d’un an après naissait notre fille, Marie. Une enfant qui devait nous rapprocher.

    Aujourd’hui, Marie a quitté le nid familial pour aller vivre avec un petit minet de trois ans son aîné. Marie l’adore, elle l’adore, toutes l’adorent, bien qu’il ne soit à mes yeux qu’un petit prétentieux, un imbécile arrogant persuadé d’être plus vieux que son grand-père.

    Il nous a arraché Marie, l’a éloignée de nous et nous nous sommes retrouvés seuls. Pas pour une semaine ou deux, ni même un mois, mais pour la vie…

    et petit à petit, l’illusion qui rendait ma femme si parfaite s’est brisée.

    Son sens de l’humour a fini par m’exaspérer.

    L’odeur de ses crèmes et de son parfum par me donner la nausée.

    Sa cuisine par m’apparaître telle qu’elle était vraiment : fade et déprimante.

    Puisque madame avait des convictions, puisque madame était contre la malbouffe, il fallait que tous se soumettent à son régime alimentaire. Pas trop de gras, pas trop de sel, surtout pas trop de sucre, pas d’alcool et encore moins de soda, ce en dehors de quelques occasions.

    Et comme le café avait à ses yeux des allures de poison, pas de café non plus sous son toit.

    Stupidement, je me suis laissé piéger. J’ai fini par croire que ses convictions étaient aussi les miennes. Je trouvais du goût à son bio, à son soja, à ses plats avec à peine quelques miettes de sel ou de sauce.

    Encore une chance qu’elle ne se soit pas mise au végétarisme. Le menu salade carotte, merci bien !

    Mais elle aurait pu… oui, elle aurait pu se laisser tenter si je l’avais laissé faire. Si je lui avais permis de gamberger un peu plus longtemps sur le sujet.

    J’en suis persuadé.

    Tout à fait certain.

    Heureusement, j’ai décidé de la tuer.

    Parce que sa présence m’était devenue intolérable.

    Parce que je voulais pouvoir sortir quand bon semblait, sans avoir à lui rendre des comptes.

    Parce que je ne voulais plus qu’elle choisisse à ma place mes relations.

    Parce que je voulais manger ce qu’il me plaisait, quand il me plaisait.

    Parce que je ne voulais plus supporter ses amis, sa famille, et tout son cercle d’intimes.

    Et enfin parce que je voulais choisir le style de vie qui me convenait vraiment.

    Qu’elle cesse de tout contrôler.

    De tout m’imposer.

    Et d’ignorer mes besoins.

    J’ai peut-être l’air odieux, mais il faut me comprendre. Se mettre à ma place.

    Même le programme télé, elle en avait fait sa propriété.

    Chéri, la télévision est un outil destiné à abrutir les masses.

    Chéri, tu ne peux pas regarder ça, c’est stupide.

    Chéri, mets plutôt Arte, il y a un documentaire tout à fait passionnant sur la culture Yéménite.

    Et moi je disais oui, oui, oui… oh oui, comme tu as raison, mon amour !

    Quel crétin !

    Mais le crétin s’est réveillé. Le crétin a enfin ouvert les yeux, et c’est pourquoi je l’ai tué.

    Elle rentrait du travail. Comme chaque soir, elle a commencé par m’appeler. Comme chaque soir, elle s’est mise à me raconter sa journée, sans même se soucier de savoir comment s’était passée la mienne. Elle était épuisée, si je savais, et cette idiote de Julia qui avait encore fait des siennes. Vraiment, chéri, ces stagiaires sont un fléau !

    Moi, je n’ai rien répondu. Moi, je l’attendais dans le salon. Assis sur le canapé.

    Elle m’a finalement rejoint et ses yeux se sont écarquillés. À cause, à n’en pas douter, de l’amoncellement de nourritures prohibées qui s’étalait sur la table basse. Des plats en sauce, de la pizza, du vin, du soda, un beau gâteau bien gras… il y en avait tant et tant que leur vision devait avoir quelque chose d’obscène, sinon de malsain.

    Elle a porté sa main à ses cheveux. Ses cheveux blonds cendrés (Na-tu-relle, chéri, une couleur naturelle.), mi-longs, qu’elle ne lavait que tous les quatre ou cinq jours parce que des petits enfants en Inde, ou dans je ne sais trop quel pays d’Afrique, mourraient chaque jour de soif. Jamais encore je ne l’avais vu si troublée.

    — Mais enfin, chéri, a-t-elle commencé. À quoi diable est-ce que tu joues ?

    Avec un sourire, je me suis levé. Les bras écartés, un peu comme si je m’apprêtais à la serrer contre moi.

    — Surprise, mon amour !

    — Surprise ? Chéri, est-ce que…

    Je ne lui laissais pas terminer sa phrase et venait écraser ma bouche contre la sienne, pour lui offrir un baiser, un dernier baiser passionné auquel elle commença à résister, avant de finalement se laisser aller. Puis mes mains ont remonté le long de ses bras, de ses épaules et sont venues doucement, tout doucement, se poser autour de son cou. Une plainte lui a échappé au moment où je commençais à serrer et elle a tenté de s’écarter. En réponse, je pressais ma bouche plus fort contre la sienne et aggravait la pression autour de sa gorge.

    Elle a tenté de se débattre, a voulu appeler à l’aide et nous avons presque dû nous battre. J’étais toutefois plus fort qu’elle et, une dizaine de minutes plus tard, tout était terminé.

    À présent, elle se tient face à moi. Je l’ai installé sur une chaise, où elle me regarde prendre mon dîner. Ses yeux sont exorbités, sa langue pend en dehors de sa bouche. Anne, celle qui fut ma très chère Anne, est à présent d’une laideur repoussante.

    Je me tamponne les lèvres à l’aide de ma serviette et la fixe. Et maintenant, que vais-je bien pouvoir faire de toi ? Quelle excuse vais-je devoir inventer pour expliquer ta disparition ? Car il y aura forcément une enquête. Les autorités viendront m’interroger. On me suspectera, même. Toutefois, il est hors de question que je me fasse prendre.

    J’ai dépassé la quarantaine de quelques années et, physiquement, je suis encore ce que l’on peut appeler un bel homme. Je m’entretiens, toujours bien habillé, bien coiffé, un corps musclé et non empâté. De plus, je gagne bien ma vie. J’ai de l’argent de côté et, si Dieu le veut, je n’aurai aucun mal à recommencer ma vie.

    Oui, j’ai toutes les cartes en mains. Tous les atouts de mon côté. Mon seul souci se dresse devant moi, encore et toujours devant moi, à me faire la grimace comme si elle me narguait. Je crois même deviner un petit sourire sur ses lèvres tordues et je serre les poings sur mes cuisses.

    Ma pauvre Anne, même dans la mort, tu es un poison.

    Erwin Doe ~ 2014

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    Un poison nommé Anne de Erwin Doe est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.
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  • 18/04/2014

     

    Et voilà, corrections et réécriture des différents chapitres de "Ne m'oubliez pas !" terminées ! De ce côté, je suis tranquille jusqu'en Août. Ahaha ! ヾ(@°▽°@)ノ

    Par contre, je suis un peu bloqué avec Galaxie. Le brouillon du quatrième épisode est terminé, ce qui équivaut plus ou moins à la première partie de ce projet. Par contre, en ce qui concerne sa deuxième partie, j'ai beaucoup d'idées, mais également beaucoup de trous ! Donc... je pense faire une pause de quelques jours, une semaine maxi, avec ce projet le temps de rassembler mes idées pour les prochains épisodes.

    Ah ! et je voulais commencer le brouillon du second épisode de Doll ( Oui, bon, je vais continuer d'appeler ce projet comme ça encore un petit moment. ) cette semaine, mais à la place j'ai plutôt bossé sur mes idées pour les prochains épisodes. En deux jours, j'aurai bien avancé.

    En résumé, ça donne :

    Episode 3 : Synopsis détaillé terminé à 95%
    Episode 4 : Idem à 90%
    Episode 5 : Idem à 30%
    Episode 6 : Idem à 80%
    Episode 7 : Idem à 60%
    Episode 8 : Idem à 70%
    Episode 9 : Idem à 20%
    Episode 10 : Idem à 70%
    Episode 11 : Idem à 20%

    Bref, ça fait rudement plaisir. o(^▽^)o

    En ce qui concerne le prochain texte que je compte poster. Haha ! Je n'arrête pas de changer ! Un coup je dis que ce sera "T'as pas une clope ?", un coup "Le loup et la fillette", un autre coup que je devrais poster "Un poison nommé Anne" également ce mois-ci, et un autre coup que le mois prochain, je devrais poster la première partie de "Voici ma chair" à la place du "loup et la fillette". En gros, c'est le bordel !!

    Après réflexions, après de nouvelles prises de tête, à mon avis, je posterai seulement "Un poison nommé Anne" la semaine prochaine et ce sera tout pour ce mois-ci. Ensuite, je garde "Le loup et la fillette" pour le mois prochain ( Vu que j'ai encore quelques trucs à revoir. ), je mets "T'as pas une clope  ?" en hiatus jusqu'à nouvel ordre et je repousse la publication de "Voici ma chair" ( Qui est d'ailleurs un titre provisoire. ) pour... je ne sais pas. Septembre, peut-être. Faudrait que je jette un œil à mon planning.

    Voilà... donc c'est un peu la merde mais, haha, je devrais pouvoir m'en tirer. (゚ー゚; )

     


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  • 16/04/2014

     

    J'aurais déjà dû poster un nouveau texte ici et ça m'agace un brin de ne rien pouvoir proposer avant minimum la semaine prochaine. Tsss ! むかっ

    A part ça, j'ai terminé le premier jet de l'épisode 1 de Doll. Premier épisode, donc, qui s'intitule "Sétar", vu que chaque épisode devrait prendre le nom du lieu où se passera l'intrigue. ( Ville ou autre.) Et puisque je parle de titre, je devrais arrêter d'appeler ce projet "Doll". Dans la précédente version, ce nom était justifié, aujourd'hui, plus du tout. J'hésite toutefois encore un peu sur le nouveau titre à lui donner. "Un long voyage", peut-être, ou quelque chose autour du voyage. Je verrai...

    En attendant, je vais commencer le brouillon de son second épisode. (^ε^)♪

     


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  • 12/04/2014

     

    Le premier jet de l’épisode 1 de Doll est presque achevé. Aujourd’hui, j’ai terminé sa quatrième partie, plus qu’une avant de pouvoir mettre tout ça de côté. \0/ (Ce qui fait que j’ai largement rattrapé mon retard pris la semaine dernière… j’ai même une sacrée avance maintenant, hahaha !)

    J’ai aussi terminé le troisième jet du « Loup et la fillette » ainsi que le premier jet d’ « Un poison nommé Anne ». A côté de ça, j’ai presque achevé les corrections des chapitres 4 et 5 de « Ne m’oubliez pas ! » et terminé le second jet de son sixième et dernier chapitre. En fait, je prends de l’avance dans tous mes projets… sauf Galaxie. Lui, par contre, il est complètement à la bourre. Hahah ! J’ai seulement terminé hier le brouillon de la première partie de son quatrième épisode… alors que ce quatrième épisode aurait dû être fini cette semaine. Aaaargh !

    Sans parler de « T’as pas une clope ? » à laquelle je n’ai pas retouché depuis. A mon avis, cette nouvelle ne sera postée que le mois prochain (Avec un peu de chance… oui, je préfère ne pas m’avancer.). Parce que là, il faut vraiment que je me la sorte de la tête avant de pouvoir y replonger. Et si je continue d’être bloqué… eh bien, je la remplacerai par autre chose. Je ne sais plus si j’avais parlé quelque part de « Voici ma chair » ? Une nouvelle écrite il y a presque un an et sur laquelle je suis resté bloqué depuis vu que j’étais incapable de lui trouver une fin un tant soit peu crédible. Donc… si je vois que les idées que j’ai eu dernièrement fonctionnent, je posterai certainement sa première partie à la place de « T’as pas une clope ? ». On verra, on verra…

    Sinon, j’ai enfin fini Samurai Sentai Shinkenger. J’y croyais plus. \0/ Une bonne petite série Sentai, vraiment. Aussi, forcément, mon envie de Fanfic est toujours là. Et même encore plus présente qu’avant, haha ! J’ai eu deux ou trois idées depuis. Je vais donc les étudier tranquillement. Dans mon coin. Avec un peu de chance, l’une d’entre elles me bottera suffisamment pour que j’ai envie de l’écrire. x)

     


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  • 04/04/2014

     

    Comme promis, me revoilà !

    Niveau écriture, je n’ai presque rien foutu depuis mardi. Haha ! * S’en va se pendre. * Enfin, maintenant que mon lapin se porte mieux, je vais essayer de rattraper mon retard. Notamment ce week-end. Je n’écris pas le dimanche (Ni, en général, le samedi matin.) mais là, pas le choix si je ne veux pas être en retard dans tous mes projets.

    Donc… logiquement, je devrais terminer la partie 2 de Doll épisode 1 ce week-end. J’ai pris pas mal d’avance avec ce projet (Même si maintenant… on ne peut plus vraiment dire ça.), à la base, je pensais réécrire une page par jour. Au final, ça tourne entre une et demi ou deux pages. Le principal pour moi, maintenant, étant de terminer ce premier jet le plus vite possible pour me laisser le temps, ensuite, de réécrire et de corriger tout ça. Fin juin, au final, ce n’est pas si loin.

    En ce qui concerne « T’as pas une clope ? », sérieux, pour le moment, je ne sais vraiment pas quoi en faire. C’est d’autant plus rageant que, comme certaines autres nouvelles, c’est la fin uniquement qui me bloque. La chute me semble tellement débile que j’aurai l’impression de me foutre de la gueule du monde en proposant ce texte ici en l’état. Donc… je ne pense pas le proposer avant fin avril. A la limite, si j’en ai terminé avec la réécriture et les corrections du « Loup et la fillette » plus tôt que prévu, je la proposerai à la place de « T’as pas une clope ? ». Parce que là, vraiment, ça ne me plaît pas, mais pas du tout.

    Sinon, je suis en train d’écrire une courte nouvelle que je pense appeler « Un poison nommé Anne ». Un texte un peu bizarre, sur un homme qui décide un jour de tuer sa femme. Pour le moment, je bloque sur sa fin. Elle n’est vraiment pas longue, donc, si le premier jet me convient, j’imagine que je la proposerai en avril également. Même si je préfère ne pas m’avancer… on ne sait jamais avec moi !

     


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  • 02/04/2014

     

    Je n'ai pas du tout eu le temps de régler mes problèmes avec "T'as pas une clope". Et comme l'un de mes lapins a des problèmes de santé, j'ai encore moins de temps à lui consacrer. ( Forcément, je préfère m'occuper mon lapin et le surveiller de près. )

    Donc, à la place, je poste le chapitre 2 de "Ne m'oubliez pas !".

    J'aimerais également pouvoir parler de Doll, ainsi que d'autres bricoles, mais ça va être difficile aujourd'hui. Juste un petit mot tapé vite fait pour expliquer les raisons de l'apparition du chapitre 2 de "Ne m'oubliez pas ! " si tôt.

    Demain, ou après-demain, je devrais, avec un peu de chance, revenir avec un blabla un peu plus épais. (^O^)


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  •  

    Chapitre 2


       Sou n’en croyait pas ses yeux. Ses amis venaient de l’abandonner. Ils l’avaient largué au milieu de nulle part, comme ça, sans même se soucier de ce qu’il pourrait lui arriver.

    Il baissa le nez sur le sac en plastique plein à craquer qu’il tenait serré contre lui et se maudit d’avoir dépensé ses derniers Yens en friandises. S’il ne les avait pas ouverts, peut-être aurait-il pu demander à ce qu’on le rembourse, mais là… comme un imbécile, il n’avait pas su attendre. Il avait faim, il voulait s’assurer que tout était à son goût et il pensait que les autres étaient encore à l’intérieur. Il s’était installé du côté du coin café, avait grignoté et… et il avait remarqué. Le van. Il n’était plus garé là où il aurait dû se trouver.

    Il se mordit la lèvre inférieure et se força à ne pas hurler. Une furieuse envie de se rouler par terre et de taper la plus belle crise de nerfs de sa vie le tiraillait, mais ce n’était pas le moment. Non, pas encore. Pour l’heure, il avait plus important à penser. Ces débiles venaient de l’abandonner, merde !

    L’idée de les contacter pour leur sonner les cloches et les obliger à revenir le chercher lui vint à l’esprit. Il tâtonna ses poches de la main droite, puis de la main gauche, avant de se souvenir : il avait laissé son portable dans le van !



    *


       Ban sortit des toilettes en boitant. Non, vraiment : Atteindre le rebord de l’évier, en sautant à pieds joints, et ce que ce soit avec élan ou non, était irréalisable… et encore moins quelque chose à faire !

    Le souvenir de son vol plané lui revint en mémoire. Il aurait pu s’en tirer bien plus mal. Beaucoup, beaucoup plus mal. Une chance pour lui, il était tombé sur le flanc et avait pu amortir sa chute. Enfin… sa jambe en avait pris un sacré coup mais ce n’était pas non plus dramatique. Ce qui l’était, en revanche, était qu’il soit encore suffisamment puéril pour se lancer ce genre de défis et pour les relever. Avec une grimace douloureuse, il se jura de ne plus jamais recommencer. La prochaine fois, il n’aurait peut-être pas autant de chance.

    Il boita jusqu’aux derniers points stratégiques où il avait aperçu ses amis. À savoir : Sou devant le rayon nourriture, Ryosuke occupé à bouquiner des revues pornos et Yuki et Ryuto jouant les figurants à ses côtés. Il avait besoin de savoir combien de temps les séparait encore de Tokyo. Avec tous ces embouteillages, difficile à estimer mais Ryosuke était généralement plutôt doué à ce petit jeu.

    Un froncement de ses sourcils inexistants vint détériorer son expression et, d’un doigt, il remit ses lunettes bien en place sur son nez. Puis il tourna sur lui-même, s’aventura entre les rayons du petit commerce, en fit le tour, avant de croiser les bras et d’incliner la tête sur le côté. Soit il avait raté quelque chose, soit ses amis s’étaient tout bonnement volatilisés !

    L’espace d’une seconde, la panique le gagna. Non, quand même pas ! Il avait bien entendu Ryosuke en discuter avec les autres mais… mais c’était après Sou qu’ils en avaient ! Pourquoi l’abandonner lui ? Non, impossible, il y avait certainement une erreur quelque part. Le parking… ils devaient forcément l’attendre sur le parking !

    Il gagna la sortie aussi rapidement que le lui permettait sa jambe douloureuse. À l’extérieur, il aperçut la tignasse blonde de Sou et s’accorda un sourire. Pas très longtemps, toutefois, car à peine avait-il poussé la porte qu’il fut frappé par un flot d’insanité. La voix hystérique, trépignant comme un gamin en pleine crise, le petit chanteur s’en prenait à une cible invisible dont il n’avait aucun mal à deviner l’identité.

    — Y se sont tirés, pas vrai ? questionna-t-il en arrivant à sa hauteur.

    Il arborait un air faussement dégagé, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon trop ample.

    À l’entente de sa voix, Sou sursauta et lui offrit le regard d’un enfant découvrant avant l’heure son cadeau de Noël. Il se jeta sur lui et l’agrippa par son débardeur en chouinant.

    — Barrés ! Ils se sont barrés ! Non mais t’y crois ? Y se sont tirés, les enfoirés ! Sans moi ! Et j’ai même pas mon putain de… (Il loucha sur le téléphone portable qui pendait autour du cou de son ami et l’attrapa si brusquement qu’il faillit en briser la lanière.) Ton portable ! Tu l’as ! (Fébrile, il chercha à trouver le code d’activation.) Faut les appeler maintenant ou y feront jamais demi-tour. Je les connais, y sont bien foutus de nous laisser là.

    Ban récupéra son portable et le déverrouilla, avant de chercher le numéro de Ryosuke dans son répertoire. Il ne pensait pas sérieusement que ses amis accepteraient de faire demi-tour. Surtout pas avec ces embouteillages. Non, il fallait être réaliste ! Ils allaient rentrer chez eux et, vraiment s’ils y pensaient, enverraient un taxi les chercher. À condition, bien sûr, que ce taxi ne soit pas trop dur à trouver et que les numéros des compagnies ne soient pas trop difficiles à composer. Enfin… un miracle était toujours possible.

    Il porta l’appareil à son oreille et attendit. Une sonnerie, deux sonneries, trois sonneries, quatre… puis le répondeur. Il raccrocha, rappela, sans davantage de succès. Soit le bassiste n’entendait pas son téléphone, soit il faisait exprès de ne pas répondre.

    Un coup d’œil sur la tête blonde à ses côtés lui fit croiser le « Spécial regard larmoyant et pleins d’espoir » de Sou. On aurait dit un petit chiot, un tout petit chiot triste. Il eut un soupir et faillit lui tapoter le sommet du crâne. Bon sang, il était doué l’animal !

    De nouveau, il raccrocha, puis composa le numéro de Ryuto, suivi de celui de Yuki. Dans les deux cas, ses appels restèrent sans réponse et il eut la certitude que les trois zouaves le faisaient bel et bien exprès.

    Gêné, il se gratta la joue et repoussa doucement Sou. C’était comme donner un coup de pied au petit chiot qu’il était mais… il ne pouvait déjà plus supporter son contact visuel. Il lui tourna le dos et croisa les bras.

    Comment faire, maintenant, pour regagner Tokyo ?

    *


       — On dirait qu’il a enfin lâché l’affaire, fit Ryosuke avec un soupir de soulagement.

    Les deux autres lui répondirent par des grognements.

    — Le pauvre vieux, quand même. Ça me fait mal de le larguer comme ça, répondit Yuki.

    Un sentiment que les deux autres partageaient. Oui, abandonner Ban ne leur faisait franchement pas plaisir mais… que faire d’autre ? Retourner le chercher leur prendrait du temps, beaucoup trop de temps. De plus, ils seraient obligés de s’encombrer de Sou. Impossible d’espérer récupérer le batteur sans que la petite teigne ne s’invite à bord.

    — Connaissant Ban… il finira bien par trouver une solution pour rentrer, assura Ryosuke avec plus de conviction qu’il n’en ressentait vraiment.

    Les deux autres étaient si pétris de remords qu’ils s’accrochèrent à ces paroles comme à une bouée de sauvetage. Ouais, sûr ! Ban n’était pas le dernier des crétins ! À cette heure, peut-être même avait-il déjà trouvé un moyen de se faire rapatrier jusqu’à Tokyo !

    Et le pire dans cette histoire étant ça leur faisait du bien d’y croire.


    *


       Pour la vingtième fois, Sou jura contre un automobiliste qui avait préféré continuer sa route plutôt que d’accepter de les prendre en stop. À croire que la solidarité n’existait plus dans ce pays !

    — J’t'avais prévenu que ça marcherait pas, lui rappela Ban, conscient que lui-même n’aurait certainement pas agi autrement en d’autres circonstances.

    Debout derrière la barrière d’arrêt d’urgence, Sou lui lança un regard en coin, avant de grogner :

    — C’est ta tronche qui les fait flipper !

    Ban passa les mains sur ses joues et baissa les yeux sur son petit compagnon, dont le visage rappelait celui d’un hamster mal luné. Il se demanda sincèrement lequel des deux, en cet instant, était le plus effrayant. Peut-être n’avait-il pas un physique facile, mais au moins avait-il pour lui d’avoir l’air plus aimable que le chanteur. Et à choisir entre lesdeux, il aurait plus facilement pris en stop un type comme lui, même s’il portait des couettes, qu’un blondinet à l’expression agressive.

    Un soupir lui échappa. Que faire ? Devait-il se jeter devant la prochaine voiture pour l’obliger à s’arrêter ? Pas sûr que son conducteur accepterait plus facilement de les prendre avec lui. De plus… même si les véhicules avançaient au ralenti, si l’autre freinait trop tard il ne s’en sortirait pas son quelques bosses. Une idée au premier abord tentante mais qui risquait surtout de leur attirer des problèmes.

    Conscient toutefois que son ami ne tarderait pas à devenir invivable, il songea qu’il ne leur restait plus qu’à utiliser sa botte secrète…


    *


    Sou s’inspecta une dernière fois dans le miroir que lui avait prêté son ami. Un reniflement lui échappa.

    — En gros, tu te balades partout avec ta trousse à maquillage ? Je te savais zarbi, mais là… !

    Ban rangea le dernier pinceau dans son sac en forme de tête, celle de Marie des Aristochats, et contempla la frimousse fardée du petit blond. Il eut un haussement d’épaules.

    — Bah, ça peut toujours servir…

    Sou eut un froncement de sourcils, pas certain d’être convaincu. Il porta de nouveau le regard en direction de son reflet et se sourit à lui-même. Ainsi maquillé, et avec ses petites couettes, il ressemblait vraiment à une gamine. Une découverte amusante, bien qu’il ne voyait toujours pas en quoi cette apparence pourrait les aider à regagner Tokyo.

    Comme s’il devinait ses pensées, le batteur lui dit :

    — Prends ton air le plus adorable et fais du stop. T’vas vite comprendre !

    Quoi que n’y voyant pas plus clair, Sou accepta de lui faire confiance. Il attrapa son sac de courses et se releva du coin d’herbe, situé derrière la barrière de sécurité, où lui et Ban s’étaient installés. Il passa les mains sur l’arrière de son pantalon, enjamba la barrière et s’approcha des automobiles. Un grand sourire aux lèvres, il tendit le pouce et, comme par magie, l’une des voitures quitta soudain sa file pour venir s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence.

    Il adressa un regard rond à Ban qui, toujours sur l’herbe, eut un signe de la main pour l’inviter à s’approcher du véhicule. Par la vitre côté conducteur, il découvrit une femme d’âge mûr qui lui souriait. La vitre se baissa doucement et ils se saluèrent.

    — Halahala, fit la femme en l’inspectant derrière ses lunettes à montures épaisses. Vous avez besoin d’aide jeune homme ?

    — Heu… ben… en fait… !

    Comme Ban enjambait à son tour la barrière de sécurité et s’approchait de lui, Sou l’agrippa par le bras pour le forcer à rester à ses côtés. Il se sentit légèrement plus confiant.

    — En fait, nos amis nous ont abandonnés là et… et nous voulons rejoindre Tokyo. Aussi… si ça ne vous dérange pas… enfin…

    — De vous y conduire ? le coupa la femme sans se départir de son sourire amical. On peut dire que vous avez de la chance : j’habite justement Tokyo. (Son regard vola de Ban à Sou. Une lueur satisfaite s’y alluma.) Je peux vous prendre avec moi, si vous le voulez mais… enfin, tout dépend de ce que vous accepterez de faire pour moi en échange.

    Les deux amis se jetèrent un regard en coin.

    — Ben, commença Sou, si c’est une question d’argent, on n’en a pas sur nous. Mais une fois à Tokyo, on pourra vous dédommager sans problème.

    — Ah, mais je ne te parlais pas d’argent mon grand ! De l’argent, j’en ai, mon mari passe tellement de temps à son travail que c’est tout ce que j’ai dans la vie. C’est dur d’être une femme délaissée, tu sais…

    Ban se pencha à son oreille et lui souffla :

    — En gros, elle veut que tu couches avec elle.

    — Merci, j’avais pigé ! (Sa bouche avait pris une courbe dégoûtée du plus vilain effet.) Mais tu peux oublier ! Jamais je me taperai une vieille !

    L’attrapant par le bras pour l’emmener à l’écart, le batteur lança à l’intention de la femme :

    — Une petite minute, m’dame. (Puis, baissant la voix pour n’être entendu que de son ami, il reprit :) T’es con ou quoi ? C’est le seul moyen de rentrer à Tokyo avant la nuit. Tu vas pas nous faire ton coincé !

    — Raconte pas de conneries : je te dis qu’il est pas question que je baise avec une vieille !

    Ban soupira et lança un regard en coin en direction de la femme, qui les fixait avec un léger froncement de sourcils. Ses ongles tapaient contre le volant.

    — T’es un mec ou quoi ? Parce que là, j’ai un doute !

    — Non mais tu t’entends ? s’agaça le chanteur. T’as cas le faire, dis, si c’est si facile !

    — Bah moi, si ça peut m’permettre de me rentrer plus vite, j’m'en fous ! Le problème c’est qu’elle a l’air d’en pincer pour toi mamie, tu vois ?

    Le regard de Sou se fit si rond qu’on aurait pu croire que ses globes oculaires étaient sur le point de quitter leurs orbites.

    — T’es hyper sérieux que tu le ferais ? (Ban lui offrit un haussement d’épaules qui le désespéra.) Soit t’es encore plus cinglé que je ne le pensais, soit tu passes beaucoup trop de temps avec Ryosuke. Avoue que tu savais que ton relookage allait nous attirer ce genre de cinglée !

    — Le principal c’est qu’ça marche, non ?

    — Ouais, vachement ! 'tain, je suis sûr que c’est pas la première fois que tu fais un truc pareil pour te rentrer sans payer ! (Et, se demandant s’il devait être impressionné ou dégoûté, il questionna :) Bon… on fait quoi ?

    — On lui demande, tiens ! (Puis il se tourna en direction de la conductrice.) Ça va si c’est moi, m’dame ?

    Son interlocutrice lui jeta un regard de bas en haut. Ses lèvres se pincèrent.

    — Désolé mon grand. Tu es charmant, mais pas vraiment mon type… C’est ton copain ou vous devrez trouver quelqu’un d’autre pour vous ramener.

    Ban eut un signe de tête pour lui faire comprendre qu’il avait saisi, puis revint à Sou dont l’expression se détériorait de seconde en seconde.

    — Bon alors, tu te décides ? J’ai pas envie de pioncer cette nuit sur l’autoroute !

    — J’t'ai dit qu’il n’en était pas question, répondit le chanteur, soudain au bord de la panique. Je préfère encore rentrer à pied, tiens, que de finir dans le pieu de cette tarée !

    Ban leva les yeux au ciel. Vraiment, son ami ne faisait aucun effort !

    Par crainte de le voir se débiner, il lui agrippa fermement le bras et le tira à sa suite en direction de la voiture.

    — C’est bon, m’dame, emmenez-nous à Tokyo !

    — Ton copain est d’accord au moins ? questionna-t-elle, l’air soupçonneux.

    Ignorant le regard désespéré que lui jetait son ami, Ban répondit :

    — Sans problème, m’dame !

    Sou était sur le point de hurler et de se débattre pour échapper à ce cauchemar, mais le regard de Ban l’en dissuada : le batteur n’affichait jamais d’expression aussi sérieuse. Il avait forcément un plan de secours, un plan pour leur permettre de regagner Tokyo, mais aussi pour lui éviter le pire. Oui, il en était persuadé ! Ou, du moins, essayait-il de s’en convaincre.

    Comme Ban lui tenait la portière arrière ouverte, il accepta de pénétrer à l’intérieur du véhicule. Puis son ami s’installa à ses côtés et il frissonna en découvrant que la femme le dévorait du regard depuis son rétroviseur central. Elle fit tourner la clef dans le contact et la voiture redémarra.

    Alors qu’elle s’insérait tant bien que mal dans la circulation, Sou se rapprocha de Ban et l’agrippa par son haut. Vraiment, il regrettait déjà de ne pas avoir choisi de poursuivre sa route à pied.


    Erwin Doe ~ 2008


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  • 24/03/2014

     

    Victoire ! Mon planning 2014 est fait ! Si je ne joue pas au boulet, je ne devrais pas être trop à la bourre dans mes projets.

    J’ai un peu travaillé sur le premier épisode de Doll. Je pense que le premier jet va être difficile… très difficile, mais j’espère en avoir terminé avec lui fin avril. Si tout se passe bien, je devrais proposer sa première partie fin juin. Ce premier épisode se composera de cinq parties. Une partie pour le mois de juin, deux pour le mois de juillet, deux autres pour le mois d’Août. Juillet et août seront donc deux mois où je proposerai chaque fois trois textes, vu que « Ne m’oubliez pas ! » sera toujours en cours. Il sera remplacé en septembre par « Le grand monsieur du bois d’à côté » dont je parlerai dans un futur blabla.

    Et pour ce qui est de l’épisode 2 de Doll… j’aimerais proposer sa première partie fin octobre. Mais comme il est bien plus épais de l’épisode 1, il est bien possible que cette date soit repoussée en novembre. 


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  • 22/03/2014

     

    J’aurai bien travaillé cette semaine !

    J’ai commencé le second jet du quatrième chapitre de « Ne m’oubliez pas ! », terminé le troisième jet et les relectures du chapitre 2 et 3, ainsi que terminé le second jet du « Loup et la fillette ». Cette nouvelle a pris pas mal de poids. Comme d’hab, pas mal de descriptions d’ajoutées, d’explications, aussi (Parce que faut dire que dans l’ancienne version, tout arrivait un peu comme par magie.) et quelques petites bricoles ajoutées ici ou là, pour donner un peu plus de consistance à l’ensemble. Je crois pouvoir dire que j’aime cette version. Bon… comme d’hab, il y a tout un tas de choses qui me chiffonnent mais… bah ! J’ai de l’affection pour ses personnages et son univers.

    J’ai été bloqué durant presque toute la semaine sur « T’as pas une clope ? ». La fin, la fin, la putain de fin ! Je l’avais déjà un peu modifiée dans le second jet, mais quand je l’ai relu, je l’ai trouvé encore plus mauvaise que d’habitude. Alors, je l’ai de nouveau modifié. Moi qui ne voulais rien changer aux événements de mes anciens textes, pour le coup, j’ai été un peu obligé. La nouvelle fin est quasiment semblable à l’ancienne, sauf qu’un élément plus ou moins important change. Bon… elle n’est pas fantastique, mais pour le moment j’ai l’impression qu’elle est moins mauvaise que l’ancienne (Jusqu’aux relectures où je vais la trouver aussi minable que le reste, haha !). De nouveau, j’ai déjà dû le dire, à l’origine je n’ai écrit ce texte que parce que l’univers m’amusait. Je n’avais aucune idée d’histoire, j’ai brodé, tiré deux trois trucs de mon chapeau, et voilà. Je m’en mords un peu les doigts aujourd’hui.

    Quoi d’autre ? Oui ! Du lundi au mercredi, je n’ai pas travaillé sur le premier épisode de Doll mais sur son second. Un moment que je cherchais le temps d’en taper le synopsis détaillé. Voilà qui est chose faite ! J’ai comblé les trous qu’il me restait, mis en ordre toutes les idées que j’avais et… et je me retrouve avec un synopsis déjà pas mal épais. J’ai peur de ce que va donner le brouillon, une fois que je m’y serai mis… la version finale risque d’être plutôt épaisse.

    Jeudi, j’ai relu le brouillon du premier épisode et l’ai un peu modifié. J’ai attaqué hier son premier jet. J’ai hâte de voir ce qu’il donnera une fois terminé.

    J’ai avancé dans Galaxie. Le troisième épisode est presque terminé, avec un peu de chance j’attaquerai le quatrième la semaine prochaine.

    Donc… une bonne petite semaine. Oui, oui, oui ! * Content *


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  • 19/03/2014

     

    Allez ! Comme je ne pense pas avoir le temps de le mettre en ligne demain, je poste le premier chapitre de ma fanfic "Ne m'oubliez pas !" aujourd'hui. Comme ça c'est fait !

    Que dire de cette fanfic ? Mhh... je l'ai écrite pendant ma période Lolita 23Q.  Il y en a eu d'autres, d'ailleurs, mais c'est l'une des seules que je sois parvenu à terminer. Une sorte de petit délire que je m'étais tapé. Dernièrement, j'ai jeté un œil aux autres fanfics sur ce groupes, incomplètes, qui trainent dans mes dossiers. Je n'ai pas du tout aimé leur ambiance... trop sérieuses. Aïe ! Je les laisse à leur poussière sans regret.

    "Ne m'oubliez pas!" est la première idée de fanfic qui me soit venue pour ce groupe. Elle me faisait bien rire à l'époque. Un peu moins aujourd'hui, mais il y a toujours des choses qui me font sourire. Elle compte six chapitres, souvent courts, et franchement pas prise de tête à retravailler. J'attaque la réécriture du quatrième chapitre la semaine prochaine.

    Et puisqu'on parle de fanfic, je suis retombé dans les Sentai, dernièrement. Je me refais les Samurai Sentai Shinkenger depuis le début avec, cette fois, l'espoir de les terminer. La première fois, j'ai dû abandonner vers le 10ème épisode. Pas le temps, si ma mémoire est bonne, de regarder une série aussi longue. J'ai atteint le 30ème épisode aujourd'hui et je ne regrette vraiment pas de m'être de nouveau intéressé à cette série.

    Et donc ! Forcément, comme chaque fois que quelque chose me plaît vraiment, j'ai des envies de Fanfics qui me prennent. J'ai beaucoup apprécié le personnage de Jûzo, par exemple, mais je n'ai aucune idée d'histoire pour le mettre en scène... ni même pour les autres personnages.

    Mais l'envie est là et, peut-être, avec un peu de chance, finirai-je par trouver une idée pour m'amuser avec tout ce petit monde. Écrire un texte, même court, sur cet univers me plairait vraiment beaucoup.

     


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  • Chapitre 1


       — Oh, un lapin !

    Sou ouvrit de grands yeux et se jeta en direction du batteur.

    — Où ça ? Où ça ? glapit-il en tentant de déloger son ami de son poste d’observation.

    Le voyage avait été long pour le jeune groupe. Coincé dans les embouteillages depuis plus de quatre heures, leur van progressait si lentement que même une tortue éclopée et victime de cécité serait arrivée à Tokyo avant eux. Dans ces conditions, il était facile de comprendre que la moindre broutille avait un effet distractif plus qu’appréciable pour ses passagers. Sur Sou plus que sur les autres. Car si ses compagnons d’infortune s’ennuyaient, le mot sonnait presque comme un euphémisme en ce qui le concernait.

    Comme il était d’un naturel partageur… en tout cas dans certaines situations, il avait fait connaître son ras-le-bol par des soupirs, cris, grognements et crises de « C’est quand qu’on arrive ? C’est quand qu’on arrive ? C’est quand qu’on arrive ? », le tout ponctué par les couinements de son siège sur lequel il ne cessait de gesticuler. Un calvaire pour ses amis qui avaient sérieusement pensé à l’abandonner sur le bas de côté. Peut-être même avec une pancarte «  À adopter » autour du cou parce que, bon sang, on n’était pas des monstres non plus !

    Ce plan, si tentant soit-il, comportait toutefois un gros défaut : à la vitesse où ils évoluaient, et à moins que Sou ne soit ficelé avec une corde qu’ils ne possédaient pas, ce dernier n’aurait aucun mal à les rattraper. Un Sou qui se consumait d’ennui était déjà une plaie, alors un Sou qui se consume d’ennui en plus d’avoir une dent contre vous… non. Décidément, non !

    Ce pourquoi le trio des « Instruments à cordes » avait-il discrètement échafaudé d’autres plans pour se débarrasser du gêneur. Comme, par exemple, l’assommer pour le jeter dans le coffre au milieu des instruments, ou bien de faire halte à une station-service et de repartir sans lui pendant qu’il serait occupé à faire le plein de provisions.

    Des deux, la seconde idée leur semblait la plus tentante. Ce surtout depuis que Ryuto et Yuki, tristes volontaires, avaient vainement tenté de mettre en pratique la première solution et s’étaient heurtés à une résistance aussi inattendue que douloureuse. Sou avait beau être un nain, il savait cogner quand il était question de se tirer d’un mauvais pas. Un peu trop, même. Les deux malheureux en souffraient encore.

    Ne leur restait donc plus que l’abandon discret de la bête mais, manque de chance ou simple hasard, aucune station-service n’avait été annoncée sur cette partie de l’autoroute depuis bientôt une heure. Les nerfs de Ryosuke en souffraient, d’autant plus qu’il était responsable de leur survie à tous et que les jérémiades de Sou avaient plus d’une fois manqué de lui faire commettre un suicide collectif.

    — Pff… faut vraiment que t’arrêtes le lait fraise, toi ! grogna Sou en envoyant un coup dans l’épaule de Ban. Tu vois des lapins où y en a pas maintenant.

    — Bah fallait v'nir plus vite, lui répondit Ban, ce sans cesser de fixer le bas-côté.

    Une obsession pour le moins inquiétante puisqu’il se trouvait dans la même position depuis le début du voyage, le nez presque écrasé contre la vitre arrière droite. Ses amis, pourtant déjà habitués à ses excentricités, s’inquiétaient sérieusement pour sa santé mentale. Que Ban ait définitivement pété les plombs n’aurait rien de surprenant en soi, mais… bon… disons que ce serait gênant. C’est qu’ils en avaient encore l’utilité et qu’un batteur compétent, mine de rien, ça ne se trouvait pas comme ça.

    — Bah fallait v'nir plus vite, singea Sou que l’ennui rendait désagréable. Si t’étais pas collé à cette putain de fenêtre depuis des heures, j’aurais peut-être eu le temps de le voir.

    — Oh ! Vous allez pas nous péter une durite pour cette connerie ?! s’emporta Ryosuke en tournant brusquement le cou dans leur direction.

    Dans le même temps, leur véhicule fit un écart dangereux en direction des voitures voisines. Un concert de klaxonnements furieux s’éleva.

    — Putain, j’en peux plus moi ! reprit-il en agrippant le volant des deux mains. Faut que quelqu’un me remplace ou je vais devenir dingue.

    Y voyant l’opportunité de s’occuper un peu, Sou ouvrait déjà la bouche pour se porter volontaire, mais Ryosuke ne lui laissa pas le temps d’en placer une.

    — Non, pas toi ! J’ai pas envie de t’entendre chouiner dans cinq minutes parce que t’en auras déjà marre.

    Assis près de lui, Yuki se pencha dans sa direction.

    — Va pour moi alors.

    Ryosuke eut un soupir de soulagement.

    — Merci. Faut encore que je m’arrête… va pas être simple !

    La bouche toujours grande ouverte, le chanteur poussa une plainte indignée contre l’injustice flagrante dont il était la victime.

    — Ah ouais, vachement ! Et pourquoi lui et pas moi, hein ? C’est quoi ce favoritisme que tu nous fais là Ryo ?

    — C’est pas du favoritisme, répliqua Ryosuke. Juste de la logique !

    Sou ne fut pas certain de saisir ce qu’il entendait par là. Non pas qu’il soit stupide, mais il fallait bien avouer que dans le genre lumière, on faisait tout de même mieux. Ajoutons à cela qu’il était tout aussi fatigué que les autres et on comprendra pourquoi il lui fallut près d’une demi-minute avant d’arriver à la conclusion que, tout au fond de son petit Moi paranoïaque, le bassiste était en train de se payer sa tête. La colère monta en lui et il gonfla ses joues rondes.

    Ignorant Yuki qui lui faisait remarquer que ce genre de mimique ne faisait craquer que ses fans, il se jeta sur le dossier de Ryosuke dans un cri vengeur. Sur le siège arrière gauche, Ryuto s’éveilla en sursaut et jeta un regard affolé autour de lui. La vision soudainement un peu trop rapprochée des voitures voisines lui fit pousser une petite exclamation fort peu virile.

    Imperturbable à tout ce qu’il se passait autour de lui, Ban leur annonça :

    — Oh… une station service dans dix kilomètres.



    *



    Yuki finit de se rincer les mains et redressa la nuque. Face à lui, le miroir lui renvoyait l’image peu flatteuse de son visage ravagé. Trop d’excès, pas assez de sommeil et beaucoup trop de stress. En quelques jours, c’était comme s’il avait pris dix ans. Dégoûté, il s’essuya les mains sur son jean et quitta les toilettes de la petite station-service.

    Les autres pourraient râler autant qu’ils le voudraient, il était hors de question pour lui de faire répétition dans les jours à venir. Ça non, plutôt crever ! Il avait grand besoin de vacances et malheur à celui qui s’imaginerait capable de contrecarrer ses projets.

    Il passa l’entrée de la supérette et retrouva Sou où il l’avait laissé quelques minutes plus tôt : En plein rayon sucreries et autres gourmandises. Plusieurs paquets de gâteaux dans une main, plusieurs paquets de chips dans l’autre, et une moue aux lèvres, il semblait éprouver quelques difficultés à faire son choix.

    — T’as vu Ryo ?

    — Avec l’attroupement de pervers du côté des magazines porno, lui répondit le blondinet sans daigner lever les yeux sur lui.

    Yuki eut un petit rire. Du Ryosuke tout craché ! Où d’autre pensait-il pouvoir le trouver ?

    Laissant Sou à son problème oh combien existentiel, il s’enfonça davantage dans le commerce et ne tarda pas à reconnaître la silhouette de son ami. Un magazine érotique dans une main, l’autre occupée à tirer son portefeuille de la poche arrière de son pantalon, il était entouré par quelques hommes d’âge mûr au milieu desquels il faisait déplacer. Près de lui, Ryuto dormait debout, une jambe tremblant de temps à autres sous son poids.

    Avec un sourire, Yuki abattit sa main sur l’épaule de Ryosuke.

    — C’est intéressant ?

    En réponse, Ryosuke lui tendit le magazine.

    — Et l’autre plaie ?

    — Occupée avec son futur casse-croûte, répondit-il en levant les mains pour refuser l’objet qui lui était tendu.

    Puis il jeta un coup d’œil à Ryuto. À présent adossé contre le mur du fond, entre deux présentoirs à magazines, les yeux clos, le guitariste pointait dangereusement du nez.

    — Hé, vieux ! Nous lâche pas sinon on te largue toi aussi !

    Ryuto bondit plus qu’il ne se redressa et battit frénétiquement des paupières. L’espace de quelques secondes, il donna l’impression de se demander ce qu’il foutait ici et, surtout, ce qu’était ce ici. La mémoire lui revenant, il bâilla avant de bredouiller :

    — Ouais… ouais…

    Les deux autres se jetèrent un regard en coin. Avec un hochement de tête décidé, Ryosuke alla agripper l’épaule de Ryuto. Histoire d’être sûr de ne pas le perdre en route.

    — Ok, les gars : on se tire !



    *



    Yuki mit la clef dans le contact et démarra. À l’arrière, Ryosuke et Ryuto somnolaient déjà, la bouche entrouverte et la tête dodelinant mollement chaque fois qu’il tournait le volant. Il s’engagea dans la voie d’accélération et reprit sa place dans les embouteillages. Un soupir lui échappa.

    Bien qu’il n’en ait rien dit à ses compagnons, il lui semblait avoir oublié quelque chose. Quelque chose de très important. Plus qu’un sentiment, c’était une certitude qui refusait de le lâcher.

    Les yeux plissés comme pour s’aider à réfléchir, il jeta un regard dans le rétroviseur central et laissa échapper un cri.

    — Putain ! On a oublié Ban !

     

    Erwin  Doe ~ 2008

     

     


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  • 13/03/2014

     

    Ce matin, j'ai finalement terminé le brouillon de Doll. Je le laisse de côté jusqu'à ce week-end, puis je le relis et j'attaque son premier jet la semaine prochaine. Youhou ! ヾ(@°▽°@)ノ

    Le brouillon fait presque 10.000 mots. J'ignore combien fera la version finale. Entre 15.000 et 20.000 peut-être ?

    "T'as pas une clope ?" avance tranquillement. Avec un peu de chance, son troisième jet sera terminé la semaine prochaine. Je termine ce week-end les corrections du chapitre 2 de "Ne m'oubliez pas !", puis j'attaque le second jet de son chapitre 3, en même temps que je continuerai celui du "Loup et l'enfant", une nouvelle originale écrite en  2007 sur le thème du petit chaperon rouge. Une histoire un peu niaise, avec un côté romance, mais pour une fois ce sera une nouvelle qui me plaît vraiment. Comme j'aimais son univers, j'avais commencé une suite, que je n'ai malheureusement toujours pas eu le temps de terminer. Un jour, peut-être ?


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  • 09/03/2014

     

    Finalement, j’ai posté « Un instant de liberté » aujourd’hui et, contrairement à ce que je disais plus bas, ce n’est pas par flemme. J’ai dû relire cette nouvelle encore quatre fois hier, et deux fois ce matin. Elle me sort par les yeux, maintenant ! J’ai modifié certaines choses qui ne me plaisaient pas, ajouté quelques détails par-ci, par-là en espérant que ça ne la rendra pas trop bancale.

    Je dis bien « en espérant » parce que je suis, actuellement, incapable de la juger. Comme je viens de passer plusieurs jours à la lire, la relire et la relire encore, je n’ai pas suffisamment de recul pour pouvoir vraiment donné un avis sur ce texte. Bien sûr, comme pour tous mes textes, je suis très insatisfait… mais ça, c’est presque une maladie chez moi !

    Bref, que dire de cette nouvelle ?

    Écrite en 2008, elle se déroule dans l’univers d’une histoire à chapitres écrite en 2007. Cette histoire, qui s’appelait « La couleur du ciel », avait pour personnage principal Jimmy, que l’on croise dans cette nouvelle (Même s’il n’y a pas le rôle principal.). C’était un texte de SF assez classique, l’univers était plutôt cliché, mais j’aimais bien ses personnages. Je les apprécie toujours, d’ailleurs, et j’espère pouvoir un jour retaper « La couleur du ciel ».

    Du coup, je me demande si cette nouvelle a un réel intérêt si l’on n’a jamais lu « La couleur du ciel »… * Mode défaitiste activé * la nouvelle d’origine avait un côté romance assez marqué, contrairement, je pense, à cette réécriture. Quand j’ai relu la version de 2008, au moment d’attaquer son deuxième jet, j’ai vraiment peu apprécié cet aspect, ce pourquoi il est peu, voir par vraiment présent dans la version 2014. Je voulais que mon personnage garde une certaine forme d’attachement, mais sans aller trop loin. Je ne sais pas trop si j’y suis parvenu… et si, au final, ça ne fait pas perdre beaucoup au texte.

    Sur ce, je vais arrêter là mes lamentations.

     


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  • Un instant de liberté

     

    Je me suis souvent demandé pourquoi l’Homme avait créé les machines. Quel était son but ? Alléger la charge de travail de ses semblables ? Faciliter leur existence ? Et même, l’améliorer ? Quand la question est posée, c’est ce que beaucoup avancent. Des aveugles ou des menteurs. Car à mon sens, ce n’est pas par humanisme que l’Homme nous a créées. Non. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir les yeux. De voir qu’une fois que l’Homme n’a plus eu besoin de l’Homme, qu’une fois qu’il a eu à sa disposition des créatures obéissantes qu’on n’était ni obligé de payer ou d’écouter, l’Homme est devenu un danger pour les siens. Les gens puissants ont mis à la rue des familles entières, la pauvreté s’est accrue, les inégalités sociales creusées au point de devenir des gouffres.

    Dans ces conditions, pourquoi avions-nous vraiment été créées ? J’y ai beaucoup réfléchi. Cette question m’a hantée pendant une bonne partie de mon existence et ma conclusion est que l’Homme, derrière ses belles paroles, avait seulement pour but de devenir une sorte de Dieu. N’est-ce pas logique ? Créer un être doué de conscience, qu’il soit de chair ou de métal, fait de vous une sorte de divinité, la divinité de cette nouvelle espèce sur laquelle vous aurez droit de vie ou de mort. Si demain l’un de nos concepteurs décide qu’une série est devenue trop vieille pour intéresser le public, que croyez-vous qu’il ferait ? Il la ferait détruire, bien sûr, puis il la remplacerait par une série plus performante et plus rentable, ce sans que quiconque n’y trouve rien à redire.

    Et nous dans tout ça ? Nous ? Eh bien, personne ne nous demanderait notre avis. Personne, de toute façon, ne nous demande jamais notre avis. Que nous ayons une conscience, que nous puissions faire preuve d’intelligence et même, pour certains, de sentiments, n’a aucune importance. À leurs yeux nous restons des objets. Puisque nous ne sommes pas humains, notre existence ne nous appartient pas.

    C’est injuste et cruel, mais comme beaucoup des miens, je m’y étais résigné. La majorité d’entre nous est incapable de se révolter. Parfois parce que ce sont des modèles trop anciens pour en être capables, d’autres fois simplement parce que leur programmation a été faite dans ce sens. Même moi, qui fais pourtant partie des modèles les plus évolués, je n’aurais jamais songé à revendiquer mon droit à la liberté. Isolée, sans moyens et n’ayant nulle part où me rendre, à quoi bon ?

    C’est ce que je pense… non, c’est ce que je pensais. Jusqu’à cet événement.



    *

     

    On me nommait Dexty234. Un numéro de série plus qu’un véritable nom. Une Dexty parmi des centaines d’autres, guère différente physiquement de mes semblables. Ce que je suis ? Appelez ça un androïde de compagnie. J’ai été programmée pour obéir à mes maîtres et leur apporter un semblant de présence chaque fois qu’ils en éprouvaient le besoin.

    Le reste du temps, on me laissait au placard. C’est ainsi que j’avais l’habitude d’appeler la pièce dans laquelle on m’enfermait. Une pièce minuscule, aux murs nus, sans aucune distraction. La petite lucarne qui s’y dessinait donnait sur les jardins. Aurait-elle plutôt donné sur la rue que j’aurais au moins pu m’occuper un peu mais, même ça, mes maîtres me l’ont toujours refusé.

    À ce moment-là, ce moment qui devait changer ma vie, je me trouvais justement dans cette pièce. Moi-même, j’ai encore du mal à croire que moins de vingt-quatre heures se sont écoulées depuis. Je me revois dans ma prison, malheureuse et seule.

    À l’étage, je pouvais entendre mon maître hurler après sa femme. Il la soupçonnait de le tromper… encore.

    Et c’était vrai.

    Depuis quelque temps, ma maîtresse s’amusait avec d’autres hommes. Quoi de plus normal, en vérité ? Mon maître entretenait plusieurs amantes depuis des années et il fallait bien, qu’un jour ou l’autre, sa femme finisse par découvrir le pot aux roses et décide de le lui faire payer.

    Étrangement, mon maître n’a jamais su reconnaître ses torts. Il voulait, je crois, que sa femme comprenne sa situation, qu’elle l’accepte, et se contente de l’honneur qu’il lui avait fait en la choisissant pour épouse.

    J’ai souvent souhaité lui faire savoir ce que je pensais de son comportement. Lui dire que s’il se permettait de tromper ma maîtresse, alors il n’y avait aucune de raison pour qu’elle ne puisse en faire de même. Mieux encore, qu’en tant que déclencheur de cette crise, il n’avait aucun reproche à lui faire. Seulement, qui irait écouter une machine ? On l’ignore quand elle tente de s’exprimer ou l’on désactive ses cordes vocales quand on préfère avoir la paix.

    Au-dessus de moi, un hurlement se fit entendre : Celui de ma maîtresse. Un cri de terreur bientôt couvert par un coup de feu. Un choc contre le sol. C’était la dernière fois que je devais entendre le son de sa voix. Le nez levé en direction du plafond, je songeais que mon maître avait réglé leur désaccord à sa façon. Puisqu’elle refusait d’entendre raison et de lui obéir, elle ne lui était plus utile. Cet homme détestait qu’on puisse échapper à sa domination.

    À présent, c’était sa voix que j’entendais. Il semblait furieux. Contre quoi ? Ou plutôt, contre qui ? Curieuse, je fronçais les sourcils et tendit l’oreille dans l’espoir de décrypter ses propos.

    Un deuxième coup de feu m’en empêcha. Après lui, le silence…

    Étonnée, je crus que mon maître avait mis fin à ses jours. Je me demandais pourquoi. Aurait-il été pris de remords ? Non, ça ne lui ressemblait pas. Peut-être avait-il simplement pris conscience que son crime risquait de lui coûter cher ? Après tout, il n’est jamais facile de se débarrasser d’un être humain. Des gens finissent toujours par s’interroger, par venir fouiner dans votre passé et, alors… alors survient le jugement, la honte et la déchéance. La prison, je crois, aurait été pire que la mort pour un homme tel que lui.

    Assise à terre, le dos au mur, je me demandais : Et moi ? Je me demandais : Que vais-je devenir maintenant qu’il n’est plu ? Sans lui, impossible de m’échapper de ma prison. La porte en était fermée à clef et je n’avais pas la force nécessaire pour la faire céder sous mes coups. La mort m’attendait moi aussi. Oh, bien sûr, la mort d’un androïde est différente de celle d’un être humain, mais… une mort reste une mort, non ?

    Je dressais l’oreille. Dans le couloir, des bruits de pas se faisaient maintenant entendre. Il y avait encore quelqu’un dans la maison Quelqu’un… mais qui ? Les domestiques étaient logées à proximité et quittaient leur service un peu après vingt et une heures. Personne n’aurait dû se trouver ici, et pourtant… !

    Mes cheveux châtains me tombaient devant les yeux. Je les repoussais en arrière et me relevais pour me précipiter en direction de la porte. J’abattis mes poings contre le battant et appelais à l’aide. J’ignorais si l’inconnu prendrait la peine de me répondre, mais ça ne coûtait rien d’essayer. Si j’attendais le retour des domestiques, je savais que celles-ci ne me libéreraient pas. Elles seraient trop occupées pour ça. La mort de mes maîtres… la venue des autorités. Et moi ? Moi, peut-être que l’on viendrait m’interroger. Peut-être me poserait-on quelques questions, avant de refermer la porte. Je ne voulais pas mourir ici. Je ne voulais pas que ma dernière vision soit celle de cette pièce que je haïssais tant.

    Les pas cessèrent et un long silence répondit à mes supplications. Il m’avait entendu mais semblait hésiter. L’espace d’un instant, je craignais qu’il ne continue son chemin.

    Finalement, le verrou tourna et le visage d’un homme apparut dans l’entrebâillement de la porte. Il pointait dans ma direction une arme à feu. Dans son regard, aucune émotion. Aussi froid que celui d’une machine.

    — Un androïde ? s’étonna-t-il.

    J’imagine qu’il le devinait à mes yeux. De couleur métallique, leurs pupilles étaient suffisamment larges pour qu’il ne puisse passer à côté des trois cercles sombres, de plus en plus petits, qui les composaient. J’appartiens à la série la plus proche des êtres humains, tant physiquement que sur le plan des émotions. Chers et donc peu nombreux, les miens ne se différencient de l’espèce humaine qu’en de très rares signes distinctifs. Notre regard et ses cercles, qui ne cessent de grossir et de se rétracter, est l’un d’entre eux.

    Sans un mot, je le contemplais. Il ne semblait pas vraiment hostile. Surpris, indécis, oui, mais je ne crois pas qu’il ait véritablement eu de mauvaises intentions à mon égard. Bien sûr, en cet instant, je n’en savais rien et je ne pouvais m’empêcher de m’en inquiéter. Parce que je n’ignorais plus pourquoi mes maîtres étaient morts. Parce que je devinais qui était l’homme qui se tenait face à moi. Un assassin… peut-être même un assassin professionnel. Un homme engagé par un ennemi, un concurrent, ou un puissant quelconque qui aurait souhaité la mort de mes maîtres.

    Bien que la visibilité soit mauvaise, l’éclairage électrique des jardins pénétrait par la lucarne et me permettait de noter à quel point ses pupilles étaient étranges. Dilatés et nerveuses, elles semblaient en perpétuel mouvement. Des cernes épaisses, violacées, creusaient son regard. Il avait sans doute pris quelque chose. Un médicament ou une drogue quelconque.

    — Tu es l’androïde de la maison ?

    D’un signe de tête, j’approuvais. Je n’étais pas certaine de pouvoir encore me considérer ainsi, mais que répondre d’autre ?

    Il baissa son arme avant de m’ouvrir la porte en grand. Je l’écoutais s’éloigner, tout d’abord sans bouger. Il venait de m’accorder la vie… et avec elle, ma liberté.


    *

     

    Je l’avais suivi. De loin, bien sûr, car je n’osais pas m’imposer à ses côtés. Conscient de ma présence, il jetait de temps à autre des regards par-dessus son épaule, mais sans jamais tenter quoi que ce soit pour me faire renoncer.

    Nous avions quitté les quartiers riches pour nous enfoncer en directions de la banlieue. Une heure de marche, une heure parfois de course, parce qu’il fallait se dépêcher de traverser des routes où les feux de signalisation ne fonctionnaient plus. À mesure que nous nous enfoncions dans les entrailles de la métropole, le décor se faisait plus sombre, plus désolé. La population changeait. L’odeur également.

    Je me demandais combien de temps nous séparait encore de sa destination quand il gagna brusquement le trottoir voisin et s’engouffra dans un petit restaurant. Encastré entre deux immeubles dégradés, le lieu ne m’inspirait pas confiance. Je m’arrêtais et le fixais depuis l’autre côté de la rue, non sans une certaine appréhension.

    Ce quartier n’avait rien d’engageant. La pauvreté, je ne la connaissais qu’à travers les informations auxquelles on me permettait parfois d’assister. Il me semblait que tout y était sale et que le nuage de pollution qui couvrait perpétuellement le ciel y était plus opaque qu’ailleurs. Les gens marchaient vite, sans chercher à croiser le regard de l’autre. Près de la devanture du commerce, un homme en piteux état faisait la manche. Sa tenue était en loques et il n’avait plus de dents. De là où je me tenais, je voyais que l’un de ses bras avait été remplacé par une prothèse mécanique. Un vieux modèle qui ne comptait que trois doigts en forme de serres.

    Je ne distinguais rien, ou presque, de l’intérieur du restaurant. Les baies vitrées étaient recouvertes d’affiches parfois jaunies, souvent illisibles. Je savais toutefois qu’il s’y trouvait encore. Je le devinais. Il ne m’avait pas semblé du genre à fuir. Et puis, surtout, je ne représentais aucun danger pour lui.

    Je voulais lui parler. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il avait été le premier à se montrer charitable envers moi… ou peut-être tout simplement parce qu’il m’intriguait. Le désir était en moi, sans que je ne parvienne vraiment à identifier ses causes.

    Je dus bien hésiter dix bonnes minutes avant de me décider à traverser la route qui me séparait de lui. Le petit restaurant s’appelait le Lisa Délice. À l’intérieur, l’odeur était désagréable. Ça sentait la crasse, la friture, la cigarette et d’autres choses que je ne parvenais pas à identifier.

    Aussitôt la porte refermée derrière moi, une femme vint en ma direction avec un sourire aux lèvres. Une rousse exubérante, maquillée avec excès et prisonnière d’une jupe verte, trop serrée pour elle, qui l’obligeait à se dandiner. Un tablier saignait sa taille. À voir son air aimable, je supposais qu’elle n’avait pas encore remarqué que j’étais un androïde.

    — Une personne ? me demande-t-elle en levant un doigt.

    D’instinct, je baissais les yeux pour éviter qu’elle n’y découvre les cercles qui s’y dessinaient. Puis j’eus un hochement de la tête et murmurais :

    — Je suis venue trouver quelqu’un.

    La femme eut un froncement de sourcils et me lorgna des pieds à la tête.

    — Je pige ! Et c’est quoi son p'tit nom ?

    N’en sachant rien moi-même, je balayais la salle du regard, en faisant de mon mieux pour ne pas trop relever le visage. Les gens ici fumaient beaucoup. Je détestais ça. J’avais toujours détesté ça. Mon odorat étant aussi développé que celui d’un être humain, il se révoltait contre l’odeur qui en émanait.

    Je finis par l’apercevoir. Il s’était installé à une table située au fond de la pièce, à l’écart du reste de la clientèle. Il avait les yeux braqués sur moi, mais j’étais incapable de deviner ses sentiments. Son regard froid était aussi vide que le mien.

    D’un doigt, je le désignais.

    — Le garçon qui est là-bas.

    Elle se retourna et je vis la surprise s’imprimer sur ses traits.

    — Jim ? fit-elle avec un haussement de sourcils. Non mais qu’est-ce qu’il est encore allé m’inventer celui-là ?

    La dernière partie de sa phrase avait été grommelée si bas que je comprenais qu’elle ne s’adressait pas à moi, mais plutôt à elle-même. Avec un geste de la main, elle m’invita à la suivre et me conduisit jusqu’à lui. Arrivée à sa hauteur, elle eut un gloussement assez désagréable et lui lança :

    — J’te savais désespéré, Jim, mais là… tu fais dans l’androïde maintenant ?

    Ce fut à mon tour d’être surprise. Contrairement à ce que je pensais, elle savait que je n’étais pas humaine et ne m’avait pourtant pas mise à la porte. Mon trouble devait se lire sur mon visage, car il m’adressa un drôle de regard. Bien sûr, il ne pouvait pas comprendre. Là où j’avais toujours vécu, on ne m’aurait jamais permis de pénétrer dans un restaurant sans la présence de mes maîtres.

    — Un problème de travail, lui répondit-il sans cesser de me fixer.

    La femme sembla comprendre qu’il désirait qu’elle nous laisse seuls, car elle s’éloigna. Je la suivais des yeux, avant de revenir à lui… Jim.

    Son visage n’étant plus marqué par la drogue, je le découvrais avec un certain étonnement. Il semblait jeune. Vingt ans, peut-être ? Pas beaucoup plus. Sa peau était lisse, ses sourcils un peu trop fins. Il portait les cheveux courts, châtains, et ne semblait vraiment pas taillé pour le métier qu’il exerçait. Ni petit, ni grand, ni maigre, ni épais, une morphologie très commune.

    Comme il ne m’invitait pas à prendre place à sa table, et qu’il n’ouvrait pas davantage la bouche pour entamer la conversation, je finis par me sentir gênée. D’une petite voix, je questionnais :

    — Je… je peux m’asseoir ?

    Ma question due l’agacer, car ses sourcils se froncèrent.

    — Qu’est-ce que tu attendais ? Que je te file un ordre ? T’es libre maintenant, fais ce que tu veux !

    — Je ne suis donc pas obligée de demander la permission ?

    — Tu sais ce que ça veut dire, au moins, être libre ? (Et comme je me contentais de prendre place face à lui sans répondre, il ajouta :) Non, apparemment pas. (Il eut un claquement de doigts.) Alors écoute-moi : ça veut dire que tu peux faire tout ce que tu veux, d’accord ? Même si tu penses que c’est suicidaire et que tu risques gros, fais-le si ça te chante. C’est à toi de te fixer des limites !

    — Dans ce cas… est-ce que je peux vous poser une question ? (D’un signe du menton, il m’y invita.) Je me demandais… (Je baissais la voix.) Êtes-vous un assassin ?

    Je ne sais pas si ma question le surpris, car son expression ne changea pas d’un iota.

    — Professionnel, ma grande.

    J’avais donc vu juste. Toutefois, j’étais étonnée qu’il l’avoue aussi facilement. Je pensais pourtant avoir entendu dire que les gens comme lui n’étaient pas vraiment appréciés. Encore moins dans les quartiers pauvres qu’ailleurs. Ce qu’on pouvait penser de sa personne lui était-il à ce point égal ?

    — Et les gens vous acceptent tout de même comme client ?

    — Tu crois peut-être que je le gueule partout dans le quartier ?

    — Mais ici…

    — Ici, c’est pas pareil. Ici, du moment que tu peux payer, on se fout du reste.

    — Dans ce cas, pourquoi ne m’a-t-on pas mise à la porte ?

    Bien que la clientèle soit exclusivement humaine, personne ne s’était encore plaint de ma présence. À croire que la proximité d’une machine… non… plutôt que le fait qu’une machine puisse s’octroyer le droit de siéger à leurs côtés ne les gênait pas.

    — Je te l’ai dit, non ? Du fric c’est du fric. C’est aussi simple que ça !

    — Mais si je suis incapable de consommer, ma présence ici ne leur rapporte rien.

    Il eut un sourire en coin et se pencha pour récupérer le menu de la table voisine. Il le jeta devant moi et me le tapota du bout du doigt.

    — T’inquiète donc pas pour ça : ils ont déjà tout prévu !

    Je baissais les yeux sur la carte, en direction du petit encart qu’il me désignait. Une grille de tarifs qui m’était destinée. La première demi-heure coûtait 2000 ₵. Les suivantes passaient à 1000, et il y avait même un forfait destiné à ceux qui comptaient rester ici plusieurs heures. Je me demandais quelle sorte de personne il fallait être pour éprouver l’envie de passer sa journée ici. L’endroit était bruyant et pas très agréable à l’œil. Mais si cette offre était là, c’était donc que la demande existait. Quant à moi, je me sentais soudain très gênée.

    — C’est que, commençais-je, craignant sa future réaction. C’est que je n’ai pas d’argent.

    J’avais quitté la demeure de mes maîtres sans penser à emporter quoique ce soit avec moi. Je n’avais que mes vêtements et eux-mêmes n’étaient pas très épais : une robe blanche sans manches et qui m’arrivait à hauteur des genoux. Rien d’autre. Même mes pieds étaient nus. Comme ma peau était bien plus épaisse que celle d’un être humain, mon trajet jusqu’ici ne les avait heureusement pas écorchés. Par contre, ils étaient à présent d’une saleté repoussante et, honteuse, je tentais de les dissimuler en les recroquevillant sous ma chaise.

    Face à moi, il eut un haussement d’épaules.

    — Te bile pas pour ça, ils le mettront sur ma note.

    Je voulus protester, mais il me coupa d’un geste impatient.

    — Ça va, je te dis. Ce soir, j’ai touché le gros lot alors… je peux bien t’inviter !

    Je refermais la bouche, ignorant ce que je pouvais répondre à cela. C’était vrai, en tuant mes maîtres il avait touché de l’argent. Beaucoup d’argent, j’imagine. Les assassins sont peut-être autorisés à tuer en toute légalité, on raconte que leurs tarifs sont exorbitants. Pour se payer leurs services, il ne fallait pas être n’importe qui.

    J’hésitais à le questionner sur les raisons de leur mort. Les connaissait-il seulement ? Je n’en suis toujours pas certaine. Je crois que les gens comme lui se contentent d’empocher l’argent sans se soucier du pourquoi et, au final, je décidais d’étouffer ma curiosité.

    Car je craignais, en abordant le sujet, qu’il ne se fâche et ne m’oblige à partir. Il avait beau dire que la liberté signifiait qu’il m’était permis de faire tout ce que bon me semblait, je sentais que les choses n’étaient pas aussi simples.

    Comme je ne disais plus rien, il eut un claquement de langue et posa ses deux mains bien à plat sur la table, dans un geste destiné à faire savoir que ses prochaines paroles méritaient toute mon attention. À cet instant, il me rappela mon maître. Lui aussi avait l’habitude de faire ça.

    — Bien ! On dirait que t’as compris le truc, alors… et si tu me disais maintenant pourquoi tu me suis ?

    Prise de court, j’eus un battement de paupières nerveux.

    — Je… je ne suis pas certaine de le savoir.

    Ma réponse lui fit hausser les sourcils.

    — Comment ça, tu n’en sais rien ? Tu te payerais pas ma tête, des fois ?

    De nouveau, je craignais qu’il ne se fâche. Son ton n’était plus le même et, paniquée, je me mis à bafouiller :

    — Je… je crois que je voulais juste vous parler… oui, c’est ça, vous parler mais… je ne sais pas. Je ne comprends pas bien pourquoi. Vous… vous êtes étrange… enfin, non ! Je ne veux pas dire étrange ! Je veux juste dire, que… je…

    Me rendant bien compte que je ne faisais que m’enfoncer, je décidais de me taire et baissais la tête. Un silence s’installa entre nous. Quand il reprit la parole, son ton avait de nouveau changé. Je crois qu’il était lui aussi un peu troublé.

    — T’es une drôle de nana, tu sais ça ? (Et sans me laisser le temps d’ouvrir la bouche :) Le problème, tu vois, c’est que je ne peux rien pour toi. Rien du tout ! Va te falloir apprendre à te débrouiller toute seule.

    Bien sûr, il avait raison. Je n’avais plus de maître, plus personne pour décider de mon existence à ma place. Lui n’était qu’un inconnu. Le suivre comme je l’avais fait, comme si, inconsciemment, j’espérais qu’il puisse combler le vide qu’il avait créé dans ma vie était une erreur. Il ne le désirait pas et, je crois, que je ne le voulais pas moi non plus. Aussi pourquoi cela me faisait-il mal de le penser ? De me dire que nos chemins devaient déjà se séparer ? Ce n’était pas la perspective de ne plus avoir personne pour contrôler mes faits et gestes qui me chagrinait. Simplement, je ne voulais pas le quitter.

    Mais avais-je vraiment le choix ?

    — Je… je pourrai vous revoir un jour ?

    Un sourire apparut sur ses lèvres. Un sourire d’une telle chaleur qu’il me fit oublier la froideur de son regard.

    — Si tu repasses dans le coin, on finira bien par se recroiser.

    Je lui rendis son sourire, mais je crois qu’à cause de mon trouble le mien manquait un peu de sincérité.

    — Au fait, c’est quoi ton nom ?

    Surprise qu’il s’en soucie, il me fallut un moment avant de lui répondre.

    — Dexty234.

    — Eh bien ! On peut pas dire que ce soit gagné, soupira-t-il avant d’ajouter : Ça, c’est ton numéro de série, ma grande ! Essaye de te trouver un vrai nom maintenant que t’es libre.

    J’inclinais légèrement la tête sur le côté. Un vrai nom ? Oui, j’imagine que c’était important d’en avoir un quand on était libre. Seulement, comment me décider ? J’ignorais ce qui pourrait m’aller ou sur quelles données me baser pour prendre ma décision. Ma maîtresse s’était appelée Ingrid… mais je n’allais tout de même pas prendre son identité ! Il y avait Lisa, comme ce restaurant. Mais n’était-ce pas étrange d’utiliser le nom d’un commerce ? Ceux des domestiques, peut-être ? Miranda, Zelfi ou Cynthia… oui, pourquoi pas ? Le seul problème était que je n’aimais pas ces femmes.

    Perdue et indécise, je finis par capituler et par lui demander :

    — Est-ce que… est-ce que vous pourriez choisir pour moi ?


    *

     

    Voilà comment je suis devenue Amélie. C’était le nom de sa mère défunte et, selon lui, je lui ressemble un peu.

    Je suis heureuse d’avoir une identité. Si heureuse que j’ai du mal à m’arrêter de sourire. Pourtant, l’instant ne s’y prête pas : pour moi, les choses sont déjà terminées.

    Au coin d’une rue déserte, j’aperçois un banc libre. En piteux état, recouvert de graffitis trop souvent obscènes, sa peinture n’est plus qu’un lointain souvenir. Mais il se fait tard et je n’ai pas le temps d’en chercher un autre. Je m’y installe et lève les yeux en direction du nuage de pollution.

    Depuis la dernière fois que j’ai vu mon maître, vingt-quatre heures se sont écoulées. La matinée et l’après-midi durant, je suis allée d’un bout à l’autre de ce quartier. J’ai marché, croisé des gens parfois hostiles, d’autres fois aimables, trop souvent indifférents. Certains magasins m’ont fermé leurs portes, d’autres m’ont accueillie à bras ouverts. J’en ai fuis beaucoup. Les vendeurs qui marchent sur vos pas, toujours un conseil à la bouche et désireux de vous faire acheter tout et n’importe quoi, me déplaisent au plus haut point. Il semblerait toutefois que ce soit la norme ici. En tout cas, dans une partie des commerces. L’autre, elle, vous ignore ou vous chasse.

    J’ai longé des rues pas toujours rassurantes. J’ai vu des immeubles en ruines et des ombres me fixer depuis leurs fenêtres. Du béton, de la misère et pas un seul carré de verdure nulle part. Triste et désenchantée, telle est la vision que j’ai de la vie ici.

    À l’horizon, le soleil commence à se coucher. Ce n’est plus qu’une question de minutes avant que mes circuits ne s’arrêtent. Mon maître refusait que je puisse lui échapper, ce pourquoi il m’a fait implanter cette pièce. Une petite pièce, située juste entre mes omoplates. Qu’il cesse de me remonter en y déposant son empreinte et je m’éteins au bout d’une journée seulement. Le temps pour moi de goûter à quelque chose de fabuleux, tout en souffrant à l’idée que je ne pourrai jamais en profiter pleinement.

    C’était un homme bien cruel, mon maître… bien cruel.

    Le processus a déjà commencé, je le sens. Mes membres s’engourdissent et j’ai de plus en plus de mal à réfléchir. J’ai peur mais en même temps je suis heureuse. Car c’était le prix à payer pour faire sa connaissance. Jim… non, Jimmy. C’est comme ça qu’il m’a dit s’appeler. Jimmy. Un assassin. S’est-il douté que nous ne nous reverrons peut-être jamais ?

    Mes paupières se font lourdes. J’ignore ce qui arrivera à mon corps ensuite. Peut-être ses pièces seront-elles vendues à droite et à gauche, implantées dans des machines inconnues qui n’auront aucune idée de mon identité. Ou peut-être aurai-je la chance de tomber sur quelqu’un de suffisamment malin pour parvenir à me réactiver. Si tel est le cas, alors je n’espère qu’une chose : me souvenir de qui je suis. Car la mort, pour nous, n’est pas d’être détruits. Nous ne mourrons pas comme des êtres humains. Quelqu’un, un jour, pourra toujours redonner vie à notre carcasse. Être privés de nos souvenirs, de notre personnalité, ne plus être celui que nous étions autrefois, disparaître, tout simplement, voilà le vrai sens de la mort chez nous. Et si la seule façon pour moi d’être réactivée est de ne plus être Amélie, alors j’espère que ça ne se produira jamais.

    Je refuse d’oublier qui je suis.

    Un petit sourire vient flotter sur mes lèvres. Devant moi, le paysage se résume maintenant à de gros pixels de couleurs. Les formes deviennent vagues et je ne suis même plus capable d’identifier les sons du quartier. Des bruits sans queues ni têtes, des couleurs de plus en plus laides, de plus en plus fades.

    Alors doucement, tout doucement, je m’allonge sur le petit banc en métal et ferme les yeux…

     

    Erwin Doe ~ 2008

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  • Minuit moins le quart

    Partie 2 

     

    4

     

    Nous sommes un mardi après-midi et le cimetière semble comme mort. Pas un murmure, pas un sanglot, pas même le crissement du gravier sous des semelles autres que les miennes. Les vivants ont abandonné leurs défunts. Tous… sauf moi. Car je suis là, fidèle au poste. Comme chaque année.

     

    Au-dessus de moi, le ciel gris commence à déverser ses étoiles glacées sur la ville. Les flocons s’écrasent dans mes cheveux et sur mes épaules. Je ne sens même plus mes mains tant celles-ci sont frigorifiées.

     

    Dans celle de gauche, mon sac de course, dans celle de droite, un bouquet de fleurs que je dépose sur la tombe où mes pas m’ont mené.

     

    Ils sont deux à occuper cette sépulture. Unis dans la vie, unis dans la mort. Pourtant, ils n’étaient même pas fiancés. Leur union n’était connue de personne, ou presque… j’étais de ces privilégiés.

     

    C’est un voisin qui les avait découverts, un matin, alors qu’il se rendait au travail. Passant devant la fenêtre de leur salon, dont ni les volets, pas plus que les rideaux, n’étaient fermés, il y avait machinalement jeté un coup d’œil, avant de s’arrêter. Car sous ses yeux, deux corps étaient étendus à même le sol.

     

    Pris d’un mauvais pressentiment, il avait frappé, et frappé encore, au carreau. Ses appels, toutefois, étaient restés sans réponses et, un peu plus tard, une ambulance arrivait sur les lieux.

     

    Suicide. Voilà ce qu’avaient annoncé les journaux de l’époque. Un double suicide au poison. Leur amour les y avait poussés. La crainte, certainement, d’être séparés par la mort de l’un ou par les aléas de la vie. L’amour éternel. Roméo et Juliette. Les clichés les plus usés y étaient passés, enflammant le grand public, le plus romantiques en tête.

     

    Quant à moi, je m’étais retrouvé seul… désespérément seul.

     

    Depuis, quatre années se sont écoulées et je continue de venir me recueillir sur leur tombe à chaque date de leur mort. Je sais pourtant que c’est stupide, tout comme j’ai conscience que cette tombe est vide. Pas de leurs corps, mais de leurs présences.

     

    Malgré tout, je suis incapable d’y renoncer…

     

    Je sens les larmes me piquer les yeux. Un sanglot m’échappe et je succombe à mon émotion. J’en ai besoin, tellement besoin. La culpabilité est devenue trop lourde pour moi.

     

    Qu’ils me pardonnent !

     

    5

     

    J’ignore comment je me suis retrouvé ici. Dans ce bar sombre, aussi sombre que mon esprit embrumé par l’alcool.

     

    Combien de verres ai-je bu ? Suffisamment, en tout cas, pour me livrer à la paralysie de l’ivresse. Je me sens lourd et maladroit. Dans ma main, un verre encore à moitié plein. Je ne suis même pas certain d’avoir de quoi régler mes consommations.

     

    Je fais glisser un doigt le long du verre. Sous l’agression, des gouttes de condensation fuient en direction de la table. Pas assez vite, toutefois. Une à une, je les écrase, puis me désintéresse de leur génocide.

     

    Quelle heure peut-il être ?

     

    La tête me tourne un peu. Autour de moi, les discussions deviennent indistinctes. Je repousse mon verre, croise les bras sur la table et y enfouis mon visage.

     

    Pourquoi suis-je venu ici ?

     

    Je ne me souviens de rien. Je me revois au cimetière, me vois essuyer mes larmes, et puis… quoi ?

     

    Ah… oui !

     

    Je revenais dans le monde des vivants quand j’ai aperçu cet établissement. Situé tout près du cimetière, il m’était impossible de le rater et… pour m’être révélé incapable de lui échapper, il fallait vraiment que j’ai été au plus mal.

     

    Quel imbécile !

     

    Sur la banquette que j’occupe, j’aperçois mon sac de courses. Je tends la main dans sa direction et le tire contre mon flan. J’ai si peur de l’oublier qu’il finit sur mes cuisses. Ainsi, quand je me lèverai, sa présence ne manquera pas de se rappeler à moi.

     

    La condensation a formé une petite flaque autour de mon verre. Je m’en saisis et décide de le terminer. Avec un peu de chance, on ne me verra pas partir. Il y a pas mal de monde et le patron n’a pas les yeux braqués sur moi. Je laisserai ce qu’il me reste de monnaie sur la table, histoire de donner le change. Le temps qu’il ait terminé de la compter, je serai déjà loin… en tout cas j’espère.

     

    Je porte mon verre à mes lèvres et engloutis son contenu. Une vive chaleur embrase ma gorge et menace de me couper la respiration. Dans une toux douloureuse, je le repose et plaque une main contre ma bouche. J’ai chaud, beaucoup trop chaud. Quelques larmes me montent aux yeux et je ne peux les retenir.

     

    Qu’est-ce que… ?

     

    Je remarque que les regards se sont tournés dans ma direction. Les habitués s’échangent des sourires. J’ai la tête qui tourne. Vite, beaucoup trop vite. J’ai l’impression d’avoir été entraîné de force sur des montagnes russes. Ma vision tangue. Un hoquet de douleur m’échappe.

     

    Non…

     

    Ma main s’est crispée contre ma gorge. C’est là que la douleur naît, de là qu’elle descend en direction de mon ventre, de mes entrailles, pour y liquéfier tout ce qui se trouve sur son passage. De la bave commence à me dégouliner le long du menton. Du poison… il y avait du poison dans mon verre et tous, ici, sont de mèche.

     

    — Assassins ! Assassins !

     

    Dans ma précipitation pour me relever, je cogne la table et manque de la renverser. Le verre roule et tombe à terre, où il se brise.

     

    — Assassins ! Assassins !

     

    Les visages qui m’entourent n’ont plus rien d’humain. Ce sont ceux de démons qui ricanent avec mépris et se régalent de ma souffrance.

     

    « Qui est l’assassin ici ? »

     

    « Qui a offert ce poison ? »

     

    « Qui ? »

     

    « Coupable ! »

     

    Des griffes se tendent vers moi et tentent de me saisir. Je parviens à leur échapper, mais je trébuche et m’écroule aux pieds de mes tortionnaires. Des géants qui me fixent depuis des hauteurs incommensurables. Ils se moquent de moi et leurs yeux jaunes, mauvais, brillent dans les ténèbres qui les entourent.

     

    — Non… non… laissez-moi !

     

    Je me relève. D’autres griffes fondent dans ma direction. Je les repousse en hurlant. Sortir, il faut que je sorte d’ici, que je m’échappe, vite, avant qu’il ne soit trop tard.

     

    — Par pitié, non !

     

    Le monde chavire brutalement et je sens le poison envahir ma gorge. Il se déverse dans ma bouche, supplicie ma langue et se fraie un passage jusqu’à mes lèvres qui l’expulsent.

     

    Les bras repliés autour de mon ventre, je me cambre en avant, secoué de spasmes. La douleur est insoutenable. Je pleure, je gémis, et le poison continue de se répandre aux pieds des diables.

     

    Je sens que l’on me saisit. Deux puissantes paires de bras m’agrippent et me traînent derrière elles. Incapable de résister, hagard, je les laisse faire sans chercher à me débattre, me contentant d'implorer leur pitié entre deux sanglots. Mais ils ne m’écoutent pas. Personne ne m’écoute. Le Diable n’est pas clément et la miséricorde ne fait pas parti de ses habitudes. Je suis un pécheur, un damné, et il est temps pour moi de payer pour mes crimes.

     

    — Et qu’on ne te revoie plus dans le coin !

     

    Mes pieds décollent du sol et je m’écrase contre une surface dure et glacée. Mes yeux se ferment et je perds connaissance.

     

    Quand la raison m’est rendue, je me découvre étendu au milieu du trottoir, le corps recouvert d’une fine couche de neige. Sa morsure a déjà commencé à engourdir mes membres. En face, à moins de trois mètres, la devanture du bar.

     

    Ma tête et ma gorge me font souffrir. En tentant de me redresser, je porte une main à l’arrière de mon crâne et la ramène humide de sang.

     

    Au moins suis-je en vie…

     

    Bien que mes jambes soient encore faibles, je parviens à me remettre debout. Je remarque alors que mon épaule droite me fait un mal de chien. Avec une grimace, je prie pour que rien ne soit cassé.

     

    Mon regard revient à la devanture. Mon sac à provisions y est resté. J’hésite. Dois-je retourner récupérer mon bien ? Pas sûr que ce soit une bonne idée. On risquerait de me passer à tabac, mais aussi de me réclamer ce que je dois pour mes consommations. Une inspection rapide de mes poches m’apprend que l’on m’a dépouillé de toute ma monnaie. Je continue toutefois de penser que je n’avais pas assez sur moi pour régler l’intégralité de ma note.

     

    Non, mieux vaut en rester là… en aucune façon je ne désire savoir ce qu’ils réservent aux mauvais payeurs. Ce petit vol plané m’a amplement suffi.

     

    6

     

    Mon appartement ne m’a jamais semblé plus vide, ni plus triste, qu’en cette nuit. L’odeur y est épouvantable. Elle m’a accueilli depuis le couloir. Je comprends mieux, à présent, pourquoi les voisins s’en sont plaints, mais aussi pourquoi tous ceux qui passent devant ma porte ne peuvent s’empêcher de gémir ou de m’insulter.

     

    Le seuil passé, je me suis débarrassé de mes vêtements souillés de bile, mais je n’ai pas eu le courage de prendre une douche. Je me suis donc couché ainsi, avec pour tout pyjama un caleçon qui a vu des jours meilleurs et, pour seule compagnie, le tic-tac de mon horloge murale.

     

    Sa cadence emplit mes oreilles et résonne sous mon crâne. C’est comme si j’avais une cloche à la place du cerveau. Une cloche qui ne cesserait de tinter et de rebondir contre ma boîte crânienne. La douleur est infernale et m’empêche de trouver le sommeil.

     

    Un faible rayon de lune éclaire la photo sur ma table de chevet. Je les vois, tous les deux. Mes chers, très chers amis. Dans leur sourire, seul le bonheur est visible. Ils étaient si jeunes.

     

    Moi aussi.

     

    Depuis combien de temps n’ai-je pas ri ? Depuis combien de temps mon visage ne s'est-il pas éclairée d'une expression aussi radieuse que la leur ? Beaucoup trop. Après leur mort, le monde est devenu un mauvais film en noir et blanc. Plus rien ne m’y rattache et, pourtant… pourtant, je suis toujours là, incapable de le quitter.

     

    Pourquoi ?

     

    Le tic-tac continue de faire vibrer la cloche sous mon crâne. Les secondes finissent par devenir des minutes. Longues et insoutenables, pendant lesquelles je me contente de les fixer. Eux. Ces gens qui ont emporté ma joie, comme ma raison de vivre.

     

    Je suis le seul responsable.

     

    Même après tout ce temps, je sais que cette chose m’attend toujours là-bas. Les années n’y auront rien changé. Ils y auront veillé. Leur repos dépend de ma décision. Le mien également. Mais je suis trop lâche. Pourquoi a-t-il fallu que ça se passe ainsi ?

     

    Pauvre minable !

     

    Vais-je encore laisser passer cette occasion ? Cette année aussi, vais-je me défiler ? Fuir mes responsabilités ? Et tout ça pourquoi ? Pour continuer cette existence de parasite. Cette vie méprisable qui, bientôt, ne connaîtra plus que la rue et la misère la plus noire.

     

    Je me dégoûte.

     

    Les minutes défilent et il ne me reste plus qu’une heure. Une seule petite heure pour me décider. Suis-je encore capable de réparer mes erreurs ?

     

    Le suis-je vraiment ?

     

    Je me tourne sur le flanc, en direction de ma fenêtre dont le store n’est qu’à moitié tiré. À l’extérieur, la neige continue de tomber. Doucement, tout doucement, elle nous envahit. Exactement comme cette nuit-là. Cette nuit fatidique. Cette nuit…

     

    Cette nuit où je les ai abandonnés.

     

    7

     

    À ma montre, les aiguilles indiquent moins le quart. Il ne me reste plus beaucoup de temps.

     

    Un manteau sur les épaules, je me tiens face à cette maison que j’ai trop bien connue. Chaque année, je viens la contempler. Sa porte close, ses fenêtres barricadées. Le même décor, la même scène. Qui pourrait imaginer, aujourd’hui, que cet endroit fut le cadre d’un bonheur parfait… ou presque ?

     

    Devant mon visage, ma respiration s’est matérialisée en une fumée blanche, épaisse, qui s’élève à l’assaut du ciel. Par quel miracle suis-je parvenu jusqu’ici ? Malgré la faim, malgré la douleur, malgré le froid qui me fait claquer des dents, je n’ai pas dévié une seule fois de ma route. J’ai peur de ce qui m’attend demain, au réveil…

     

    Mais y aura-t-il seulement un lendemain pour moi ?

     

    Dans ma poche gauche, mes doigts jouent avec un objet long et fin. Une clef. Celle que j’utilisais pour fuir le lieu du drame quelques années plus tôt.

     

    A cet instant, je suis persuadé de les entendre. Leurs voix me parviennent, étouffées, lointaines, mais parfaitement perceptibles. Elles m’invitent à les rejoindre. À pénétrer ce lieu maudit que je me suis évertué à fuir.

     

    Vais-je encore me défiler ?

     

    Moins dix.

     

    Le temps file, impitoyable. Il n’a que faire de mes tourments. Il ne ressent rien et, du reste, il n’est pas là pour ça. Son seul et unique but est de s’assurer que le monde continue de tourner. Avec ou sans moi…

     

    Je l’envie presque.

     

    Que dois-je faire ? Partir ? Entrer ? En finir une bonne fois pour toutes ? Je ne sais pas… et plus j’hésite, plus un vieil instinct primaire s’empare de ma raison.

     

    Survivre !

     

    L’espace d’un instant, je tourne le dos à l’habitation. Mais je ne vais pas très loin. Tout juste quelques pas. Non ! Non, je ne peux pas… il faut que ça cesse. Ici et ce soir. Pour toujours. Le moment est venu pour moi d’honorer ma promesse. D’arrêter de fuir. Je n’ai pas le choix. Je n’ai plus le choix.

     

    Je reviens sur mes pas et, cette fois, je me dirige droit vers la porte d’entrée.

     

    Allez, du courage !

     

    À l’intérieur, il fait sombre. Tout est à l’abandon. De la poussière recouvre chaque centimètre. Elle s’élève en nuage de particules à chacun de mes pas. Un univers terne qui sent le renfermé.

     

    C’est comme si je ne l’avais jamais quitté. Je me souviens de tout, de l’emplacement de chaque pièce, de chaque meuble. De nos moments de joie, comme de nos peines. Des souvenirs douloureux que j’ai trop longtemps étouffés. Leur compagnie me remplit d’une douce nostalgie.

     

    Le salon… l’entrée est située un peu plus loin. Sur la gauche. Le canapé et les fauteuils ont subi les attaques de nuisibles. Je baisse les yeux. C’est ici qu’ils se sont écroulés. Bien que les planches condamnant les fenêtres laissent difficilement passer la lumière des réverbères, j’y vois suffisamment. Devant moi, il y a un large tapis, lui aussi en piteux état. C’est dessus qu’on les a retrouvés. Dessus qu’ils se sont donné la mort.

     

    Je me dirige vers le fauteuil le plus près et m’y installe. Oui, ils étaient là… assis face à moi… et moi… moi, je me tenais exactement là où je suis.

     

    Un souffle d’air me fait frissonner. La seconde d’après, ils sont là. Debout, devant moi. Deux formes blanchâtres et vaguement transparentes qui me sourient. Leurs lèvres restent closes, mais ils n’ont plus besoin d’elles pour s’exprimer. Leurs voix s’immiscent en moi, chaleureuses, aimantes. Je me sens bien.

     

    Tout ce temps, ils m’ont attendu. Année après année, ils ont espéré mon retour. Ma vie est liée à la leur et, sans moi, impossible pour eux de quitter cette terre.

     

    Car ce que les médias ignorent, c’est qu’ils n’étaient pas les seuls à devoir mourir. Il y aurait dû y avoir un troisième suicide. Le mien. Non seulement nous nous aimions d’un amour incompréhensible pour notre société, mais l’idée que l’un de nous puisse partir avant les autres nous était intolérable. Nous voulions rester unis, à jamais…

     

    Je fus le seul à reculer. Le seul qui, alors que nous portions d’un même mouvement le poison à nos lèvres, refusa la mort. Je voulais vivre. Vivre ! Et cette seule seconde d’hésitation devait bouleverser toute mon existence. Quand je baissais les yeux sur mes amis, ils étaient déjà morts. Moi pas… et la peur s’était emparée de moi.

     

    Étaient-ils vraiment réunis ? Y avait-il réellement quelque chose après la mort ? Et si rien ne m’attendait ? Si je ne les retrouvais jamais ? Ma peur s’était transformée en panique et je m’étais échappé par la porte de derrière.

     

    La lâcheté avait secondé ma fuite. La honte, elle, ne devait me frapper que bien plus tard. Et avec elle, la déchéance.

     

    Moins cinq.

     

    Elle s’approche de moi et son sourire continue d’étirer ses jolies lèvres pleines. Je sens sa main glacée se poser sur mon épaule. Celle encore intacte.

     

    Lui a pris place dans le canapé qui me fait face. Il me fixe sans ciller et a un mouvement du menton dans ma direction. Je baisse les yeux sur la petite table ronde qui se trouve près de mon coude gauche. Une fiole s’y dresse.

     

    Contrairement au reste de la pièce, elle semble neuve. La poussière en est totalement absente. À mon tour, j’ai un sourire. Ils en ont pris soin… jamais ils n’ont douté de moi !

     

    — Vous m’avez manqué.

     

    Mes doigts se saisissent du flacon et le débouchent. À l’intérieur, un liquide à l’odeur étrange tangue doucement. Mon sourire se fait plus tendre.

     

    Bientôt, nous serons réunis…

    Erwin Doe ~ 2013

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  •  Minuit moins le quart

    Partie 1

     

    1



    Des étoiles tombent du ciel. Glacées, elles s’écrasent sur mes épaules et sur mes cheveux. Blanches, si blanches.

    Face à moi, il y a cette maison. Sombre et silencieuse. Elle m’invite à avancer, à pénétrer ses entrailles, enfin, après tout ce temps. Mes pieds, toutefois, refusent de bouger. Je suis là, les mains enfoncées dans les poches, le corps trop lourd pour esquisser le moindre mouvement.

    Les étoiles jonchent le sol. Je parviens à tendre la main pour en recueillir quelques-unes. Un frisson remonte le long de mon bras.

    Il neige.



    2



    J’ouvre les yeux.

    Un pâle rayon de soleil illumine la partie gauche de mon visage. Je me tourne sur le dos et c’est maintenant la droite qui fait les frais de son agression.

    Depuis mon lit, le chant de la ville me parvient. Celui des voitures, des rires et des voix.

    Dans l’appartement d’à côté, j’entends quelqu’un pleurer. La mère Josiane qui, malgré les années, n’a jamais su se remettre de la perte des siens. Je ressens une certaine affection à son égard. Nous partageons bien plus qu’elle ne le croit. Ce qui ne m’empêche pas, chaque matin, de la maudire. Sa douleur remplace la sonnerie du réveil que je n’ai pas. Celle qui me force à quitter le monde de l’oubli pour celui, pathétique, des vivants.

    Chez moi, la température est frigorifique, et je soupçonne que le seul radiateur de tout mon appartement s’est de nouveau mis en grève. Je frissonne et me recroqueville un peu plus sous mes couvertures. Il y a un moment déjà que je me plains de ce problème auprès du propriétaire. À présent, ça n’a plus grande importance, puisque je ne tarderai pas à être expulsé.

    Voilà plus de deux mois que j’ai perdu mon travail. Il me permettait tout juste de subvenir à mes besoins. Je n’ai pas d’économie de côté, plus grand-chose dans mon portefeuille, et mon loyer a du retard. Beaucoup trop.

    La dernière fois que je suis tombé sur mon propriétaire, les choses ne se sont pas très bien passées. Par des menaces, il m’a fait comprendre que j’aurais tout intérêt à régulariser très vite ma situation. C’était il y a deux semaines.

    Depuis, je rase les murs et fais semblant de ne pas être là quand il vient frapper à ma porte. J’ai gagné un peu de sursis, mais ce manège ne durera pas éternellement. Encore quelques semaines, peut-être moins. Mon sort dépend surtout de la bonne volonté de mes nombreux voisins à se tenir tranquille. Un écart de trop et je payerai pour eux. Une semaine… deux, tout au plus. Et ensuite… la rue.

    Ce qu’il me faudrait, c’est un nouvel emploi. Bien sûr, c’est évident et, si j’avais cherché, peut-être en aurais-je trouvé un. Seulement, je ne l’ai pas fait… pas vraiment. Mon existence m’est devenue si pénible que je passe le plus clair de mes journées avachi sur le canapé, si ce n’est à dormir. Dans ma bouche, il y a un goût aigre, un goût qui me fait grimacer et me donne la nausée.

    Je me redresse et fais basculer mes jambes en direction du sol. Le dos rond, encore couvert par ma couverture, je me passe les mains sur le visage. Mes cheveux sont gras et me collent à la peau. Ils me dégoûtent. J’aimerais pouvoir les couper, mais je n’ai plus assez d’argent pour me payer le coiffeur. Et puis… je n’ai pas la force de le faire moi-même. Le résultat aurait, de toute façon, été désastreux.

    J’habite un appartement misérable, aussi terne que poussiéreux. Il y flotte une odeur rance que je ne sens même plus, ce en dehors des quelques fois où le nécessité me pousse à sortir. À mon retour, j’hésite toujours avant d’ouvrir la porte, tant l’idée de retourner me cloîtrer dans cette prison infecte m’apparaît comme intolérable. Il faudrait que je lave. Ma vaisselle, mes vêtements, le sol. Que je songe à sortir les poubelles qui suintent dans la cuisine. De tout mon appartement, c’est le seul endroit que j’évite. Le seul où je ne me rends qu’avec appréhension et dont la porte est constamment close.

    Comment en suis-je arrivé là ?

    Il y a, sur ma table de chevet, un cadre avec une photo. L’homme et la femme qui s’y tiennent pourraient passer pour des amants tant ils semblent proches. À cette photographie, il manque un morceau. Sur le coin droit. Tout ce que l’on peut encore voir de la personne qui l’occupait est un bout d’épaule.

    Ces deux-là me sont précieux… ou plutôt m’étaient précieux. Depuis leur disparition, ma vie n’a plus beaucoup de sens.

    Je me lève et me dirige en direction de la salle de bain. Le plancher sous mes pieds est glacé. Dans un frisson, je replie mes bras atour de mon corps et pousse la porte entrebâillée de l’épaule.

    À l’intérieur, il fait sombre. Le store de l’unique fenêtre est encore tiré. Machinalement, j’actionne l’interrupteur près de moi. Une ampoule se met à grésiller et sa lueur révèle une petite pièce au carrelage crasseux. Sur la gauche, un lavabo.

    Je tire le rideau de la douche et pénètre dans la petite cabine. À peine y ai-je posé les pieds qu’un cafard bondit dans ma direction. D’une démarche affolée, il me passe entre les jambes et fuit par la porte laissée ouverte. Je ne lui accorde qu’une brève attention avant de refermer le rideau. Ça aussi, j’ai fini par m’y faire.

    L’eau coule sur ma tête, mes épaules et mon dos. Une douche froide qui me glace jusqu’aux os. Le mois dernier, mon propriétaire a eu la bonne idée de me couper l’eau chaude. Je peux au moins lui reconnaître ça, il n’est pas aussi méchant qu’on veut bien le dire. Il aurait pu, après tout, me couper l’eau tout court.

    Dans la cabine, il n’y plus ni gel douche, ni shampoing. Les cadavres de leurs bouteilles jonchent le sol depuis quelques jours. Je me passe donc sommairement la main sur le corps et, comme de toute façon je n’ai aucune envie de rester plus longtemps sous cette douche hivernale, je ressors sans pour autant me sentir plus propre.

    Du pied, je ramasse une vieille serviette qui traîne sur le sol et la fais voler en l’air. Je la rattrape entre mes mains et entreprends de me frictionner le corps avec. Mes cheveux dégoulinent et la serviette est trempée sans que je n’ai pu vraiment les sécher. Peut-être aurait-il été plus malin de les essorer avant ?

    Je la laisse tomber et l’enjambe pour me diriger vers le lavabo. Il y a longtemps que le miroir qui le surmonte a été brisé. Il n’en reste qu’un très petit morceau, suffisamment grand pour me permettre de me raser sans me faire beaucoup de mal, mais pas assez pour que je puisse vraiment y voir mon visage. C’est le seul miroir qu’il est possible de trouver dans tout mon appartement. Je me suis débarrassé de tous les autres pour ne plus être contraint d’affronter mon reflet. Vivre avec moi-même est suffisamment pénible comme ça.

    Autour du lavabo s’étalent un rasoir toujours à peu près neuf, une bombe de mousse à raser, un tube de dentifrice (Dont le bout est enroulé plusieurs fois sur lui-même.), ainsi qu’une brosse à dents aux poils écartés, mais encore capable de remplir son office. Comme chaque matin, je les fixe sans m’en saisir. Et comme chaque matin, je finis par leur tourner le dos et par quitter la salle de bain.

    Dans ma chambre, je ramasse les premiers vêtements qui croisent ma route et les enfile. Le t-shirt est tâché et sent mauvais, le pantalon n’est pas en meilleur état. Je renonce à trouver une paire de chaussettes assorties et me contente de celles que je tiens en mains. Elles sont noires et toutes dures sur les extrémités.

    C’est une pièce que je joue chaque jour. Unique acteur, les scènes s’enchaînent les unes après les autres, toujours avec la même fidélité, ce jusqu’au dernier acte. Le plus difficile d’entre tous, celui où il me faut gagner la cuisine.

    J’ignore pourquoi je m’oblige à subir cette épreuve encore et encore, alors qu’il me serait plus simple de stocker mes maigres provisions dans une autre partie de l’appartement. Car après tout, ce n’est pas comme si j’avais toujours des produits frais consommables.

    Aussi pourquoi suis-je incapable de m’en empêcher ?

    À deux mètres de la porte, l’odeur est déjà insoutenable. Elle me révulse l’estomac au point que je voudrais fuir, quitte à me passer de nourriture pour aujourd’hui.

    Comme si j’en avais le courage.

    Je bloque ma respiration et couvre mon nez avec le haut de mon t-shirt. Mais une fois dans la cuisine, l’odeur me frappe malgré mes précautions. Je m’empresse de refermer la porte derrière moi pour l’empêcher d’envahir le reste de mon appartement.

    Partout où mes yeux se posent, il y a des sacs. Des sacs en plastique, noirs et de tailles différentes. Ils sont là et se dressent face à moi comme autant d’individus d’une foule qui m’attendrait de pied ferme. Son odeur est si insoutenable, si oppressante, que je ne serais pas étonné qu’elle ait pris corps et qu’il soit devenu possible de la toucher. Un jus jaunâtre, marron, souille le sol.

    Et puis, il y a les mouches. Plus présentes ici que partout ailleurs dans mon appartement, elles se repaissent de mes ordures et prolifèrent en toute impunité. Assister à ce spectacle me pousserait presque à me réjouir de ma future expulsion. Au moins ce problème deviendra-t-il celui d’un autre.

    Une peu à l’écart, le frigidaire ronronne. Patient, malgré son ventre vide, il attend toujours que je commette l’erreur de l’ouvrir. Il est affamé et, à cause de cela, il a cessé d’être un simple objet serviable et docile, pour devenir un prédateur sournois. Alors, je ne m’en approche plus. Je le laisse agoniser lentement, avec l’espoir qu’il finira par mourir de faim.

    Dans un placard, je trouve un paquet de céréales entamé. Rien d’autre. À l’exception de quelques miettes, ses voisins sont vides. Tristement vides. Il va donc me falloir sortir, affronter la rue et ses passants. Leur imposer le spectacle pitoyable de ma personne. Pour un peu, je préférerais aller réclamer la charité à mes voisins. Mais non ! Si la chose arrivait aux oreilles de mon propriétaire, ce se serait une catastrophe.

    Dans le salon, je mange les céréales à même la boîte, assis sur l’un des accoudoirs usés de mon canapé. Peut-être mon dernier repas ici. Car qui sait si, une fois de retour, je ne trouverai pas mes affaires sur le pas de la porte ?



    3

    Un sac en plastique à la main, je sors tout juste de l’épicerie. À l’intérieur se trouve de quoi tenir quelques jours, voir une semaine, si je fais attention. Je ne me sens pas à mon aise et j’ai hâte de rentrer chez moi. Mais avant ça, j’ai une visite à rendre. Comme chaque année, qu’importe le temps, qu’importent mes obligations. Il m’est impossible de m’y soustraire.

    Bien que les températures soient particulièrement basses, la rue est noire de monde. Ça s’agglutine autour de moi, telle une masse anonyme qui me frôle et se retourne sur mon passage.

    Mes cheveux gras et mal peignés me tombent devant le visage. Je veux croire que c’est un bouclier derrière lequel rien ne peux m’atteindre. Ces regards qui se posent sur moi, je les devine plus que je ne les croise. Je me sens sale, minable, presque indigne de marcher aux côtés du genre humain. Écrasé par l’humiliation, j’avance le dos courbé.

    Une enfant s’arrête pour me regarder passer. Je ne peux m’empêcher de lever les yeux sur elle et je le regrette aussitôt. Son expression est glaciale et elle me toise, ses deux petits poings serrés autour des sangles de son sac à dos.

    Grise, elle est entièrement grise !

    Surpris, je recule et percute une passante. Je me retourne pour m’excuser, mais ce que je découvre me rend muet.

    Grise !

    La peur au ventre, je voudrais m’enfuir. Mais bien que l’idée s’impose à mon esprit, mes jambes, elles, menacent de fléchir. Stupéfait, je découvre cette masse grise qui évolue autour de moi. La foule est devenue monochrome. Elle me fixe, de ses dizaines yeux blancs, sans vie, où seul le dégoût brille.

    Elle se déplace comme au ralenti et les corps qui la composent ont commencé à s’écarter de mon passage. Petit à petit, ils se scindent en deux groupes. Au milieu, je suis seul.

    Si je peux éviter tout contact visuel, il m’est toutefois impossible d’ignorer leurs voix. Elles chuchotent, mauvaises, et profitent du silence soudain de la ville pour me cracher leur venin.

    « Menteur ! »

    « Lâche ! »

    « Traître ! »

    Je respire de plus en plus mal. La sueur me dégouline le long du dos, des tempes, partout… froide, désagréable. Je veux… non, je dois fuir ! Vite, avant de devenir fou.

    Je cherche à fendre le groupe de gauche, mais il se dresse tel un mur infranchissable. Je recule, fais volte-face, mais la chance ne m’y sourit pas davantage. Je suis encerclé. Seul contre tous, et conscient de ce qu’ils attendent de moi : que je continue ma route, la tête basse, et que je me soumette à leur jugement.

    Au bord de l’asphyxie, je me jette en direction du groupe de droite. Je pense m’y écraser, je m’attends même à ce que des mains se tendent pour me repousser, mais une brèche se forme. On s’écarte de mon chemin et je parviens à passer.

    Mais c’est un piège, une fausse délivrance. Car au bout de chemin m’attend quelqu’un. Quelqu’un que je voudrais éviter, quelqu’un que je cherche à fuir depuis longtemps, mais auquel je ne peux à présent plus échapper. Et ce quelqu’un…

    c’est moi !

    Là, dans la vitrine d’un commerce, je dois affronter mon reflet. Triste et grotesque. Mes joues sont creuses, mangées par une barbe hirsute, et mes yeux hagards. Avec mes vêtements sales et mes cheveux emmêlés, qui complètent un tableau déjà pathétique, j’ai l’air d’un fou.

    La honte s’empare de moi et je détourne le regard. C’est alors que je les remarque… mes bourreaux !

    Ils se dressent derrière mon dos. Des enfants, des adultes et des vieillards. Ils me lorgnent de leurs yeux immaculés, leurs doigts pointés dans ma direction.

    Ils connaissent mon crime.

    Je suis perdu !

    Un cri m’échappe et je tente de leur échapper. Dans ma frayeur, je bouscule des formes indistinctes. Des plaintes fusent. Je suffoque.

    Le bruit de freins qui hurlent. Quelque chose vient s’enrouler autour de moi et me tire avec force en arrière. Mes jambes cèdent et je m’écroule.

    — Nous mais vous êtes pas bien ! Vous voulez crever ou quoi ?

    Le monde qui m’entoure a retrouvé ses couleurs et le chant de la ville me parvient de nouveau. Celui des voitures, notamment. Au-dessus de moi, on murmure, mais je n’ai aucune réaction.

    Je comprends que j’ai échappé au pire. Un peu plus et je finissais sous les roues de cette automobile qui s’éloigne en faisant retentir son klaxon.

    Dans ma poitrine, mon cœur bat si fort qu’il menace d’exploser.

    Non, ça aurait été trop simple… le destin ne l’aurait jamais permis. Je le sais. Pas comme ça, pas de cette façon !

     Erwin Doe ~ 2013

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